« P-pitié, épargnez-nous ! » cria l’un des ouvriers en s’inclinant à répétition.
« N-nous sommes seulement payés pour préparer les ingrédients, ajouta un autre d’une voix désespérée. Nous ne sortons même pas d’ici ! »
Le troisième homme resta à genoux, les yeux fermés, comme s’il acceptait déjà son sort.
Roderic les observa tous les trois en silence.
« Ils n’ont pas la moindre aura, se dit-il en plissant les yeux. Ce ne sont que des hommes ordinaires… »
Après un instant de silence, il hocha une fois la tête pour lui-même.
« Levez-vous », ordonna-t-il.
Les ouvriers échangèrent des regards incertains, puis obéirent lentement.
« Tous, poursuivit Roderic, montez à l’étage. »
« O-oui, monsieur ! »
Aucun n’osa hésiter.
Ils dépassèrent aussitôt Roderic en hâte et s’engagèrent dans le tunnel.
Roderic jeta un dernier coup d’œil à la salle de production.
« Ils font ça depuis un moment… pensa-t-il lentement. Je suis content de pouvoir réduire cet endroit en cendres. »
Sur ces mots, il se retourna et s’engagea dans le tunnel.
Alors qu’il atteignait l’échelle qui remontait à la taverne, un cri retentit au-dessus de lui.
« AARGH ! »
Roderic fronça les sourcils et gravit l’échelle à toute vitesse.
À peine eut-il passé la tête au-dessus du plancher qu’il aperçut la scène.
L’un des ouvriers gisait près de la porte, une lance profondément enfoncée dans la poitrine.
Le sang s’étalait rapidement sur le plancher de bois, formant une large flaque.
Frederic se tenait au-dessus de l’homme, les deux mains fermement crispées sur la lance.
Lorsqu’il remarqua Roderic, il la lâcha aussitôt, le corps tout entier tremblant.
« I-il… balbutia Frederic, le visage pâle. Il s’est mis à courir d’un coup… J’ai cru qu’il s’enfuyait. »
À ces mots, Frederic plaqua aussitôt une main sur sa bouche et eut un haut-le-cœur.
Roderic fixa le jeune homme en silence, très surpris par la scène.
« Je ne pensais pas qu’il tuerait vraiment quelqu’un, se dit-il. Mais tu sais quoi… »
Un léger sourire se dessina sur son visage.
« Tu as bien travaillé, dit-il en hochant calmement la tête. Tu as parfaitement suivi mes ordres. »
Frederic hocha la tête malgré ses haut-le-cœur.
Roderic se tourna alors vers les deux autres ouvriers et le bandit, son sourire s’effaçant.
« Ne faites pas la même erreur, dit-il froidement. Ou vous finirez comme lui. »
Tous hochèrent frénétiquement la tête.
« À présent, j’ai une tâche pour vous », reprit-il lentement.
Roderic pointa l’une de ses lames recourbées vers les cadavres éparpillés au sol.
Sans même leur laisser le temps de répondre, il poursuivit :
« Traînez tous ces cadavres dehors, ordonna-t-il. Et emportez aussi les grands pieux de bois. »
Les trois hommes se raidirent aussitôt.
Ils jetèrent un regard aux cadavres à l’intérieur de la taverne, le visage blême.
L’un des ouvriers détourna les yeux et vomit à cette seule pensée.
Mais devant le regard glacial de Roderic, aucun n’osa refuser.
Ils se mirent aussitôt à traîner dehors les cadavres, les morceaux de corps et les planches brisées.
Roderic ne prit pas la peine de les regarder.
Alors qu’il se tournait légèrement, une vague de vertige le submergea.
L’espace d’un instant, les murs autour de lui virèrent au violet et le monde se mit à tourner.
« Tss… »
Puis les effets disparurent.
« Ça empire, pensa-t-il avec amertume. Mais heureusement, cette merde est presque terminée… »
Lorsque les derniers cadavres furent traînés dehors, Roderic suivit les hommes.
Le soleil descendait dans le ciel et lui envoyait ses rayons en plein dans les yeux.
Comme une nouvelle vague de vertige s’apprêtait à le submerger, Roderic se mordit fermement la lèvre inférieure.
« Pas maintenant », se dit-il.
Roderic se tourna vers les cadavres entassés près de la taverne, déjà entourés d’une flaque de sang.
Des dizaines de villageois s’étaient rassemblés à distance.
Ils chuchotaient entre eux, tout en fixant nerveusement l’effroyable amas de corps.
Sans plus réfléchir, Roderic ramassa la tête de l’homme barbu et un grand pieu de bois.
CLAC !
Le pieu de bois s’enfonça profondément dans le crâne de l’homme.
Les villageois alentour observèrent avec horreur tandis qu’il plantait fermement le pieu dans le sol.
« Continuez, dit alors Roderic. Chacun d’entre eux. »
Les deux ouvriers restants et le bandit le regardèrent, incrédules.
Leurs yeux passèrent lentement de la tête tranchée… aux autres cadavres.
« N-non… » marmonna l’un d’eux, les lèvres tremblantes.
Roderic se contenta de le regarder.
« Faites-le. »
Les jambes de l’ouvrier manquèrent de se dérober sous lui.
Pourtant, sous le regard glacial de Roderic, aucun des deux n’osa refuser.
Et bientôt… une rangée de pieux maculés de sang se dressa devant la taverne.
Roderic passa lentement devant eux, plus étourdi que jamais.
« Regardez-les attentivement, dit-il en fixant les villageois. Ces gens vous empoisonnaient avec des drogues illégales. »
« Et tel est, et sera à jamais, le sort de ceux qui empoisonnent le peuple du Baron Whitemane. »
Il marqua une pause.
« Si vous découvrez un endroit de ce genre à l’avenir, poursuivit-il froidement, signalez-le immédiatement. Vous serez généreusement récompensés. »
Le silence tomba sur la foule.
Personne n’osa prononcer un mot.
Alors seulement, Roderic se retourna lentement et posa les yeux sur le dernier bandit.
Les yeux de l’homme s’écarquillèrent peu à peu tandis que Roderic tirait une lame.
Son corps tout entier tremblait sans contrôle et les larmes ruisselaient sur son visage.
« P-pitié… » gémit-il. « J-je vous dirai tout… »
Roderic s’avança lentement vers lui.
« Cet homme est le dernier de ceux qui vous empoisonnaient, déclara-t-il à voix haute. Et il subira exactement le même sort que les autres. »
Le visage du bandit devint livide.
« Non— »
CHLAC !
La tête du bandit roula sur la terre et s’arrêta au pied des pieux de bois.
Son corps s’effondra un instant plus tard.
« J’espère que mon avertissement était clair », dit Roderic en essuyant le sang de sa lame.
À cet instant, un écran bleu apparut devant lui.
[Quête territoriale accomplie !]
[Voulez-vous récupérer les récompenses maintenant ?]
[Oui / Non]
Les yeux de Roderic s’illuminèrent.
Sans réfléchir davantage, il appuya sur le bouton « Oui ».
[Attribution des récompenses…]
Les yeux de Roderic s’écarquillèrent lorsqu’il sentit le vertige se dissiper.
Mais, dans le même temps, la douleur que les drogues avaient engourdie se réveilla.
« Putain », jura-t-il à voix basse.
Il appuya une main contre ses côtes, puis laissa échapper un petit soupir.
« Au moins, je ne suis plus drogué », pensa-t-il en rengainant ses lames.
Roderic se tourna vers Frederic, livide.
« Viens, dit-il. Partons. »
À peine avait-il fait quelques pas qu’une voix forte retentit sur sa droite.
« Dégagez ! Tout le monde, dégagez ! »
Roderic se retourna lentement.
Une escouade de chevaliers approchait rapidement, leur commandant fixant déjà la taverne ensanglantée d’un air sombre.
« Jeune maître Roderic… lança-t-il avec colère. Que signifie tout ceci ? »