Arthur posa le coude sur son bureau et attendit calmement.
Roderic n’énonça pas tout de suite ses conditions.
Il prit plutôt un instant pour réfléchir une nouvelle fois à la situation.
Au bout d’un moment, Roderic releva enfin les yeux.
« Ma première condition est simple, dit-il. Je veux l’argent que je n’ai pas touché toutes ces années. »
L’expression d’Arthur ne changea pas d’un iota.
« C’est une demande raisonnable. Considère que c’est fait. »
Roderic haussa un sourcil.
La réponse avait été un peu trop rapide à son goût.
Il prit une lente inspiration, puis poursuivit.
« Ma deuxième condition, c’est d’obtenir l’autorisation de créer ma propre force armée privée. »
Le bureau sombra aussitôt dans le silence.
L’expression d’Arthur se transforma sur-le-champ, devenant d’un sérieux glacial.
« Une force armée privée ? répéta-t-il froidement.
— Oui. »
Arthur plissa davantage les yeux.
« Tu comprends ce que tu demandes ?
Roderic hocha une fois la tête.
— Parfaitement. »
Arthur garda le silence quelques secondes de plus avant de reprendre la parole.
« J’en doute fort, dit-il. Sinon, tu ne m’aurais pas fait cette demande. »
Sans même laisser à Roderic le temps de répondre, il poursuivit.
« Sais-tu pourquoi les nobles autorisent rarement leurs enfants à créer une force armée privée ? Parce qu’elle appartient à celui qui l’a constituée. »
Arthur se renversa lentement dans son fauteuil.
« Imagine que ton frère aîné hérite un jour de cette baronnie. Qu’est-ce qui t’empêcherait de faire marcher tes soldats droit sur le domaine et de lui mettre une lame sous la gorge ?
Roderic ne répondit pas tout de suite.
Il comprenait parfaitement ce que son père voulait dire. Mais c’était aussi précisément pour cela qu’il avait posé cette condition en échange de sa participation au rassemblement.
*C’est le seul moyen d’empêcher Margaret de s’en mêler, de tenter de dissoudre ma troupe ou de me traiter de traître plus tard.*
Sans hésiter, Roderic soutint le regard d’Arthur.
« Je n’ai pas l’intention de faire ça, dit-il simplement. Mais je comprends que, de ton point de vue, ce ne sont que des paroles. »
Arthur hocha légèrement la tête.
Il resta parfaitement silencieux un instant, comme absorbé par ses pensées.
« Je ne peux pas t’autoriser à constituer une force armée privée sans restriction, dit-il lentement. Cependant… je peux faire une petite exception. »
Les yeux de Roderic s’illuminèrent aussitôt.
« Tu pourras recruter jusqu’à vingt hommes. Chacun d’entre eux devra être inscrit auprès du capitaine Harris avant d’intégrer officiellement ta troupe. »
Le regard d’Arthur se fit plus acéré.
« Tu en seras entièrement responsable, et si un seul d’entre eux agit contre les intérêts de la maison Whitemane… »
Il n’avait pas besoin d’achever sa phrase.
Roderic savait déjà ce qui arriverait. Le coupable le paierait de sa vie, et son droit d’entretenir une force armée privée disparaîtrait avec lui.
Mais ces conséquences n’avaient aucune importance : il veillerait à ce que personne ne commette une telle stupidité.
« Marché conclu, répondit Roderic sans hésiter. »
Un léger sourire apparut aussitôt sur le visage d’Arthur.
« Bien », dit-il en hochant une fois la tête.
Arthur fit glisser l’enveloppe vers lui, visiblement satisfait.
« Le rassemblement aura lieu dans un mois et demi, dit-il. D’ici là, essaie de profiter de ta renommée pour nouer quelques relations. »
Roderic prit l’enveloppe dorée et hocha la tête.
« J’y serai, dit-il en se levant. Maintenant, si tu veux bien m’excuser, j’aimerais commencer à m’entraîner. »
Arthur laissa échapper un petit rire.
« Bien, dit-il d’un ton léger. Et… félicitations pour être devenu Chevalier à un sceau. Je sais que tu attendais ce moment depuis longtemps. »
Roderic se figea un très bref instant.
Pour une raison ou une autre, ces quelques mots le touchèrent plus qu’ils n’auraient dû.
« Merci, père, dit-il. »
Arthur esquissa un sourire, puis lui fit signe de partir.
« Va, maintenant. Ne gâche pas le talent qui s’est éveillé en toi. »
Roderic hocha une fois la tête.
Sans ajouter un mot, il se retourna et quitta la pièce.
Dehors, le visage rond d’Edmund l’accueillit.
« Tout s’est bien passé, Jeune maître ? demanda-t-il en s’inclinant légèrement. »
Roderic sourit en glissant l’enveloppe dans son manteau.
« Oui. Tu peux t’attendre à une augmentation très bientôt. »
Edmund ouvrit grand la bouche.
« Vous… vous étiez sérieux ? balbutia-t-il. »
En se retournant vers son serviteur rondouillard d’âge mûr, Roderic ne put retenir un éclat de rire.
« Bien sûr que je l’étais. Je suis un homme de parole. »
Edmund resta pétrifié un instant, puis ses yeux s’humidifièrent peu à peu.
« Merci, Jeune maître, dit-il d’une voix légèrement tremblante. Je continuerai à servir la maison Whitemane de toutes mes forces. »
Roderic ne put s’empêcher de secouer la tête.
« Ne sois pas si solennel. Je sais que tu le feras. »
Sur ces mots, ils se mirent tous deux à descendre le couloir.
Edmund ramena Roderic dans sa chambre peu après.
Dès que la porte se referma derrière lui et qu’il se retrouva enfin seul, le sourire de Roderic s’effaça peu à peu.
« Un mois et demi, hein, marmonna-t-il dans un soupir. J’ai beaucoup à faire d’ici là. »
Après avoir fermé les yeux un instant, il s’approcha de la chaise en bois devant son bureau.
Quelques instants plus tard, une fenêtre bleue familière apparut devant lui.
—————Système du Trône-Monde—————
Nom : Roderic Whitemane
Âge : 18
Points du Trône : 750
> Statut
> Quêtes
> Boutique
> Archives
> Territoire
> Fidèles
???
- - -
Sans hésiter, Roderic appuya sur l’onglet Archives.
Plusieurs immenses écrans bleus apparurent aussitôt autour de lui.
« Maintenant que j’ai enfin un peu d’argent et l’autorisation de créer ma propre troupe… marmonna-t-il avec un sourire. Il est temps de trouver des gens talentueux. »
Durant ses deux semaines dans la forêt, il avait consacré chaque jour de pluie à apprendre à naviguer dans les Archives.
D’innombrables fonctions lui échappaient encore, mais il avait au moins appris à s’en servir efficacement.
Ses doigts parcoururent rapidement les écrans flottants, sélectionnant filtre après filtre.
[Royaume de Valoria] [Chevalier à trois sceaux ou plus] [Originaire de : Baronnie de Whitemane]
Les Archives mirent plusieurs longues secondes à charger.
Puis les écrans bleus autour de lui se mirent à clignoter.
[Recherche dans les archives historiques…]
[Individus correspondants trouvés : 8]
Roderic haussa légèrement les sourcils.
« Seulement huit ? »