Chapitre 191
« Assez parlé ! J’entends parler de vous depuis un moment. À présent, faisons connaissance, nous autres Serpents noirs ! » lança la femme du couple des Serpents noirs d’une voix stridente. « À l’attaque ! »
En un instant, la place résonna de coups de feu et du sifflement des balles. Des tireurs surgirent de toutes les directions et firent feu sur l’évêque des Argentistes, qui esquiva les projectiles avec aisance.
Le couple des Serpents noirs brandit ses armes et attaqua les Argentistes à coups de tirs précis. Avec les assauts de Chris, ils parvinrent à les tenir à distance.
Seul l’évêque évitait leurs attaques en faisant simplement un pas à gauche, puis à droite. Il marcha droit vers la boîte malgré les balles qui sifflaient autour de lui.
Déterminé à l’emporter, le couple des Serpents noirs jeta ses armes et se rua sur lui.
Les trois combattants échangèrent des coups sur la place. En quelques secondes, la femme Serpent noir fut touchée par une paume et projetée au loin ; l’homme Serpent noir fut lui aussi repoussé. L’évêque n’allait pas tarder à s’emparer de la boîte.
Une balle manifestement à blanc s’écrasa sur le pavé, devant la boîte. Étrangement, elle ne traversa pas la pierre et rebondit droit vers le visage de l’évêque.
Boum !
La balle explosa et une flamme dévora l’évêque.
La Serpent noir ricana et essuya le sang qui lui coulait du front. « C’est la première fois que je suis aussi gravement blessée. Voyons si tu esquiveras ça : balle Morsure du serpent ! »
L’explosion projeta une nouvelle fois la boîte en l’air, dans la direction opposée.
L’évêque grogna et se protégea le visage, mais il ne s’en tira qu’avec une légère brûlure. « Meurs ! »
Il oublia la boîte et se précipita sur les deux Serpents noirs.
Les deux camps comptaient parmi les élites les plus puissantes de Picardi, chacun jouissant de sa propre renommée et disposant de nombreux partisans. Les Argentistes avaient une forte influence dans le pays, tandis que les Serpents noirs formaient un syndicat d’assassins de premier plan dans les nations voisines. Aucun des deux camps n’avait des origines modestes ; les membres de leurs organisations étaient tous réputés pour leur férocité et leur ambition. Leur rencontre ici n’avait certainement rien de prémédité.
Les deux camps cherchaient depuis longtemps à s’affronter. L’occasion était idéale.
Les Serpents noirs étaient des assassins prêts à se sacrifier. En voyant l’évêque se ruer sur eux, ils virent rouge et foncèrent à leur tour.
À ce moment-là, les hommes de main de moindre importance s’étaient déjà retirés du combat. Ne restaient sur le terrain que les combattants les plus vifs et les plus agiles, encore blessés.
Le champ de bataille était réservé aux chefs. Les Serpents noirs ne s’étaient pas attendus à ce qu’un pillage tourne en affrontement direct. Ils n’avaient toutefois pas l’intention d’éviter les Argentistes. S’ils n’étaient pas doués pour les attaques-surprises, ils étaient réputés parmi les assassins des environs pour leur cruauté.
Les deux camps s’entremêlaient, échangeant des coups entrecoupés de tirs, et parvinrent d’une façon ou d’une autre à imposer un statu quo. Le sol était jonché de débris et de gravats. Les lampadaires se brisaient et tombaient les uns après les autres.
Boum !
Une gerbe de flammes éclata entre les trois chefs et les força une nouvelle fois à se séparer.
Ayant retrouvé leur équilibre, ils se préparèrent à repartir à l’assaut.
Une silhouette rouge jaillit soudain vers la boîte contenant le Miroir des Textes secrets.
« N’y songe même pas ! »
L’évêque des Argentistes et les Serpents noirs crièrent de fureur d’une seule voix. Tenter de s’emparer de la boîte sous leurs yeux, à tous les trois ? C’était la provocation suprême.
Sans réfléchir davantage, ils attaquèrent tous la silhouette rouge. L’évêque se précipita sur elle, tandis que les Serpents noirs tirèrent deux balles dans sa direction.
Boum !
Les deux tirs explosèrent ensemble, faisant surgir deux boules de flammes écarlates dans les airs.
Au même instant, l’évêque frappa la silhouette. Des gants d’argent couvraient ses paumes, et chacun de ses mouvements soulevait une bourrasque. En pleine poitrine, son coup semblait vouloir trancher son adversaire en deux. Get faster updates on NovelPing.
Psst !
Une épée rouge étincela.
Aïe !
L’évêque des Argentistes poussa un cri et recula de quelques pas, plus vite encore qu’auparavant.
Au même instant, une fine ligne rouge se propagea et atteignit les Serpents noirs en un éclair. Tous deux poussèrent un cri et battirent furieusement en retraite.
Les flammes se dissipèrent lentement, révélant un homme aux traits acérés, immobile. Il tenait une longue épée rouge dont les runes brillaient comme des diamants.
Tchling !
Il plaça l’épée devant lui et la caressa de la main.
« Les mondes gémiront, esprits, disparaissez ! »
Fwouh !
Ses yeux s’illuminèrent d’un rouge fluorescent.
Une terrible explosion psychique jaillit, telle une tempête ravageant la place.
Si quelqu’un avait pu voir la source de cette déferlante, il aurait aperçu un paon rouge. Dans la tempête, ses immenses plumes caudales ondulaient doucement, semant par intermittence des étincelles cramoisies.
Dans la salle, Garen sentit soudain une énorme menace mentale venir de l’extérieur. Cette sensation lui était familière.
« Le moment est peut-être venu… »
Il balaya les lieux du regard.
Le gentleman marmonnait quelque chose dans sa barbe en tenant un objet d’une main.
La jeune Ophany se tenait inconfortablement derrière lui, l’air un peu effrayée.
Des explosions et des coups de feu retentissaient par intermittence, paralysant les survivants de peur. La plupart étaient des notables de la ville, certains même de hauts fonctionnaires.
Confiants dans le gouvernement et les Argentistes, tous attendaient que le chaos extérieur se calme.
Garen observa tranquillement les autres visiteurs, mais ne vit ni Andrela ni le Roi des Cauchemars. Il se demanda où ils étaient passés.
« Ne t’inquiète pas, fais confiance au gouvernement », dit-il doucement à Ophany pour la rassurer.
Ophany déglutit et hocha la tête, anxieuse.
« Pas mal. Nous sommes au quartier général des Argentistes ; ils ne tarderont pas à arriver pour rétablir l’ordre. » Le gentleman acquiesça. « Faire confiance au gouvernement, voilà qui est bien dit. » Il regarda Garen avec appréciation, comme pour lui signifier qu’il attendait de grandes choses de lui.
Interloqué par cette remarque, Garen s’apprêtait à sortir pour prendre part au combat.
Plusieurs ondes de pression mentale, à peine moins puissantes que celle du Flamant rose, affluèrent dans l’esprit de Garen. Elles étaient si subtiles que seul un Grand Maître du combat pouvait les percevoir grâce à ses sens aiguisés. Enjoying the story? Read on at novelping(.)com.
« Flamant rose ! Je ne m’attendais pas à ce qu’on t’envoie ! » Une petite voix de vieille femme s’éleva de l’extérieur.
« C’est bien lui. » Ayant trouvé la réponse qu’il cherchait, Garen hésita, puis décida de s’en tenir au plan initial et d’attendre le signal d’Andrela. Il se calma et continua d’attendre.
Dehors, Katyusha et le propriétaire du Miroir des Textes secrets s’étaient cachés derrière le mur, près de l’entrée, et observaient prudemment la scène.
La place semblait avoir été bombardée par des avions : gravats, terre et poussière étaient éparpillés partout. Les piliers s’étaient effondrés, les statues gisant à côté. Les lampadaires noirs avaient été tranchés net en deux. L’air empestait la poudre et les détonations.
Les Serpents noirs comme les Argentistes avaient été grièvement blessés par l’homme apparu de nulle part.
Parmi les cinq principaux combattants des Serpents noirs, elle était la seule encore debout. Wendy et les trois autres s’étaient enfuis ou avaient été tués. Les deux chefs des Serpents noirs étaient eux aussi grièvement blessés : ils avaient tous deux perdu le bras gauche en un instant au cours du combat.
Mais les Argentistes étaient dans une situation encore pire.
Celui qu’on surnommait le Bouclier inébranlable, Marvin, un homme noir, ainsi que deux autres Grands Maîtres du combat, avaient été mis à terre par la ligne rouge et n’avaient pas réussi à se relever.
L’évêque des Argentistes avait eu les mains tranchées au niveau des poignets ; son sang coulait de ses manches. Il fixait le Flamant rose, terrifié et incrédule.
Même attaqué à la fois par tant d’élites, cet homme avait pu les abattre un à un comme des poulets. La lumière rouge illusoire possédait un pouvoir destructeur extrême. Peu importait qu’il s’agisse de balles, d’explosions ou de combats au corps à corps : dès que la lumière rouge vacillait, toute attaque dirigée contre lui était neutralisée.
Face à lui, tous les combattants d’élite n’étaient que du bétail. Il pouvait tuer n’importe lequel d’entre eux à tout moment.
Comme si cela ne suffisait pas, quiconque le regardait se retrouvait aussitôt paralysé, à l’exception de l’évêque et des deux Serpents noirs.
Sans l’arrivée des renforts, ils auraient tous été exterminés.
« Flamant rose ! Je ne m’attendais pas à ce qu’on t’envoie ! »
À une dizaine de mètres du Flamant rose se tenaient quatre vieillards vêtus de noir. À leurs côtés, une jolie brunette portait deux griffes de métal doré qui prolongeaient sa portée comme dix pointes d’acier froid.
Celle qui venait de parler était une femme aux cheveux gris. Elle fixait froidement l’homme aux cheveux blancs, tout comme les trois autres. Tous portaient sur la poitrine un emblème d’or sombre en forme d’hydre à trois têtes.
« Encore toi. » Le Flamant rose fronça les sourcils, comme s’il se remémorait de mauvais souvenirs. « La dernière fois, tu as failli me faire échouer. Comment oses-tu te montrer de nouveau devant moi ? »
« Le Miroir des Argentistes n’est pas à ta portée, dit la vieille femme. Julie, à toi. »
« Laissez-moi faire », répondit la brunette.
Un certain temps passa tandis que Garen restait caché dans la salle. Il entendait les bruits du dehors s’atténuer peu à peu. Les renforts arrivés plus tôt avaient disparu d’une manière ou d’une autre ; il n’en entendait plus parler.
Inconsciemment, il toucha l’endroit de sa poitrine où le pendentif en forme de livre avait été suspendu. Il l’avait caché dans le coffre-fort de sa chambre d’hôtel avec le Trône de l’Épée dorée, de peur qu’il ne soit détruit.
« Que se passe-t-il ? Pourquoi n’entend-on plus rien dehors ? » demanda le vieux gentleman, perplexe.
« Je n’en sais rien, mais ne sortons pas tout de suite. » Garen secoua la tête. « Si l’on pouvait sortir sans danger, quelqu’un serait venu nous chercher. »
« Vous avez l’air plutôt calme. Pas mal. Quand tout sera terminé, je vous ferai goûter quelques-uns des vins que je viens de recevoir du domaine viticole de Tina. » Le vieil homme ne semblait pas le moins du monde inquiet.
Boum !
Avant qu’il ait pu finir, la porte d’entrée et le mur qui l’entourait furent soufflés par une force invisible, dévoilant la scène extérieure.