Plusieurs jours s’étaient écoulés depuis l’embuscade.
Heureusement, tout avait été bien plus calme depuis.
Les blessés se rétablissaient eux aussi, même si le moral avait pris un coup.
La colère et la tristesse étaient palpables parmi les chevaliers et les soldats, qui se sentaient tous profondément trahis par les agissements de la baronne.
Roderic, cependant, ne s’était pas préoccupé de tout cela.
Comme auparavant, il s’était surtout enfermé dans la calèche, plongé jusqu’au cou dans les Archives du système.
Il y avait un sujet en particulier qu’il étudiait sans relâche.
La maison Ironhart.
Maintenant que Roderic comptait déclencher la guerre territoriale plus tôt, elle allait lui poser un sérieux problème.
Je suis sûr de pouvoir m’occuper de Margaret et de la baronnie Deres, songea-t-il. Du moins, une fois mes préparatifs terminés.
Mais la famille de son ex-fiancée, c’était une tout autre histoire.
En tant que vicomté, elle disposait de bien plus de ressources et de soldats.
Si elle intervenait dans la guerre, la situation risquait vite de lui échapper.
Il doit bien y avoir un moyen de les écarter temporairement, non ? songea-t-il en faisant défiler une nouvelle page. Ça n’a même pas besoin de durer longtemps.
Malheureusement, il ne trouva rien d’utile.
Roderic fouilla parmi les scandales, les différends territoriaux, les accords commerciaux et même les informations sur chacun des membres de la famille Ironhart.
Les faiblesses ne manquaient certainement pas.
Mais aucune ne pouvait lui apporter ce dont il avait besoin.
Finalement, la lumière du soleil commença à décliner.
Putain… maugréa-t-il en se frottant les yeux fatigués. Si seulement ces satanées Archives comprenaient ce que je cherche exactement !
…
Une journée entière passa encore.
Ils venaient à peine de reprendre la route que la voix tonitruante de Roderic résonna dans la calèche.
« J’AI UNE SOLUTION ! »
Les yeux presque étincelants, il fixait l’écran bleu devant lui.
Il lui avait fallu des heures et des heures de recherches, mais il avait enfin trouvé !
« Quelle belle façon de commencer la journée ! »
L’adrénaline lui parcourut les veines tandis qu’il contemplait l’écran, incrédule.
Il avait presque l’impression d’être le premier à découvrir un exploit qui brisait le jeu, comme sur Terre.
Roderic secoua lentement la tête, laissant échapper quelques ricanements, abasourdi.
« Ah, les salauds cupides, marmonna-t-il entre deux ricanements. Vous vous êtes vraiment tiré une balle dans le pied, cette fois. »
Il s’interrompit pour relire le texte à l’écran, par précaution.
« Quatre cent mille pièces d’or d’impôts impayés, finit-il par dire. Même le diable en personne n’oserait tenter un coup pareil ! »
Il poursuivit rapidement sa lecture.
Le scandale ne serait révélé que plusieurs années plus tard.
D’ici là, la famille Ironhart continuerait à retenir en secret une partie des impôts qu’elle devait à la famille royale.
Et pourquoi pouvait-elle se permettre une chose aussi absurde ?
Le deuxième prince.
Roderic faillit éclater de rire en voyant son nom.
D’après les Archives, le deuxième prince avait usé de son influence pour étouffer toute l’affaire.
C’est parfait, songea-t-il en se frottant les mains. Non, c’est encore mieux que parfait !
Et pourquoi ?
Parce que Roderic savait exactement qui serait ravi d’apprendre la nouvelle.
Bon sang, après avoir passé des jours à lire, ç’aurait été étonnant qu’il ne le sache pas !
Au bout d’un moment, Roderic se força à retrouver son calme.
Les quatre cent mille pièces d’or, c’est dans plusieurs années, songea-t-il en laissant échapper un léger soupir. Évidemment, ils ne doivent pas encore une telle somme.
La vicomté Ironhart rapportait environ quarante mille pièces d’or par an.
Et contrairement à ce qui se passait sur Terre, les impôts de ce monde étaient vraiment dérisoires.
La famille royale ne réclamait qu’environ vingt-cinq pour cent des revenus annuels d’un territoire.
Ça leur ferait dans les dix mille par an, calcula-t-il. Certes, ils deviennent plus puissants par la suite grâce au deuxième prince…
Les doigts de Roderic se mirent à tambouriner sur son genou.
Il tenta un instant de calculer la somme qu’ils devaient à l’heure actuelle.
Mais il ne tarda pas à secouer la tête.
« Peu importe, marmonna-t-il avec un large sourire. Le montant exact n’a aucune importance. »
Que les Ironhart doivent actuellement cent mille ou deux cent mille pièces d’or n’avait aucune importance.
Tout ce qui comptait, c’était qu’ils aient une dette et qu’ils appartiennent à la faction du deuxième prince.
Le sourire de Roderic s’élargit encore.
Ah, comme j’adore voir des frères se tenir mutuellement en respect, songea-t-il. Je suis sûr que le premier prince va se jeter sur cette information.
Roderic s’adossa avec un soupir satisfait et leva les yeux vers le plafond de la calèche.
Tout ce que j’ai à faire, c’est de lui envoyer une lettre quand nous arriverons sur le territoire Valemont.
Ensuite, le premier prince pourrait décider lui-même de ce qu’il ferait des Ironhart.
Tant qu’ils étaient trop occupés à subir les conséquences pour s’en prendre à la baronnie Deres, Roderic s’en moquait éperdument.
Voilà un problème de réglé.
Roderic referma les Archives et se détendit un instant.
C’était la première fois depuis son arrivée dans ce monde qu’il n’avait pas désespérément besoin de s’occuper de quelque chose.
On fabriquait des pièges, ses chevaliers personnels s’entraînaient, sa propre force avait considérablement augmenté et il avait même mis en place les bonnes conditions politiques.
Et, à vrai dire, c’était une drôle de sensation.
Est-ce que j’ai vraiment pris de l’avance, pour une fois ? songea-t-il en fermant les yeux. Et alors qu’il reste encore deux jours de voyage…
Après un instant, Roderic laissa échapper un petit rire.
Bien sûr, il restait une foule de choses à faire.
Mais aucune ne réclamait son attention immédiate.
Pour l’instant, il pouvait enfin utiliser les Archives pour ce qui l’avait enthousiasmé au départ.
Il est temps de chercher comment progresser, songea-t-il.
Les Archives regorgeaient d’occasions de renforcer la baronnie de Whitemane.
Qu’il s’agisse de trouver des chevaliers, des mages ou des marchands talentueux, ou encore des moyens de développer le territoire, comme le test de sens.
Et c’est exactement ce que fit Roderic pendant les deux jours qui suivirent.
Chaque fois qu’il ne s’entraînait pas ou ne dormait pas, il se plongeait dans les Archives, veillant souvent toute la nuit tant l’excitation le gagnait.
…
TOC ! TOC !
« Jeune maître ? »
Roderic entrouvrit lentement les yeux.
« Mmh… ? » grogna-t-il en se frottant le visage. « Edmund ? »
La voix d’Edmund retentit de nouveau depuis l’extérieur de la calèche.
« Vous devriez sans doute vous réveiller, jeune maître. »
Roderic fronça les sourcils, encore ensommeillé.
« Pourquoi ? »
« Nous sommes arrivés sur le territoire du marquis Valemont. »