Chapitre 1 260
Garen fit plusieurs essais. Au début, ce fut sans effet. Mais son âme était si puissante qu’après quelques tentatives, il parvint à percevoir vaguement la trajectoire infime des flocons au-dessus de sa tête.
Le changement était si ténu que Garen ne l’aurait pas remarqué s’il n’y avait prêté une attention soutenue. Son Aura draconique n’était pas encore assez puissante pour influencer les objets extérieurs. C’était le seul effet qu’il pouvait produire pour l’instant, après avoir rassemblé toute son Aura draconique.
« Très bien. Il est temps de vous confier vos missions. » Baesman, qui venait de terminer ses explications sur les bases, reprit la parole.
« Il faut donner pour recevoir. Votre mission consiste à vous rendre dans la forêt glacée du sud et à chasser des iguanes géants du givre. Le cœur et les globes oculaires de ces créatures ont beaucoup de valeur pour l’élevage des loups à dents noires, car ils peuvent considérablement accroître leur fertilité. »
Les loups à dents noires étaient le bétail du Clan des dragons blancs, comme les porcs pour les humains.
« Les iguanes géants du givre sont généralement de niveau trois à cinq et constituent les meilleures proies pour vous entraîner. Bien sûr, vous devrez battre en retraite si vous rencontrez un iguane géant ancien. Puisque nous les considérons comme une source de nourriture, ils nous prendront forcément pour une menace. L’iguane géant ancien est une créature de niveau six. Si vous ne fuyez pas, vous mourrez. »
Il se mit ensuite à leur indiquer les points faibles, le comportement et les capacités des iguanes géants du givre.
Garen écouta attentivement, et le cours toucha bientôt à sa fin.
Ils regagnèrent tous leurs quartiers pour se reposer avant de reprendre le cours le lendemain.
Garen vivait avec Satwo et les autres dans une grotte située au pied du Pic enneigé. C’était à l’origine une tanière d’ours, mais elle était abandonnée depuis longtemps. À l’arrivée du Clan des dragons blancs, l’ours avait dû prendre peur et s’enfuir. Au pied de la montagne, la température dépassait les vingt degrés Celsius : un environnement plutôt inconfortable pour les dragons blancs, qui préféraient la fraîcheur. L’endroit n’était pas non plus très sûr, raison pour laquelle aucun dragon ne venait par ici. Seuls Garen et les autres dragons orphelins s’y rendaient, puisqu’ils n’avaient nulle part où aller.
Il alterna cours et repos, menant une vie paisible ; un mois passa en un clin d’œil.
Garen avait alors accumulé quelques points d’attribut.
Il décida d’utiliser tous les points accumulés avant de partir en mission.
Le dragon était couché au fond de la grotte. Garen examina ses attributs et constata qu’il avait acquis les bases de l’Aura draconique. Il pouvait dépenser ses points d’attribut pour en augmenter le niveau, mais ne voulait pas se précipiter : cette technique exigeait beaucoup de temps pour être maîtrisée. Une progression trop rapide attirerait l’attention, et ceux qui possédaient de puissants pouvoirs magiques pourraient facilement le démasquer. Tout serait fini s’ils découvraient que son âme était anormale.
Comme il ne pouvait pas investir ses points dans ses techniques, il ne lui restait qu’à les consacrer à ses attributs physiques. Au début, c’était un investissement très rentable.
Par hasard, Safour s’était rendu aux cours d’Art arcanique pour discuter des missions avec quelques autres dragonneaux. Il avait appris qu’ils devaient partir ensemble.
Satwo et Sathree étaient partis chasser plus tôt et étaient déjà en route.
Garen était le seul à rester dans la grotte. Il participerait à la chasse aux iguanes géants du givre le lendemain.
« Avec une Vitalité et une Force élevées, je peux résister aux maladies et à de nombreux sortilèges. En plus, je serai assez rapide pour esquiver les sorts dangereux. Je pourrais même éviter que Caster ne me prenne pour cible. Il ne pourra pas me blesser avec un sort de haut niveau. Et si j’augmente mon Intelligence, je pourrai progresser plus vite en Art arcanique. Même si je n’ai pas encore officiellement appris la Méditation, ce serait très utile. »
Après un moment d’hésitation, Garen décida d’améliorer ses attributs physiques plutôt que son Intelligence. Il était impossible d’apprendre la magie en peu de temps, surtout pour un membre du Clan des dragons, dont le corps était déjà très puissant.
« Je vais augmenter ma vitesse, ma Force et mon Agilité de manière équilibrée. À la naissance, j’ai grandi aussi vite que les autres dragonneaux, mais cette poussée n’a duré qu’environ deux mois. Maintenant que tout s’est calmé, elle ne reviendra pas. J’ai accumulé l’équivalent de cinq points d’attribut au cours des deux derniers mois. Comme je dois accomplir une mission et que l’iguane géant du givre est lent, mais puissant, je vais les mettre dans la Force. »
Il valait mieux achever rapidement les missions de chasse, car il obtiendrait ainsi davantage de récompenses. Garen avait aussi prévu d’élever quelques loups à dents noires, afin de ne pas dépendre entièrement de la chasse aux alentours, trop dangereuse. Satwo et les autres risquaient d’être capturés et tués par les humains s’ils ne faisaient pas attention.
Il pouvait les élever dans une partie de sa grotte. Il lui faudrait voir comment se déroulerait la reproduction des loups. Si cela ne fonctionnait pas, il pourrait les échanger contre d’autres objets, comme des livres sur les Arts arcaniques.
Garen apprenait bien plus vite que les autres dragonneaux et, comme il devait suivre leur rythme en cours, il avait l’impression de gâcher beaucoup de temps et de talent. Lisez ce roman sur novelping.com pour une expérience optimale.
Après avoir décidé de la voie à suivre, Garen consulta son panneau de statut.
« Safive — Force 16, Agilité 15, Vitalité 11, Intelligence 17. Potentiel 527 %. Limite de l’âme 170 »
Sans hésiter, il consacra tous ses points d’attribut à la Force.
Sa Force passa aussitôt de 16 à 21.
Il entendit distinctement ses muscles se contracter. Le bruit évoquait un ressort, ou plutôt une barre d’armature qu’on serrait.
Il sentit ses membres se raffermir et s’alourdir à mesure que sa densité musculaire augmentait.
Il fit alors jaillir ses griffes et frappa le sol de la grotte. Une nette empreinte de griffe de dragon apparut, profonde d’au moins dix centimètres.
Voilà ce que produisit une frappe désinvolte de Garen.
« La Force d’un dragon blanc adulte se situe entre trente et quarante points. J’ai encore beaucoup de chemin à parcourir… » souffla Garen en relâchant ses muscles tendus.
Avec une Force de 21, il pouvait déjà déployer une telle puissance ; mais les dragons adultes étaient bien plus puissants, avec au moins vingt points de plus que lui. D’après son analyse, ils ne se distinguaient pas seulement par leur Force : leurs trois autres attributs se situaient eux aussi entre trente et quarante points.
Ils étaient incroyablement puissants. Même avec une Force de 30, Garen ne pourrait peut-être pas percer la défense d’un dragon adulte. Et cela sans même tenir compte de leurs capacités de régénération phénoménales.
Encore fallait-il que son adversaire le laisse l’attaquer sans riposter avec un sort de haut niveau. S’il n’avait pas une Vitalité suffisante, ces sorts pourraient lui coûter la vie.
Après avoir soigneusement comparé leurs capacités, Garen comprit que l’écart entre lui et un dragon blanc adulte restait immense.
« Cependant, un dragonneau met au moins cinquante ans à atteindre l’âge adulte. Cela signifie qu’en plus de ma croissance naturelle, mes points d’attribut continueront de me renforcer. Je devrais donc pouvoir dépasser un dragon blanc adulte en moins de cinquante ans », estima-t-il.
Après avoir utilisé ses points d’attribut, il se leva et sortit de la grotte.
Une couche de givre blanc recouvrait les alentours de la grotte, dessinant une forme de ventail et gelant tout le terrain environnant. La présence des dragons blancs dans la grotte avait naturellement fait baisser la température.
La forêt alentour était toujours luxuriante. Grâce à la faible Aura draconique et à la pression exercée par le Clan des dragons blancs, aucune créature dangereuse ne se montrait dans les environs. Seules quelques petites bêtes inoffensives se cachaient çà et là.
« Hé ! » Une dragonne s’approcha de Garen en volant et l’interpella. « Garen, c’est l’heure de partir. »
C’était Leona. Elle était svelte et gracieuse, et ses écailles étaient bien plus lustrées et pures que celles d’un dragon blanc ordinaire. Elle ressemblait à un dragon de cristal blanc et était d’une beauté saisissante.
Tandis que Leona volait, deux dragonneaux apparurent derrière elle. C’étaient clairement des mâles.
Leona atterrit devant Garen et replia ses ailes.
« C’est l’heure d’aller chasser. C’est la première fois que je pars en chasse. Tu as peur ? » s’écria-t-elle avec enthousiasme.
« Qu’est-ce qu’il y a à craindre ? » Garen n’aimait pas lui parler. Pourtant, plus il se montrait distant, plus Leona cherchait à lui parler. Elle disait qu’être froid et cruel était une qualité indispensable chez un dragon blanc ! Elle avait une intuition très développée et semblait avoir hérité d’une part du talent de classification des anciens. Elle pouvait probablement sentir, même vaguement, que Garen était bien plus fort que les autres dragonneaux. Cette histoire est hébergée sur novelping . com.
Les plus forts suscitaient souvent des avis différents des autres.
« Tu n’as vraiment pas peur ? Les iguanes géants du givre possèdent un sort inné, l’Armure de glace ! » lança Leona. « Ils sont bien plus forts que nous. S’ils nous touchent, ce sera dangereux. »
« Ils savent voler ? » demanda Garen en se retournant pour rentrer dans la grotte.
« Euh… non. »
« Alors, il n’y a pas de quoi s’inquiéter. Nous, nous savons voler », répondit Garen d’un ton désinvolte.
« Mais dans ce cas, on ne pourra rien faire, non ? Comment est-ce qu’on va chasser ? » s’étonna Leona.
« Ce n’est qu’un lâche. » Les deux dragonneaux qui volaient derrière elle se posèrent. Le plus costaud lança : « Écoute-moi, Leona. À ta place, je propulserais l’iguane géant du givre dans les airs avec mon souffle ! »
Il se frappa la poitrine.
« Toi ? Laisse tomber. Ce serait peut-être possible avec Boris. » Leona regarda l’autre dragonneau, un peu plus harmonieusement bâti.
Boris le dragonneau observa calmement Garen. Il était évident que son impolitesse lui déplaisait.
« C’est vraiment lui que tu dois prendre dans ton équipe ? Je ne sais pas s’il sait se battre, mais personne n’appréciera son attitude. »
« Garen est né avec ce caractère froid. Il n’est pas aussi désagréable que tu le crois », prit sa défense Leona.
« Si nous formons une petite équipe de trois et suivons le plan à la lettre, nous pourrons sans aucun doute tuer l’iguane géant du givre. J’ai déjà réfléchi à la marche à suivre. Peu importe qu’il soit là ou non », répliqua froidement Boris. Descendant direct d’un dragon ancien, il supportait mal que quelques dragonneaux osent encore lui manquer de respect.
Il éprouvait des sentiments pour Leona, même si l’ancien dont elle descendait était légèrement moins puissant. Elle ferait néanmoins d’excellents petits si elle devenait sa compagne, du moins dans le seul but de se reproduire.
« Leona, je n’aime pas que tu sois si proche de ce Garen », dit doucement Boris.
« Boris, Garen est mon partenaire et mon ami ! » protesta Leona.
Boris était lui aussi mécontent, mais il n’en laissa rien paraître.
« Voilà ce qu’on va faire. Il peut venir avec nous, mais il ne recevra sa part du butin qu’en fonction de ses résultats. S’il se débrouille mal, qu’il ne vienne pas me reprocher de ne rien lui donner. »
« Super ! » s’écria Leona, ravie.
Garen resta sans voix, dans la grotte. Il avait déjà entendu parler de Boris, qui avait quelques années de plus que lui. Il devait être en âge d’utiliser son Aura draconique pour entraîner son corps, et semblait s’être épris de Leona.
Le Centre d’élevage des dragonneaux n’accueillait pas les petits qui venaient d’éclore. Garen était donc considéré comme le plus jeune du groupe. Boris, en revanche, appartenait à la première génération et avait quelques années de plus que lui.
Il voulait ignorer ces gamins, mais s’il chassait seul en trop grande quantité, il attirerait beaucoup l’attention. Se cacher dans cette petite équipe n’était pas une mauvaise idée. Leona était naïve, et les supérieurs avaient certainement une raison de l’avoir mise avec lui.