Chapitre 1 282
Garen enveloppa alors le Noyau du Chevalier souffrant dans une feuille et l’attacha à l’arrière de sa patte arrière, afin de pouvoir renforcer son Énergie spirituelle quand bon lui semblerait.
Si elle était dix fois plus puissante, il pourrait obtenir trente points de Potentiel par mois. Cela réduirait considérablement le temps nécessaire à sa progression !
Dix ans tout au plus lui suffiraient ! Il pourrait alors retrouver sa puissance maximale et détruire une planète entière !
La tentation était incroyable : à l’avenir, il n’aurait plus besoin de chercher des ressources aux quatre coins du monde, au risque de se mettre en danger. Il lui suffisait de coopérer avec elle pour ses expériences.
« Deuxième option : tu coopères avec moi pour mener mon expérience à bien et j’ajuste ton âme afin de te conférer un pouvoir tout aussi puissant. »
La femme s’exprima d’un ton calme.
« Toi. Laquelle vas-tu choisir ? »
Le gouffre retomba dans le silence tandis qu’une substance subtile s’insinuait dans la conscience de Garen pour tenter de le séduire et d’ébranler ses convictions. Elle semblait émaner du corps de la femme. Incolore, inodore et informe, elle ressemblait à un ver.
Garen ne répondit pas tout de suite. La femme semblait ne pas avoir la moindre notion du temps ; elle demeura immobile, attendant sa réponse.
Peut-être ces êtres comptaient-ils le temps en années, et une année ne représentait-elle pour eux qu’une sieste d’après-midi.
« Je… » finit par dire Garen. Une demi-heure s’était écoulée avant qu’il ne prenne la parole.
« Je ne veux rien. » Il lâcha ces mots à contrecœur. Il se sentait bien malchanceux : la première option comme la deuxième représentait une tentation irrésistible. C’était comme si l’on déposait un mets délicieux devant un affamé, ou un verre d’eau fraîche devant quelqu’un qui mourait de soif.
« Pour vous remercier de m’avoir sauvé la vie, je ne veux rien et je coopérerai sans réserve à vos expériences ! »
Garen résista à la tentation et au dilemme qui le déchiraient. Il sentit son Anneau spirituel devenir plus pur qu’auparavant. Il avait repoussé la tentation intérieure et pris une décision conforme à ses désirs, sans se laisser influencer par des facteurs extérieurs. C’était aussi une forme d’entraînement.
« Tu ne veux rien ? » La femme en fut stupéfaite.
Elle réfléchit un instant, puis son regard s’éclaira, comme si elle avait compris.
« Je vois… » Elle semblait avoir remarqué le léger changement dans l’âme de Garen et, pour la toute première fois, son visage exprima quelque chose.
« Tu as résisté à la tentation et pris une décision en accord avec tes convictions. Impressionnant. Puisque tu as fait ton choix, que dirais-tu de revenir ici chaque année, à la même date, pour m’aider dans mon expérience ? Cela te convient-il ? »
Garen acquiesça.
« J’ai compris ! »
« Tu dois comprendre que cette décision t’appartient. Je ne te donnerai aucune récompense », répéta la femme.
Elle le regarda en silence un moment, puis la surface de la membrane lumineuse trembla.
La fumée noire, semblable à une multitude de visages, se rassembla rapidement et se fondit autour du cou de Garen, où elle se condensa en un long collier raffiné, orné d’une fine gemme noire.
« Ce collier te permettra d’entrer ici sans avoir à déployer autant d’énergie pour y parvenir. Aucun être vivant ne peut pénétrer en ce lieu sans ma permission », dit-elle calmement.
« Compris. » Garen baissa la tête et toucha le collier. Il était froid et dégageait une sensation étrange de pureté, comme s’il touchait une eau limpide. La sensation était singulière : il avait pourtant bien un objet sous les doigts.
« Je m’appelle Garen. Et vous… »
« Tu peux m’appeler Ann. » La femme ferma les yeux tandis que la membrane lumineuse retrouvait son état trouble ; on ne pouvait plus distinguer ce qui se trouvait à l’intérieur.
« Ann… ? » répéta Garen.
Ann ne répondit pas ; de toute évidence, elle ne souhaitait plus discuter avec lui.
Garen réfléchit un instant, puis s’envola hors du gouffre en direction de la crevasse.
À sa grande surprise, les visages de fumée noire n’osèrent plus voler autour de lui une fois le collier de gemme noire passé à son cou. Ils l’évitaient, comme s’ils le craignaient.
Ann lui avait appris l’information la plus importante. Si elle ne lui avait pas menti, Garen savait désormais que son pouvoir inné était l’un des produits accidentellement réussis parmi les dizaines de millions de médicaments créés par Anguru Byron, le Dieu de la Pharmacie.
Garen ne voyait aucune raison pour Ann de lui mentir ; ses paroles lui semblaient donc tout à fait crédibles.
Il continua d’y réfléchir tout en regagnant le monde extérieur.
Si l’anomalie de son âme était réellement due à un médicament de ce monde, cela signifiait que le dieu de ce monde pouvait communiquer avec celui où se trouvait la Terre, son monde d’origine.
Cette pensée le remplit d’excitation. Tant d’années avaient passé. Son désir le plus profond était de retourner sur Terre et de revivre la journée précédant sa transmigration. Il se sentait de plus en plus épuisé à force d’errer encore et encore dans d’autres mondes, au fil de ses transmigrations.
Il avait toujours essayé de rentrer, mais n’avait trouvé aucune information sur son monde.
Lorsqu’il sortit de la crevasse, les deux Chevaliers souffrants qui l’attendaient furent les premiers êtres qu’il aperçut en flottant au-dehors.
« Enfin sorti. Je croyais que tu étais déjà mort là-dedans », ricana le Chevalier souffrant qui tenait la Lance du Chevalier souffrant.
« Je pensais pouvoir t’abattre en un instant, mais c’est nous qui avons failli tout faire rater. Voyons comment tu vas nous échapper cette fois », lança son adversaire avec une assurance extrême.
Garen tenta de sentir la présence d’Ann derrière lui, mais elle ne réagissait pas du tout. On aurait dit qu’elle avait décidé de ne pas intervenir. La dernière fois, elle avait été de bien meilleure humeur lorsqu’elle l’avait aidé.
Il ne pouvait plus espérer qu’Ann lui prête à nouveau main-forte.
Deux Chevaliers souffrants de niveau sept… Tss, même parmi les morts-vivants, ils comptaient parmi les plus puissants, juste en dessous des redoutables Chevaliers d’horreur de niveau neuf. Ils formaient l’élite de leur ordre. Dans la civilisation humaine, un être de niveau sept pouvait devenir le seigneur d’un pays lointain et recevoir le titre de comte.
Quant à l’Empire de Deladia, situé au nord, c’était un empire d’une puissance incroyable. Que deux êtres de ce niveau puissent surgir en pleine nature… Garen ne pouvait s’en prendre qu’à son incroyable malchance.
« Ann ne m’aidera pas, mais je lui ai promis de l’assister pour mener son expérience à bien. Si ma vie est en danger, ses expériences ne pourront jamais aboutir, n’est-ce pas ? Ça veut dire que… » Garen avait pris sa décision. C’était plutôt culotté de sa part, mais il devait l’emporter ; il était donc prêt à faire fi de sa honte.
Il ricana intérieurement en observant les deux Chevaliers souffrants de niveau sept, le regard mauvais. Il allait se servir d’eux pour tester l’attitude d’Ann à l’égard de son expérience.
« Vous deux. » Garen tendit sa griffe de dragon. « Attaquez-moi ensemble. »
Il leur lança un regard méprisant.
Comme prévu, les deux Chevaliers souffrants ne se laissèrent pas facilement irriter par son geste et décidèrent de l’attaquer de concert.
Une vapeur de lumière noire se rua sur lui, tandis que des symboles rouges apparaissaient simultanément sur l’épée et la lance. Leur lueur, semblable à celle d’un brasier, explosa soudain et les engloutit tous les trois. Ils disparurent instantanément dans les airs.
« Le Combat à mort ultime ! » Les deux Chevaliers souffrants et Garen apparurent au même instant dans une dimension rouge et étroite. Ils semblaient enfermés dans une sphère.
Les deux Chevaliers souffrants poussèrent un cri et se ruèrent ensemble sur Garen. Dans un espace aussi exigu, il ne pouvait esquiver ; une sorte de loi semblait même l’en empêcher. Il ne lui restait qu’à les affronter de front !
Les deux Chevaliers souffrants avaient créé une règle dimensionnelle entièrement à leur avantage. Fondée sur le monde réel, elle se tenait pourtant au-dessus de lui. Garen n’avait encore jamais été témoin d’une telle puissance.
Pourtant, Garen n’avait jamais craint d’affronter ses adversaires de front ! C’était aussi une bonne occasion de tester ses limites.
Garen rassembla toutes ses forces et, au moment de les libérer, une douleur atroce lui transperça la taille ! Pris au dépourvu, il perdit toute la puissance qu’il venait de réunir. Ce bref instant de retard ne lui laissa d’autre choix que de regarder les armes des deux Chevaliers souffrants fondre sur lui.
Ses écailles se hérissèrent tandis qu’un danger intense s’approchait à toute vitesse.
Aura draconique !
Boum !
Garen rassembla aussitôt une aura draconique de niveau trois et la fit exploser devant sa poitrine, plutôt que contre les armes qui se ruaient sur lui.
Boum !
L’explosion projeta son corps légèrement en arrière, lui permettant d’éviter les deux armes qui arrivaient.
Après avoir échappé au danger, Garen réorienta la force de tout son corps et se recroquevilla en boule.
Fiiou !
Puis il déploya son corps et attaqua de ses griffes de dragon, tout en utilisant la Lame de pression glacée et la Technique de vibration. Au même moment, les ailes de son dos se mirent à vibrer à haute fréquence. Ses quarante-sept points d’Agilité furent aussitôt poussés à leur limite, toute sa force concentrée dans ses griffes de dragon.
C’était la Griffe du dragon sans rivale, absolument invincible ! Elle visait la poitrine de l’adversaire !
Garen ignorait pourquoi lui était revenue la réplique d’un certain film qu’il avait vu autrefois. Mais sa posture du moment pouvait bien passer pour une attaque de griffe de dragon parfaitement authentique, non ?
Cette idée saugrenue lui vint à l’esprit, transformant ce qui aurait dû être une posture terriblement puissante en une posture effroyable.
Ses griffes fonçaient droit vers la poitrine des Chevaliers souffrants…
« Comment oses-tu ! » À sa grande surprise, le Chevalier souffrant armé de la Lance du Chevalier souffrant était une femme. Elle était à la fois gênée et furieuse. Elle avait déjà poussé sa force à l’extrême, mais sa colère la poussa à en tirer jusqu’à la dernière once.
Les griffes de dragon, la lance de chevalier et les épées noires s’entrechoquèrent dans la dimension rouge.
Les griffes de dragon, d’une dureté incroyable, se fendirent avant d’éclater en millions de fragments. Ses deux mains faillirent être arrachées. Seule sa défense exceptionnelle, ainsi que ses quarante points de Vitalité, les empêchèrent de l’être. Malgré tout, il avait terriblement souffert.
Le sang blanc du dragon gicla de toutes parts tandis qu’il était projeté contre la paroi intérieure de la sphère rouge.
Il n’était, après tout, que de niveau six. Le fait qu’il n’ait pas été tué sur le coup par deux êtres de niveau sept aurait déjà stupéfié tout le monde.
Pourtant, il fut surpris de voir les deux Chevaliers souffrants devant lui soudain privés de toute défense : ils ne le poursuivirent pas immédiatement. Immobiles, ils sortirent chacun un petit rouleau jaune de l’ouverture de leur épaulière. Le rouleau, noué d’un fil rouge, était sur le point d’être déroulé : tous deux s’apprêtaient à l’ouvrir.
« Comment osez-vous ! »
Soudain, toute la dimension rouge se mit à trembler.
L’espace se brisa, dévoilant la montagne enneigée et le lac bleu qui s’étendaient hors de la dimension rouge.
La voix d’Ann surgit instantanément d’un lieu inconnu, portée par une force invisible qui s’abattit sur les deux Chevaliers souffrants.
Boum !
Les deux Chevaliers souffrants s’embrasèrent aussitôt d’un feu noir. Celui-ci ne dégageait pas une chaleur intense, mais une aura terriblement glaçante.
« Épargnez-nous ! » crièrent les deux Chevaliers souffrants.
Crac !
Une lueur noire passa devant Garen et l’aveugla. Les deux Chevaliers souffrants en flammes disparurent aussitôt, comme s’ils n’avaient jamais existé.
Il leva les yeux vers le ciel, stupéfait…
« C’est déjà fini ? »