Chapitre 1 291
Le fait d’obtenir d’Ann des informations aussi détaillées dépassait déjà ses attentes.
Les informations consignées étaient nombreuses, et même la mémoire héréditaire de la Race draconique n’était pas aussi précise. Garen comptait rapporter davantage de bonnes choses la prochaine fois qu’il s’y rendrait.
Les Cieux, le Plan principal et l’Abîme.
Les noms de ces trois lieux lui traversèrent l’esprit. Ils constituaient le cœur le plus fondamental de cet univers.
Personne ne savait exactement quelle était la taille du Plan matériel principal ; il ressemblait à une sphère gigantesque. Garen se rappela la scène qu’il avait vue à son arrivée : tout, sur le plan, était jaune-brun. Il ignorait ce qu’étaient ces objets semblables à des boules de coton ; il savait seulement qu’ils étaient fixés à la surface du Plan matériel principal.
« Dommage que ce livre ne parle pas de la géographie des plans… » Il secoua la tête et referma complètement le livre.
Il était venu avant tout pour trouver l’origine de l’Épuisement du Ruisseau-Mère, mais il n’avait toujours rien découvert.
À la place, il avait été témoin de la puissance absolue des êtres les plus forts de ces lieux. Les lois et les restrictions étaient capables de réduire leur force de plusieurs niveaux, au minimum.
Au sommet de sa puissance, dans le Monde des méchas, il avait atteint le Niveau planétaire, qui lui permettait de détruire des planètes. Mais, ici, le Niveau planétaire était réprimé à un degré absolument terrifiant. D’après les informations détaillées consignées dans les livres, il équivalait à peu près au niveau d’un demi-dieu. Même s’il retrouvait toutes ses capacités au maximum, il lui serait toujours impossible de détruire une planète entière ; en revanche, détruire un plan restait envisageable.
Garen était accroupi dans la grotte. Le territoire restreint du Clan des dragons blancs ne limitait plus son champ de vision : il pouvait désormais porter son regard au loin, vers d’autres lieux.
Après avoir fait le point sur sa situation, Garen se déclara extrêmement satisfait de la progression de son corps.
Bien que l’amélioration de ses attributs exigeât désormais trois points de Potentiel pour obtenir le moindre progrès, il avait tout de même réussi à atteindre le chiffre impressionnant de soixante. Son corps avait presque atteint le plus haut niveau possible, même pour un Dragon adulte, et se rapprochait du sommet de la puissance d’un dragon blanc.
Phosphorus, le plus puissant guerrier de la Race draconique blanche, n’aurait probablement pas pu dépasser ce niveau sans l’intervention d’autres forces extérieures. Seuls ses autres domaines étaient supérieurs à ceux de Garen, ce qui lui permettait d’aller au-delà de cette limite physique.
Il ne faisait aucun doute que l’Aura draconique de Phosphorus était de niveau neuf.
Garen repensa alors à l’histoire du Roi Gus. Il ne voulait pas conclure à la légère un Contrat éternel avec lui. Il serait difficile de savoir si une relation bâtie sans confiance serait bénéfique ou néfaste à l’avenir.
« Garen ! Garen ! » Soudain, la voix de Safour retentit à l’extérieur.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
Garen se leva, et Safour accourut dans la grotte.
« Leona, Leona vient de signer le Contrat éternel avec la famille royale de Deladia ! s’exclama Safour, affolé. Vite, viens voir ! Beaucoup de dragons sont déjà partis. » Ignorant la conversation entre Garen et Leona, il était arrivé, l’air profondément stupéfait.
Il fallait savoir qu’un Contrat éternel signifiait qu’on abandonnait la moitié de sa vie à un simple mortel !
Par exemple, si une personne ordinaire était censée vivre jusqu’à quatre-vingts ans et qu’elle en cédait la moitié à un autre être, elle ne vivrait plus que jusqu’à quarante ans. Pour les dragons blancs, mourir dans la force de l’âge était évidemment une terrible épreuve.
« Allons-y. »
Garen ne fut pas surpris ; il ne s’attendait simplement pas à ce qu’ils agissent aussi vite.
Il suivit Safour hors de la grotte en volant. Après avoir franchi un petit pic enneigé, ils aperçurent en contrebas une dizaine de dragons blancs rassemblés dans la neige. Certains étaient des dragons adultes, d’autres de jeunes dragons, mais la plupart étaient de jeunes dragonneaux. Quelques jeunes gens vêtus d’habits royaux se trouvaient parmi eux.
Garen et Safour atterrirent et repérèrent Leona et Boris dans la foule. Les deux dragons avaient l’air déterminé : de toute évidence, ils avaient mûrement réfléchi à leur décision.
En voyant Garen arriver, ils lui adressèrent un léger signe de tête, puis restèrent auprès de deux jeunes gens. L’un était un garçon, l’autre une fille. Leurs traits semblaient délicatement sculptés ; ils étaient ravissants et avaient l’air très doux, mais les gardes qui les entouraient n’étaient que de simples élites de niveau trois. À l’évidence, ils n’étaient pas les membres les plus importants de la famille royale.
Plusieurs dragons adultes gardaient la bouche fermée, mais une onde sonore discrète circulait dans l’air. Ils utilisaient manifestement un sort semblable à la ventriloquie et communiquaient avec Boris et Leona.
Garen reconnut le père de Leona parmi les dragons adultes. C’était un dragon blanc faible. Lorsque sa fille avait été maltraitée, il s’était fondu dans la foule, sans oser se montrer. À présent, face à sa fille, forte et déterminée, il affichait toujours un air triste.
Mehsa, la sœur de Leona, était également présente. Elle se tenait silencieusement sur le côté, le visage assombri par la tristesse.
Quant à Boris, son oncle, un dragon blanc ordinaire, était là lui aussi, l’air impassible.
« On dirait que tu es déjà décidé, quoi que je puisse dire.
— Oui. »
Boris hocha la tête.
« Très bien, alors », répondit son oncle avec indifférence. À l’époque où Boris avait été maltraité, il n’était pas intervenu pour l’aider non plus. Les dragons qui se souciaient vraiment de Boris et de Leona avaient déjà été arrêtés en même temps que les Grands Anciens.
Les autres n’étaient pas particulièrement proches d’eux et leurs liens étaient ténus.
Garen resta sur le côté à les observer un moment. Il ne se fraya pas un chemin jusqu’à eux pour les saluer. C’était leur décision. Le Troisième Ancien ne pouvait que recourir à de telles méthodes pour résister temporairement.
« Allez, rentrons », dit Garen en secouant la tête. Maintenant que tout était joué, Leona et Boris allaient peut-être bientôt les quitter, et qui savait s’ils se reverraient un jour ? Ils devaient suivre les Contractants jusqu’à l’Empire de Deladia pour y vivre. Pour eux, cet endroit n’était qu’un lieu de souffrance. Peut-être qu’un jour, lorsqu’ils seraient assez puissants, ils pourraient revenir venger leurs ancêtres et les libérer. Mais ce jour était encore bien loin.
« Mais… ! » Safour voulut ajouter quelque chose, puis s’aperçut que Garen était déjà parti en volant.
Garen ne craignait pas que ces deux-là aient des ennuis. Même le Troisième Ancien ne pensait pas que ces deux petits dragons puissent causer le moindre problème. On ne devenait pas niveau neuf si facilement, surtout après avoir perdu la moitié de sa vie.
Comme prévu, peu après son retour à la grotte, Garen apprit que Boris et Leona étaient partis avec le groupe pour l’Empire de Deladia. Au total, cinq dragons blancs de tout le Clan des dragons blancs avaient signé un Contrat éternel ; Boris et Leona étaient du nombre.
Avec deux connaissances en moins, la vie de Garen devint encore plus monotone.
Safour, Sathree et Satwo étaient toujours introuvables. Quand ils ne participaient pas à des chasses, ils s’amusaient avec les jeunes dragonneaux. Ils oublièrent bientôt la séparation et la tristesse qu’elle avait entraînée. Après tout, ils n’étaient encore que des enfants.
Garen resta assis dans la grotte à méditer.
Il possédait une grande expérience des arts martiaux, mais n’avait pas encore été capable de l’exploiter pleinement. À cela s’ajoutait sa compréhension des lois de différents mondes : après avoir voyagé entre tant de mondes, il s’était forgé sa propre conception des lois qui les régissaient.
Il commença à mieux comprendre certaines limites et inconnues, puis se remémora tous les systèmes auxquels il avait été confronté jusqu’alors.
Le système des techniques secrètes, la Lumière totémique, les Sorcières et le pouvoir des Sang-purs, les Écritures du Phénix sacré et, parmi les plus puissants, le système de Volonté du Monde des méchas ainsi que celui des Machinistes énergétiques.
« Même si ce monde est extrêmement répressif, il est très ouvert aux différents systèmes. Ils sont tous utilisables, mais certaines forces puissantes sont réprimées de plusieurs niveaux par rapport à leur puissance d’origine. Ainsi, seuls le système des techniques secrètes et celui des Machinistes énergétiques peuvent être employés de toutes les façons. »
« La Volonté nécessite diverses techniques de mécha, donc ça ne marchera pas. Beaucoup de matériaux sont différents ici ; reprendre l’étude des matériaux depuis le début serait très compliqué et prendrait trop de temps. La Lumière totémique sert principalement à faire évoluer ou régresser les créatures et à trouver la partie la plus puissante de leur fragment génétique. Mais c’est un système de connaissances et, si jamais il était révélé, il attirerait probablement beaucoup d’attention. Mieux vaut donc éviter de l’utiliser si possible. Il reste les Sorcières et le pouvoir des Sang-purs, qui reposent surtout sur une technique de Tissage des rêves à travers les mondes dimensionnels. Je ne comprends pas encore très bien tout ça et ça me semble immense. Je pourrai peut-être essayer un autre jour. »
Garen passa en revue tous les pouvoirs dont il avait été témoin et les examina un à un pour voir lesquels pourraient lui être utiles.
Maintenant que son corps avait atteint un certain stade de transformation, il fallait le faire évoluer. Cela prendrait beaucoup de temps et sa force ne pourrait probablement pas augmenter de manière significative en peu de temps. Il devait donc trouver une autre solution.
« Je dois reprendre l’entraînement de ma Volonté de Machiniste énergétique, mais ce n’est pas urgent pour le moment. En revanche, mon Essence de confinement du Vide peut être activée par le pouvoir des rêves. Voyons si je peux m’en servir ici. »
Les Créatures du Vide et les sorciers étaient tous des maîtres dans l’art de contrôler les rêves. Garen ne l’avait jamais compris, mais maintenant que son Anneau spirituel avait réellement atteint le Niveau de seigneur démon intermédiaire, il pressentait que la notion de rêve dépassait légèrement l’essence de l’espace-temps. C’était une existence à la fois très étrange et mystérieuse.
Bien que les restrictions fussent peu sévères ici, même une faible trace d’Énergie spirituelle ne pouvait s’échapper de son corps. Sa compréhension de l’Essence de confinement du Vide ne s’appliquait probablement pas encore aux objets étrangers. En revanche, la situation pouvait être différente dans un rêve.
Garen réfléchit un instant, puis examina les points de Potentiel qu’il avait accumulés.
« Safive — Force 57, Agilité 57, Constitution 50, Intelligence 19. Points de Potentiel : 723 %. Limite spirituelle : 170, Aura draconique de niveau cinq. Bases de l’art arcanique de niveau un. »
Son Intelligence n’avait que légèrement augmenté pendant tout ce temps, tandis qu’il ne lui restait que sept points de Potentiel. Son Aura draconique avait atteint le niveau cinq, mais ses Bases de l’art arcanique n’étaient encore qu’au niveau un : il ne s’y était pas investi et n’avait tout simplement pas envie de progresser dans ce domaine pour le moment. Cette force de combat demandait trop de temps.
« Sept points d’attribut… ça devrait suffire. Ça vaut la peine d’essayer pour retrouver rapidement ton niveau maximal », se dit Garen, qui se rappela la méthode d’entraînement des sorciers. Il s’accroupit lentement au sol, ferma les yeux et se laissa peu à peu gagner par le sommeil.
Si les Créatures du Vide naissaient avec la capacité de contrôler les rêves, les sorciers et les Sorcières, eux, l’acquéraient après leur naissance et devaient s’entraîner pour la maîtriser.
L’âme de Garen appartenait au Seigneur démon ; contrôler les rêves lui était donc aussi facile que boire de l’eau.
En une minute, il s’endormit.
Depuis son arrivée dans ce monde, c’était la première fois qu’il rêvait. Les autres fois, il s’était simplement reposé.
Après que son esprit se fut brouillé un instant, Garen se retrouva soudain à flotter dans le ciel, au-dessus d’une terre désolée. Il n’avait plus son corps de dragon blanc ; son visage et son corps humains flottaient dans les airs.
Au-dessus de lui, des nuages gris obscurcissaient le ciel. Hormis eux, on ne distinguait rien d’autre qu’une étendue de terre désolée, gris brun, sillonnée de traces semblables à celles de mille-pattes. Pas un arbre, pas une créature : seulement un silence de mort.
« C’est étrange. Pourquoi est-ce que je rêve d’un endroit pareil ? » marmonna Garen en cherchant ce qui pouvait bien clocher dans ce rêve.
Les rêves comportaient plusieurs niveaux. Le premier était celui du souvenir et des illusions, influencés par la mémoire instinctive de l’être vivant ; toutefois, les rêves de ce niveau dissimulaient le plus souvent un sens caché.
Lorsqu’un être vivant dormait, il pouvait recevoir des informations plus claires et accéder à des capacités qui lui échappaient à l’état de veille. Dans des circonstances normales, il pouvait découvrir d’autres mondes que les créatures ordinaires ne percevaient pas.
L’Énergie noire et le Monde de la Substance noire n’en étaient qu’une partie. Dans ces conditions, les créatures pouvaient entrer en contact avec des êtres qui leur étaient inaccessibles à l’état de veille et percevoir différentes symboles mystérieux.
Quant à ces signaux, ils se transformaient tous en stimuli et se reflétaient dans le rêve. Comme le cerveau était incapable de les interpréter, ils devenaient des éléments illogiques du rêve.