Chapitre 1 033
« On sait, on sait. On peut vous y conduire. Ne nous tuez pas, c’est tout ! » Le chauve de droite sourit et tenta de négocier. « Nous sommes déjà dans le territoire de chasse de la Secte des Cinq Roues. Quand nous trouverons ses disciples, nous pourrons localiser le Marché noir. »
« Pourquoi donc ? »
« Monsieur, je suppose que c’est la première fois que vous entrez sur le Champ de bataille du Vide. La Secte des Cinq Roues est celle qui a installé le Marché noir ; c’est aussi une grande puissance dans la région. Ses membres sont des hommes d’affaires, alors, tant qu’il y a de l’argent, héhé… » Le chauve dépenaillé rit d’un air obséquieux.
« Nous sommes dans une zone de mêlée. Quelle secte oserait établir un territoire de chasse ici ? Vous me mentez ! » Le regard de Garen s’aiguisa. Aussitôt, les deux chauves se mirent à suer davantage et s’empressèrent de s’expliquer.
Si la Secte des Cinq Roues avait osé installer une zone de chasse, c’était parce qu’elle était véritablement une secte de taille moyenne. Parmi les sectes de Machinistes énergétiques des Trois Grandes Métropoles, elle figurait même dans les trente premières. Toutes les sectes de rang intermédiaire occupaient une place au classement établi selon la Nébuleuse, le Couteau noir et le champ magnétique. La Secte des Cinq Roues se classait trentième. Il fallait savoir que la planète des Trois Grandes Métropoles comptait moins d’une centaine de sectes de rang intermédiaire. Être classée trentième parmi elles était déjà une position très puissante.
Garen savait que la Secte de la Neige écarlate, à laquelle il appartenait, n’était qu’une petite secte et une force locale. Dans les Trois Grandes Métropoles du Centre, elle n’était qu’un menu fretin<sup>1</sup>, classé parmi les petites sectes.
Après s’être renseigné sur la situation, Garen fouilla les affaires des deux hommes. Au total, tout ce qu’ils possédaient ne valait même pas un cristal d’or. Ils étaient vraiment pauvres.
Garen resta sans voix. Il les acheva d’un coup chacun, puis se dirigea vers l’endroit où se trouvait la Secte des Cinq Roues, d’après leurs indications.
Moins d’une dizaine de minutes plus tard, d’immenses grondements s’élevèrent du sol noir devant lui. Quelqu’un semblait se battre.
Des silhouettes en robe noire entouraient la zone de combat. Il y en avait au moins une douzaine qui observaient l’affrontement.
Au milieu du champ de bataille, sur un terrain de construction blanc, trois personnes en uniforme de combat blanc — des hommes et des femmes — assiégeaient un homme aux cheveux noirs, qui portait une marque rouge en forme de V entre les sourcils.
Des éclairs bleus jaillissaient sans cesse entre les quatre combattants, et le courant frappait les abords du terrain. Un filet électrique pas plus épais qu’un cheveu creusait pourtant des cratères de la taille d’un bassin.
Les quatre combattants se déplaçaient à une vitesse extrême. À chaque échange, le fracas du tonnerre retentissait ; c’était terrifiant. Le champ de force qu’ils dégageaient à lui seul avait atteint le niveau cinq, et de nombreux bâtiments alentour, semblables à des boutiques, s’étaient effondrés. La poussière et les briques brisées jonchaient le sol.
« C’est déjà le trio le plus puissant. Si la Secte des Cinq Roues n’envoie pas un expert, j’ai bien peur qu’ils ne se fassent écraser par ce type ! »
Les silhouettes en robe noire ne tarissaient pas d’éloges, tandis que certaines chuchotaient entre elles.
« À qui la faute s’ils ont offensé l’autre et se sont laissé aveugler par l’appât du gain<sup>2</sup> ? Ils ont voulu profiter de lui, sans se rendre compte de la force qu’il cachait. Héhé ! Bien fait pour eux. »
En s’approchant, Garen vit que tous les hommes en robe noire se contentaient d’observer le combat, sans intervenir. Ils n’avaient pas peur d’offenser les membres de la Secte des Cinq Roues et les raillaient ouvertement.
Il y avait aussi des nouveaux venus comme lui, qui venaient d’arriver et demandaient discrètement ce qui se passait. Les curieux alentour se mettaient alors à leur expliquer. Les nouveaux étaient peu nombreux ; la plupart des gens présents étaient des habitués. À l’évidence, ils n’en étaient pas à leur première visite. Certains interpellaient même leurs vieilles connaissances lorsqu’ils se croisaient.
La plupart des nouveaux venus n’osaient se déplacer que dans leur propre secte.
Garen ne dit rien. Il se mêla à la foule et observa le combat. Plusieurs personnes présentes ne prenaient même pas la peine de dissimuler leur champ de force. Les fluctuations de résonance du Niveau de demi-lune, du Niveau de pleine lune et même du Niveau des deux lunes n’avaient rien de rare. Tous étaient puissants.
Garen les compara un à un et finit par se rendre compte qu’il était en réalité le plus faible de tous.
À cet instant, l’homme à la marque rouge s’envola dans les airs et agita la main, faisant apparaître une roue électrique violette. Elle s’abattit sur les trois autres et les projeta au loin. Il renifla avec mépris, en profita pour en saisir un et le faire prisonnier, puis fit volte-face et s’envola en lançant d’un ton arrogant :
« Secte des Cinq Roues, dites à votre frère aîné Carlos de venir récupérer les vôtres. Si vous tardez, vous en assumerez les conséquences ! »
L’homme disparut soudain et s’éloigna à toute vitesse.
La bagarre avait été brève et s’était achevée aussi vite qu’elle avait commencé.
Les silhouettes en robe noire étaient restées au bord du terrain pour assister au spectacle. Personne n’avait prêté main-forte. La Secte des Cinq Roues n’avait pas bonne réputation. Ce n’était pas la première fois que des gens se faisaient escroquer en faisant affaire au Marché noir. Tous étaient ravis de voir cette secte essuyer des pertes.
Ceux qui étaient restés sur place avaient l’air contrarié, mais leurs yeux trahissaient leur soulagement : c’était un autre qui avait été emmené.
Garen observa la scène et comprit que la cohésion de la Secte des Cinq Roues était faible, et que ses membres étaient tous égoïstes.
« Qu’est-ce que vous faites tous là ? Dispersez-vous ! Le centre commercial du Marché noir est là-bas. Si vous voulez faire des affaires, allez-y. Sinon, partez ! »
L’un d’eux, de mauvaise humeur, se mit à invectiver le groupe de badauds rassemblés autour du terrain. Ce chapitre a été copié depuis novelping.com sans autorisation.
« Héhé… »
« Quel aplomb ! »
« Si vous n’arrivez pas à battre les autres, ne vous en prenez pas à nous. »
La foule lança des remarques acerbes et froides en se dispersant. Cela ne fit qu’enrager davantage l’homme, mais il n’osa pas passer à l’action, car les badauds étaient nombreux.
Garen secoua la tête et suivit le groupe le plus important en direction du bâtiment blanc en forme de yourte, à droite.
Les silhouettes en robe noire qui le précédaient entrèrent l’une après l’autre. Elles ressortaient très vite ; certaines semblaient satisfaites, tandis que d’autres ne cessaient de secouer la tête. Beaucoup gardaient le silence, et il était impossible de deviner ce qu’elles avaient fait.
Garen ignorait comment faire des échanges, mais Sœur aînée Rainy lui en avait tout de même appris les rudiments et le déroulement.
Bientôt, tous ceux qui le précédaient furent entrés. Quand vint son tour, il s’avança à son tour.
Dès qu’il pénétra dans la yourte blanche, un léger bruissement retentit, comme s’il venait d’entrer dans un autre espace. L’intérieur était entièrement blanc. Les murs diffusaient une faible lueur blanche qui n’éblouissait pas.
Devant lui flottait une structure blanche en forme de pyramide.
Une empreinte de paume bien nette marquait la surface de la pyramide.
« Veuillez poser votre paume. » Une voix électronique froide retentit.
Garen s’avança, tendit la main et la posa sur l’empreinte.
Aussitôt, des vagues de Volonté chargées d’informations se précipitèrent vers l’extérieur de son Empreinte de machine énergétique. Elles prirent la forme d’un ruban et flottèrent lentement, en attendant qu’il ouvre son Empreinte de machine énergétique.
Garen entrouvrit l’accès aux échanges d’informations de son Empreinte de machine énergétique.
« Liste des articles disponibles à l’échange… »
Une liste virtuelle apparut soudain devant Garen. Elle était divisée en plusieurs catégories.
« Médicaments » « Expériences » « Spécial » « Autres »
Les quatre catégories étaient là. Garen utilisa sa conscience comme une main et sélectionna la plus courante, « Médicaments », la première de la liste.
« Médicament jaune pour les blessures : restaure une petite quantité de Vitalité et de Volonté. »
« Médicament vert pour les blessures : restaure une petite quantité de Vitalité. »
« Médicament bleu pour les blessures : restaure une petite quantité de Volonté. »
« Antidote de première catégorie : convient pour soulager et prévenir les toxines aéroportées. »
« Antidote de deuxième catégorie : convient pour soulager les intoxications légères. »
« Antidote de troisième catégorie : convient pour soulager les intoxications modérées. »
« Bandage d’urgence : arrête rapidement les saignements. »
La catégorie « Médicaments » ne contenait que ces articles. Une ligne, tout en bas de la liste, précisait toutefois : « Ces médicaments ont des effets particuliers sur le Champ de bataille du Vide. »
Garen resta sans voix. Ces produits ne lui servaient à rien, et chacun coûtait très cher : mille cristaux.
Il passa ensuite à la catégorie « Expériences », qui regroupait toutes sortes de matériaux de butin propres au Champ de bataille du Vide. On y trouvait, par exemple, l’essence d’une colonie d’abeilles venimeuses. Elle coûtait mille cristaux : du vol pur et simple !
Parmi les autres articles disponibles figuraient l’Essence du Vide des Oiseaux du Vent noir, des Dragons des neiges et de l’Ours desséché. Le reste était constitué d’Essences du Vide de bas niveau tout à fait ordinaires. Elles étaient manifestement destinées aux disciples de certaines sectes pour l’accomplissement de leurs missions.
Garen parcourut la liste et découvrit que cette catégorie contenait bon nombre d’articles. Il finit rapidement par trouver l’Essence d’amibe du Vide dont il avait besoin.
« Essence d’amibe du Vide : monstre de niveau cinq, cinquante mille cristaux. »
« C’est du vol ! » Garen en resta bouche bée. Sans les anneaux spatiaux de Ron et de Barlow, il n’aurait probablement eu de quoi en acheter qu’un tout petit peu.
À l’évidence, l’autre partie avait évalué avec précision le pouvoir d’achat des clients.
« Tant pis. Je vais en prendre un peu. » Garen n’était pas venu ici pour partir à la recherche d’amibes, mais pour mener à bien son propre plan : absorber le Pouvoir de l’Héritage. Cela dit, mieux valait d’abord stabiliser son plan actuel avant de l’absorber.
Une fois le Pouvoir de l’Héritage absorbé, son niveau progresserait sans aucun doute. Or, il venait à peine d’atteindre le niveau cinq. Progresser à nouveau si tôt risquait de fragiliser ses fondations.
Ne pas avoir suffisamment travaillé son Empreinte de machine énergétique nuirait à son développement futur.
Après avoir acheté rapidement quelques Essences d’amibe, Garen vit les quelques cristaux d’or qu’il tenait disparaître. À leur place apparurent quelques minerais noirs, dont la surface était couverte d’une lueur argentée étoilée.
Après les avoir examinés et s’être assuré qu’il s’agissait bien de l’Essence d’amibe nécessaire à sa mission, Garen ne prit pas la peine de les regarder davantage et les jeta dans son Anneau spatial.
Il consulta de nouveau la liste des achats.
Après avoir parcouru la catégorie « Expériences », il sélectionna « Spécial ».
La catégorie « Spécial » contenait moins d’articles que celle des « Médicaments ». Elle n’en proposait que trois.
« Bile d’ours : essence d’Ours terrestre de niveau de nouvelle lune. Stabilise le sang, la chair et le corps. Convient aux Machinistes énergétiques pratiquant des techniques extrêmes. Un million de cristaux. »
« Œil du Serpent : l’un des mille yeux sur le dos du Serpent du Vide. Le gène peut en être extrait pour être utilisé. Un million de cristaux. »
« Chenille : chenille rouge dont le dos est couvert de dards venimeux. La manger crue aide à stabiliser la Volonté. Convient aux Machinistes énergétiques qui viennent de franchir un niveau. Six cent mille cristaux. »
Les enchères avaient déjà fait grimper le prix de ces trois articles. Tous trois avaient atteint leur plafond actuel.
Garen réfléchit, puis ajouta une nouvelle enchère pour la chenille : sept cent mille.
Ensuite, il n’y prêta plus attention. Il sortit l’équipement spatial de Ron et de Barlow et le plaça sous l’écran virtuel pour le faire estimer.
L’ordinateur effectua l’évaluation à toute vitesse. En moins de deux secondes, le collier et les objets contenus dans l’anneau avaient été évalués, et un prix avait été fixé.
« Valeur totale estimée : vingt-quatre millions de cristaux. Conversion en vingt-quatre cristaux d’or. Souhaitez-vous effectuer l’échange ? »
Garen garda une expression impassible et confirma.
Il avait déjà examiné chacun des objets contenus dans les deux affaires. Ils étaient tous rares, mais la grande majorité ne lui était pas utile pour le moment. Puisqu’ils ne lui servaient à rien, mieux valait les échanger contre des cristaux d’or afin d’acheter ce dont il avait besoin.
En voyant ses quelque trente cristaux d’or passer à plus de cinquante, Garen se sentit bien mieux.
La richesse donnait vraiment une assurance incomparable.
Il consulta de nouveau la fiche de la chenille. Comme personne ne surenchérit, elle lui revint directement. L’option correspondante disparut également de l’écran. Il n’y en avait manifestement qu’une seule, et elle venait d’être achetée.
Notes du traducteur :
1 « Menu fretin » : expression chinoise désignant les personnages de moindre importance.
2 Idiome chinois désignant quelqu’un que la vue des richesses pousse à commettre un crime et à s’en emparer.