Chapitre 1 163
Damon passait une journée épouvantable.
Il n'avait aucune idée du nombre de monstres qu'il avait tués jusqu'à présent, mais cela commençait à devenir agaçant. Pire encore, il sentait qu'il perdait lentement la raison, ce qui n'aurait même pas dû être possible puisqu'il possédait la Couronne de Lysithara, un artefact qui empêchait son porteur de sombrer dans la folie.
Ce qui signifiait que la cause de sa soif de sang était bien plus insidieuse qu'un simple sortilège mental.
Bien plus sinistre.
Il essuya le sang sur ses mains avec le dos de son poignet et fixa l'horizon.
Il avait senti Ric activer l'un des dispositifs magiques qu'il lui avait confiés, celui contenant les flammes noires nées de sa compétence Ashborn.
Sans une seconde d'hésitation, Damon déploya ses ailes.
D'un battement puissant, il s'élança dans le ciel, filant vers cette direction. À travers les montagnes de l’Anarchie, d'innombrables drones de l'Ombre se déplacèrent à l'unisson, changeant silencieusement de cap pour converger vers la même destination.
Puis...
Un frisson soudain lui parcourut l'échine.
Le vent lui-même lui lacéra le flanc comme une lame invisible.
Avant qu'il ne puisse réagir, quelque chose d'imposant fondit du ciel et s'agrippa à lui avec des serres gigantesques.
Ses griffes crissèrent contre son corps tandis que des étincelles jaillissaient de l'impact.
L'expression de Damon resta froide.
Il se tordit en plein vol, donna un coup d'ailes violent et frappa vers le haut de toutes ses forces.
La créature vacilla un instant.
C'était suffisant.
Tous deux dégringolèrent du ciel.
Damon percuta plusieurs pics rocheux avant de s'écraser au sol, creusant un petit cratère.
La poussière tourbillonna sur la montagne.
Il se releva lentement et leva les yeux.
Tout là-haut, un oiseau immense tournait en cercle.
Son envergure couvrait le ciel, tandis que des vents violents et des tornades miniatures tourbillonnaient autour de son corps.
Il pouvait sentir l'immense pression qui s'en dégageait.
Un Roc.
Damon laissa échapper un long soupir.
« Quelle plaie. »
Il leva son épée, des ombres tourbillonnant autour de la lame avant qu'il ne se propulse vers le ciel.
Leur collision fit trembler la montagne.
L'acier se heurta au vent.
Des ondes de choc éclatèrent.
Pourtant, Damon était désavantagé.
Ce corps était tout simplement trop faible.
Il y avait toujours l'option de brûler la poupée de paille que Sylvia lui avait donnée...
Mais elle avait une autre utilité.
Elle était destinée à altérer la barrière entourant les montagnes de l’Anarchie.
L'utiliser maintenant serait un gaspillage.
Damon atterrit sur le flanc de la montagne et sprinta immédiatement le long de la paroi presque verticale.
Les ailes du drone de l'Ombre qu'il possédait se régénérèrent rapidement pendant sa course.
D'un nouveau bond, il s'élança dans les airs, déployant largement ses ailes.
Les courants invisibles entourant le Roc s'abattirent soudain sur lui.
L'air lui-même devint insupportablement lourd.
Avant même de pouvoir l'atteindre, il fut forcé de redescendre.
Damon claqua la langue.
Au lieu de résister, il replia ses ailes et plongea sous la créature avant de virer brusquement vers un pic montagneux noyé dans le brouillard.
En quelques instants, sa silhouette disparut dans l'épaisse brume.
Le Roc poussa un cri furieux.
Ne voulant pas perdre sa proie, il se lança immédiatement à sa poursuite.
À l'instant où il pénétra dans le brouillard...
Un éclat argenté brilla près de son œil.
Puis vint une douleur insoutenable.
Une lame lui transperça l'œil.
« Cawwwweee ! »
Son cri d'agonie résonna dans toutes les montagnes.
Debout sur sa tête massive, Damon gardait calmement l'équilibre malgré les secousses violentes de la créature.
Il la regarda de haut sans la moindre trace de peur.
« Tu ne pensais pas vraiment que je fuyais, n'est-ce pas ? »
Il leva lentement une main.
« [Arsenal Magique.] »
Des dizaines d'épées magiques se matérialisèrent autour du Roc.
Pendant un bref instant, elles flottèrent en silence...
Puis elles descendirent.
L'une après l'autre, elles empalèrent le corps énorme de la créature.
Le sang gicla dans le ciel.
Le Roc poussa un dernier cri avant de s'écraser sur les montagnes en contrebas.
Damon sauta juste avant l'impact, atterrissant légèrement sur le sol rocheux tandis que le cadavre gigantesque s'écrasait derrière lui.
Il se frotta le front.
Un mal de tête pulsait derrière ses yeux.
« Quelle créature de Quatrième classe agaçante. »
« Si je n'avais pas d'ailes... »
« ...je serais dans un sale état. »
Au moins, il n'y en avait qu'un.
Cette pensée venait à peine de lui traverser l'esprit qu'il regarda instinctivement vers le ciel.
Son expression se figea.
De pic en pic...
D'autres Rocs prirent leur envol.
Leurs silhouettes massives émergeaient des nuages, les unes après les autres, jusqu'à ce qu'une volée entière fonce vers lui.
Damon les fixa pendant une longue seconde avant de laisser échapper un nouveau soupir.
« Quelle chance. »
Il n'attendit pas qu'ils l'encerclent.
Faisant volte-face, il sauta de la falaise et disparut dans la mer de brouillard en contrebas.
Ric et Ranar poursuivaient leur voyage à travers les montagnes de l’Anarchie.
Comme les aventuriers connaissaient le chemin, ils se contentaient de les suivre.
À travers les vallées...
À travers les falaises...
À travers les crevasses profondes.
Les montagnes de l’Anarchie n'étaient pas un endroit pour les faibles.
Partout où ils allaient, ils voyaient la mort.
Les vestiges de la violence jonchaient le paysage, et parfois quelque chose de pire encore.
Il y avait des squelettes de la taille de maisons.
Les cadavres en décomposition de béhémoths tombés au combat gisaient éparpillés dans les montagnes, rappelant que, grand ou petit...
N'importe qui pouvait mourir ici.
En voyant tout cela, Ric et Ranar ne pouvaient s'empêcher d'apprécier la vie qu'ils avaient menée auparavant.
Ils n'avaient jamais eu faim.
Ils n'avaient jamais dormi chaque nuit en se demandant s'ils seraient encore en vie au matin.
Du moins...
Pas comme les enfants qui voyageaient avec eux.
Ces enfants n'avaient pas eu cette chance.
Ils avaient souffert de la faim.
Ils avaient été battus.
Abusés.
Chaque jour était passé à se demander d'où viendrait leur prochain repas...
...ou s'ils survivraient assez longtemps pour le manger.
Même ainsi, pour une raison quelconque, ils avaient décidé de rester avec Ric et Ranar tout au long du voyage.
Ranar restait confiante.
S'ils pouvaient atteindre la Ville de l’Anarchie...
...son père serait sûrement là à les chercher.
Le voyage lui-même n'était pas fait que de terrains dangereux.
À plusieurs reprises, ils avaient dû combattre des monstres tapis dans les montagnes.
Finalement, ils traversèrent le bord étroit d'une falaise avant de descendre dans une large vallée.
Gunter leva soudain la main, signalant à tout le monde de s'arrêter.