Chapitre 253
« Alors, je dois trouver moi-même une cible ? » Garen hocha pensivement la tête. « Y a-t-il des conditions ou des exigences de base ? »
« Du moment que ce n’est pas trop compliqué, ça ira. Puisque tu débutes, tu n’as qu’à apprendre les bases ; tu pourras explorer le reste à ton rythme, plus tard, lui conseilla Emin. Bon, vas-y. Tu as encore toute la matinée : trouve le totem que tu veux créer. N’oublie pas qu’il doit t’être utile et que tu dois pouvoir t’en servir. Chaque créature possède un pouvoir qui lui est propre, alors ne choisis pas à la légère. »
« Oui. »
Garen hocha respectueusement la tête.
« Je vais me laver, alors. Quand tu reviendras avec la créature que tu veux capturer, nous commencerons officiellement la démonstration de création. » Emin bâilla, fit demi-tour et sortit de la pièce.
Garen trouva une grande bouteille en verre et une paire de gants en peau de sanglier. Puis il descendit et sortit aussitôt de la maison.
Le matin, la ville comptait bien plus de jeunes hommes. La plupart portaient des arcs, des flèches et des couteaux de chasse, ainsi que des vêtements en fourrure et en cuir. Ils allaient et venaient par petits groupes. Certains transportaient même sur leur dos le gibier qu’ils venaient de capturer.
Garen suivit la route principale jusqu’à la sortie de la ville. La longue robe grise qu’il portait éveilla quelque peu la curiosité des habitants. Plusieurs enfants qui se poursuivaient se cachèrent aussitôt derrière un mur en le voyant approcher, puis l’observèrent avec méfiance.
Une fois sorti de la ville, il découvrit devant lui une vaste étendue de collines et de prairies. Le paysage était parsemé de petits bosquets, surtout composés d’arbustes rabougris. Les forêts d’un vert luxuriant se confondaient presque avec les plaines herbeuses, d’un vert sombre. De petits papillons blancs tournoyaient autour des fleurs dans l’herbe, tandis que des volées d’oiseaux inconnus traversaient parfois le ciel en poussant de petits cris perçants.
Non loin de la ville coulait un petit ruisseau d’environ trois ou quatre mètres de large. C’était la source du célèbre Fleuve Rouge. Son eau était d’une pureté exceptionnelle, car elle provenait de la fonte des neiges accumulées sur les pics montagneux qui se dressaient au loin jusqu’aux nuages.
Garen s’approcha de la rive du Fleuve Rouge, s’accroupit et se mit à fouiller dans l’herbe et la boue humide.
« De quel genre de totem ai-je besoin ? »
C’était la question qu’il se posa.
« Quel genre de totem pourrait m’être utile ? »
Il arracha l’herbe et aperçut une troupe de fourmis noires qui rampait lentement sur la terre sombre. Il les observa sans bouger, puis détourna le regard vers une autre touffe d’herbe vert foncé.
Une grosse chenille verte se reposait tranquillement sur de minces brins d’herbe. Son corps était couvert d’épines et ses quatre yeux paresseux semblaient dépourvus de vie.
Sur une petite fleur jaune, juste à côté, une abeille sauvage au thorax noir et fin rampait sur les étamines, pas plus grandes qu’un ongle. Ses pattes étaient couvertes de pollen jaune. Elle était manifestement en train d’en récolter.
« Des fourmis, une chenille, une abeille sauvage… »
Garen secoua légèrement la tête.
« Elles sont trop faibles. Même si leur constitution est simple, elles ne me seraient pas d’une grande aide, quand bien même je réussirais à en créer un totem. »
Il se releva et poursuivit sa route vers les collines et les plaines au loin.
« Pour m’être utile, il faudrait que la créature ait une certaine force et puisse m’aider dans la vie de tous les jours. Si elle peut voler, elle pourra servir à recueillir des informations, à faire de la reconnaissance et à monter la garde. Si elle possède aussi des capacités offensives, elle pourra me défendre. Dans ce cas… le mieux serait une espèce d’oiseau. »
Il jeta un coup d’œil aux quelques bosquets non loin de là, d’où provenait le léger gazouillis des oiseaux.
Après avoir franchi plusieurs collines, il choisit rapidement le plus grand bosquet et s’y enfonça.
La forêt était verdoyante et l’air pur. Quelques enfants s’y promenaient, occupés à ramasser quelque chose. Vêtus de haillons, ils avaient l’air maladif et le teint pâle ; leurs corps étaient aussi maigres que pitoyables. Chacun portait un grand panier sur le dos. Certains débordaient de plantes et de fruits sauvages, tandis que d’autres étaient presque vides.
Ces enfants jetèrent un bref regard à Garen lorsqu’il entra, puis se désintéressèrent vite de lui et reportèrent leur attention sur le sol, qu’ils fouillaient.
De nombreux oiseaux différents se reposaient dans les parages et babillaient sans discontinuer.
Garen leva les yeux et les examina attentivement. Les arbres abritaient plusieurs espèces d’oiseaux, cinq ou six en tout. Ils étaient de tailles variées et la plupart étaient noirs. Seuls quelques-uns étaient bleus ou verts.
« Il m’en faut un assez grand, doté de capacités offensives et d’une bonne vitesse de vol… » Garen se rendit compte qu’il ne reconnaissait aucune de ces espèces. En balayant les alentours du regard, il aperçut au loin un garçon sale.
Comme les autres, le garçon portait des vêtements gris en toile de jute et un grand panier sur le dos. Ses cheveux étaient emmêlés et en bataille, mais un perroquet vert était perché sur son épaule, ce qui le distinguait des autres.
Garen s’approcha de lui et s’arrêta à ses côtés. « Ces oiseaux sont à vous ? » Il s’efforça d’adoucir autant que possible son ton.
« Oui, monsieur. Vous avez besoin de quelque chose ? » Le garçon se redressa, l’air perplexe. Ce seigneur étrange était entré dans la forêt et regardait partout, sans que personne sache ce qu’il cherchait.
« Je voudrais savoir quelles espèces d’oiseaux vivent ici. Vous le savez ? » Garen sortit une petite pièce de cuivre et la lança au garçon.
Le petit garçon l’attrapa vivement. Une pièce de cuivre ne permettait peut-être pas d’acheter grand-chose ailleurs, mais ici, elle suffisait pour quelques friandises. Il afficha aussitôt un grand sourire.
« Les oiseaux ? Je les connais bien. »
« Connais ton oiseau ! Connais ton oiseau ! »<sup>1</sup> Le perroquet vert, perché sur son épaule, se mit à jacasser.
« Tais-toi, Hans ! » Le garçon, furieux et gêné, lança : « Si tu continues, tu n’auras pas de dîner ! »
« Explique-moi tout comme il faut, et je t’en donnerai une autre. » Garen contempla le perroquet vert avec un sourire.
« Pas de problème. Ma petite sœur adorait élever des oiseaux. Après son départ, j’ai fini par les aimer moi aussi. Alors, je m’y connais vraiment bien ! » Le garçon se frappa la poitrine.
« Connais ta sœur ! Connais ta sœur ! »<sup>2</sup>
« Tais-toi !! » Le visage du garçon vira au rouge vif et il donna un coup furieux sur la tête du perroquet vert.
Garen ne put s’empêcher de rire en regardant le duo formé par le garçon et l’oiseau. Ils semblaient très bien s’entendre.
« Je cherche une espèce d’oiseau qui vole vite, qui ait une certaine force et qui puisse attaquer. Vous en connaissez ? » Il énuméra ses critères.
« Dans ce cas, monsieur, vous êtes tombé sur la bonne personne ! » Le petit garçon essuya la morve qui menaçait de lui couler du nez. « D’après vos critères, le meilleur choix est sans aucun doute un faucon. »<sup>3</sup>
« Un faucon, hein ? Quelle est l’espèce la plus rapide par ici ? » demanda Garen en hochant la tête.
« Tous nos faucons sont plutôt rapides… et la plupart sont de rusés faucons bleus. Ils ne sont pas très grands, mais ils vont vraiment vite. En un clin d’œil, ils peuvent vous ouvrir la peau d’un coup de griffe ! Leurs serres sont les plus acérées et ils adorent voler les poussins de tout le monde », répondit le petit garçon en détail.
« Y a-t-il d’autres espèces d’oiseaux ? Ou bien, ce n’est pas forcément un oiseau ? » demanda Garen en fronçant les sourcils. Le faucon bleu répondait à ses critères, mais il n’aimait pas beaucoup ces rapaces qui ne savaient que voler des poulets.
« Si ce n’est pas forcément un oiseau… » Le petit garçon se gratta les cheveux. « Oh ! Il y a une espèce, mais ce n’est pas un oiseau : c’est un insecte. »
« Ah ? De quoi s’agit-il ? » Garen parut intéressé.
« Des papillons néon ! »<sup>4</sup> Le garçon eut l’air mal à l’aise. « Les plus gros ont la taille d’une bassine. Ils sont forts, très beaux et vraiment bizarres aussi. La plupart des papillons ne sont pas rapides, mais ceux-là filent à toute allure, plus vite que les oiseaux ordinaires. Seuls les aigles peuvent rivaliser avec eux. Et, pire encore, ils sont extrêmement venimeux. Si quelqu’un inhale accidentellement leur poudre, tout son corps s’empoisonne et s’engourdit. Si c’est un peu plus grave, il peut en mourir ! C’est terrifiant ! »
« Ah ? Il existe des papillons comme ça ? Où ça ? Montrez-moi ! » Garen fut aussitôt convaincu.
« Je n’irai pas. Vous n’avez qu’à marcher dans cette direction, tout droit, et vous tomberez vite sur ces papillons agaçants. Ils sont tous venimeux et ont envahi tout le bosquet. Si vous voyez de grands papillons d’un bleu parfaitement pur, sans la moindre tache, ce sont eux. » Le garçon lui indiqua une direction en lui donnant ses explications.
« Merci. » Garen lui lança sa deuxième pièce de cuivre, puis partit à grandes enjambées dans la direction indiquée.
Après avoir quitté le petit bosquet, Garen suivit la direction que lui avait indiquée le garçon. Il avançait d’un bon pas, et de plus petits bosquets apparurent bientôt autour de lui. Les signes de présence humaine se firent de plus en plus rares ; les traces de roues et les empreintes de pas au sol finirent elles aussi par disparaître.
Au loin, il commençait à distinguer les sommets enneigés qui s’élevaient jusqu’aux nuages.
Il aperçut bientôt les papillons néon dont le garçon lui avait parlé.
À l’ombre de quelques arbres sombres, un groupe de papillons bleus brillait d’une lueur fluorescente et dansait dans la pénombre. On aurait dit qu’ils étaient couverts de poudre luminescente.
Ces papillons dansaient en silence. Les plus petits avaient la taille d’une paume, tandis que l’envergure des plus grands approchait le mètre. Leur long corps velu était entièrement à découvert, ce qui révulsait tous ceux qui les regardaient. Vous lisez sur novelping . com, la source officielle.
Garen ramassa une pierre au sol, plissa les yeux et la leur lança.
Pssht !
Telle une flèche, la pierre fendit l’air et atteignit précisément le plus grand papillon néon.
L’instant d’après, ce fut comme si Garen avait donné un coup de pied dans une fourmilière. Une immense nuée de papillons néon jaillit de la forêt et fondit sur lui, envahissant les airs ; les lueurs bleues semblaient s’être changées en océan.
Garen donna un coup de pied dans le sol. Une grosse motte de terre noire s’éparpilla dans les airs, emportant avec elle des brins d’herbe. Elle retomba de tous côtés et s’abattit sur la vaste nuée de papillons néon qui l’entourait.
Au milieu d’une multitude de bruits sourds, les lueurs bleues commencèrent à tomber et à s’éteindre, tandis qu’une odeur âcre de poudre toxique se répandait dans l’air.
Garen retint sa respiration. En un éclair, il se retrouva devant le plus grand papillon néon. Il le ramassa d’une main gantée, le fourra dans la bouteille en verre et fit immédiatement demi-tour.
Il n’était pas allé bien loin qu’une immense nuée de papillons néon surgit derrière lui. Ils étaient extrêmement rapides et pouvaient presque rattraper Garen, même sans voler en ligne droite.
Garen jeta un coup d’œil derrière lui et poussa davantage sur ses jambes. Il accéléra et sema les papillons néon.
Il secoua brusquement le corps et projeta silencieusement une myriade de fines particules de poudre bleue. Le vent les emporta, et il ne se remit à respirer qu’une fois toute la poudre toxique dissipée.
Il leva la bouteille pour l’examiner et constata que le papillon néon n’était pas encore tout à fait mort : il bougeait à peine à l’intérieur.
Ce papillon lui convenait. Il n’était pas lent, était très venimeux et possédait aussi une force assez considérable. Contrairement aux insectes ordinaires qui mouraient sous un seul coup de pied, ces papillons avaient une épaisse couche de kératine à la surface du corps. Ils semblaient donc aussi résistants qu’une souris, ce qui leur permettrait sans problème de transmettre des messages.
« Son seul défaut, c’est qu’il ne se camoufle pas très bien. Mais ça fera l’affaire. » Garen repensa au serpent aux écailles bleues qu’il avait rencontré auparavant. Contrairement à ces créatures totem, le papillon néon était un animal volant et ne figurait pas au menu des faucons. Même s’il était assez voyant, ses autres avantages compensaient largement ces petits défauts.
Au laboratoire d’expérimentation
Emin s’essuya soigneusement la bouche avec une serviette blanche, tout en levant la bouteille du papillon néon pour l’examiner.
« C’est la première fois que je crée ce genre de papillon néon, mais j’ai déjà étudié les papillons. Je ne suis pas allé très loin dans mes recherches, mais j’en connais tout de même quelques aspects. » Il reposa la bouteille. « Tu es donc sûr de vouloir un papillon néon ? »
« Bien sûr. » Garen se tenait à ses côtés et hocha la tête en réponse à sa question.
« Très bien. Un Luminariste possède un totem central et un totem ordinaire qui le soutient. En tant que ton maître, je peux créer gratuitement ton premier totem. Considère-le comme un cadeau. Mais si, la prochaine fois, tu veux en changer, tu devras étudier et le créer toi-même. Tu comprends ? »
« Je comprends. » Garen hocha la tête.
« Alors, commençons. »
Les réflexions du traducteur
J_Squared J_Squared
1. Ça ressemble à un juron, d’où son embarras.
2. Même chose que ci-dessus.
3. 鹰 peut se traduire par « faucon », « émouchet » ou « aigle ».
4. 荧光蝴蝶, littéralement « papillon fluorescent ». « Papillon néon » sonne davantage comme un nom, toutefois.