La porte claqua derrière Roderic, et les cris furieux de Margaret résonnèrent jusque dans les murs.
« On dirait qu’elle n’est pas ravie », songea-t-il avec un sourire en coin. « Eh bien… tant pis pour elle ! »
« On y va ? » demanda-t-il en jetant un coup d’œil à Edmund.
Edmund sortit aussitôt de sa stupeur et hocha la tête.
Tandis qu’ils marchaient, Roderic se remit peu à peu à penser à sa belle-mère, Margaret.
Il ne s’était jamais entendu avec elle, et ses aînés non plus.
Peu après la mort de leur mère, elle avait débarqué comme une briseuse de ménage, débarrassant la maison du plus grand nombre possible de vieux objets et de souvenirs.
Elle avait même obtenu pour sa propre famille la place à la tour des mages qui avait toujours été réservée à sa sœur aînée, l’exigeant au titre de sa dot.
« Après ça, mes frères et sœurs sont partis… » songea-t-il en poussant un léger soupir. « Il ne restait donc plus que le Roderic d’avant, sa cible de prédilection. »
La situation était triste, mais rien d’inhabituel, ni dans ce monde ni dans le sien.
Peu à peu, ses pensées s’éloignèrent de Margaret. Elles revinrent plutôt à la décision d’Arthur.
« La Forêt du Sud… » songea-t-il en hochant la tête. « Le vieux est vraiment intéressant. »
Il s’était attendu à une punition bien plus sévère, comme une peine de prison.
Au lieu de cela, Arthur l’avait simplement envoyé dans la forêt voisine.
« Certes, c’est assez dangereux pour les gens ordinaires », songea-t-il en souriant. « Mais pour moi… c’est presque une récompense ! »
Il aurait tout le temps de se remettre les idées en place et de comprendre le système, tout en apprenant quelques rudiments de survie.
Bon sang, il pourrait même s’entraîner à une véritable technique à l’épée, sans personne pour le surveiller.
« Il savait sans aucun doute que j’avais un sceau d’aura », songea Roderic en secouant légèrement la tête. « Ça se voyait à sa façon de me regarder. »
À vrai dire, il ne s’était pas attendu à autre chose.
Un chevalier doté de trois sceaux d’aura aurait dû le remarquer, après tout.
« Il va falloir que je sois un peu plus prudent à l’avenir », songea-t-il. « Une gentillesse soudaine après des années d’indifférence, c’est plutôt mauvais signe. »
À cet instant, Edmund ralentit brusquement.
« Jeune maître, dit-il avec respect, nous sommes arrivés. »
Roderic leva la tête.
Ils se trouvaient déjà devant la porte de sa chambre.
« Merci, dit-il en se tournant vers Edmund. Et prépare quelques provisions de base pour survivre d’ici demain matin. »
Edmund le dévisagea bizarrement pendant une fraction de seconde.
Puis il retrouva son expression professionnelle et polie.
« Des provisions de survie ? demanda-t-il. Puis-je savoir où vous comptez vous rendre ? »
Un large sourire s’étala sur le visage de Roderic.
« Je vais passer environ deux semaines dans la Forêt du Sud. »
Edmund écarquilla aussitôt les yeux.
« Jeune maître ! C’est beaucoup trop dangereux ! s’exclama-t-il, son calme professionnel vacillant. Je vais supplier le seigneur de vous trouver une autre punition, tout de suite ! »
Roderic ne put s’empêcher de rire.
« Du calme, dit-il en agitant la main avec désinvolture. Je m’en sortirai très bien là-bas. »
Edmund le fixa pendant plusieurs longues secondes.
« Mais, jeune maître… cette forêt abrite des bêtes magiques, dit-il à voix basse. Et puis, vous ne savez ni allumer un feu, ni cuire de la viande, ni construire un abri… »
Tandis qu’il énumérait les rudiments de la survie, Roderic ne put s’empêcher de se gratter la tête, gêné.
Quand Edmund eut fini, il était complètement essoufflé.
Avec un grand sourire, Roderic posa la main sur l’épaule d’Edmund, épuisé.
« Fais-moi confiance, dit-il. Je m’en sortirai très bien. »
« Et puis, père a déjà pris sa décision. Nous savons tous les deux qu’il est trop tard pour la faire changer d’avis. »
Edmund leva les yeux vers Roderic, le regard écarquillé et empli d’inquiétude.
Mais après avoir servi Arthur pendant des décennies, il savait que Roderic avait raison.
« Très bien, dit-il en poussant un long soupir résigné. Je vais personnellement m’occuper de vous préparer les meilleurs outils et vêtements ! »
Le sourire de Roderic s’élargit encore, si c’était possible.
« Je t’en suis reconnaissant, Edmund. »
Edmund hocha fermement la tête, fit demi-tour et s’éloigna à la hâte, l’air déterminé.
Roderic n’attendit qu’il ait complètement disparu de vue pour refermer la porte derrière lui.
« Quel homme en or », songea-t-il avec chaleur. « Le seul à être resté à mes côtés dans les bons comme dans les mauvais moments. »
Un jour, il le lui rendrait au centuple !
Roderic s’approcha lentement de son lit et s’assit en poussant un soupir las.
Un silence absolu envahit la pièce, laissant libre cours au tourbillon de ses pensées.
Comme son esprit commençait à vagabonder, il secoua vivement la tête pour se forcer à se concentrer.
« Il me faut une bonne distraction », marmonna-t-il en relevant la tête.
« Système », appela-t-il à voix basse.
Une fenêtre bleue familière apparut aussitôt devant lui.
—————Système du Trône-Monde—————
Nom : Roderic Whitemane
Âge : 18
Points de Trône : 10000
> Statut
> Quêtes
> Boutique
> Archives
> Territoire
> Fidèles
???
- - -
Son regard s’attarda un instant sur l’option Boutique, avec l’envie d’en découvrir davantage.
« Plus tard », songea-t-il.
Aussi tentantes que fussent la boutique et la vente aux enchères, une autre option avait éveillé sa curiosité dès le début.
« Archives… » songea-t-il à voix basse. « Je me demande ce que le système y conserve. »
Sans plus attendre, il appuya dessus.
Une petite fenêtre du système apparut aussitôt devant lui.
[Les Archives du Monde conservent des informations sur tous les événements majeurs et mineurs des années 445 à 455.]
Roderic fixa la fenêtre, les sourcils peu à peu froncés.
Il relut le même message pour s’assurer qu’il ne s’était pas trompé.
Alors, un étrange sentiment commença à l’envahir.
« Mais… nous sommes bien en l’an 445, non ? »
À mesure qu’il fixait le message, son cœur se mit à battre de plus en plus vite.
« Alors… que veut-il dire par l’année actuelle 455 ? »
Roderic déglutit machinalement.
Il repensa à la première quête qu’il avait reçue… et à la raison pour laquelle il l’avait reçue.
Ce n’était quand même pas ça, si ?
Pendant un instant, il détourna les yeux de l’écran du système.
« Non, se dit-il. Ce n’est pas possible. »
« Ce doit être encore un de ces bugs du système. »
Il n’y avait qu’un seul moyen de savoir si cette fonction marchait… correctement.
Sans hésiter, il balaya la petite fenêtre du système pour la faire disparaître.
Avant qu’il ait le temps de réagir, un immense écran du système, presque deux fois plus grand que lui, se matérialisa devant ses yeux.
—————Archives du Monde—————
[Saisissez ou dites des mots-clés pour lancer une recherche…]
> Année 445
> Année 446
> Année 447
...
> Année 455
- - -
Roderic recula d’un pas, stupéfait par la taille de l’écran.
Chacune des années mentionnées par le système y figurait.
Et, en plus, il y avait une fonction de recherche intégrée pour faciliter les choses.
« Si c’est bien ce que je crois… » songea-t-il, le cœur battant.
« Système, appela nerveusement Roderic. Pourrais-tu rechercher la Baronnie de Whitemane ? »
[Recherche de « Baronnie de Whitemane »…]
Quelques secondes à peine s’écoulèrent avant que l’immense fenêtre se remplisse de texte.
Pourtant, au milieu de tout cela, Roderic ne vit qu’une seule chose.
« Destruction de la Baronnie de Whitemane (années 445–449). »