Chapitre 116
« Oui… C’est lui ! » Sa voix tremblait, mais il se calma après avoir pris une profonde inspiration. « Grand frère… C’est lui qui a failli me tuer, la dernière fois ! J’ai vraiment cru que j’allais y passer ! »
Il recula et se cacha derrière l’homme à l’allure mûre.
Les deux hommes se ressemblaient trait pour trait, mais son frère avait le nez aquilin et l’air rusé. Garen s’avança en souriant, et Delai Xima recula, effrayé.
« Non ! N’approche pas ! » Bien qu’il eût l’air plus mûr qu’autrefois, le jeune homme se souvenait encore de la terrible expérience que Garen lui avait fait vivre ce jour-là. Il tenta de s’enfuir, mais, si nerveux, il trébucha sur ses propres pieds.
« Hein ? Je te fais peur ? » Garen sourit et prit un verre de vin noir sur la table à côté de lui.
La pièce était silencieuse. La plupart des gens fixaient Garen, mais celui-ci ne semblait pas s’en soucier.
« Je suis Delai Ando. Tu as sûrement déjà entendu parler de moi. » L’homme à l’allure mûre ne jeta même pas un regard à son frère, qui se cachait derrière lui. « Je suis venu te faire payer ce que tu as fait à mon frère, la dernière fois. »
Garen promena son regard autour de lui. Il était venu régler ce qui restait à régler avec son oncle, et n’avait vraiment pas envie de perdre son temps avec ces gens. Pourtant, ils disposaient d’un pouvoir considérable, au point que même son oncle devait y réfléchir à deux fois avant de s’opposer à eux.
Après tout, c’était une bonne occasion pour Garen d’en apprendre davantage sur leurs origines.
« Je ne compte pas reprendre les affaires de mon oncle Anjer. Cependant, ajouta Garen en voyant les mines étonnées des hommes, j’espère que quelqu’un pourra au moins m’expliquer ce qui se passe ici. »
« Je t’ai vu discuter avec mon père il y a peu. Il ne t’en a pas parlé ? » Delai Ando se plaça devant son frère. « L’oncle Pang Di ne t’en a pas parlé ? Je ne te fais pas confiance. Tu fais tout pour essayer de me prendre tout ce que j’ai, et tu ne le sais même pas ? »
Delai Ando s’interrompit un instant, puis ricana. « Je ne sais pas ce que tu prépares, mais l’oncle Pang Di ne laissera pas faire. Et je dois toujours te faire payer ce que tu as fait à mon frère. »
« Très bien. Qu’est-ce que tu comptes faire ? » Garen observa avec curiosité l’homme qui lui faisait face.
« Tu le sauras après la réception. » Delai Ando ricana de nouveau.
« Pourquoi attendre ? Montre-moi ce que tu as dans le ventre ! » Garen se leva et tenta d’attraper Delai Ando.
Garen était extrêmement rapide, et personne ne s’attendait à ce qu’il lance une bagarre ici et maintenant.
Il visait le cou de Delai Ando et semblait agir sans le moindre effort.
Boum !
Deux hommes frappèrent Garen dans le dos, mais ne lui firent aucun mal.
Deux autres lui barrèrent la route, mais ils s’écroulèrent dès qu’il les effleura de la paume. Garen s’empara facilement de Delai Ando.
Clic !
Un pistolet noir apparut dans la main de Delai Ando, qui le pointa sur le front de Garen.
« Tu veux te battre, hein ? T’es mort ! » Delai Ando avait le visage dur et ôta le cran de sûreté de son arme.
La tension monta d’un cran. Les jeunes hommes présents dans la salle de réunion ne savaient pas quoi faire et gardaient le silence. Ils ne voulaient pas mettre Delai Ando en colère. S’il appuyait sur la détente, les gens de la grande salle de réunion entendraient forcément le coup de feu, et personne ne pourrait assumer les conséquences.
« Tu es aussi stupide que ton frère », dit Garen d’un ton léger. Il projeta une onde de choc de sa main, qui surprit Delai Ando et lui fit lâcher son pistolet.
Delai Ando eut l’impression d’avoir perdu toutes ses forces, et Garen vit à son regard combien il était stupéfait.
« Comment oses-tu ! » hurla Delai Ando. Ce chapitre a été repris sans autorisation sur novelping . com.
Craquement !
Garen frappa le bras droit de Delai Ando de la paume et lui brisa un os. Tous les occupants de la pièce frémirent au bruit de l’os qui se brisait.
« Aaaah ! »
Delai Ando hurla de douleur.
« Lâche-le ! »
Soudain, quelqu’un tenta de poignarder le bras droit de Garen avec une dague noire.
C’était le garde du corps de Delai Ando. Même si la querelle opposait les jeunes maîtres, Garen s’en était pris beaucoup trop violemment à Delai Ando. Le garde du corps jugea que, s’il n’intervenait pas tout de suite, Garen ferait subir pire encore à son protégé, et qu’il aurait des ennuis ensuite.
Boum !
Garen frappa le poignet du garde du corps, qui lâcha aussitôt sa dague. Celui-ci recula immédiatement, mais, privé de ses forces, il s’effondra tout de même au sol.
À l’autre bout de la pièce, le jeune homme nommé Vaeneris se mit à applaudir. Il souriait, comme pour féliciter Garen. Lui et plusieurs autres adolescents étaient protégés par plus de dix gardes du corps en costume noir, qui formaient un cercle autour d’eux.
Garen ne savait pas quand ils étaient entrés dans la petite salle de réunion.
Delai Ando avait le visage blême. Garen le laissa tomber à terre.
« Qui es-tu ? Vaeneris ? » Il s’avança lentement vers le jeune homme.
L’expression de Vaeneris changea, mais il se reprit vite et recula légèrement. Les gardes du corps semblaient nerveux à l’approche de Garen et se rapprochèrent encore des adolescents.
« Garen, la situation de M. Anjer est grave. Il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre. Nos querelles d’ici n’auront aucune incidence sur le droit à l’héritage. »
« Il est mourant ? » Garen fronça les sourcils.
La salle de réunion, jusque-là impeccable, était en désordre après la bagarre. Du vin, des verres brisés, des chaises, des tables, des gardes du corps et Delai Ando jonchaient le sol.
Delai Xima s’était réfugié dans un coin. Le visage blême, il regardait Garen avec terreur. Delai Ando avait perdu connaissance sous l’effet de la douleur, et plusieurs autres adolescents s’étaient éloignés autant que possible de Garen, ne voulant pas être mêlés à l’affaire.
« Je vais raconter à mon père ce qui vient de se passer. Il a brisé l’os d’un membre de sa famille ! Voyons comment il pourra hériter quand la rumeur se sera répandue ! » lança avec colère un jeune homme aux cheveux gris. Debout juste à côté de Vaeneris, il regardait le bras cassé de Delai Ando, la peur dans les yeux.
« Westin ! Tu vas bien ? » La porte de la salle de réunion s’ouvrit à la volée et plusieurs personnes se précipitèrent à l’intérieur. Pang Di était parmi elles. Il se rua vers le jeune homme aux cheveux gris et se mit à l’examiner.
Garen s’en souciait peu. Il jeta un regard autour de lui et constata qu’aucun des gardes du corps ayant accompagné les nouveaux arrivants n’était fort. La plupart n’étaient que de simples tireurs amateurs.
Son oncle franchit la porte, le visage calme, et se dirigea droit vers Garen.
« Que s’est-il passé ? Tu vas bien ? »
« Je vais bien. » Tant que personne n’était mort, ça restait acceptable. C’était la limite à ne pas franchir dans une querelle entre membres d’une même famille.
« Mon oncle, dis-moi simplement la vérité. Comment va ta santé ? J’ai déjà entendu parler de ta maladie », demanda Garen d’un ton léger, les yeux plissés.
Anjer regarda Garen avec un sourire amer.
« Comment l’as-tu appris ? À vrai dire, je n’en sais rien. Mon médecin m’a dit qu’il ne me restait que six mois à vivre. »
« Tu ne me l’avais jamais dit. » Suivez les derniers chapitres sur novelрing.com.
« Je ne savais vraiment pas ce que j’avais. » Anjer fouilla dans ses souvenirs. « On m’a diagnostiqué une défaillance de l’organisme il y a environ six mois. Je ne sais même pas pourquoi je suis tombé malade si soudainement. Enfin, tu n’as pas à t’en inquiéter. Allons à l’étage. »
Garen hocha la tête et se mit à examiner les vêtements et les accessoires de son oncle. Il remarqua une bague de jade noir à l’index gauche d’Anjer.
Garen fut un peu perplexe. Quand il la vit au doigt d’Anjer, il effleura sa surface. Son expression changea tandis qu’un Qi apaisant s’écoulait dans son corps. Le flux était faible, mais régulier. Pourtant, c’était bien trop peu pour Garen. Il faudrait des années à la bague pour faire progresser de dix pour cent la Jauge de potentiel de Garen, et cela ne lui serait d’aucune utilité.
La bague était une Antiquité de la Tragédie, et sa surface était recouverte d’une sorte de peinture isolante. Si Garen ne l’avait pas touchée, il n’aurait jamais découvert que c’en était une.
« Mon oncle, depuis combien de temps portes-tu cette bague ? »
« Celle-ci ? » Anjer se demanda pourquoi Garen l’interrogeait soudain sur la bague, mais répondit tout de même aussitôt : « Deux ou trois ans, peut-être. Pourquoi ? Je crois que je l’ai achetée à une organisation secrète. »
Garen pensa aussitôt qu’elle venait peut-être du Cercle d’Or.
« C’est impossible… » Son visage prit une expression étrange. « Mais si elle n’est pas à l’endroit particulier d’où elle provient, elle ne devrait causer aucun tort. Je crois que j’avais bien compris ce point. Cette bague… » Garen se mit à réfléchir.
« Mon oncle, sais-tu si quelqu’un a fait quelque chose à cette bague après que tu l’as obtenue ? Ou si elle a changé une fois que tu as commencé à la porter ? »
« Tu crois que cette bague me rend malade ? » Anjer n’en était pas convaincu. « Je ne crois pas qu’il lui soit arrivé quoi que ce soit… »
Garen fronça les sourcils, prêt à parler, mais Anjer l’interrompit avant qu’il puisse ajouter quoi que ce soit.
« Ça ne peut pas être la bague, mais je l’enlèverai si tu penses qu’elle est en cause. »
Anjer était heureux de voir que Garen se souciait autant de lui.
« D’accord. » Garen sourit. Dans toute la région sud, le Cercle d’Or était responsable de la vente des Antiquités de la Tragédie ; cette bague devait donc venir de lui aussi. Même si Garen ignorait si elle était à l’origine de la maladie de son oncle, mieux valait qu’Anjer cesse de la porter.
Dès qu’Anjer retira la bague de son doigt, Garen sentit son Qi commencer à augmenter, et son état s’améliora nettement.
« Alors, c’est donc ça… » Garen fut surpris.
« Mon oncle, j’aime beaucoup cette bague. Ça te dérangerait de me la donner ? » demanda Garen.
« Si je te donne la bague, tu reprendras mes affaires ? » Anjer rit.
« Tu es encore jeune, mon oncle. Je reprendrai les affaires quand tu voudras vraiment prendre ta retraite. Pour être honnête, je pense que le médecin s’est trompé dans son diagnostic. Son matériel est peut-être défectueux ; il faudrait sans doute le remplacer. »
« Je l’espère… »
Garen regarda la bague que son oncle lui tendait et comprit qu’Anjer se sentait beaucoup mieux depuis qu’il l’avait retirée. Il fut soulagé d’avoir confirmé son hypothèse.
Garen quitta la salle de réunion avec Anjer, car il ne voulait pas passer plus de temps avec les adolescents derrière lui. Il lui restait toutefois une chose à faire avant de partir : fixer un autre rendez-vous avec cette jeune fille.
Garen devait d’abord aider Su Lin ; c’était sa priorité du moment. Il devait aussi expliquer à sa famille ce qu’il faisait. Il lui faudrait taire les dangers de l’entreprise, car il ne voulait pas trop les inquiéter.
Garen devait trouver un nouveau prétexte.
Il ne savait pas comment expliquer tout cela à sa famille, et rien que d’y penser lui donnait presque mal à la tête. Il ignorait aussi combien de temps il serait absent cette fois.