Chapitre 1 267
« Quant à ces petits, si je fais un peu plus attention, ils ne devraient pas me poser trop de problèmes. »
Garen avait pris sa décision. Il quitta discrètement le groupe et se dirigea vers un autre coin. Tous les Dragonneaux étaient distraits par les forces qui émanaient de l’intense combat ; aucun ne remarqua donc son départ.
En longeant la paroi de neige, Garen marcha lentement jusqu’à une crevasse et écouta le tumulte à l’extérieur.
Pour obtenir la Stalagmite de glace, ses capacités actuelles ne suffisaient pas tout à fait. Il lui fallait donc recourir à d’autres méthodes.
Garen fit une fois le tour du champ de bataille. Une équipe de quelques Dragonneaux se cachait dans les environs ; lorsqu’il s’approchait de certains endroits, il sentait leurs regards lui brûler le dos. Plusieurs étaient clairement menaçants.
Il n’en fut pas troublé et poursuivit ses recherches, mémorisant les lieux.
Un plan simple, mais plutôt brutal, prit forme dans son esprit.
« Peu importe. Il faut juste que Leona et les autres évitent le coup. »
Garen repassa ce plan simple dans sa tête encore et encore, puis se décida enfin à agir.
Au plus profond de la tempête de neige.
À l’extérieur du tunnel, on aurait dit deux cercles, un grand et un petit, blottis l’un contre l’autre.
Dans le premier cercle, plusieurs Iguanes géants s’entretuaient autour d’une pierre pointue et brisée. Derrière eux, dans le second cercle, de nombreux Dragonneaux attendaient en embuscade.
Le tout ressemblait à une brochette de fruits confits.
Un Dragonneau, lui, s’envola hors du tunnel, vers le haut et l’extérieur. Bravant le vent et la neige, il atterrit au sommet de la montagne circulaire qui ressemblait à cette brochette de fruits confits.
La tempête de neige était si dense qu’il ne voyait absolument rien. Mais, grâce à sa mémoire prodigieuse et à ses capacités de calcul, Garen repéra rapidement un endroit situé au-dessus de l’une des équipes embusquées.
Il grava soigneusement cet emplacement dans sa mémoire, puis partit en chercher d’autres.
« Hein ? Où est passé Garen ? » Leona remarqua qu’il manquait quelqu’un dans son groupe et en fut aussitôt perplexe.
« Je l’ai vu sortir tout seul, mais je ne sais pas ce qu’il est allé faire, répondit honnêtement Saszt.
— J’ai toujours l’impression que Garen est un peu mystérieux. Je ne sais pas si c’est moi, mais il a l’air d’aimer faire cavalier seul, lança Boris, mécontent.
— Je trouve aussi, un peu. » Leona acquiesça.
« Ce n’est qu’un Dragonneau, laissons-le de côté pour l’instant, dit Toni avec indifférence. On peut continuer à coopérer comme ça, non ? S’il n’y a pas de problème, on s’en tient à ça ?
— D’accord. Dès que le combat commencera, on éliminera d’abord les autres Dragonneaux, approuva Boris.
— Alors, c’est décidé. »
Les deux camps formèrent une alliance provisoire.
Les autres Dragonneaux ne possédaient pas d’Enchantements ; ils n’avaient donc pas voix au chapitre. Ils ne pouvaient pas quitter ces chefs pour agir seuls, comme le faisait Garen. Sans sort offensif de niveau cinq, ils ne pouvaient pas tuer un Iguane géant de niveau quatre. Ils se feraient plutôt traquer et massacrer.
« Tss, on dirait que Toni a trouvé du soutien. On fait quoi ? » Dans une autre grotte creusée, plusieurs Dragonneaux s’étaient rassemblés et discutaient à voix basse.
« Pas de problème. On reste ici quoi qu’il arrive, et on ne sort qu’une fois leur combat contre les Iguanes géants à peu près terminé. Ils peuvent garder ces quelques Noyaux de cristal : notre véritable objectif, c’est la Stalagmite de glace !
Un Dragonneau à la peau légèrement rougeâtre parla doucement. Lisez ce roman sur NovelPing pour une expérience optimale.
« On peut vraiment faire ça ?
— Bien sûr ! Avec mon équipement magique, il n’y aura pas le moindre problème ! » Le Dragonneau rougeâtre affichait une grande assurance. « Ensuite, on les prendra tous par surprise ! Hé hé hé… S’ils sont grièvement blessés, on pourra exiger qu’ils nous remettent tous leurs Noyaux de cristal.
— Deth, tu es un génie ! » Les autres Dragonneaux poussèrent des exclamations admiratives.
« Bien. Tant que vous avez compris. Vous ne regretterez pas de m’avoir suivi ! » Deth était extrêmement satisfait de lui-même.
Garen était étendu sur une très haute falaise. En contrebas, tout était d’une blancheur immaculée. Il ne voyait ni n’entendait rien : les hurlements de la tempête couvraient les bruits du combat entre les Iguanes géants.
D’ici, il ne pouvait ni voir ni entendre quoi que ce soit.
Mais ce n’était pas grave : Garen avait déjà déterminé sa position grâce à son sens de l’orientation et à sa mémoire. Le champ de bataille des Iguanes géants se trouvait juste sous lui.
Son intelligence dépassait de loin celle des autres Dragonneaux.
Le cerveau d’un Dragon blanc n’était pas particulièrement développé ; il ne pouvait donc naturellement pas rivaliser avec ses dix-sept points.
Il fit rapidement ses calculs.
Garen se mit à entailler le sol dur de ses griffes, en utilisant sa Lame de pression glacée.
Il martela et poignarda le sol, creusant de profondes entailles à chaque coup. Il avait déjà mémorisé le relief et le tracé des lieux.
Il ne lui fallut pas longtemps pour creuser une large cavité dans cette falaise enneigée, grosse comme un éléphant, au point qu’elle pouvait s’effondrer d’un instant à l’autre.
Il ne pouvait y parvenir que grâce à la Lame de pression glacée, une technique de griffes extrêmement tranchante.
Sans hésiter, Garen s’envola, puis se laissa retomber de tout son poids.
Crac.
Toute la falaise enneigée résonna d’un craquement sec, et le dernier point d’attache céda aussitôt.
Au milieu des hurlements de la tempête, ce petit craquement ne fut ni particulièrement perçant ni très net : il fut entièrement étouffé. Garen vit la falaise enneigée, grosse comme un éléphant, dévaler la pente dans un grondement.
Peu après, boum !
Un grondement énorme retentit, suivi de puissants cris de douleur venant d’en bas. On aurait dit qu’il avait réussi à toucher un Iguane géant !
Garen tendit l’oreille, mais ne parvint pas à déterminer quel Iguane avait été touché. Peu importait : tant qu’il en avait atteint un et brisé l’équilibre des forces, il considérait l’opération comme réussie.
Un combat avait dû éclater là-dessous.
Garen se hâta de rejoindre l’endroit où les autres Dragonneaux se cachaient.
Reprenant la même méthode, il se mit à découper d’autres gros blocs de glace. Il lui arrivait de tomber sur de la roche, qu’il tranchait alors tout aussi facilement. Les griffes des dragons avaient toujours été acérées et mortelles. Avec sa technique spéciale, leur tranchant augmentait de façon exponentielle.
Un autre grondement retentit, et un nouveau bloc de glace dévala la pente.
Cette fois, il n’entendit aucun bruit provenant des Dragonneaux, sans doute à cause de la violence de la tempête. Quoi qu’il en soit, Garen savait avec certitude qu’il avait attiré l’attention des Iguanes.
Cette cachette était la plus proche des Iguanes. Dès qu’un Dragonneau serait blessé, l’odeur du sang serait aussi visible qu’un phare dans la nuit pour les Iguanes géants et leur odorat aigu.
Et lorsqu’ils découvriraient une embuscade, ils achèveraient à coup sûr les Dragonneaux cachés en premier.
Il avait tout calculé avec soin. Cet endroit se trouvait justement au plus près des Iguanes géants ; même en l’absence d’odeur de sang, il les menacerait et les forcerait à accélérer le combat.
Garen ne s’attarda pas et poursuivit sa route jusqu’au troisième emplacement qu’il avait repéré.
Il était le seul à pouvoir se déplacer ainsi au milieu d’une tempête de neige aussi violente. Les autres Dragonneaux n’avaient ni son sens de l’orientation ni sa mémoire ; s’ils n’y prenaient pas garde, ils se perdraient facilement dans la tempête.
Le troisième bloc dévala lui aussi la pente. Ce chapitre provient de NovelPingg.com et a été publié sans autorisation.
En voyant la falaise brisée rouler vers le bas, Garen remarqua que celle-ci semblait avoir dévié de sa trajectoire. La tempête s’était soudain renforcée et l’avait fait dévier.
« Mais ce n’est pas grave. Je peux aussi attirer l’attention des Iguanes en faisant du bruit. »
Il ne s’en inquiéta pas. Il ne toucha cependant pas au quatrième bloc, car Leona et les autres se cachaient à cet endroit.
En reprenant le chemin par lequel il était venu, Garen épousseta ses griffes ; la tempête de neige ensevelit entièrement toutes ses traces.
Rugissement !
Un Iguane géant de niveau cinq reçut en plein dos une immense falaise brisée. Plaqué au sol, il ne put que rugir de rage, le corps complètement étalé.
L’autre Iguane géant de niveau cinq était encerclé par les quatre Iguanes géants de niveau quatre restants. Des peaux, du sang et des lambeaux de chair volaient de part et d’autre tandis qu’ils luttaient et se déchiraient.
Deux des Iguanes géants de niveau quatre avaient les flancs profondément entaillés par des griffes ; leur sang gelait dès qu’il se mettait à couler, formant des cristaux de glace rouges. Quant au seul Iguane géant de niveau cinq encore debout, il avait perdu l’usage d’un œil et portait une profonde griffure sur un côté du cou. L’une de ses pattes arrière était également flasque : dans l’ensemble, il faisait peine à voir.
Bam !
Il fit un dernier effort et lança son ultime Séisme, repoussant les quatre Iguanes géants de niveau quatre qui l’entouraient, mais épuisant du même coup ses dernières forces.
À ce stade, les quatre Iguanes géants de niveau quatre étaient eux aussi complètement épuisés et couverts de blessures. Sans le bloc de falaise enneigée tombé soudainement d’en haut et qui avait neutralisé l’un des Iguanes géants de niveau cinq, les plus faibles n’auraient probablement eu d’autre choix que de battre en retraite.
En apercevant la Stalagmite de glace brisée, légèrement décentrée, les Iguanes géants restants rugirent de joie, comme s’ils avaient chassé les Iguanes géants de niveau cinq.
Les combats entre Iguanes géants ne se terminaient généralement pas par la mort.
Impuissant, l’Iguane géant de niveau cinq aida son compagnon à repousser la falaise brisée, puis tous deux se préparèrent à partir, l’un derrière l’autre, la tête basse et l’air abattu. Leur Armure de glace avait également été épuisée pendant le combat ; s’ils ne s’en allaient pas tout de suite, ils risquaient d’attirer l’attention d’autres Iguanes géants.
À cet instant, une série de violentes secousses se fit sentir dans la direction de l’unique sortie.
Les quelques Iguanes géants se mirent aussitôt en alerte.
« Goooo !! » L’instant d’après, ils virent un groupe de Dragonneaux blancs se précipiter vers eux. Chacun ne faisait que la moitié de la taille d’un homme, mais la cupidité brillait dans leurs yeux.
Ils étaient plus de dix Dragonneaux en tout, et tous se ruèrent vers la Stalagmite de glace au centre.
Les Dragonneaux s’en prirent aux Iguanes géants de niveau cinq couverts de blessures ; les anneaux et les colliers qu’ils portaient aux pattes luisaient de reflets irisés. Il s’agissait à l’évidence d’objets enchantés, chargés de sorts de haut niveau.
« Si un énorme rocher n’était pas tombé du ciel, on aurait pu attendre encore un peu avant de passer à l’action ! » s’exclama Boris, exaspéré. Il regarda l’Iguane géant devant lui et sentit un frisson lui parcourir le cœur. Après tout, c’était toujours un Iguane géant de niveau cinq !
« Qu’est-ce qui te fait peur ? Il n’a plus aucun sort naturel en réserve ! C’est justement le moment où il est le plus faible », lança à voix haute un autre Dragonneau, de l’autre côté. C’était Deth, qui avait d’abord prévu d’attendre en embuscade pour récupérer le butin final. Mais à présent, il était en piteux état : la falaise brisée l’avait manifestement blessé lui aussi. Il bouillonnait donc de colère.
La falaise l’avait déjà débusqué et forcé à sortir. S’il refusait encore de se battre avec les autres, les Dragonneaux n’allaient pas sagement attendre. Ils prendraient plutôt l’initiative. Il avait donc dû abandonner son plan et agir plus tôt que prévu.
Malgré tout, n’importe qui aurait été quelque peu intimidé face à un Iguane géant de niveau cinq pareil.
« Je vais les retenir ! » Un Dragonneau à la carrure robuste s’élança brusquement. Sans la moindre peur, il visa les yeux de l’Iguane géant avec ses griffes.
Fouit !
Une immense queue le balaya sans pitié à la vitesse de l’éclair, comme si elle frappait une balle en caoutchouc, et le Dragonneau fut projeté dans les airs. Du sang blanc jaillit aussitôt. Nul besoin de voir la scène pour savoir que le Dragonneau était grièvement blessé.
Sa Volonté n’était pas aussi forte que celle de Garen et il perdit connaissance avant même de toucher le sol. Incapable de ralentir sa chute, il s’écrasa contre une paroi de glace dure comme la pierre, dont toute la surface se fissura. Il s’était brisé de nombreux os ; on aurait dit qu’il n’allait pas survivre.
S’il avait ralenti son élan en plein vol, il aurait peut-être pu amortir le choc. Mais il avait aussitôt perdu connaissance ; non seulement il ne pouvait pas atténuer sa chute, mais il ne pouvait même pas contracter ses muscles pour résister à l’impact. Il subit donc des dégâts bien plus graves que d’ordinaire.
« Ne l’approchez pas ! Utilisez vos Enchantements ! » En voyant cela, Boris comprit qu’une attaque frontale ne fonctionnerait pas ; ils ne pouvaient donc que recourir aux Enchantements.
S’ils attaquaient de front, ils seraient tués sur-le-champ. Les autres Dragonneaux le savaient sans qu’il ait besoin de le leur dire.