Chapitre 252
« Je comprends, maintenant. Beaucoup de Luminaristes se spécialisent dans un même type de création de totem, génération après génération, et le perfectionnent jusqu’à atteindre un niveau très élevé. Il devient alors de plus en plus puissant. À moins d’être un chercheur de génie absolu, aucun Luminariste ne peut rattraper, tout en se dispersant, les résultats d’études cumulées sur plusieurs générations. » Garen hocha la tête, comprenant.
« Tant mieux si tu as compris. À présent, tu dois d’abord apprendre à te servir de ces deux ensembles d’outils. En particulier de la fabrique d’unités : tu dois désormais fabriquer la tienne. Sinon, tu ne pourras même pas songer à construire ton propre totem, lui conseilla Emin avec gravité.
— Oui. » À cet instant, Garen eut l’impression de retrouver son époque sur Terre, à écouter attentivement son professeur.
Emin commença à lui apprendre à se servir des deux ensembles d’outils. Garen l’écouta avec une concentration peu commune.
Mais, une fois passés à la pratique, Emin remarqua avec un certain regret que, malgré son talent effrayant pour dessiner des plans, Garen comprenait encore un peu lentement le maniement des deux types d’outils.
Il poussa donc une série de soupirs, évacuant son mécontentement.
Cependant, il ne put pas soupirer bien longtemps.
Le microscope utilisé pour les recherches ne posait aucun problème, mais la fabrique d’unités exigeait beaucoup de concentration et d’énergie. Accroupi maladroitement devant la machine complexe, Garen suivait chaque étape de sa construction. Chaque cycle durait au moins une heure. Il suffisait de perdre un peu sa concentration en suivant la bille de mercure pour qu’il devienne extrêmement difficile d’observer attentivement tout le processus de fabrication. Il fallait aussi comprendre le minutage précis et la manière de s’en servir.
« Maître, je n’ai pas bien vu cette partie. Recommençons.
— D’accord.
Une heure plus tard…
« Maître, pourriez-vous répéter cette partie ?
— Très bien.
Deux heures passèrent.
« Maître, j’ai appuyé un peu trop fort. Recommençons.
— Pas de problème.
Trois heures passèrent…
« Maître, j’étais un peu nerveux, tout à l’heure, et ma main est allée trop vite. Encore une fois, s’il vous plaît !
— …
Six heures plus tard…
« Maître, j’étais trop agité et je n’ai pas fait attention à la quatrième étape. Encore une fois !
Emin contempla le visage rayonnant et débordant d’énergie de Garen.
Le maître et l’élève se dévisagèrent en silence.
Hou-hou… Hou-hou…
Dehors, un hibou hululait.
« Maître, qu’est-ce qu’il y a ? demanda Garen à voix basse en clignant des yeux.
Hou…
Le ventre d’Emin émit un grondement sourd.
« Il est déjà si tard… ? » Ce n’est qu’alors que Garen remarqua que le ciel était complètement noir.
« Tu es… toujours aussi énergique ? » Emin, troublé, observa son air enthousiaste.
— Ça va, je suis jeune et j’ai de l’endurance.
Garen sourit.
« Laisse tomber. Je vais te chercher à manger. Continue tout seul. Tu as bien vu comment je m’en sers, n’est-ce pas ?
— Aucun problème. » Garen hocha la tête. « Désolé, maître, je vous ai fait jeûner avec moi.
— Ce n’est rien. C’est la première fois que tu découvres tout ça. C’est normal que tu sois aussi curieux. » Emin secoua la tête, mais, au fond, il le savait : la plupart des gens ordinaires commençaient à avoir la tête qui tournait après deux heures d’utilisation continue de la fabrique d’unités et finissaient épuisés mentalement. La Luminescence causait en effet certains dommages au corps humain. S’y exposer de trop près et trop longtemps finissait par devenir insupportable.
Or, Garen s’y consacrait depuis plus de dix heures et ne ressentait toujours aucun malaise. Cela signifiait qu’il pouvait y travailler plusieurs fois plus longtemps que les autres Luminaristes !
En sortant du laboratoire, Emin se mit de nouveau à douter profondément de tout ce qu’il croyait savoir sur ce monde.
« On dirait que je connaissais bien peu de Luminaristes, jusque-là. » Il secoua la tête et soupira en descendant l’escalier, soudain vieilli de plusieurs années.
Après le dîner, Emin finit par céder et regagna sa chambre pour se reposer. Il laissa Garen seul au laboratoire, où celui-ci continua d’apprendre avec enthousiasme et de faire fonctionner la fabrique d’unités encore et encore. Il semblait replonger dans ses cours de biologie ou de chimie, sur Terre, tant il écoutait attentivement.
Parmi les trois spécialités les plus puissantes de la redoutable Technique de la Statue divine, deux étaient la capacité de récupération et l’endurance. C’était là qu’elles brillaient le plus.
Avant de s’endormir, Emin vit la lumière du laboratoire briller. Vous aimez l’histoire ? Retrouvez la suite sur novelping.com.
Au milieu de la nuit, lorsqu’il se leva pour aller aux toilettes, il leva les yeux vers le laboratoire : la lumière était toujours allumée.
Tôt le lendemain matin, il sortit de sa chambre en bâillant. La lumière du laboratoire brillait encore.
« C’est la première fois, pas étonnant… » Il soupira d’un air pensif en écoutant Garen s’affairer dans le laboratoire, puis descendit prendre son petit-déjeuner.
Midi.
Emin était assis dans la cour, paresseusement étendu au soleil.
« Quel temps magnifique…
Il plissa les yeux en contemplant le ciel bleuet. Les rayons dorés du soleil l’inondaient de chaleur.
À côté de lui, la petite Nicol étendait les draps et les vêtements fraîchement lavés.
« Garen est toujours à l’étage ?
— Oui, monsieur, répondit précipitamment Nicol.
« Comme c’est bon d’être jeune… » Emin soupira profondément. Il avait toujours pris grand soin de lui. S’il n’avait pas été grièvement blessé lors de cette bataille acharnée, il ne serait pas aussi vieux aujourd’hui.
Le ciel s’assombrit peu à peu.
Après le dîner, Emin regarda Nicol qui faisait la vaisselle.
« Garen est toujours à l’étage ?
— Oui, monsieur, répondit précipitamment Nicol.
Emin se caressa la barbe sans rien dire.
La nuit.
Emin posa le roman qu’il tenait et jeta un coup d’œil au deuxième étage.
« Garen n’est toujours pas descendu ?
— On dirait que non… monsieur. » Accroupie près de la cheminée, Nicol y ajoutait du bois et répondit avec hésitation.
Le troisième jour…
Le quatrième jour…
Crac.
La porte du laboratoire du deuxième étage s’ouvrit enfin.
Nicol ramassa le plateau vide posé devant la porte et s’apprêtait à partir lorsqu’elle entendit soudain celle-ci s’ouvrir. Elle se retourna aussitôt.
« Monsieur Garen ?
— Maître ! Maître ! » Une ombre noire passa près d’elle et dévala l’escalier.
Emin sortit de sa chambre en bâillant.
« Il est si tôt, pourquoi cries-tu ?
L’ombre noire remonta aussitôt les marches, accourut devant Emin et s’arrêta.
C’était Garen, qui avait vécu quatre jours dans le laboratoire.
Il fronça les sourcils et leva un objet à la main.
« Maître, il n’y a plus d’huile dans la lampe.
Emin poussa un long soupir.
« S’il n’y a plus d’huile, va te reposer. Après tout ce temps passé à t’agiter, qu’as-tu obtenu ? Ne me dis pas que tu t’es endormi là-dedans.
— J’ai réussi ! » Garen sourit, dévoilant ses dents blanches.
« Bien… Quatre jours, ça reste dans la norme. » Emin hocha la tête.
Garen poussa lui aussi un profond soupir.
Il savait déjà qu’il n’avait qu’un talent moyen pour manier des instruments aussi délicats que la fabrique d’unités. Il fallait une concentration intense et une main assez précise pour effectuer les calculs en même temps, et il n’y était vraiment pas habitué. Son corps avait déjà retrouvé les réflexes qu’il possédait au sommet de la Technique de durcissement du corps ; à la moindre perte de concentration, il produisait de minuscules vibrations.
C’était parce que son corps et son esprit ne s’étaient pas encore complètement fondus l’un dans l’autre. Même s’il maîtrisait déjà les Quatre Grandes Techniques secrètes, il lui fallait encore du temps pour s’y habituer.
Cela ne l’empêchait toutefois pas de se servir de ses arts martiaux. Après tout, ses techniques ne reposaient sur aucun mouvement délicat : elles étaient amples et spectaculaires.
Pendant ces quatre jours, il n’avait pour ainsi dire ni dormi ni pris de repos, et n’avait mangé que de temps à autre. C’était ainsi qu’il avait réussi à apprendre à maîtriser la fabrique d’unités d’un seul coup.
Après le petit-déjeuner, il se reposa un peu.
Ce n’est qu’après qu’Emin eut vérifié que Garen se sentait encore bien et ne présentait aucun signe de fatigue qu’il accepta de lui montrer la procédure de manipulation.
Devant la porte du laboratoire, une ligne horizontale argent pâle brillait faiblement.
Emin et Garen franchirent la ligne et entrèrent dans le laboratoire.
« Cette ligne, devant la porte, est un petit dispositif qui empêche les gens ordinaires de voir ce qui se trouve dans cette pièce. C’est une autre application des tactiques, pratique au quotidien. Je te l’apprendrai une prochaine fois. » Emin s’approcha de la fabrique d’unités.
« Maintenant, voyons quelle méthode de contrôle tu as retenue.
Garen hocha la tête.
Il se plaça à l’extrémité la plus à gauche de la fabrique d’unités et, à l’aide des pinces dans sa main droite, saisit une petite bille argentée. Il la déposa délicatement sur une pente inclinée de la machine.
Brr…
La bille roula lentement le long de la pente et tomba dans un récipient cylindrique argenté. Bientôt, au milieu d’un cliquetis, un liquide translucide se mit à couler dans les trois tuyaux argentés reliés au récipient.
Les trois filets de liquide se séparèrent et partirent dans trois directions. Lorsqu’ils franchirent de petites arches rondes, Garen tendit aussitôt la main pour appuyer dessus, comme s’il réglait quelque chose.
Les trois filets devinrent alors beaucoup plus nets. Après avoir traversé les arches, ils se rejoignirent dans un unique tuyau argenté et s’écoulèrent dans un dispositif métallique semblable à un manège. Une fois le liquide entièrement écoulé, le manège se mit à tourner lentement, produisant un son mélodieux, comme celui des carillons éoliens.
Garen tendit rapidement la main pour régler quelques petits interrupteurs et boutons disposés autour du manège, puis tourna les nombreux cadrans jusqu’à obtenir les valeurs optimales.
Après deux tours des chevaux de bois, il compta silencieusement, puis tendit de nouveau la main pour régler les cadrans. Il était parfaitement précis et rapide.
Clac !
La rotation s’arrêta.
Une goutte d’un liquide argenté et visqueux tomba du centre exact du dispositif, droit dans le col d’un flacon violet à col courbé.
Pff !
Une bouffée de fumée violette s’éleva aussitôt du flacon et suivit le col courbé jusqu’à une grosse sphère argentée, de la taille d’une tête humaine.
Garen s’approcha rapidement de la sphère. Ses doigts pressèrent vivement un panneau, comme s’il y saisissait des données.
En à peine dix secondes, il entra vingt chiffres, formant plusieurs combinaisons de longueurs différentes. Et ce n’était que le début.
Au bout d’une demi-heure entière, des gouttes de liquide argenté s’écoulèrent de la sphère dans un bruit de succion et tombèrent dans le dernier grand bécher.
Ces liquides argentés ressemblaient à des grains de sable qui s’écoulaient lentement. En même temps, ils évoquaient des micro-organismes qui se tortillaient à peine.
« Tu as réussi. » Emin observa attentivement le liquide argenté dans le bécher et hocha la tête, satisfait. « Pas mal : tu n’as fait aucune erreur.
Garen poussa un soupir de soulagement et retira sa main du panneau.
« Maître, j’ai appris à me servir des outils. Et maintenant ?
— Tu as aussi appris à utiliser le microscope ?
— C’est beaucoup plus simple. » Garen s’approcha du microscope d’un air familier et le régla sans difficulté. Il préleva une goutte de liquide argenté, effectua les préparatifs, puis commença à l’observer.
Emin hocha la tête, satisfait.
« Pas mal, pas mal. Tu as fait tous les préparatifs nécessaires. Passons donc à la première étape.
— La première étape ?
— Pars seul dans la nature et trouve la créature totémique que tu veux. Insectes, bêtes, oiseaux, tout convient. Vas-y, nous commencerons par les niveaux de base. Mais choisis avec soin : tu définis ainsi la direction que prendra ton futur totem, celui sur lequel tu compteras pour tout. Mieux vaut donc réfléchir avant d’en choisir les grandes lignes. » Emin sourit. « Je ne me suis pas assez spécialisé, car j’ai étudié un peu de tout et suis finalement devenu un Luminariste tout à fait moyen. Mais mon élève aura ainsi davantage de voies à explorer. D’abord, choisis n’importe quelle créature et, pour te montrer, je t’expliquerai comment construire un totem, ainsi que les étapes intermédiaires. En général, je te montrerai les tactiques nécessaires à la création des structures, des organes et des systèmes, une par une. Bien sûr, à part le Grand Ours blanc, dont j’ai hérité, je n’ai pas étudié les autres en profondeur. J’en sais juste assez pour achever un totem simple. Si tu veux le perfectionner, il faudra approfondir toi-même tes recherches. »
« Je comprends. » Garen hocha la tête.
« Il existe deux types de totems : les totems centraux et les totems de base. Maintenant, va trouver dans les environs une créature que tu aimerais transformer en totem. Ce sera le premier totem de base que je te donnerai. Les totems de base ont des capacités très limitées, mais ils sont utiles dans la vie quotidienne. Ils peuvent servir à la reconnaissance, au nettoyage, à la collecte d’objets ou encore d’outils, par exemple. »