« La… destruction de la Baronnie de Whitemane ? »
Roderic fixa le titre un instant de plus, puis descendit lentement jusqu’à la première ligne.
« La série de malheurs des Whitemane commença en mars de l’an quatre cent quarante-cinq.
Le vicomte Ironhart annula les fiançailles entre Catherine Ironhart et Roderic Whitemane, le troisième fils du Baron Whitemane.
Au cours des mois qui suivirent, l’alliance entre les Whitemane et les Ironhart commença peu à peu à s’affaiblir, en raison des nouvelles fiançailles de Catherine Ironhart et des forces extérieures qui les accompagnaient. »
Roderic contempla les premières lignes en silence.
« On est en février, maintenant, marmonna-t-il. Et les fiançailles ont déjà été rompues. »
Le système était-il encore en panne ?
Roderic n’en était pas sûr, mais poursuivit tout de même sa lecture.
« En juin de l’an quatre cent quarante-cinq, toutes les marchandises en provenance du territoire Ironhart commencèrent à être vendues bien au-dessus des prix du marché, faisant peser un lourd fardeau financier sur les Whitemane.
Quelques jours plus tard seulement, Margaret Whitemane chassa le troisième fils du Baron Whitemane en l’absence de celui-ci. »
Roderic écarquilla légèrement les yeux.
Mais ce n’était pas à cause de Margaret… C’étaient plutôt les phrases qui suivaient.
« Mécontent de ce qui s’était passé, le Baron Whitemane rompit son mariage avec Margaret et la renvoya auprès du Baron Deres.
Pendant deux mois, le Baron Whitemane poursuivit ses recherches pour retrouver son troisième fils, qui avait été enlevé et emmené dans un autre pays. »
Roderic s’interrompit un instant.
Il ne s’était pas du tout attendu à cela de la part de son nouveau vieux père.
« Dans mes souvenirs, c’était un salaud froid, marmonna-t-il lentement. Mais… on dirait qu’il tient vraiment à moi. »
Mais lorsqu’il reporta son regard sur l’écran, il s’arrêta sur le titre suivant.
Son sang se glaça aussitôt, tandis qu’une fureur brûlante s’allumait dans ses yeux, comme si on avait actionné un interrupteur.
« En août de l’an quatre cent quarante-cinq, le Baron Deres commença à attaquer les groupes de recherche Whitemane, affaiblissant peu à peu les forces de la baronnie.
Un mois plus tard seulement, en septembre de l’an quatre cent quarante-cinq, la Baronnie de Deres déclara une guerre territoriale à la Baronnie de Whitemane. »
Roderic serra les poings si fort que ses jointures blanchirent.
« Cette putain de salope, marmonna-t-il entre ses dents serrées. »
Mais les phrases suivantes ne firent qu’empirer les choses.
« Le Baron Whitemane dirigea personnellement la défense malgré son infériorité numérique écrasante, empêchant les forces de Deres d’avancer pendant un mois.
En octobre de l’an quatre cent quarante-cinq, le vicomte Ironhart annonça ouvertement son soutien au Baron Deres, rompant les derniers liens avec la Baronnie de Whitemane. »
Le visage de Roderic s’assombrit de plus en plus.
« Vers la fin du mois d’octobre, le Baron Whitemane perdit la vie. Roland Whitemane capitula alors, entraînant la perte d’une grande partie du territoire et des richesses au profit du Baron Deres. »
Le silence se fit.
Roderic s’attarda sur la dernière phrase, incapable de détourner les yeux.
Arthur est mort… Hein ? songea-t-il lentement. Trahison après trahison, jusqu’à ce que l’inévitable se produise…
Un goût amer lui envahit l’estomac.
La trahison était une sorte de point sensible pour Roderic : elle l’irritait profondément et lui inspirait un mépris absolu pour ceux qui en étaient responsables.
Le système se trompe encore ? songea-t-il en plissant les yeux.
Mais, où qu’il porte son regard sur l’écran, les informations affichées étaient si détaillées et semblaient si réelles.
C’était presque comme s’il contemplait le futur en personne !
C’est alors qu’une étrange idée commença à prendre forme dans son esprit.
Il repassa en pensée tout ce qui s’était produit depuis qu’il avait reçu le système.
Toutes ces quêtes aux informations étranges, le recalibrage raté, et enfin, ce qui avait pu changer par rapport aux données des Archives.
Le système utilise des données datant de dix ans dans le futur, songea-t-il, tandis qu’il commençait à comprendre.
Cela signifiait que les Archives ne lui montraient pas littéralement « le futur ».
Elles consignaient simplement ce qu’elles avaient vécu, comme… des archives.
Et les écarts dans leurs données… Ils doivent venir du fait que j’ai pris possession du corps de Roderic.
C’était la seule chose qui avait changé.
Dans les Archives, Roderic était toujours décrit comme un bon à rien et avait même été enlevé.
Roderic savait que, s’il avait été à sa place, il n’aurait jamais vécu ainsi.
Même sans système, songea-t-il en fronçant les sourcils. J’aurais utilisé tout ce que je savais de la Terre pour changer les choses ici.
Roderic s’adossa lentement à la tête de son lit, l’esprit en ébullition.
Peu à peu, un large sourire presque fou se dessina sur son visage.
« Je peux changer tout ce que le système m’a montré, murmura-t-il en ricanant. »
Un étrange sentiment d’espoir et d’excitation pure se répandit dans sa poitrine.
« Non… reprit-il avec un grand sourire. Je vais tout changer ! »
Margaret, le Baron Deres, le vicomte Ironhart.
Il passa en revue tous les traîtres, tandis qu’une lueur glaciale brillait dans ses yeux.
« Vous m’avez déjà révélé vos plans, poursuivit-il froidement. Maintenant, il ne me reste plus qu’à m’y préparer. »
Peu importait à quel point le futur avait changé. Il ne doutait pas que ces gens attendaient depuis longtemps la moindre occasion de frapper, et qu’ils l’attendaient encore.
Et ce n’était qu’une question de temps avant qu’ils ne passent à l’action.
Je vous réserverai une jolie surprise quand vous viendrez, songea-t-il en faisant disparaître l’écran du système. Et je veillerai à ce que vous ne repartiez jamais d’ici.
Quelques mois lui suffiraient pour se préparer grâce à son système.
Pendant près d’une heure, Roderic resta assis en silence dans sa chambre.
Peu à peu, un sourire apparut sur son visage tandis qu’il réfléchissait à la marche à suivre.
« Ma force personnelle passe avant tout, déclara-t-il calmement. Et la Forêt du Sud se trouve être l’endroit idéal pour m’entraîner ! »