Chapitre 1 169
« Petit frère ? » Garen éclata de rire. « Tu sais quel âge j’ai ? Et tu oses m’appeler petit frère comme ça… » Il insista sur le mot « petit ».
« Tu aurais plus de cinq mille ans ? » demanda le Renard à neuf queues avec un sourire. « J’en ai déjà six mille six cents, tu sais~~ »
« Espèce de renarde musquée ! » À côté d’eux, Kong Xinxue affichait un air dégoûté. Elle se boucha le nez et s’éloigna précipitamment. « Si je m’assieds près de toi, ton odeur infecte me monte directement au nez ! »
« Dans ce cas, tu es plus âgée que moi, mais c’est la première fois que je vois une fille insister pour dire qu’elle est plus vieille que quelqu’un. » Garen renifla. Il sentit effectivement un doux parfum. Il venait du Renard à neuf queues et semblait être celui d’une eau de parfum, mais il n’était pas particulièrement entêtant. C’était vrai, les hommes aimaient ce genre d’odeur.
« Alors tu dois m’appeler Grande Sœur… Comparée à cette inutile Ah Xue, là-bas, tu as bien plus à gagner en m’appelant ta grande sœur », dit le Renard à neuf queues en riant, tout en enroulant une mèche de ses longs cheveux autour de son doigt.
De l’autre côté, Kong Xinxue s’agaça de nouveau.
« Espèce de vieille sorcière, tu fais encore la jeune à ton âge ? Pourquoi la foudre ne t’a-t-elle pas frappée à mort, à l’époque ?! Dire que tu as fini par te réincarner ici… Te rencontrer est la plus grande tache de ma vie ! » lança Kong Xinxue sans ciller.
« Oh là là… Regarde, la main de ton petit frère commence à se balader, non ? » Le Renard à neuf queues saisit la main de Garen et la posa doucement sur sa taille, puis la fit lentement glisser vers le bas. Elle lança un regard provocateur à Kong Xinxue. La scène avait beau paraître extrêmement indécente, en réalité, elle ne laissa pas la main de Garen toucher son corps : le dos de sa propre main s’interposa fermement entre ses doigts et sa peau.
« Pervers ! » Kong Xinxue fixa Garen et cracha le mot entre ses dents serrées.
« Je n’y suis pour rien, moi », répondit Garen d’un air innocent. « On m’y force. »
« … » Kong Xinxue resta sans voix, tandis que le Renard à neuf queues gloussait. Tous les autres éclatèrent de rire à leur tour.
Ils passèrent un excellent moment pendant le repas, puis certains de ceux qui avaient des affaires à régler partirent les premiers.
Maintenant que Garen avait tout mis au clair avec Kong Xinxue et ne prétendait plus être son petit frère, ils n’étaient plus aussi proches qu’avant. Kong Xinxue ne supportait pas de voir Garen se laisser enlacer sans broncher par le Renard à neuf queues. Elle avala donc plusieurs grandes tasses de sauce soja avec colère, puis se leva et s’en alla sans un mot.
« Allons-y, nous aussi. » Le Renard à neuf queues avait gardé la main de Garen contre sa poitrine. En apparence, la scène était particulièrement suggestive, mais en vérité, il n’avait jamais vraiment touché quoi que ce soit de sensible.
À présent que Kong Xinxue était partie, elle lui retira la main.
« Pour une Administratrice territoriale, cette fille manque de tolérance », gloussa-t-elle en lissant ses longs cheveux.
« Vous êtes très proches ? » demanda Garen, curieux.
« Plus ou moins, je suppose… Nous étions de très bonnes amies, mais le premier homme dont elle est finalement tombée amoureuse, lui, est tombé amoureux de moi. Et j’ai fini par le jeter. Ça a peut-être porté un coup trop dur à son ego, et notre relation a commencé à se détériorer à partir de là. » Le Renard à neuf queues était assise seule avec Garen et bavardait tranquillement. Elle buvait tasse après tasse d’eau plate, mais comme d’autres auraient bu du vin. Elle non plus n’avait pas l’air d’être une personne ordinaire…
« Ça a l’air d’une histoire bien tragique. » Garen s’ennuyait de toute façon, alors il décida de rester pour écouter quelques ragots sur Kong Xinxue. Sans même s’en rendre compte, dès qu’il se détendit complètement, il sembla devenir une tout autre personne. Son état présent contrastait avec la nervosité qui l’avait envahi auparavant. Il ne voulait même plus penser aux Anneaux d’âme ou à quoi que ce soit de ce genre. Au début, il avait cru pouvoir trouver un autre Héritier, mais il avait découvert mieux encore : d’autres Transmigrateurs. Ce sentiment de solitude enfoui au plus profond de son cœur commençait peu à peu à s’estomper.
L’existence du Phare lui apprenait qu’il n’était pas seul et que de nombreux autres Transmigrateurs luttaient et vivaient leur vie dans plusieurs mondes différents. Il ne les avait simplement jamais rencontrés. Et même s’il les avait croisés, peut-être ne s’étaient-ils tout bonnement pas reconnus.
« Je le vois bien, tu as été seul très longtemps. Je connais ce sentiment », dit le Renard à neuf queues dans un soupir. « Pendant trois mille ans, j’ai été si seule que j’ai failli devenir folle. Le fait que j’étais une Transmigratrice était un secret que je devais garder pour moi, et je vivais dans la terreur constante de révéler ma véritable identité par mes gestes ou dans ma vie quotidienne. Je n’ai réussi à soulager cette sensation étouffante, comme si quelque chose restait à jamais coincé dans mon cœur, qu’en rencontrant Ah Xue… » Vous lisez sur novelping . com, la source officielle.
« En rencontrant Ah Xue ? Vous étiez toutes les deux dans le même monde, avant ? » demanda Garen, intrigué.
« C’est elle qui m’a sauvée… » Le Renard à neuf queues saisit délicatement une mèche de ses cheveux noirs et l’enroula encore et encore autour de son doigt. « Elle m’a trouvée dans un labyrinthe sous des ruines, puis m’a emmenée au Phare… Au bout du compte, c’est elle qui m’a conduite ici, dans ce monde, où je me suis installée. Cela fait cinquante-trois ans, maintenant que j’y pense. »
« Pas étonnant que votre relation soit si étrange. » Garen hocha la tête. « Puisque vous avez vécu six mille ans, vous êtes mon aînée. J’aimerais donc vous poser une question. »
« Vas-y. Je ne peux pas te promettre que je saurai te répondre, mais puisque ton apparence me plaît, je ferai de mon mieux pour te renseigner, en guise de récompense. » Le Renard à neuf queues plissa les yeux, s’allongea sur la table et laissa ses longs cheveux s’étaler : une partie tomba dessus comme une nappe, tandis qu’une autre pendait dans le vide, telle une cascade.
« Vous savez quelque chose sur les Graines d’âme ? »
« Les Graines d’âme ? » Le Renard à neuf queues parut légèrement surprise. « Ce n’est pas quelque chose qui vient du Système du Ruisseau-Mère ? Je croyais que seules les personnes qui utilisaient le Ruisseau-Mère comme système de cultivation pouvaient en avoir, mais j’ai entendu dire qu’il était extrêmement difficile d’en condenser. Pourquoi ? Tu veux en condenser une ? »
« Bien sûr », répondit franchement Garen. « Puisque vous en savez quelque chose, cela signifie qu’il y a d’autres personnes qui utilisent le Système du Ruisseau-Mère au Phare, n’est-ce pas ? »
« Oui, il y en a… Mais le Système du Ruisseau-Mère est assez impopulaire. Il est très difficile d’y progresser, et les lois du monde le limitent énormément. Il faut donc y consacrer beaucoup d’énergie et de temps. Très peu de gens choisiraient cette voie… » Le Renard à neuf queues hésita. « Avec mon Système féerique, par exemple, je peux atteindre un haut niveau de puissance en à peine mille ans. Et même si je viens dans un monde où les restrictions sont très sévères, comme celui-ci, ma Vitalité reste considérable. Il y a aussi le Système du Chevalier sacré : ceux qui l’utilisent peuvent obtenir des capacités physiques extrêmement puissantes en très peu de temps. Ce sont là des raccourcis très efficaces, mais le Système du Ruisseau-Mère, c’est différent… Son objectif est bien trop pur. Ses adeptes rejettent toujours plus de 90 % de leur énergie parce qu’elle est impure, et ne conservent que les infimes fragments de la Graine d’âme parfaitement pure qui subsistent. »
« Donc, ils avancent un peu trop lentement, c’est ça ? » poursuivit Garen.
« Oui, extrêmement lentement. » Le Renard à neuf queues hocha la tête.
Panpan commençait à apporter des candélabres et à les allumer. Il y en avait trois, chacun à trois branches, qu’on avait disposés sur la longue table pour éclairer les visages des personnes encore présentes.
Les convives s’étaient désormais répartis en trois petits groupes : Garen et le Renard à neuf queues formaient l’un d’eux, et les autres s’étaient divisés en deux groupes. Tous gardaient leur conversation pour eux.
« Si tu as assez de points de contribution, tu peux demander à te rendre dans un monde spécialisé dans la cultivation des Graines d’âme. J’ai entendu dire qu’il fallait une grosse somme de points de contribution pour s’y réincarner. Si tu utilises les méthodes ordinaires, il est très facile pour les gens de là-bas de découvrir que tu es une âme étrangère. Plusieurs voyageurs ont ainsi été éliminés par les habitants. »
« C’est donc pour ça qu’il me faudrait payer une grosse somme pour dissimuler mon identité ? » Garen comprit.
« Exactement. » Le Renard à neuf queues hocha la tête. « Pour nous, les Transmigrateurs, notre âme est à la racine de tout ce qui nous rend différents. Si elle est détruite, nous mourons pour de bon. Même si le Système du Ruisseau-Mère est mystérieux et puissant, il n’y a pas grand monde qui le choisisse. À mon avis, si tu n’es pas encore allé trop loin dans cette voie, tu peux opter pour un autre type de système. » Garen sentit que ce conseil venait du fond du cœur.
« Ça va, j’y suis déjà habitué et, en plus, j’ai maintenant condensé une Graine d’âme. J’ai déjà parcouru la moitié du chemin, ce serait absurde de gâcher tous les efforts que j’ai fournis jusqu’ici », répondit Garen en haussant les épaules. Il avait fondé tout ce qu’il avait appris sur la civilisation de l’Ancien Endor ; il aurait vraiment du mal à changer de voie maintenant.
« Tu en as déjà condensé une ? Alors, ce n’est pas si mal. Même si je ne sais pas exactement à quoi servent les Graines d’âme, elles doivent avoir quelque chose de spécial. C’est juste que le Système du Ruisseau-Mère prend trop de temps : ne compte pas obtenir de pouvoirs dignes de ce nom avant au moins dix mille ans. Accroche-toi. » Le Renard à neuf queues hocha la tête. « Ah… » Elle s’étira, dévoilant par endroits son ventre blanc comme le jade.
« Bon, petit frère, ta Grande Sœur veut rentrer dormir. » Elle agita les doigts et fit apparaître une carte noire comme par magie. « C’est ma carte de visite, avec mon numéro privé, tu vois… Si tu as besoin de quoi que ce soit, viens voir Grande Sœur et je t’aiderai à te changer les idées ! » souffla-t-elle à l’oreille de Garen en se penchant vers lui.
Elle glissa discrètement la carte dans la poche de la chemise de Garen.
« Avec plaisir. » Garen n’avait aucune intention de refuser. Le Renard à neuf queues qui se tenait devant lui avait plus de six mille ans et en savait davantage qu’une encyclopédie.
Il accepta la carte et lui sourit.
« Si j’ai des problèmes, est-ce que je peux vous demander de l’aide, Grande Sœur ? Je pourrais avoir besoin de votre aide pour certaines choses bientôt. Je me suis retrouvé entraîné dans l’Intrigue de ce monde, et les choses risquent de devenir très compliquées si je ne fais pas attention. »
« Pas de problème. Tant que ce n’est pas le Tueur, je te couvrirai ! Détends-toi, mon petit frère ! » Le Renard à neuf queues se leva et lissa sa jupe courte. « Bon, il faut vraiment que j’y aille. »
« Merci, Grande Sœur », répondit Garen avec un sourire.
« Si tu m’appelles déjà ta sœur, pourquoi être si poli ? Tu me rappelles tellement celle que j’étais à ton âge : seule, constamment sur ses gardes. Pauvre petit… » Le Renard à neuf queues se pencha et effleura le visage de Garen.
« Fais attention. Dans ce monde, seules quelques rares capacités surnaturelles fonctionnent. Alors, si tu aperçois une arme à feu, éloigne-toi aussi vite que possible. »
Elle se leva et sortit du restaurant en balançant élégamment les hanches. Après avoir salué quelques personnes encore présentes, elle partit pour de bon.
Garen se leva à son tour et prit congé de Panpan.
« Attends un peu, Ah Xue t’a laissé ça. » Panpan lui tendit un petit objet : un bouton rond en argent.
« Qu’est-ce que c’est ? » Garen le retourna dans ses mains, perplexe.
« C’est un appareil de communication du Phare. Grâce à la toute dernière technologie de projection, il se connecte directement au serveur principal du Phare. Tu peux y accepter des quêtes pour gagner des points de contribution, ou publier des quêtes pour engager de puissants combattants. Tu peux même t’en servir pour acheter des objets. Garde-le : il ne peut être utilisé qu’après vérification de notre attribut d’âme unique. Les autres penseront que ce n’est qu’un bouton ordinaire », expliqua Panpan.
« Compris. Merci. » Garen hocha la tête. Il se rappela que Kong Xinxue était partie furieuse un peu plus tôt, mais elle avait tout de même pensé à lui préparer tout ça. Il en eut une meilleure opinion.
Après avoir quitté le repas au restaurant, Garen rentra bientôt chez lui et salua Kong Yuan à la hâte. Kong Xinxue s’était déjà endormie.
Après s’être rapidement lavé et s’être brossé les dents, Garen entra dans sa chambre et se mit à examiner l’appareil de communication du Phare.
Il alluma la lampe de bureau d’un coup sec, en régla la luminosité, puis appuya légèrement sur le bouton d’argent.
Pss…
Une lueur argentée traversa la surface du bouton.
« Vérification de l’âme terminée, conditions d’activation du système remplies. » Une voix féminine mélodieuse résonna dans la tête de Garen. Elle ne parlait aucune langue : les mots semblaient directement convertis en ondes cérébrales.