Quelques minutes plus tôt.
Dans une tente relativement luxueuse, près du centre du camp Deres, un jeune homme était assis seul.
Une petite boule de cristal reposait devant lui, sa lueur s’atténuant peu à peu.
« Enfin », souffla l’homme dans un long soupir.
Il s’appelait Valther et était Mage du deuxième cercle au service du deuxième prince royal.
Depuis plusieurs minutes, il rendait compte directement à son maître de la situation à la Ville de Whitemane.
« Quelle perte de temps, marmonna-t-il en s’étirant. Si j’étais resté à la tour, j’aurais déjà pu apprendre un autre sort. »
Valther s’adossa à sa chaise et se massa lentement le front.
« Pourquoi a-t-il fallu qu’on m’envoie ici ? Ces gens sont tous de parfaits crétins. »
Depuis plusieurs jours, il était contraint d’accompagner une armée de simples soldats, tout ça parce qu’un baron insignifiant était incapable de régler ses propres problèmes.
Et, pour couronner le tout, l’ennemi était un autre baron insignifiant !
Rien que d’y penser, il faisait déjà la grimace.
« Ces singes à l’épée ne cessent de tomber dans leurs pièges stupides », songea-t-il en poussant un grognement.
Il resta silencieux un instant.
« Bah, tant pis », finit-il par se dire. « Au moins, le prince m’a promis une récompense… »
Valther jeta un nouveau coup d’œil à l’orbe de communication.
Son rapport était terminé ; il n’avait donc plus rien à faire pour le reste de la soirée.
« Je vais me reposer un peu, puis… »
« AU FEU ! »
Un cri interrompit ses pensées.
« AU FEU ! QUE QUELQU’UN APPORTE DE L’EAU ! »
Des dizaines d’autres cris retentirent bientôt.
Tous parlaient de la même chose.
« Hein ? »
Valther fronça légèrement les sourcils.
Il huma l’air et perçut une faible odeur de fumée.
Son visage se crispa aussitôt, agacé.
Il se dirigea vers l’entrée et repoussa le pan de la tente.
FWOOSH !
À peine eut-il mis le pied dehors que son regard se posa sur les flammes gigantesques qui s’élevaient du dépôt de provisions.
Plusieurs chariots brûlaient déjà.
D’épais nuages de fumée noire montaient vers le ciel nocturne, tandis que des dizaines de soldats s’agitaient, des seaux d’eau à la main.
Valther contempla la scène un instant.
Puis il laissa échapper un profond soupir.
« Ces idiots sont-ils incapables de faire quoi que ce soit correctement ? »
Il secoua la tête et se dirigea vers les chariots en feu.
Pour un mage de son calibre, éteindre un feu ordinaire n’avait rien de particulièrement difficile.
Mais, alors qu’il s’apprêtait à rejoindre les soldats, quelque chose attira son attention.
« Hein ? Qui est-ce ? » se demanda-t-il.
Une petite silhouette courait entre les tentes.
Au premier regard, elle n’avait rien d’inhabituel.
Après tout, des dizaines de soldats s’affairaient en courant.
Mais, contrairement aux autres, cette silhouette s’éloignait des provisions en flammes.
Et plutôt rapidement, même.
Valther plissa légèrement les yeux.
« Eh bien, qu’avons-nous là ? Ce serait le petit rat ? » songea-t-il.
Il observa la silhouette de plus près et remarqua aussitôt une autre anomalie.
L’armure Deres qu’elle portait n’était manifestement pas à sa taille.
Sa cuirasse était beaucoup trop grande, et son casque glissait sans cesse sur son front.
« Intéressant, songea-t-il avec un léger sourire. C’est donc toi le responsable. »
Valther observa le garçon un instant.
Quand celui-ci passa en hâte devant les points de ravitaillement en eau, ses soupçons se confirmèrent.
« Mais où vas-tu donc ? »
Une idée lui vint soudain.
« Il retourne peut-être auprès de ses camarades, songea-t-il, le sourire aux lèvres. Ce serait bien pratique, non ? »
Sans réfléchir davantage, Valther se mit en mouvement.
Au lieu d’approcher directement le garçon, il se mit à le suivre à distance.
Il veillait à rester au milieu des autres soldats autant que possible et se servait parfois des tentes pour se dissimuler.
Heureusement, le chaos jouait en sa faveur.
Personne ne lui prêtait attention.
Et le garçon ne semblait pas se douter une seule seconde qu’on le suivait.
« Parfait. Continue de courir, se réjouit-il. Conduis-moi à tes camarades ! »
Quelques instants plus tard, le jeune garçon se faufila au-delà des tentes les plus éloignées.
Puis il disparut dans les champs, de l’autre côté du camp.
Valther le suivit de près, sans savoir que Baldwin venait d’arriver à sa tente.
…
Le garçon poursuivit sa course à travers les champs et finit par disparaître dans un bosquet voisin.
Valther le suivit en gardant une distance raisonnable.
« Jusqu’où ce salaud compte-t-il aller ? » maugréa-t-il intérieurement.
Heureusement, il n’eut pas longtemps à attendre.
Après une minute de course supplémentaire, le garçon s’arrêta brusquement.
CLANG !
Sa cuirasse trop grande tomba au sol, suivie de son casque.
Puis il repartit en courant.
Le sourire de Valther s’élargit considérablement.
« C’était donc bien un déguisement, songea-t-il. Je tiens le petit rat ! »
Quelques instants plus tard, le garçon déboucha dans une clairière relativement vaste.
Un grand arbre se dressait près de son centre.
Étrangement, au lieu de continuer à courir, le garçon s’approcha de l’arbre.
BOUM !
Il tomba à genoux et s’inclina.
Valther haussa un sourcil.
« Qu’est-ce que c’est encore que ça ? »
FWOOSH !
Une petite flamme apparut soudain au pied de l’arbre.
En quelques secondes, elle se répandit dans le foin sec entassé autour des racines et grimpa rapidement le long du tronc.
« Un signal ? »
Du mana se concentra entre les doigts de Valther.
En un instant, il se déploya autour de lui en un réseau presque invisible.
« Hein ? Il n’y a personne dans les environs ? »
Valther haussa un sourcil et dissipa son sort.
Il haussa légèrement les épaules et sortit de derrière un arbre.
« Ça suffit, gamin. »
FWOOSH !
Des flammes apparurent autour de ses mains.
« Je te donne une chance de te rendre, dit-il calmement. Si tu obéis, je te traiterai équitablement. »
Le garçon resta à genoux, apparemment inconscient de sa présence.
Pendant ce temps, l’arbre était entièrement dévoré par les flammes, qui crachaient d’épais nuages de fumée dans le ciel nocturne.
« Dis-moi où sont tes camarades, et je te laisserai peut-être même partir », poursuivit Valther en avançant d’un pas.
Enfin, le garçon bougea.
Il tourna lentement la tête.
Leurs regards se croisèrent, et Valther sentit son visage se figer.
Un sourire étrangement joyeux était plaqué sur celui du garçon.
Mais ses yeux racontaient une tout autre histoire.
Ils étaient vides.
On aurait dit que Valther regardait un cadavre dans les yeux.
« Qu’est-ce qui cloche chez ce gamin, putain ? » songea-t-il, un frisson lui parcourant l’échine.
Son expression s’assombrit et il haussa la voix.
« Espèce de monstre, lança-t-il. C’est ta dernière chance avant que je te réduise en cendres. »
Soudain, le garçon bougea le bras.
Par réflexe, Valther rejeta la tête de côté.
FWOOSH !
Un petit couteau passa en sifflant devant son visage, à peine à quelques centimètres de sa joue.
BOUM !
Il se planta dans l’arbre derrière lui.
Valther resta immobile un bref instant.
« Ce petit salaud vient vraiment de… ? »
Il reporta lentement son regard sur le garçon.
Mais, avant qu’il ait pu dire quoi que ce soit, celui-ci poussa un soupir déçu.
« Ah… »
Une expression de regret sincère, teintée de gravité, apparut sur son visage.
« Je croyais vraiment que ça toucherait sa cible. »
Valther lança au garçon un regard noir, le visage déformé par la colère.
Les flammes dans ses deux mains s’embrasèrent et formèrent une énorme boule de feu flottant devant lui.
« Petit salaud ! Je vais te brûler vif ! »
Au lieu de montrer la moindre peur, le garçon esquissa un sourire chaleureux.
« Eh bien, puisque j’ai raté, je suppose que les autres vont devoir s’en charger. »
L’expression de Valther changea aussitôt.
« Les autres ? »
Un danger écrasant fondit sur lui et un frisson lui remonta l’échine.
Ses yeux s’écarquillèrent.
« BARRIÈ— »
Mais il était déjà trop tard.
FWOOSHHHH !!!
Le rugissement du vent retentit.
Un énorme carreau de métal déchira l’obscurité à une vitesse terrifiante.
BOUM !!!
Il transperça la boule de feu de plein fouet, la faisant exploser avec violence.
Avant même que Valther ait pu réagir…
SHHHHK !
Le carreau lui traversa le corps et pulvérisa complètement son abdomen.
Une brume de sang et de chair se dispersa dans les airs.
Il n’eut même pas le temps de crier.