Roderic fonça droit dans la horde de soldats.
FSSHT ! FSSHT ! FSSHT !
Ses lames crochues fendirent les rangs, tranchant les soldats les uns après les autres.
Même sans aura, sa force physique brute était écrasante.
Les lances se brisaient en deux, tandis que les épées étaient repoussées jusque dans les mains de leurs porteurs.
En quelques minutes à peine, il en avait fauché vingt !
Mais… il n’en sortait pas indemne.
Peu à peu, les entailles se multiplièrent sur tout son corps.
Le sang continuait de couler, aggravant encore la situation.
Pourtant, Roderic ne s’arrêta pas.
Il ne le pouvait tout simplement pas.
Les soldats l’encerclaient de toutes parts et l’assaillaient sans relâche.
FSSHT !
Roderic trancha l’armure d’un autre homme.
« Comment… je suis censé en venir à bout ? » songea-t-il. « Quel… est mon plan ? »
Du coin de l’œil, il aperçut une lance qui fonçait vers lui.
Roderic tourna la tête sur le côté.
Mais une seconde trop tard.
FSSSH !
La lance glissa le long de son menton avant de lui trancher l’oreille.
« GKH !! »
Roderic saisit rapidement le manche de la lance et tira dessus.
Le soldat qui la tenait trébucha vers l’avant, perdant complètement l’équilibre.
FSSHT !
Sa lame glissa sur la gorge de l’homme.
« Un plan… un plan… quel est mon pla— »
Moins d’une seconde plus tard, une autre lance surgit exactement du même côté.
Cette fois, Roderic réagit un tout petit peu plus vite.
Il fit pivoter la lance du soldat avant de la projeter vers le nouvel assaillant.
SHLACK !
La pointe s’enfonça droit dans la bouche du soldat et ressortit par l’arrière de son crâne.
« GURGH ! »
Le sang ruissela le long du manche tandis que l’homme s’affaissait, inerte.
Roderic lâcha aussitôt la lance, laissant le cadavre s’écrouler.
« Haa… Haa… » haleta-t-il. « Ça… n’en finit jamais. »
Mais il n’avait pas le temps de se reposer.
Il se retourna, esquivant une autre épée.
SHLACK !
Une lance lui transperça soudain le mollet par-derrière.
« Putain ! » jura-t-il en pivotant.
FSSHT !
Sa lame crochue éventra la poitrine du lancier.
Mais lorsqu’il voulut avancer, une douleur aiguë lui traversa la jambe blessée.
« KGH ! »
Son genou manqua de céder.
« Ma… jambe », songea-t-il en serrant les dents. « Putain ! »
Il reporta rapidement son poids sur l’autre jambe.
Puis il reprit son massacre.
FSSHT ! FSSHT ! FSSHT !
Les soldats s’écroulaient les uns après les autres sous ses lames.
Depuis longtemps, Roderic avait perdu le compte de ses victimes.
Ses mouvements ralentissaient, et chaque pas faisait déferler une nouvelle vague de douleur dans sa jambe.
Mais il ne renonça pas.
« Encore… un peu », songea-t-il. « C’est presque fini. »
Sa vue se brouilla un instant.
Roderic secoua rapidement la tête et enfonça sa lame dans le crâne d’un autre soldat.
Les dents serrées, il abattit de nouveau son arme.
La lance d’un autre soldat se brisa en deux, puis l’homme perdit la tête.
CLANG !
Roderic para une épée avec son autre lame.
Mais il ne sentait presque plus ses bras.
« Non… »
Il fit un pas de plus.
Sa jambe blessée faillit se dérober sous lui.
« Pas encore… »
Le sang continuait de couler de ses blessures, laissant une traînée derrière lui.
Sa respiration devenait de plus en plus saccadée.
Même les cris des soldats commençaient à lui parvenir de loin.
« Haa… Haa… »
« Pourquoi… »
Roderic abattit encore sa lame.
FSSHT !
Un autre soldat s’effondra.
« Pourquoi je n’arrive pas à… »
Il tenta d’achever sa pensée.
Mais avant d’y parvenir, un éclair de lumière blanche lui emplit la vue.
L’espace d’un instant, le champ de bataille disparut.
Et un souvenir que Roderic ne connaissait que trop bien surgit devant lui.
Un jeune garçon aux cheveux noirs se tenait dans une ruelle sale.
Devant lui gisait un homme décharné, les yeux jaunis par des années de drogue, un couteau de cuisine encore à la main.
Peu à peu, le sang se mit à s’écouler d’un unique trou dans sa poitrine.
« Putain, putain, putain. »
Roderic baissa les yeux.
Dans ses petites mains reposait un pistolet, de minces volutes de fumée s’élevant encore de son canon.
« Il faisait partie d’un gang ? »
« C’était le client de qui, déjà ? »
« Quelqu’un m’a vu ? »
« Et si la police l’apprenait ? »
« Et si ses potes venaient me chercher ? »
Question après question, son esprit s’emballa.
Mais la réalité avait été tout autre.
Personne n’était venu le chercher.
Ni la police, ni les gangs du quartier.
En fait, le cadavre était resté une semaine entière dans cette ruelle immonde !
Et chaque jour, il était passé devant, terrifié.
« Quelle putain de blague », songea-t-il, presque tenté d’en rire.
Mais ce n’était pas vraiment surprenant.
Il avait quatorze ans à l’époque, et grandir dans ce quartier lui avait appris à se méfier du moindre détail.
Une seule mauvaise décision pouvait facilement gâcher sa vie.
Pas que cela eût changé quoi que ce soit, au bout du compte.
De plus en plus de souvenirs défilèrent dans l’esprit de Roderic.
« Attends… » songea-t-il lentement. « Ne me dis pas que… »
« Ma vie est en train de défiler devant mes yeux ? »
Un instant, il eut du mal à y croire.
Des années passées à l’orphelinat lui revinrent en mémoire.
Roderic secoua lentement la tête, toujours incrédule.
« Non, non, non, » songea-t-il. « Je viens à peine d’arriver dans ce monde. »
Il avait encore tant de choses à faire. Tant de choses qu’il n’avait pas eu le temps de vivre.
Et voilà qu’il allait mourir ?
« Non… »
Les souvenirs de sa vie précédente continuaient d’affluer.
« Non, ça, sûrement pas ! »
Roderic serra les dents et les chassa tous de son esprit.
« Je ne vais pas crever ici, putain ! »
CLANG !
Le champ de bataille réapparut devant lui.
Roderic parvint de justesse à dévier une épée qui s’abattait sur lui.
« JE VAIS TOUS VOUS BUTER, BANDE D’ENFOIRÉS ! »
FSSHT !
Sa lame crochue trancha la gorge du soldat.
Un autre soldat se jeta aussitôt sur lui avec une lance.
Roderic pivota, évitant de peu la pointe, puis saisit le manche.
« ALLEZ, VENEZ ! » rugit-il.
Il attira le soldat à lui et lui enfonça son autre lame dans la poitrine.
SHLACK !
« GUGH ! »
Roderic arracha sa lame, haletant, puis se tourna vers les soldats encore debout.
Sa jambe le faisait toujours atrocement souffrir et il arrivait à peine à garder ses lames levées.
Mais la rage qui brûlait en lui le faisait tenir.
FSSHT ! FSSHT ! FSSHT !
À chaque coup, un nouvel ennemi tombait.
Pour la première fois depuis le début de la bataille, ses pensées s’effacèrent complètement.
Il ne se faisait plus de souci, n’échafaudait plus de plan… rien.
Il resserra simplement sa prise sur ses lames et continua de charger vers le prochain ennemi.