Quelques heures plus tard, Roderic sortit de sa chambre.
Il avait enfin réussi à prendre un bain et à enfiler des vêtements propres.
« Bien mieux », pensa-t-il en étirant les bras au-dessus de sa tête.
S’il y avait bien une chose dont il ne se lassait pas, c’était les bons bains bien chauds.
Et il n’y avait pas de meilleur endroit pour parcourir les Archives de son système.
« Mais maintenant, je regrette vraiment d’avoir regardé », pensa-t-il, le visage assombri rien qu’à cette idée. « Bon sang. »
En s’engageant dans le couloir du manoir, il ne put s’empêcher de secouer la tête.
Les Archives ne contenaient pas grand-chose sur le Rassemblement des jeunes nobles de cette année.
Mais ce que Roderic y avait lu suffisait à le mettre dans une colère noire, tant il savait que ça allait lui attirer des ennuis.
Et tout cela à cause d’une femme.
« Pourquoi est-ce que tous mes problèmes sont liés à des femmes ?! » pesta-t-il intérieurement. « D’abord Margaret, et maintenant mon ex-fiancée ! »
D’après les Archives, Catherina Ironhart se rendrait au rassemblement avec un autre homme.
Et pas n’importe quel noble venu de nulle part.
« Alexandre Valdoria, le deuxième prince de Valdoria… »
Roderic se frotta frénétiquement les tempes rien qu’en y pensant.
Ils n’étaient pas officiellement fiancés, ni rien de ce genre.
Du moins, pas encore.
Mais le simple fait d’arriver ensemble au Rassemblement des jeunes nobles suffirait à faire passer un message on ne peut plus clair.
« Sa famille va adorer ça », pensa Roderic avec un soupir.
La rupture de leurs fiançailles aurait dû être une humiliation pour eux.
Pourtant, à peine quelques mois plus tard, leur fille se montrerait soudain aux côtés d’un prince du royaume.
L’humiliation de la rupture serait balayée presque aussitôt et, naturellement, toute sa famille en tirerait profit.
En temps normal, Roderic n’en aurait eu rien à faire.
Bon sang, il l’aurait félicitée avec plaisir si ça pouvait la tenir loin de lui !
Mais ça posait deux problèmes.
« Pourquoi est-ce que je dois être là quand ça arrivera ? »
Roderic imaginait déjà les regards qu’on lui lancerait en tant qu’ex-fiancé.
Mais il savait parfaitement que ça ne s’arrêterait pas là.
Voir Catherina entrer avec le prince alors qu’il se trouvait dans la même pièce fournirait un sujet de commérages bien trop divertissant pour qu’on le laisse passer.
« Et puis, il y a le deuxième problème », pensa-t-il, les mâchoires serrées. « Celui qui se posera à long terme. »
La famille Ironhart avait fini par soutenir le baron Deres dans la guerre de territoire.
Un regain de prestige ne ferait que la renforcer et lui apporter davantage de relations.
Mais ce n’était même pas ce qui inquiétait le plus Roderic.
Dans le futur d’origine, il n’avait pas assisté au Rassemblement des jeunes nobles.
Il était toujours ce troisième fils inutile de la famille Whitemane, qui quittait à peine le domaine.
De ce fait, quelle que soit la relation que Catherina aurait nouée avec Alexandre, cela n’aurait absolument rien eu à voir avec lui.
Et lorsque la guerre de territoire aurait finalement éclaté, rien n’aurait poussé Alexandre, ni quiconque lié à lui, à intervenir.
« Mais ce futur-là a déjà changé », pensa Roderic, le visage grave.
Cette fois, il se rendrait au rassemblement.
Et sa réputation n’avait plus rien à voir avec celle d’avant.
C’était lui qui avait rompu les fiançailles, il avait éveillé son aura et passé le mois dernier à parcourir le territoire pour régler des problèmes.
À présent, les gens connaissaient son nom.
« Si je déclenche un conflit stupide avec quelqu’un là-bas… ils vont probablement tous se jeter sur moi comme des loups affamés. »
Roderic claqua la langue, encore plus agacé qu’avant.
« Mais comment je suis censé m’empêcher de chercher la bagarre, moi ?! »
Il poussa un long soupir et secoua la tête tout en poursuivant son chemin dans le couloir.
Roderic ne voulait vraiment plus y penser, ne serait-ce qu’un instant.
Heureusement pour lui, autre chose ne tarda pas à le distraire.
« C’EST ABSOLUMENT PATHÉTIQUE ! »
Une voix forte et familière retentit derrière une porte fermée, un peu plus loin.
Roderic ralentit aussitôt le pas.
« Hein ? » se demanda-t-il. « Margaret pique encore une crise ? »
« TU TE RENDS COMPTE À QUEL POINT C’ÉTAIT HUMILIANT ?! » poursuivit Margaret avec colère.
Roderic ne put s’empêcher de fixer la porte un instant.
Il ne lui avait même rien fait depuis son retour… et pourtant, elle était déjà en train de péter les plombs.
Un instant plus tard, Roderic comprit à qui elle criait dessus.
« Je suis désolé, mère… » Une voix ténue lui parvint à peine.
« Dennis ? »
Roderic prit une expression étrange.
Il resta un instant planté là, à fixer la porte close.
« Qu’est-ce que cette petite merde a encore fait ? » se demanda-t-il. « Et puis, ils n’étaient pas censés être super proches tous les deux ? »
« Désolé ? » reprit Margaret, furieuse. « C’est tout ce que tu as à dire pour ta défense ? »
La perplexité de Roderic ne fit que grandir.
« Des DIZAINES de personnes t’ont vu ! Des chevaliers, des serviteurs, des apprentis ! Et tu as laissé ce garçon te mettre à terre devant eux tous ! »
La bouche de Roderic s’ouvrit lentement sous le coup de la stupeur et de l’incrédulité.
« Elle est vraiment en colère pour ça ? » se demanda-t-il. « Mais qu’est-ce que ça peut bien avoir de logique ? »
Le garçon avait trois ans de plus que Dennis et le dépassait d’une tête.
Qu’est-ce que Dennis était censé faire, au juste ?
Roderic ne comprenait vraiment pas d’où venait cette colère si déraisonnable.
« Je suis désolé, mère… » marmonna encore Dennis.
« Arrête de t’excuser ! » claqua Margaret. « Je ne veux pas de tes excuses. Je veux que tu cesses de te couvrir de honte ! »
« Mais j’ai essayé… »
PAF !
Une violente gifle résonna à travers le mur.
Roderic grimaça au bruit, puis contempla la porte avec effroi.
« Manifestement, tu n’as pas essayé assez fort ! » poursuivit Margaret. « Tu veux devenir un foutu raté ?! »
Roderic resta plusieurs secondes devant la porte.
« Non… mère… » renifla Dennis de l’autre côté.
« Jésus-Christ… »
Roderic secoua la tête et reprit rapidement sa route.
Il avait toujours su que Margaret était une horrible personne, mais l’entendre traiter son propre fils de cette façon, c’était autre chose.
« J’ai grandi sans mère », pensa-t-il en s’éloignant. « Mais putain… je préférerais encore avoir une mère morte qu’une créature infernale pareille. »