Les bruits de la bataille ne cessaient de s’amplifier tandis que Roderic avançait dans la forêt.
Le fer heurtait le fer, des hommes criaient et hurlaient, tandis que des appels à glacer le sang retentissaient.
Roderic resserra sa prise sur le visage de Gareth.
« S’il te plaît, pensa-t-il. Pourvu que ce ne soit pas trop grave. »
Enfin, il sortit de la forêt.
Son regard balaya le champ de bataille et il inspira profondément.
« TOUT LE MONDE ! »
La voix de Roderic résonna sur le champ de bataille.
Plusieurs personnes se tournèrent aussitôt vers lui.
Roderic souleva Gareth par la nuque, maintenant en l’air le noble à demi conscient.
« J’AI CAPTURÉ VOTRE SEIGNEUR ! »
Cette fois, tout le monde se retourna vers lui.
Les combats ralentirent peu à peu, les hommes des deux camps reconnaissant celui que Roderic tenait.
Le regard de Roderic balaya froidement les soldats et les chevaliers Deres.
« POSEZ VOS PUTAIN D’ARMES ET RENDEZ-VOUS AVANT QUE JE NE LUI ARRACHE LA TÊTE ! »
Un silence absolu s’abattit sur le champ de bataille.
Les visages pâlirent les uns après les autres, mais personne ne bougea pendant plusieurs secondes.
Clang !
Une épée tomba à terre.
Clang !
Une autre suivit presque aussitôt.
Clang ! Clang ! Clang !
Un à un, les soldats et les chevaliers Deres jetèrent leurs armes.
Certains tombèrent aussitôt à genoux ; d’autres hésitèrent avant de les imiter.
En moins de trente secondes, un silence sinistre s’installa sur le champ de bataille.
Roderic expira lentement.
Ça a marché, pensa-t-il, soulagé. Mais maintenant…
Il repoussa le corps de Gareth et se mit en marche.
Le cœur lourd, Roderic s’avança entre les armes brisées et les cadavres.
À chaque pas, des mottes de boue rouge sombre s’accrochaient à ses pieds.
Roderic jeta un regard à sa gauche.
Il reconnut plusieurs soldats Whitemane parmi les morts.
Son expression se durcit légèrement.
Le cœur lourd, il regarda à sa droite.
Deux autres visages familiers gisaient sans mouvement près de plusieurs cadavres ennemis.
C’étaient les chevaliers qui l’avaient accompagné à la guilde de Victor.
Roderic serra les dents.
Mais il ne dit rien.
Il continua simplement d’avancer vers le centre du camp.
Les soldats Deres autour de lui restèrent à genoux tandis qu’il passait, sans oser faire le moindre geste.
Roderic les observa d’un regard froid ; il avait depuis longtemps décidé de leur sort.
Enfin, il atteignit les carrosses.
Les serviteurs s’y trouvaient.
Plusieurs s’étaient blottis ensemble derrière les carrosses. Ils étaient terrifiés, mais indemnes.
Certains serviteurs masculins n’avaient pas eu cette chance.
Dans leur désespoir, ils avaient ramassé des épées, ce qui leur avait valu de graves blessures. Deux d’entre eux avaient même perdu la vie.
C’est alors que le regard de Roderic se posa sur Edmund.
L’homme potelé, d’âge mûr, avait lui aussi ramassé une épée, mais il n’avait pas été très grièvement blessé.
Un grand soulagement l’envahit, et Roderic adressa un signe de tête à son intendant.
Mais lorsqu’il regarda à sa gauche, ce soulagement s’évanouit.
Trois chevaliers s’étaient rassemblés autour d’une personne.
Il le reconnut au premier coup d’œil.
Raymond…
Le jeune homme qu’il avait renvoyé après qu’il eut perdu son bras était maintenant assis par terre, le dos appuyé contre une roue de carrosse.
Les cadavres de trois chevaliers ennemis et de deux soldats jonchaient le sol autour de lui.
L’un d’eux était tombé à quelques pas seulement des serviteurs, l’épée toujours à la main.
Raymond avait manifestement tenu la ligne, les empêchant d’atteindre les personnes sans défense.
Mais… il l’avait payé cher.
Outre la masse cautérisée et informe qui marquait l’endroit où son bras se trouvait autrefois, son corps était couvert d’entailles et de contusions, et le sang imprégnait les lambeaux de ses vêtements.
Mais l’attention de Roderic se porta aussitôt sur quelque chose de bien pire.
Une profonde plaie perforante s’ouvrait juste sous le plastron de Raymond.
Évaluation…
Des lignes de texte apparurent aussitôt dans son œil.
[Raymond]
Âge : 20 ans
Race : humain
Rang actuel : premier sceau d’aura
Talent de chevalier : moyen
Informations notables : Plusieurs organes internes ont été détruits. À moins d’être soigné par un pouvoir divin ou équivalent, il ne survivra pas.
- - -
Le cœur de Roderic se serra davantage.
« Système, est-ce que je peux acheter quelque chose pour le soigner ? »
[Avertissement : fonds insuffisants]
Roderic se mordit la lèvre et hocha lentement la tête.
Il n’y avait pas non plus d’église divine dans les environs ; cela ne signifiait qu’une chose.
Il était impossible de le sauver.
Roderic lâcha Gareth et s’avança.
Boum !
Le noble s’effondra derrière lui.
Mais Roderic ne prit même pas la peine de se retourner.
Il s’agenouilla lentement devant Raymond.
Les yeux de Raymond se tournèrent peu à peu vers lui.
L’espace d’un instant, son regard sembla vide.
Puis une lueur de reconnaissance y passa.
« Jeune seigneur… » commença-t-il d’une voix tendue. « Est-ce que… j’ai bien fait ? »
Roderic resta silencieux un instant.
Les souvenirs de quelques jours plus tôt lui revinrent en mémoire.
Il avait partagé un repas avec les autres chevaliers, chacun racontant son histoire.
Raymond était l’un d’eux.
Roderic se souvenait de l’avoir entendu parler fièrement de la possibilité de prendre enfin correctement soin de ses parents âgés.
Mais il y avait autre chose.
Raymond venait tout juste d’avoir vingt ans et allait devenir père, un mois après son retour de voyage !
Enfin… c’était ce qui aurait dû arriver.
Roderic se mordit la lèvre, puis posa une main sur l’épaule de Raymond.
« Tu as bien fait, répondit-il à voix basse. Tu as protégé tous ceux qui se trouvaient derrière toi jusqu’au bout. La maison Whitemane n’aurait pas pu rêver d’un chevalier plus honorable. »
Un faible sourire apparut sur le visage de Raymond.
Il ouvrit la bouche pour parler… mais seul un souffle pénible en sortit.
Roderic resserra sa main sur son épaule.
« Ne t’inquiète pas pour ta famille, poursuivit-il. On prendra le plus grand soin d’eux. Je te le promets. »
Le sourire de Raymond s’élargit légèrement tandis que tout son corps se détendait.
« Mer… ci. »
Le jeune homme ferma lentement les yeux.
Un autre souffle laborieux franchit ses lèvres.
Sa poitrine se souleva de nouveau quelques secondes plus tard, mais à peine.
Puis elle ne se souleva plus.
Roderic retira lentement sa main de l’épaule de Raymond.
Il resta encore quelques secondes à genoux, les yeux fixés sur le corps sans vie du jeune chevalier.
Puis il se releva.
Toute émotion qui avait pu se lire sur son visage avait complètement disparu.
Roderic se tourna lentement vers les chevaliers et les soldats qui lui restaient.
« Rassemblez les assaillants, ordonna-t-il froidement. Je prononcerai moi-même leur sentence. »
Les chevaliers acquiescèrent, la fureur brûlant dans leurs yeux.
« Oui, jeune seigneur ! »
Ils se relevèrent aussitôt et se dirigèrent vers les hommes qui s’étaient rendus.
Roderic jeta un regard à Gareth, les yeux plissés.
« Edmund, appela-t-il en levant la main. Va me chercher quelques petites boîtes à cadeaux. »
Gareth, qui avait repris un peu ses esprits, leva les yeux vers lui, épouvanté.