Sa tête était lourde, plus à cause de l’attaque d’Évangéline qu’à cause d’autre chose… mais aussi à cause de l’abus de Sans-Visage.
Cette bataille avait semblé facile, pourtant trois personnes avaient failli détruire son avatar. S’ils avaient attaqué en même temps avec une meilleure coordination, ils auraient pu réussir.
La première était Abellona. Ses Ailes de Destruction la rendaient vraiment mortelle. Heureusement pour lui, il savait comment elles fonctionnaient pour les avoir vues en action auparavant et il savait qu’elle ne pouvait les maintenir que pour un temps limité.
Dommage qu’elle lui ait dit un jour que ces ailes avaient une faiblesse fatale : si elle les utilisait au-delà de leur limite, son propre pouvoir destructeur la consumerait et la tuerait.
C’est pourquoi il s’était contenté de l’éviter, esquivant ses attaques jusqu’à ce qu’elle s’épuise.
La suivante était Leona. Son pouvoir était assez dangereux, dommage qu’elle ne soit que de deuxième classe.
Sa plus récente décharge de foudre l’aurait tué si elle avait été de troisième classe.
Quel dommage, en effet.
Cela dit, elle avait créé une ouverture pour qu’Évangéline frappe, et cette attaque avait vraiment fait des dégâts.
Damon — ou plutôt Amon — avait dû riposter avec une extrême sévérité contre son pouvoir. Évangéline était dangereusement puissante… ou plutôt, elle était un terrible désavantage pour Damon.
C’était comme si quelqu’un avec un attribut de feu normal n’avait aucune chance contre quelqu’un avec un attribut de glace, c’était un contre naturel. Bien que son attribut soit Ombral et le sien Lumière, ce n’était pas la raison. La raison était plus simple.
La justice et la culpabilité.
La raison finale d’une attaque aussi impitoyable… Damon réalisa qu’il perdait son identité sous l’effet de la compétence Sans-Visage.
Dans son cœur, il commençait à croire qu’il était vraiment Amon, un seigneur démon.
Damon se contrôlait toujours, mais cette graine était là.
S’il ne désactivait pas Sans-Visage rapidement, il aurait de sérieux problèmes.
Le seul problème était… Damon ne pouvait pas le désactiver en étant sur un champ de bataille, sous les yeux de tous.
Les étoiles dans le ciel brillaient d’une lumière inhabituelle, comme si elles allaient exploser. L’obscurité et les flammes de la bataille étaient illuminées par la lumière blanche des étoiles.
Tout le monde retenait son souffle. Ce serait la bataille qui déterminerait le destin de tous ceux qui étaient présents ici.
Si Damon tuait Amon, les races de la déesse seraient victorieuses. S’il échouait et périssait ici, elles seraient anéanties.
Sa forme était enveloppée d’ombres ondulantes alors qu’il faisait face à Amon, qui était entouré de quelque chose s’apparentant à une brume sombre. Il — ou cela — ne pouvait être vu ou perçu correctement.
Cependant, son pouvoir ne laissait aucun doute.
Damon jeta un coup d’œil à sa fenêtre système. Il avait déjà terminé le deuxième acte de sa quête.
Venait maintenant le troisième, et espérons-le, le dernier acte. Il le regarda, son expression se faisant plus sombre.
Dire que c’était de mauvais augure était un euphémisme.
Acte Trois de la Quête – [Désespoir]
Une fois de plus, je m’exécute. Tenez compte de mon avertissement. Vos périls ne font que commencer.
Objectif : Survivre au Festin des Cauchemars.
Récompenses :
Vous vivez.
Échec :
Damnation éternelle, rêvant à jamais d’un cauchemar sans nom.
La quête s’appelait littéralement Désespoir, et vivre était sa propre récompense. Quel genre d’horrible quête était-ce ? Normalement, Damon recevait une sorte de récompense attrayante, une compétence, un objet, quelque chose.
Mais ceci… c’était comme si survivre à ce qui allait arriver était la récompense elle-même.
Le sens du danger de Damon hurlait que ce n’était pas bon, et il avait raison. Il ne quitta pas Amon des yeux, jetant un bref coup d’œil à Abellona.
« Tuez cette prêtresse avant qu’elle ne termine le rituel qu’elle est en train de faire… Je vais tuer Amon. »
Abellona hocha la tête. Ses mots, bien que calmes, résonnèrent sur le champ de bataille silencieux pour que tous les entendent.
Les races de la déesse savaient qu’elles devaient tuer la prêtresse, et les démons savaient qu’ils devaient la protéger.
Sa peau se hérissa, son malaise s’accentuant après que ces mots eurent quitté sa bouche.
Ce n’est qu’après les avoir prononcés qu’il réalisa qu’ils ne changeaient rien, cela ne faisait qu’empirer son sens du danger.
Ce qui signifiait que la tuer pourrait même ne pas changer l’issue.
Il n’avait pas de temps à perdre. Il allait en finir rapidement.
« Nous savons tous les deux que ça ne marchera pas », dit Amon, bien qu’en vérité Damon ne faisait que se parler à lui-même.
« C’est trop tard. Je le sais… d’ailleurs, je me demande comment cela affecte mes propres plans », pensa-t-il tandis que le monde autour d’eux explosait en une bataille acharnée pour la prêtresse.
Amon leva la main, riant alors qu’il chargeait Damon avec une épée de glace. Damon fit un pas éclair en avant, et la bataille commença, avec son propre soi.
Une farce qu’il ne pouvait arrêter.
Il était un acteur dans une pièce de sa propre folie, dansant dans un scénario écrit par un dieu qui avait maîtrisé la ruse, la duplicité et la manipulation. Ses ficelles étaient le destin lui-même, et tout le monde ici était une marionnette.
Tout comme les marionnettes ne pouvaient s’emparer des ficelles, de même pour les mortels, leur résistance était futile.
Pourtant, Damon s’en fichait. Il s’affronta lui-même.
Le destin était partout, il vivait dans leurs actions et leurs choix. Ce n’était pas la volonté du dieu inconnu ; c’était le choix de Damon. Son choix d’être ici. Son choix de combattre son propre clone, manipulant tout le monde pour ses propres fins.
Au final, il ne regretterait que les choix qu’il n’aurait pas faits.
Peu importait où cette route menait bientôt, quand il mettrait la main sur le remède pour sa sœur.
Il allait mourir.
C’était le doigt d’honneur ultime qu’il pouvait faire au dieu inconnu qui avait écrit ce scénario.
On ne peut pas avoir d’histoire sans un personnage principal pour faire avancer le récit, surmonter les obstacles et atteindre la fin.
Ce n’était pas un suicide, c’était sa défiance.
« Si je dois perdre de toute façon… je perdrai selon mes propres conditions. Uniquement mes propres conditions. »
Le mortel provocateur qui préférait choisir sa propre fin plutôt que d’être entraîné sur le chemin du dieu.
Son épée s’entrechoqua avec celle d’Amon, créant des vents astraux massifs qui rugissaient tout autour d’eux. Ses longs cheveux fouettaient dans la tempête tandis qu’il observait le miroir sans visage de lui-même, dansant à ses caprices, luttant alors que son identité se corrodait.
Quel adversaire approprié à combattre.
« Qui d’autre pourrait me combattre à part moi-même… qui d’autre dois-je vaincre ? »