
Le Rituel de Transfert de Vie.
Un rituel interdit que les sorciers employaient jadis pour voler la force vitale d'autrui et prolonger leur propre vie. Après que d'innombrables vies eurent été sacrifiées à cause de lui, il avait fini par être inscrit sur la liste des textes interdits de l'Empire et condamné comme « un art interdit qui défie toute morale humaine ».
Mais Ludville s'en était servi à rebours, pour offrir sa propre vie plutôt que pour voler celle d'un autre.
Odely s'approcha lentement et posa la main sur le cercle rituel gravé. Elle sentit un étrange courant circuler sous le sol.
... C'est bien ce que je pensais. Il est encore là.
Dans sa vie précédente, Odely avait passé cinq ans dans ce pavillon annexe, à l'écart du château, car leur contrat précisait où elle avait le droit de vivre et jusqu'où elle pouvait s'éloigner. Soudain, la voix de Ludville résonna dans son esprit.
« Que faites-vous ici ? »
C'était une journée exceptionnellement douce. Le printemps était encore glacial dans le Nord, mais pour Odely, même cela paraissait tiède, elle qui n'avait jamais eu le droit de connaître un monde touché par le soleil depuis son enfance. Elle s'était dit qu'en sortant un tout petit moment, juste un instant, il ne s'en apercevrait pas. Mais cela n'avait duré qu'une heure, et Ludville l'avait remarqué aussitôt. Dès qu'il avait compris qu'elle n'était plus là, il s'était rendu droit au pavillon sans un mot et l'avait ramenée. Lui saisissant fermement les épaules, il avait dit d'un ton glacial :
« Je vous avais clairement dit de ne jamais quitter le pavillon. C'est une violation manifeste de notre contrat. Souhaitez-vous y mettre fin ? Ne franchissez plus jamais cette limite. »
Son ton avait été aussi froid et impitoyable que d'habitude. À l'époque, elle avait cru qu'on l'avait enfermée dans ce pavillon parce qu'elle gênait la femme qu'il aimait vraiment. Ce jour-là pourtant, le bout de ses doigts tremblait très légèrement et son visage paraissait pâle, vacillant. Elle avait pris cela, lui aussi, pour l'angoisse d'un homme qui craint de contrarier la femme qu'il aime. Mais à présent, elle savait : la seule chose qu'il avait vraiment redoutée jusqu'au bout, c'était de perdre Odely.
Elle avait dû rester exactement cinq ans dans ce pavillon, car c'était à cette condition seulement que le rituel pourrait fonctionner à la perfection. Autrement dit, la raison pour laquelle Ludville avait proposé un contrat de cinq ans et l'avait pratiquement confinée ici...
... n'était que de me sauver.
Ce rituel de transfert de vie n'était pas un simple sort qui s'activait à l'instant où l'on prononçait une incantation. Si la force vitale d'une autre personne était injectée d'un seul coup dans un corps, cela pouvait provoquer un rejet violent, voire un choc mortel, comme une transfusion sanguine sans test de compatibilité. Voilà pourquoi il avait gardé Odely près du cercle rituel : il avait fallu synchroniser lentement, sur une longue période, les rythmes de son corps et la circulation de sa mana, pour transformer tout son corps en un réceptacle capable d'accepter naturellement la force vitale d'un autre. En silence, avec patience, pendant cinq années entières. Car il avait cru que sa vie précédente serait sa dernière chance.
Et quand tous les préparatifs avaient enfin été achevés, il avait divorcé d'Odely. Puis, en l'espace de presque un an, Ludville lui avait transféré toutes les années qui lui restaient, jusqu'à la dernière. Si sa santé s'était peu à peu rétablie, si son corps était devenu bien plus robuste qu'avant, c'était parce qu'elle avait hérité de la vie de Ludville.
« ... »
Autrement dit, la toute première chose qu'Odely devait faire pour le protéger, c'était...
Défaire ce rituel.
Ludville avait déjà investi la moitié de sa force vitale pour l'achever, et il devait récupérer ce sacrifice, toute la moitié de sa vie qu'il avait déjà donnée.
Le rituel n'est pas encore activé. Si je le démantèle maintenant, il retrouvera sa force vitale.
Mais pour cela, il lui fallait un objet essentiel : la clé capable de désactiver le cercle rituel. D'après ses souvenirs, il la gardait dans sa chambre forte privée. Sans hésiter, Odely fit demi-tour et quitta la salle cachée.
« ... Elle a demandé à loger dans le pavillon annexe ? »
L'épée s'immobilisa en plein mouvement. Sans abaisser sa garde, Ludville tourna lentement la tête. En face de lui, le chevalier qui s'entraînait avec lui laissa échapper en silence un soupir de soulagement.
« Oui, Votre Altesse. Mademoiselle Odely l'a demandé elle-même. »
« Elle commence déjà à faire des choses bizarres. »
Ludville murmura cela avec indifférence. Le pavillon annexe, un bâtiment isolé en bordure du domaine et abandonné depuis des années... Même après être devenu Grand Duc, ou avant cela, il n'y avait jamais mis les pieds.
« N'était-ce pas pratiquement un entrepôt ? »
« Oui, Votre Altesse. Récemment, il servait de local de stockage. Il a été construit à l'origine pour loger les envoyés étrangers... »
Le majordome en chef s'éclaircit la gorge, gêné, pour expliquer. Mais même en apprenant que la jeune demoiselle avait volontairement choisi de séjourner dans ce qui était en fait un entrepôt, Ludville ne montra aucune réaction. Cela lui était tout simplement égal, même s'il trouvait la chose plutôt absurde.
Ne lui avais-je pas dit que je l'épouserais si elle parvenait à m'intéresser en quinze jours ? Et juste après, elle s'enfermait d'elle-même dans l'isolement. Avait-elle déjà renoncé ? Ou était-ce encore une manigance ? Battait-elle en retraite, attendait-elle, calculait-elle quelque chose ?
Il n'aurait su le dire. Mais...
Elle ne tiendra pas longtemps.
Ludville avait déjà perdu tout intérêt, et la raison de son choix ne l'intriguait pas. Il regrettait plutôt de lui avoir accordé quinze jours entiers. Comme prévu, elle n'avait rien de spécial. Quand il l'avait vue pour la première fois ce jour-là, quelque chose s'était serré dans sa poitrine, et pendant un bref instant l'illusion qu'il poursuivait avait paru presque réelle. Il avait même tendu la main vers elle sans y penser. Mais tout cela n'avait été qu'une erreur, une hallucination de plus due à un homme qui buvait trop. Ni plus ni moins.
« Laissez-la tranquille. »
Il fit tournoyer son épée une fois avant de la poser nonchalamment sur son épaule. L'ennui gagna vite son visage, comme s'il n'y avait plus aucune raison de se battre, ni même d'y penser. Il se détourna pour quitter le terrain d'entraînement, puis s'arrêta soudain. Une pensée venait de lui traverser l'esprit.
Cette jeune demoiselle n'était-elle pas censée être frêle ?
Il avait entendu dire qu'elle était si maladive qu'elle n'avait jamais quitté le domaine des Cardel. Une fleur élevée en serre pouvait-elle vraiment survivre deux semaines dans un entrepôt délabré comme celui-là ? Non, elle avait déjà survécu trois mois en fuite, et traversé à pied les étendues sauvages du Nord sans paraître le moins du monde épuisée. Cette fragilité devait n'être qu'une rumeur de plus, ou peut-être la famille Cardel était-elle simplement trop protectrice. Personne ne l'avait forcée à rester là-bas, elle l'avait choisi elle-même. Il n'avait aucune raison de s'en soucier, et rien d'important ne se passerait en quinze jours seulement.
Là s'arrêta sa réflexion. N'ayant plus de raison de s'attarder, il s'éloigna sans un regard de plus.
Odely se rendit tout droit à la chambre forte, sans s'arrêter. Elle y fut bientôt, inspira doucement et tendit prudemment la main. À l'instant où ses doigts se refermèrent sur la poignée...
« ... ! »
D'après les souvenirs de Ludville, la chambre forte était scellée par une puissante magie. Mais elle ne sentit aucune résistance, pas même le picotement familier que provoquaient les barrières magiques.
Le sceau... a disparu ?
Le sceau magique qui aurait dû protéger la chambre forte des intrus avait déjà disparu. Alarmée, Odely tira vivement la porte. Crii. La lourde porte s'ouvrit bien trop facilement. Et alors...
... Il n'y est plus.
Le petit écrin qui aurait dû contenir le collier était complètement vide, comme si quelqu'un l'avait déjà volé.