La voiture poursuivit sa route en cahotant.
Roderic resta silencieux plusieurs minutes, mais son humeur ne fit qu’empirer à mesure qu’il repensait au rassemblement.
« Bon sang », songea-t-il en ouvrant brusquement les yeux. « Système, j’espère que tu as de quoi me changer les idées ! »
Un panneau bleu apparut aussitôt devant lui.
—————Système du Trône-Monde—————
Nom : Roderic Whitemane
Âge : 18
Points du Trône : 20802
> Statut
> Quêtes
> Boutique
> Archives
> Territoire
> Fidèles
???
- - -
Roderic se tut un instant.
« Mh-mh », songea-t-il. « Il me reste encore pas mal de choses à vérifier, hein. »
Son regard se posa presque aussitôt sur la section des quêtes.
Un sourire se dessina lentement sur son visage.
« Bon. Voyons si une autre quête merveilleuse m’attend. »
À peine eut-il appuyé sur l’onglet qu’une nouvelle fenêtre apparut devant lui.
[Quête principale 3]
Tuer le Dragon de la Calamité noire
> Appuyez pour développer
...
Roderic en resta bouche bée.
« C’est quoi, cette putain de connerie ? »
Il ne quittait pas l’écran des yeux.
Un dragon de la Calamité noire ?
« Non, non, non, fit-il en secouant la tête. C’est une blague. C’EST forcément une blague. »
Mais rien ne changea, et les derniers lueurs d’espoir s’éteignirent dans son regard.
Pendant un instant, Roderic envisagea sérieusement de fermer le Système et de ne plus jamais le rouvrir.
« Les humains dangereux, ça allait encore, se dit-il. Surtout avec dix ans d’avance. »
Mais les dragons ?
Ces fichues créatures vivaient des dizaines de milliers d’années et pouvaient raser des royaumes !
Même si le Système avait dix ans d’avance, ça ne changeait pas grand-chose face à une créature pour qui dix ans n’étaient qu’une courte sieste.
« À moins que… » songea-t-il, le cœur battant. « Ce soit un bébé. »
Il fixa l’écran du Système, la respiration lourde.
Les chances étaient infimes, mais il n’allait pas baisser les bras sans essayer.
« Je t’en prie ! Je t’en supplie ! » pria-t-il en silence.
Lorsqu’il toucha la quête, la fenêtre se déploya aussitôt.
[Cible]
Le Dragon de la Calamité noire
Âge : 10
Race : vouivre mutante (sang-mêlé de dragon)
Niveau de menace : royaume
Motif de la quête : Né avec une lignée inhabituelle, le Dragon de la Calamité noire possède depuis sa naissance une nature extrêmement violente et destructrice.
Sa croissance se poursuit à une vitesse terrifiante ; il a déjà détruit trois royaumes entiers.
[Récompense : Cœur de dragon ancien + 30 000 points du Trône]
- - -
Roderic contempla un instant l’écran agrandi.
« Putain, oui ! » s’écria-t-il en bondissant de joie. « C’est un putain de bébé ! »
Aussitôt ces mots prononcés, il s’interrompit.
Roderic se racla doucement la gorge et se rassit.
« Mh-mh, ça sonnait bizarre, marmonna-t-il. Je ferais mieux de ne pas répéter ça. »
Son attention se reporta sur l’écran.
L’excitation étant quelque peu retombée, Roderic prit enfin la peine de lire le reste.
« Une vouivre mutante ? » songea-t-il en haussant un sourcil. « Alors, ce n’est même pas un vrai dragon… »
Roderic se gratta doucement l’arrière du crâne.
« Ça, ça va vraiment m’être utile. Mais à quoi faut-il s’attendre avec ce… bébé vouivre ? »
Il avait tout de même du sang de dragon… et les dragons étaient des créatures capables de destructions massives.
Même très jeunes, disait-on, ils maîtrisaient le mana mieux que les mages ordinaires.
Après cette réflexion, son regard descendit jusqu’au bas de la quête.
« Oh, mais regardez-moi ces récompenses ! » songea-t-il avec un grand sourire. « Un vrai putain de Cœur de dragon ! »
Impossible pour lui de ne pas savoir ce que c’était.
Les cœurs de dragon étaient un grand classique des romans de fantasy, sur Terre.
Parfois, ils renforçaient le corps. Parfois, ils permettaient de manier des quantités absurdes de mana ; dans certains récits, ils transformaient même entièrement le physique de leur porteur.
Et ce n’était pas un cœur de dragon ordinaire, en plus.
« Génial, c’est juste génial », songea-t-il en se frottant les mains. « Le Système m’offre vraiment un Cœur de dragon ancien ! »
L’imagination de Roderic s’emballa aussitôt.
Il se mit à baver en s’imaginant voler dans les nuages, des ailes dans le dos.
Faire pleuvoir d’énormes météorites depuis le ciel ne lui semblait même plus impossible.
Enfin, après quelques secondes, il s’essuya prestement la bouche.
« Quelle journée parfaite », marmonna-t-il en hochant lentement la tête.
Même le Rassemblement des jeunes nobles ne lui paraissait plus aussi pénible.
Roderic s’adossa à son siège et se mit à fredonner doucement, un immense sourire aux lèvres.
« Un bébé vouivre, hein. »
Ses doigts commencèrent à tambouriner contre ses jambes.
Plusieurs secondes s’écoulèrent en silence.
Ses doigts s’agitèrent de plus en plus vite, tandis que le visage de Roderic pâlissait peu à peu.
« Attends un peu… » songea-t-il en se raidissant. « Si c’est un bébé… ses parents ne seraient-ils pas encore dans les parages ? »
Roderic se figea complètement.
Il déglutit avec difficulté, le désespoir traversant son visage.
« Putain de merde ! »
…
Deux heures plus tard seulement, la voiture finit par s’arrêter.
Un manoir familier, orné des bannières Whitemane, se dressait devant eux ; plusieurs serviteurs attendaient déjà.
« Jeune maître ! » lança Edmund. « Nous sommes arrivés. »
Aucune réponse ne vint de l’intérieur.
Quelques secondes s’écoulèrent dans le silence.
BAM !
La portière de la voiture s’ouvrit brusquement à la volée.
Roderic descendit aussitôt, l’air particulièrement renfrogné.
« Maudit Système de merde complètement cassé, grommela-t-il. Et maudits soient tous ces jeunes nobles, tant qu’on y est. »
Edmund cligna des yeux à plusieurs reprises.
« Jeune maître ? » demanda-t-il, complètement déconcerté.
Roderic lui fit aussitôt signe de ne pas insister.
« Ne demande pas », répondit-il.
Sur ce, il passa devant lui et se dirigea droit vers le manoir.
Edmund resta un instant sur place, le regardant disparaître dans l’entrée.
« Que s’est-il passé ? » se demanda-t-il, incapable de comprendre la situation. « Le jeune maître n’a-t-il pas obtenu l’accord qu’il voulait avec Victor ? »
Même les deux chevaliers derrière lui ne purent s’empêcher de se gratter la joue.
Pendant ce temps, Roderic était déjà monté à l’étage.
Il lui fallait trouver un moyen d’évacuer toute sa frustration.
Heureusement, il savait exactement quoi faire.
« L’heure est venue de m’entraîner pour de bon », songea-t-il en retirant ses vêtements de voyage.
Son deuxième sceau d’aura était désormais tout proche. Roderic était certain de pouvoir l’atteindre après trois jours d’entraînement intensif, tout au plus.
En outre, ça lui ferait du bien de démolir quelques mannequins d’entraînement.
Surtout avec le Rassemblement des jeunes nobles qui l’attendait le lendemain.
Roderic se renfrogna de nouveau.
« Ouais », songea-t-il en faisant craquer ses doigts. « J’en aurai vraiment besoin. »