Chapitre 234
« Qu’est-ce que cette flamme… » Stupéfait, Garen regarda un rocher fondre en moins de dix secondes. La lave s’écoula et rejoignit les autres nappes de liquide rouge sombre, qui recouvraient presque le sol accidenté. On aurait dit un marécage rouge d’où montait une chaleur étouffante.
Cette chaleur rappela à Garen la lave du volcan de Smoke Island.
« La flamme atteint sans aucun doute près de mille degrés*… » Garen n’osa pas s’approcher. Il contempla le terrain autour du point d’impact, quelque peu horrifié.
« Si de simples Luminaristes possèdent un pouvoir pareil… » Il frissonna à cette pensée. Cette puissance, cette capacité de destruction… c’était terrifiant !
« Ce n’est pas du Grade D… Cette attaque kamikaze est au moins de Grade B ! »
Garen pensa aussitôt au père de celui dont il occupait le corps, le vicomte Vanderman, et se demanda s’il possédait, lui aussi, une force explosive pareille.
Au début, les deux hommes ne s’étaient battus qu’avec une force modérée, sans rien de spectaculaire. En réalité, ils avaient retenu toute leur puissance. Dans cette explosion, ils avaient dû libérer jusqu’à la dernière parcelle de leur force, faisant fondre les rochers dans un rayon de trente mètres. C’était comparable à l’explosion d’un minuscule volcan !
Par association d’idées, Garen songea à Beckstone, le futur ennemi du vicomte Vanderman, ainsi qu’aux membres d’élite de la Société Obscuro. Ils comptaient parmi les Luminaristes les plus puissants, et surpassaient largement les deux combattants.
« Si tous les Luminaristes ordinaires sont à ce niveau, alors les Luminaristes, dans leur ensemble, sont terrifiants… »
Garen sentit son sang se réchauffer peu à peu. La peau exposée de son visage et de ses mains était brûlante.
Il avait beau avoir évalué la puissance des Luminaristes, il n’éprouvait aucun soulagement en songeant aux deux ennemis majeurs qu’il devrait affronter.
Il était sincèrement convaincu que même au sommet de sa maîtrise de la Technique de la Statue divine, il ne pourrait résister à la force destructrice de l’explosion et à la chaleur qu’il venait de subir. Et ce n’était que la puissance de deux Luminaristes ordinaires.
À présent que le vicomte Vanderman avait tué le premier amour de Beckstone et qu’il était mêlé à des luttes intestines au sein de la Société Obscuro, il aurait été éliminé depuis longtemps s’il ne soutenait pas la famille royale.
La graine de la vengeance avait déjà été semée.
Les flammes dévorèrent les arbres voisins et embrasèrent la cime des bois. Tout le paysage alentour se teinta de rouge et d’orange.
Le crépitement du bois en feu continuait de retentir sur les lieux. La brise emporta des étincelles dans les airs et les dispersa au loin.
Une fumée noire s’éleva vers le ciel, attirant l’attention sur ce coin des bois. L’odeur du bois calciné chassa Garen de son poste et le força à s’éloigner davantage du lieu de l’explosion.
Il regarda de nouveau le centre de l’explosion. Plus aucun mouvement. Les deux Luminaristes avaient disparu.
Si quelqu’un lui avait dit auparavant qu’un être humain pouvait survivre à une telle explosion, il ne l’aurait sans doute pas cru. À présent, il n’en était plus certain. Après avoir été témoin de la puissance des Luminaristes, il ne s’étonnait plus de rien qui remît en question ses connaissances.
Il entendit la patrouille approcher au loin, choisit une direction et s’éclipsa du terrain en flammes.
Sur le chemin du manoir, il avait le cœur lourd.
La puissance des Luminaristes dépassait ses attentes. Au début, le combat avait ressemblé à ceux de ses souvenirs : modéré, peu impressionnant. Sans ces explosions finales, Garen n’aurait pas senti l’énergie qui animait les bêtes totémiques.
Dans un rayon de trente mètres, tout s’était transformé en brasier. Ces deux Luminaristes ordinaires avaient même réduit des rochers en lave.
Hé…
Garen poussa un long soupir.
À l’idée d’affronter Beckstone et la Société Obscuro à l’avenir, il se sentit quelque peu abattu.
« On dirait qu’il faut que je me renseigne au plus vite sur les Luminaristes… » Il se remémora les dates qu’il avait vues dans les souvenirs. « Beckstone arrivera dans deux ans. J’espère que j’aurai assez de temps… » Ce chapitre a été repris sur novelping.com sans autorisation.
Qu’il le veuille ou non, puisqu’il avait transmigré dans le corps d’Acacia, il lui faudrait affronter ce danger en tant que lui.
Luo Jing ignorait s’il transmigrerait de nouveau une fois mort dans ce corps. Les Luminaristes n’étaient pas à prendre à la légère dans ce monde ; ils étaient bien plus puissants que les combattants du Monde des arts martiaux. Et si quelqu’un pouvait agir sur les âmes…
Après avoir été témoin de la puissance des Luminaristes, Luo Jing commença à douter de la sienne.
Avec sa force, même si la Technique de la Statue divine avait retrouvé toute sa puissance, il ne pourrait pas résister à une chaleur de mille degrés, et encore moins aux ennemis plus redoutables qui l’attendaient.
Boum !
Une nouvelle explosion retentit derrière lui.
Garen se retourna. Les flammes diminuaient et la fumée s’amincissait.
À ses côtés, une équipe de gardes en uniforme blanc accourut.
« Jeune maître ! Vous allez bien ? Jeune maître ! »
Le chef des gardes, un homme à la barbe soigneusement taillée, s’arrêta devant Garen et l’interrogea. Il avait le visage pâle.
« Nous sommes arrivés trop tard. Pourquoi traîniez-vous dans les parages ? C’est extrêmement dangereux ! Vous auriez pu être blessé par l’explosion ! » Le chef désigna les deux gardes derrière lui. « Heureusement qu’ils nous ont prévenus à temps, sinon, ç’aurait été un drame ! »
« Je… je vais bien… » Garen se servit de la Technique de respiration de la tortue pour se donner un air pâle et apeuré. « Rentrons. J’ai juste eu peur… »
« Bien sûr, bien sûr. » Le chef poussa un soupir de soulagement. « Allons-y, nous allons vous raccompagner au manoir ! »
Garen regagna le manoir escorté par les gardes. Il prit un bon bain chaud et enfila des vêtements blancs propres. Ce n’est qu’alors qu’il remarqua l’arrivée de sa gouvernante, Du Qian.
C’était la gouvernante qu’il avait vue auprès de son père. Elle était légèrement ronde. En apercevant Garen, elle s’inquiéta de son état de santé. Ce ne fut qu’après s’être assurée qu’il allait bien qu’elle se détendit et demanda qu’on lui apporte des plantes aromatiques apaisantes. Elle ordonna ensuite aux domestiques d’éteindre le feu dans les bois.
Garen ferma sa porte, s’assit sur son lit, éteignit la lumière et fit semblant de dormir.
Il se mit à échafauder des projets pour l’avenir.
« Deux ans… D’après les souvenirs, seul un Luminariste peut en affronter un autre. Dans le Monde des arts martiaux, il ne m’a fallu que trois ans pour atteindre le sommet. Je refuse de croire que je ne puisse pas devenir assez fort pour me protéger en deux ans ! »
« Comment devient-on Luminariste ? »
Garen se mit à réfléchir à la question.
Son père, Vanderman, était un Luminariste. S’il voulait le devenir lui-même, il n’avait qu’à le lui demander. Toutefois, si Vanderman avait voulu enseigner à Acacia comment devenir Luminariste, il l’aurait déjà fait au lieu de lui cacher tout ce savoir.
Garen jeta un coup d’œil au panneau d’attributs, en bas de son champ de vision. Il avait légèrement changé.
« Force 0,8, Agilité 0,8, Vitalité 0,8, Intelligence 0,4, Potentiel 1872 %. Talent inconnu détecté. »
Sa Vitalité avait déjà augmenté de 0,1, sans doute grâce à l’entraînement de ces derniers jours.
Son regard se posa une nouvelle fois sur le Talent inconnu. Lisez les derniers chapitres sur novelping point com.
« Qu’est-ce que ce Talent inconnu ? Est-ce le talent nécessaire pour devenir Luminariste ? »
Après être resté un moment allongé, il entendit la voix du vicomte Vanderman. Celui-ci semblait interroger Du Qian au sujet de l’incendie. Il insista pour savoir si son fils allait bien et, quand il l’apprit, Garen l’entendit se détendre. Informé qu’il dormait, Vanderman ne tint pas à le voir.
Leurs voix s’éloignèrent, puis le bruit de leurs pas s’évanouit.
Garen se redressa dans son lit et envisagea d’avouer franchement à Vanderman qu’il voulait devenir Luminariste, afin d’évaluer ses chances. En même temps, il fouillait ses souvenirs à la recherche d’informations sur la manière de le devenir.
Ses souvenirs lui permirent de déceler un point essentiel.
Être Luminariste coûtait une fortune.
Pour devenir Luminariste, il fallait faire fondre de l’argent afin de façonner un totem très ouvragé. Il ne se rappelait que les grandes lignes du procédé, mais il n’était pas difficile d’en déduire que ce serait coûteux, puisqu’il fallait de l’argent pour créer les totems.
Garen parcourut les souvenirs qu’il avait reçus et découvrit que l’argent coûtait bien plus cher que l’or, sans parler des autres métaux. C’était différent de la Terre.
Dans ce monde, l’argent était devenu le métal le plus précieux, suivi de l’or.
Les familles nobles de ce monde aimaient se servir de l’argent pour afficher leurs origines prestigieuses. Les vêtements d’Acacia, notamment, étaient en grande partie brodés d’argent.
Garen réfléchit un instant et écarta l’hypothèse d’un problème d’argent. Acacia était lui-même très dépensier, mais le vicomte ne s’était jamais soucié de l’argent qu’il perdait au jeu. Leur fortune devait largement suffire à financer son train de vie.
« Si ce n’est pas une question d’argent, alors c’est autre chose. » Garen s’efforça de se remémorer les souvenirs d’Acacia.
Une scène lui revint vaguement en mémoire.
Lorsqu’il était tout petit, il avait par hasard surpris Vanderman en train de faire quelque chose de mystérieux, qui avait l’air amusant.
Vanderman se trouvait dans une pièce privée. Des lueurs jaillirent de sa main et formèrent dans les airs une silhouette argentée, d’une grande beauté.
Les lueurs argentées s’assemblèrent pour former une sorte de glyphe, mais le souvenir remontait à si longtemps et était si flou que Garen n’arrivait pas à distinguer précisément de quoi il s’agissait.
À ce moment-là, Vanderman remarqua le petit Cia. Il sembla lui prélever une goutte de sang. Ce ne fut pas douloureux, juste engourdissant. Vanderman s’éloigna d’Acacia, puis revint avec un air déçu. Acacia perdit connaissance à cet instant.
Cela avait aussi rendu ses souvenirs confus, et il avait cru qu’il ne s’agissait que d’un rêve. À présent, il semblait que la scène avait pu être réelle.
« Puisqu’il est indiqué que j’ai un “Talent inconnu”, c’est peut-être simplement un talent pour devenir Luminariste. Mais Vanderman avait été déçu. Si le souvenir est exact, cela signifie que son talent n’était pas à la hauteur de ses attentes. » Garen s’assit en tailleur sur le lit et réfléchit. L’Intelligence de ce corps était un peu faible, ce qui nuisait à ses capacités cérébrales et à sa vitesse de réflexion.
« L’Intelligence, c’est son point faible… » Garen soupira, consterné. « Est-ce que je devrais dépenser un peu de Potentiel pour augmenter son Intelligence et m’assurer que mes calculs sont justes ? »
Il avait cru que sa propre Intelligence était faible, mais comparé à celle de ce corps, il devait être un génie. Cette pensée le réconforta quelque peu.
Pensées du traducteur
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Notes du traducteur :
Ici, l’unité de température utilisée par Garen et Luo Jing n’est pas précisée. Mais comme le texte était destiné à un public chinois, on peut supposer qu’il s’agissait du système métrique : environ 1 000 °C, soit 1 832 °F.