FIOU ! FIOU ! FIOU !
Trois autres soldats s’effondrèrent, la tête encore en l’air.
Roderic continua d’avancer.
Il abattit ses lames sur tous ceux qui eurent le malheur de se trouver sur son chemin.
FIOU ! FIOU !
Deux autres tombèrent, le cœur presque arraché.
De temps à autre, une épée ou une lance parvenait à passer sa garde et lui infligeait une nouvelle blessure, sur ce corps déjà meurtri.
Mais, curieusement, cela ne le ralentissait pas.
Au contraire, ses mouvements commençaient à changer.
À chaque seconde, ils devenaient plus sauvages et imprévisibles.
Et pourtant, chacun de ses coups faisait mouche.
Peu à peu, un sourire s’étira sur son visage.
« C’est ça ! » cria-t-il. « Allez, venez ! »
Un autre soldat se précipita sur lui.
PAF !
Une lame recourbée s’enfonça dans son crâne, le tuant sur le coup.
Le sourire de Roderic s’élargit encore.
Il ne remarquait même plus le sang qui coulait de ses blessures.
Pas plus qu’il ne voyait le temps passer.
Tout ce qu’il voyait, c’étaient les ennemis devant lui.
Et il continua de tuer, encore et encore.
Jusqu’à ce que certains soldats finissent par jeter leurs armes.
« Je me rends ! » cria l’un d’eux en tombant à genoux.
Mais Roderic ne sembla même pas l’entendre.
FIOU !
La tête de l’homme vola dans les airs.
« Je vous en prie ! Ayez pitié— »
FIOU !
Une autre tête roula sur la route.
Un troisième soldat tomba à genoux et joignit désespérément les mains.
« Je vous en prie… J’ai une fam— »
SHLACK !
La lame recourbée de Roderic lui traversa l’épaule jusqu’au cœur.
Les soldats encore en vie observaient la scène, horrifiés.
Qu’ils se défendent, qu’ils fuient ou qu’ils implorent sa pitié, cela ne changeait rien.
Pour Roderic, il n’y avait plus aucune différence.
Jusqu’à ce que, finalement…
FIOU !
Roderic balança sa lame recourbée vers une silhouette qui s’approchait.
Mais cette fois, quelque chose changea.
CLANG !
Une couche d’aura rouge vif apparut soudain autour du bouclier de la silhouette, arrêtant net sa lame.
« JEUNE MAÎTRE ! »
Roderic se figea un instant.
« Hein… ? » marmonna-t-il en secouant la tête.
Pour la première fois depuis ce qui lui avait semblé une éternité, il distingua de nouveau clairement ce qui l’entourait.
Il se tenait au milieu de la route de Riverwood.
Juste devant lui se tenait Frederic, couvert de sang, son bouclier toujours levé en défense.
Derrière lui se trouvaient John, Peter, Paul et bien d’autres soldats Whitemane.
Tous le fixaient.
Certains avec admiration et respect, d’autres avec une peur et une horreur manifestes.
Roderic regarda autour de lui.
Il s’était retrouvé, sans trop savoir comment, au milieu de la route de Riverwood.
« Mais qu’est-ce que… ? »
Il abaissa lentement ses lames, puis jeta un coup d’œil par-dessus son épaule.
La route entière était couverte de sang.
Des cadavres jonchaient le sol, certains décapités ou amputés, d’autres presque déchiquetés.
Il ne restait pas un seul ennemi debout.
Roderic contempla la scène un instant.
Puis il hocha lentement la tête avant de se tourner vers ses fidèles.
« Oh, dit-il. On dirait qu’on a gagné. »
Le regard de Roderic les dépassa l’espace d’un instant.
Des dizaines de cadavres jonchaient aussi leur côté de la route.
Apparemment, les soldats Whitemane s’étaient battus pour le rejoindre.
Il réfléchit à toute vitesse.
« Frederic, l’appela Roderic en relevant les yeux. »
Frederic sortit aussitôt de sa torpeur.
« Oui, Jeune maître ! »
Roderic leva sa lame et désigna la route.
« Faites empiler les corps au bord de la route, de l’autre côté du village, ordonna-t-il. Réarmez et recouvrez les pièges qui se sont déclenchés. »
« Compris ! »
Roderic hocha la tête.
Mais alors qu’il allait donner un autre ordre, un vertige soudain le submergea.
« Putain », jura-t-il en titubant.
Frederic lui attrapa aussitôt le bras pour l’aider à se tenir debout.
« Ce n’est pas la peine de vous en occuper tout de suite, reprit Roderic en se frottant la tête. P-Prenez un bon repos, faites peut-être une sieste… »
Il se tut un instant.
Son regard balaya de nouveau le champ de bataille.
« Récupérez ces… »
Roderic se mit à tousser violemment.
Malgré tout, il leva le bras et désigna les chevaux dont les soldats Deres étaient descendus plus tôt.
La plupart étaient encore en vie et se tenaient plus loin sur la route.
« Ramenez-les pendant que nous… »
Sa vue s’obscurcit soudain.
Avant même qu’il ait pu finir sa phrase, ses jambes se dérobèrent sous lui.
« Jeune maître ?! »
Frederic s’avança et rattrapa Roderic avant qu’il ne touche le sol.
Mais Roderic avait déjà perdu connaissance.
La bataille enfin terminée, l’adrénaline qui l’avait maintenu en mouvement retombait, et son corps meurtri ne pouvait plus supporter l’effort.
…
Les heures filèrent à toute vitesse.
Tap ! Tap ! Tap !
« Hm… ? »
Le bruit de la pluie tira lentement Roderic de son sommeil.
Il ouvrit les yeux et découvrit au-dessus de lui la toile blanche qui recouvrait la charrette.
« Où… ? »
Roderic tenta de se redresser.
« GKH ! »
Une douleur fulgurante lui traversa le corps et le força à se rallonger.
« Doucement, Jeune maître. »
Roderic tourna la tête.
Frederic était assis près de lui, un large sourire chaleureux aux lèvres.
« Jeune maître, reposez-vous encore un peu, dit-il. Tout a été pris en charge. »
Un instant, le silence retomba.
Les rouages de l’esprit de Roderic se mirent à tourner à toute vitesse.
« Frederic, murmura-t-il. Combien de temps suis-je resté inconscient ? »
« Quelques heures, répondit aussitôt Frederic. Nous commencions à nous inquiéter. »
Roderic baissa les yeux sur lui-même.
La plupart de ses blessures avaient été bandées, même si plusieurs commençaient déjà à saigner à travers les pansements.
Puis son regard se porta dehors.
Le soleil s’était couché depuis longtemps, dévoilant un magnifique ciel étoilé.
Ce ne fut qu’alors qu’il comprit vraiment.
« On a gagné ! » pensa-t-il en serrant les poings. « Maintenant, on peut gagner la guerre ! »
Un sourire s’étira lentement sur le visage de Roderic.
Après tout ce qu’ils avaient traversé, leur pari avait bel et bien porté ses fruits.
« Hahaha… »
« Jeune maître ? » demanda Frederic, l’air légèrement perplexe.
« Ne t’en fais pas, répondit Roderic en secouant la tête. Dis-moi depuis combien de temps nous sommes en route. »
Frederic le fixa quelques secondes, les yeux écarquillés.
Puis il ne put retenir un petit rire.
« Nous sommes partis pour le domaine il y a une heure à peine, répondit-il. Nous arriverons avant les premiers rayons du soleil. »
Roderic hocha lentement la tête.
Son regard se reporta lentement dehors.
La pluie tombait toujours à verse, et des éclairs scintillaient au loin.
« Le temps lui-même nous a bénis, ajouta Frederic avec un sourire. La pluie lavera la majeure partie du sang à notre place. »
Roderic hocha lentement la tête.
« C’est une bénédiction, en effet », marmonna-t-il.
Un large sourire apparut peu à peu sur son visage.