Chapitre 10
Garen remarqua peu à peu le changement chez sa sœur. Sa conscience d’adulte lui permettait de sentir que Ying Er le traitait un peu différemment ; elle semblait prendre chacune de ses paroles très au sérieux. Plus tôt, quand ils avaient joué à chat, elle avait fait très attention à ses gestes et n’avait usé que d’une force infime, comme si elle craignait de lui faire mal. C’était ainsi qu’il avait réussi à la surprendre et à la mettre à terre pour finir.
« Mange d’abord. Préparer le petit déjeuner et le déjeuner, sortir acheter des fruits… Tu as eu une journée bien remplie, Ying Er. » Il tendit la main et lui pinça la joue. Ces derniers temps, son visage rouge semblait avoir beaucoup moins d’acné et de taches de rousseur ; sa peau était douce et lisse au toucher.
« Hé, toi ! » Ying Er repoussa la main de Garen. « Tu as pris un médicament de travers ou quoi ? Depuis quand tu te soucies des autres ? » Elle le dévisagea, perplexe. Même si elle s’efforçait d’habitude de faire comme si elle n’était pas proche de son frère, en réalité, elle se préoccupait en secret de tout ce qui le concernait.
Le cœur de Garen fit un bond. Il comprit qu’il avait un peu trop changé de comportement et retira aussitôt sa main sans ajouter un mot. « Je n’ai pas le droit d’avoir grandi ? Tu n’es pas obligée d’en faire tout un plat. Allez, mangeons. »
Après avoir avalé leur repas à la hâte, le frère et la sœur firent la vaisselle ensemble, puis regagnèrent rapidement leurs chambres respectives, tous deux un peu troublés. Depuis qu’elle s’était retrouvée accidentellement découverte, Ying Er avait sans cesse l’impression qu’un courant d’air s’insinuait sous sa jupe et se sentait constamment mal à l’aise devant Garen. Après tout, ils étaient demi-frère et demi-sœur ; leur lien, né de la réunion de deux familles monoparentales, n’était pas un lien de sang.
Garen, lui, se hâta de regagner sa chambre pour réfléchir davantage aux améliorations d’attributs.
Debout près de la fenêtre, il contempla en silence les données d’attributs rouge pâle dans le bas de son champ de vision.
« Si les compétences peuvent vraiment être améliorées, je pourrai participer au tournoi d’ici peu et remporter la grosse cagnotte en renforçant mes talents de tir à l’arc ou d’escrime. Le seul problème, c’est que ça ferait vraiment tache qu’un élève qui s’entraîne rarement se présente soudainement et gagne. Sans parler de ce que les autres pourraient penser, Ying Er connaît bien ma situation. Elle sait que je ne m’entraîne pas d’habitude au tir à l’arc ni à l’escrime. » Il posa la main contre la vitre.
« Dans ce cas, le tir à l’arc et l’escrime, c’est exclu. Mais qu’en est-il du Dojo du Nuage Blanc ? J’ai toujours suivi les entraînements du dojo avec attention. Si je me lançais dans le tournoi, les gens penseraient que j’ai progressivement acquis mes compétences en observant les autres, et ça attirerait moins l’attention. En plus, le dojo n’est pas l’Académie : c’est un organisme indépendant. Même s’il s’y passait quelque chose d’inhabituel ou d’exceptionnel, ça ne ferait pas grand bruit. Le seul hic, c’est que les prix sont un peu maigres… Je pourrais aller me renseigner auprès du dojo pour savoir s’il existe des tournois entre dojos. Les prix y sont bien plus élevés que dans les tournois internes ! Voilà une bonne idée ! »
Il effleura doucement la surface de la vitre, lisse et fraîche au toucher. « Dans ce cas, je passerai au dojo cet après-midi pour demander à un entraîneur comment ça se passe en général. »
Après s’être reposé un moment dans sa chambre, Garen en sortit discrètement. En passant devant celle de sa sœur, il la vit allongée sur son lit, les joues roses, profondément endormie, et décida de ne pas la déranger.
Il enfila doucement son écharpe et son manteau, changea de chaussures et sortit. Une fois hors de son impasse, il prit les trois cents dollars que son oncle lui avait donnés dans sa poche, héla une voiture noire et y monta.
« Au Dojo du Nuage Blanc. »
« Ça fera bien dix dollars, hein ? » demanda le cocher en se retournant.
« Oui, c’est ça. Allez-y. » Garen acquiesça.
Assis dans la voiture, il regarda par la fenêtre de droite les bâtiments aux murs jaune pâle défiler rapidement les uns après les autres. Quelques minutes plus tard, après un virage, les rues se firent peu à peu désertes. Le paysage précédent céda la place à de sévères bâtiments gris. Des boutiques aux portes en arc de cercle formaient une rangée ; elles vendaient toutes des horloges et des articles divers.
Garen examina attentivement la section des compétences dans son champ de vision.
Techniques de combat : amateur. Tir à l’arc : amateur. Escrime : amateur.
« Si je réussis l’évaluation et que je m’entraîne aux Arts secrets du Dojo du Nuage Blanc, je pourrai améliorer mes capacités physiques. En y ajoutant mes points d’attribut pour augmenter ma puissance en parallèle, les effets de mon entraînement seront décuplés par rapport à ceux de mes camarades ! » Ses yeux rouge vineux se plissèrent légèrement, laissant transparaître son impatience.
« Si je continue à utiliser mes points d’attribut pour améliorer une seule compétence, je me demande jusqu’à quel niveau je pourrai la faire progresser. On dit que les gens ont des talents différents, et que les résultats de leur entraînement aux Arts secrets peuvent donc varier considérablement. Ça pourrait m’aider à dissimuler le fait que j’améliore mes compétences avec mes points d’attribut. Ainsi, même si la méthode d’entraînement est légèrement inférieure, elle pourra rivaliser avec les meilleures. Pour l’instant, j’espère seulement que les points d’attribut pourront améliorer les méthodes d’entraînement comme ils améliorent les qualités personnelles. »
En se demandant à qui il pourrait se renseigner au dojo, Garen ne trouva que trois noms : Sharmilla, Luo Ya et la fille aux cheveux courts et argentés avec qui il s’était entraîné.
Un autre lui avait pourtant laissé une profonde impression : Erwin, le meilleur de leur promotion. Il obtenait toujours d’excellents résultats grâce à ses compétences écrasantes. De plus, il était d’un naturel doux, très humble et bien élevé. S’il y avait quelqu’un qui avait toutes les chances de devenir disciple officiel du Dojo du Nuage Blanc, c’était bien Erwin.
« Je pourrais aller voir Erwin. Ce type s’entraînera forcément au dojo, même le week-end ; il ne fait jamais d’exception. Et puis, il saura certainement tout ça », pensa Garen. Il avait entendu parler de grands tournois inter-dojos, où l’on sélectionnait la crème de la crème de la province de Galantia — où se trouvait Huaishan —, avant de remettre des prix et des médailles aux lauréats lors d’une cérémonie officielle. « Ces tournois permettent aux dojos d’éviter une concurrence féroce, de mettre en valeur leurs talents et de consolider leur statut social. Le premier prix annuel dépasse presque toujours les cent mille dollars, et le vainqueur se qualifie pour le tournoi national. »
Tandis que Garen s’employait à mettre de l’ordre dans ses connaissances, la voiture ralentit peu à peu, puis s’arrêta.
« Monsieur, le Dojo du Nuage Blanc », annonça le cocher, interrompant le fil de ses pensées.
« Oui, très bien. » Il sortit quelques billets de sa poche et les tendit au cocher. Dès qu’il eut récupéré sa monnaie, Garen sauta de la voiture.
Les rues étaient étroites et donnaient une impression de désordre et de complexité.
Le sol était pavé de cailloux gris et noirs, peu agréables sous les pieds. Les bâtiments qui bordaient la rue étaient de hauteurs variées ; certains étaient rouges, d’autres gris ou jaune pâle. Les motifs différaient eux aussi : carrés, triangles, carreaux, arcs ondulés… Tout cela formait un véritable capharnaüm. À une dizaine de pas de Garen, un clocher jaune kaki se dressait au milieu de la rue ; à sa base, une porte en arc de cercle laissait passer les piétons.
Quelques passants entraient et sortaient sans cesse par cette porte.
À gauche de l’entrée, une affiche était accrochée à un panneau de bois blanc. Deux personnes se tenaient là pour la lire.
Garen s’approcha de l’affiche et la parcourut.
« Avis de recrutement du Dojo du Nuage Blanc pour les vacances : les candidats de moins de dix-huit ans munis d’une carte d’étudiant bénéficient d’une réduction de moitié sur les tarifs étudiants. Voici le barème détaillé des tarifs pour adultes : … »
L’un des lecteurs était un adolescent couvert de taches de rousseur. Après avoir lu l’affiche, il fronça les sourcils. « Allons-y, Jim. Les arts martiaux, c’est trop épuisant, et ça ne sert pas à grand-chose. Peu importe ce que tu apprends, un coup de pistolet te mettra quand même à terre en un instant. »
L’autre garçon secoua la tête et tous deux franchirent l’entrée en passant devant le panneau, laissant Garen seul sur place.
À droite de l’affiche se trouvait la façade d’un bâtiment surmonté d’un clocher gris blanchâtre. Des lattes d’acajou couraient sur sa porte d’entrée comme une toile d’araignée. La porte d’acajou était grande ouverte et laissait voir l’intérieur désert : un élève solitaire, vêtu d’une robe jaune kaki, balayait la salle.
Garen parcourut l’affiche, puis se dirigea aussitôt vers l’entrée de droite.
L’élève qui balayait leva les yeux vers lui, mais ne dit rien.
Garen franchit l’entrée principale, traversa le hall central et la cour jaune kaki, puis se dirigea droit vers la rangée de petites bâtisses tout au fond.
La rangée de petites bâtisses qui bordait la cour formait une ligne droite gris foncé. Garen se dirigea vers l’entrée de la maison la plus à gauche. Des bruits de coups portés contre des sacs de sable venaient de l’intérieur.
Il ouvrit doucement la porte. La pièce était assez sombre et vide ; seuls quatre sacs de sable noirs étaient suspendus au mur du fond. Deux garçons et une fille frappaient chacun un sac à toute vitesse, tandis que trois élèves se tenaient à côté d’eux, prêts à leur tendre des serviettes et d’autres affaires.
Un martèlement incessant résonnait dans la salle.
Presque personne ne remarqua l’arrivée de Garen. L’un des élèves qui tenait une serviette blanche se retourna pour le regarder, puis l’ignora. C’était la salle d’entraînement, où tous les élèves pouvaient s’exercer, mais les installations étaient de niveau relativement élevé. Les sacs de sable étaient extrêmement lourds et ne convenaient qu’aux disciples officiels. Les disciples ordinaires risquaient de se blesser en s’entraînant avec.
Le regard de Garen se posa rapidement sur le garçon le plus à gauche.
Le garçon était torse nu ; ses muscles cuivrés se dessinaient nettement. La sueur lui coulait dans le dos et trempait son short gris. Entièrement concentré sur le sac devant lui, il le frappait à un rythme modéré, chaque coup ne faisant que le faire légèrement trembler.
Garen s’approcha et attendit patiemment à côté de lui.
Plus de dix minutes passèrent avant que le garçon ne s’arrête. Il s’essuya le visage et repoussa vers l’arrière ses cheveux courts, jaune pâle, complètement trempés de sueur. Il attrapa une serviette noire sur le porte-serviettes voisin et se mit à s’éponger.
« Frère aîné Erwin, je m’appelle Garen, je suis dans votre promotion. Est-ce que je peux vous poser une question ? » Garen en profita pour s’avancer et éleva la voix. La pièce résonnait de coups ; s’il ne parlait pas fort, Erwin ne l’entendrait pas.
« Garen ? Ah… je te connais. » Erwin posa sa serviette et lui adressa un sourire affable. « Demande-moi ce que tu veux. On est de la même promotion, pas besoin de faire des manières. »
« J’aimerais me renseigner sur les tournois d’élèves. »
Dix minutes plus tard…
Garen sortit de la salle en ayant une bonne idée du déroulement des tournois. Il fallait d’abord participer au tournoi interne du dojo et obtenir un bon classement pour pouvoir prendre part au tournoi organisé conjointement par deux villes voisines. Les vainqueurs étaient ensuite sélectionnés pour le tournoi provincial, qui menait finalement au tournoi national ; ces différentes étapes formaient une hiérarchie en cascade. En outre, seuls les tournois internes et interurbains se déroulaient en l’espace de trois semaines, du début à la fin ; les autres auraient lieu l’année suivante ou celle d’après.
« Mais ça me suffirait de mettre la main sur une partie des prix. Le premier prix du tournoi de la ville, cette fois-ci, s’élève à dix mille dollars, le deuxième à cinq mille et le troisième à deux mille. Il me suffirait de finir deuxième pour régler mes problèmes d’argent. »