L’épuisement finit par rattraper Roderic.
Son corps comme ses réserves d’aura approchaient de leurs limites.
Et pourtant… il restait encore des dizaines d’ennemis.
Ils n’avaient pas l’intention de lui accorder une pause.
Les soldats restants s’étaient déjà regroupés et l’encerclaient de toutes parts, sauf par-derrière.
À présent, ils se rapprochaient lentement.
« Haa… Haa… »
Roderic resserra sa prise sur ses lames crochues.
Son regard balaya les soldats qui approchaient.
Il restait bien quelques chevaliers parmi eux, mais leurs rangs avaient considérablement diminué.
« Ça… n’a pas d’importance », songea-t-il en haletant. « Je n’ai qu’à tous les tuer ! »
Roderic prit aussitôt appui sur le sol.
Les soldats levèrent leurs armes et se jetèrent sur lui, à coups d’estoc et de taille.
FIOU ! FIOU !
Roderic pivota sur le côté et laissa plusieurs attaques le manquer.
Dans le même mouvement, il abattit sa lame et pulvérisa une lance qui fonçait droit sur lui.
Puis il se rua en avant et franchit la distance qui le séparait du mur de boucliers.
La pointe de sa lame crochue s’illumina de nouveau.
Mais au moment où il l’abattit, deux chevaliers surgirent de chaque côté.
« VA EN ENFER ! »
« MEURS ! »
L’expression de Roderic changea.
« Merde ! »
Il dévia rapidement sa lame.
BOUM !
Elle s’écrasa contre le bouclier du chevalier, qui vola en éclats sous l’impact.
Profitant de son élan, Roderic pivota et abattit sa seconde lame.
FIOU !
Elle fendit le visage du chevalier en deux.
Mais le second chevalier avait déjà réduit la distance.
BAM !
Son bouclier percuta le dos de Roderic et le projeta en avant.
« Putain ! »
Les yeux de Roderic s’écarquillèrent.
Plusieurs lances acérées l’attendaient déjà à quelques mètres devant lui.
Les dents serrées, il força une nouvelle poussée d’aura.
Le tranchant de sa lame s’illumina tandis qu’il l’abattait.
FIOU !
Un arc doré s’élança vers les soldats.
Ils n’avaient aucune chance.
FIOU ! FIOU ! FIOU !
Neuf soldats furent fauchés sur-le-champ, leur sang éclaboussant la route.
Les lances qui l’attendaient tombèrent avec leurs porteurs.
Roderic manqua de trébucher sur les corps, mais parvint enfin à retrouver son équilibre.
« C’était moins une ! » songea-t-il en serrant les dents.
« TU VAS CREVER ! » hurla une voix derrière lui.
Roderic se retourna aussitôt.
Le même chevalier chargeait dans sa direction.
Son épée, saturée d’aura, s’abattait déjà sur lui.
« Sale bâtard ! »
Roderic leva ses deux lames, leurs crochets tournés vers le haut.
BOOOOOUM !!!
L’épée longue du chevalier s’écrasa sur lui avec une force immense.
Pendant un instant, Roderic sentit presque ses genoux fléchir.
« NON ! » cria-t-il en coinçant l’épée longue entre ses crochets.
Ses deux lames s’illuminèrent aussitôt d’une aura dorée.
CRAC ! CRAC ! CRAC !
Des centaines de fissures se propagèrent rapidement sur l’épée longue prise au piège.
BAM !
Elle se brisa entièrement.
« Qu— » Les yeux du chevalier s’écarquillèrent.
Il n’eut pas le temps de finir sa phrase.
FIOU !
La lame de Roderic remonta d’un coup, et son crochet acéré s’enfonça brutalement dans la gorge du chevalier.
« GUGH ! »
Le sang jaillit de la blessure et éclaboussa le visage de Roderic.
Il retira sa lame, et le chevalier s’effondra sur le dos.
« Encore deux chevaliers à terre… » songea-t-il. « Il n’en reste que… sept ? »
Et il restait encore des dizaines de simples soldats.
Roderic prit une profonde inspiration.
« Haa… Haa… »
Ses bras tremblaient légèrement.
Même repousser l’attaque d’un chevalier à un sceau s’était révélé difficile.
À ce rythme…
« Bon sang », jura-t-il en levant les yeux. « Ces enfoirés… Je vais vous tuer… comme je l’ai prom— »
Roderic n’eut même pas le temps de finir sa pensée.
« À L’ATTAQUE ! » retentit un cri. « NE LAISSEZ PAS CE DÉMON REPRENDRE SON SOUFFLE ! »
Plusieurs chevaliers se ruèrent ensemble sur lui.
Les dents serrées, Roderic puisa dans son adrénaline pour dépasser son épuisement.
« APPROCHEZ ! » cria-t-il en levant ses lames.
Le premier chevalier se précipita, son épée longue fendant l’air en direction du cou de Roderic.
CLANG !
Roderic para l’attaque avec sa lame gauche.
Mais avant qu’il puisse riposter, un autre chevalier lui porta un coup d’estoc au ventre.
Il pivota sur le côté, mais un dixième de seconde trop tard.
SHHH !
L’épée lui entailla la taille d’un trait fin.
Roderic lança aussitôt sa lame droite vers la gorge du chevalier.
CLANG !
Un bouclier enveloppé d’aura s’interposa.
Son bord inférieur accrocha délibérément le crochet et plaqua la lame au sol.
« J’en tiens une de ses ar— »
La seconde lame de Roderic fusa vers sa gorge exposée.
Les yeux du chevalier s’écarquillèrent.
Mais son bouclier abaissé pour immobiliser la lame de Roderic, il ne pouvait rien faire.
FROUICH !
Le sang gicla dans les airs lorsque le crochet acéré lui trancha la gorge.
Pourtant, Roderic n’avait cessé de surveiller le chevalier derrière lui.
Une autre épée longue était déjà sur le point de frapper son dos exposé.
« Tss », songea-t-il en serrant les dents.
FIOU !
L’épée lui entailla le dos, y laissant une profonde balafre.
« KGH ! »
Une douleur fulgurante lui traversa tout le corps.
Mais Roderic n’avait pas le temps de s’en soucier.
Il libéra sa lame et pivota aussitôt.
Le chevalier qui l’avait frappé retirait encore son arme, une pointe de surprise plaquée sur le visage.
« Je te tiens ! »
Roderic balança sa lame et lui trancha le bras.
Un instant plus tard, sa seconde lame fusa.
Sa portée légèrement supérieure lui permit de s’enfoncer au centre du crâne de l’homme.
Puis Roderic tira violemment sa lame de côté et lui fendit le crâne.
Boum !
Le corps du chevalier s’effondra.
« Haa… Haa… »
Roderic balaya lentement les alentours du regard, le souffle court.
Les cinq chevaliers restants avaient légèrement reculé, le choc et la terreur se lisant clairement sur leurs visages.
« IL EST ÉPUISÉ ! » cria l’un d’eux. « QUELQU’UN, ATTAQUEZ ! »
« VAS-Y, TOI ! » lui répondit un autre. « JE TE SUIVRAI JUSTE APRÈS ! »
« PAS QUESTION ! » cria le premier chevalier.
Épuisé, Roderic les observa se disputer.
Malgré les innombrables soldats qui restaient, il savait qu’il devait achever les chevaliers, et vite.
« Quel qu’en soit le prix », songea-t-il en levant sa lame crochue.
La moindre parcelle d’aura encore présente dans son corps commença à se rassembler autour d’une seule lame crochue.
En quelques secondes, son tranchant se mit à luire d’un intense éclat doré.
« MERDE ! IL PRÉPARE UN TRUC ! »
« LEVEZ VOS BOUCLIERS ! VITE ! »
Les cinq chevaliers se rapprochèrent aussitôt et plaquèrent côte à côte leurs boucliers enveloppés d’aura.
Mais Roderic n’avait pas l’intention de leur laisser une autre chance.
« Tout ce qu’il me reste… », songea-t-il en sentant son aura s’épuiser. « Parez-moi ça ! »
Sans hésiter, il fit un pas en avant et balança sa lame de côté.
FIIIIIOU !!!
Un immense arc doré jaillit de sa lame et fila droit sur les cinq chevaliers.
« TENEZ— ! »
BOOOOOUM !!!
L’arc doré traversa de part en part leurs boucliers enveloppés d’aura.
Leur armure ne leur fut d’aucun secours non plus : elle éclata en un instant.
FIOU ! FIOU ! FIOU !
Le sang éclaboussa la route tandis que l’arc doré fauchait les cinq chevaliers.
Aucun n’eut même le temps de crier.
Boum !
Leurs corps s’effondrèrent presque simultanément.
« Haa… Haa… »
Les jambes de Roderic manquèrent de flancher.
Il abaissa lentement ses lames, incapable de sentir la moindre parcelle d’aura dans son corps.
« Enfin… » songea-t-il en regardant les chevaliers. « Ces salopards… ils sont morts. »
Il avait peut-être perdu son aura, mais plus personne ne pouvait s’en servir.
Tout le champ de bataille demeura silencieux autour de lui.
Roderic leva lentement la tête.
Des dizaines de soldats se tenaient encore devant lui et le dévisageaient avec incrédulité.
« I-IL A TUÉ TOUS LES CHEVALIERS ! »
« C’EST QUOI, CE MONSTRE ?! »
Ravalant sa salive, Roderic resserra sa prise sur ses lames.
« Il en reste… tant que ça… »
Il fit un pas en avant.
Les soldats tressaillirent aussitôt ; certains reculèrent même d’un pas.
« NE RECULEZ PAS ! » cria l’un d’eux. « IL N’A PLUS D’AURA ! IL NE POURRA PAS TENIR ÉTERNELLEMENT ! »
Les soldats échangèrent des regards incertains.
Puis un autre cri hésitant retentit.
« I-IL A RAISON ! E-ET PUIS, ON MOURRA TOUS SI ON RENTRE COMME ÇA ! »
Roderic plissa légèrement les yeux.
Leur attitude changea aussitôt.
Le désespoir remplaça la peur dans leurs yeux.
« TUEZ-LE ! »
« TOUS À L’ATTAQUE ! »
Des dizaines de soldats levèrent leurs armes et se ruèrent sur lui.
Roderic serra les dents.
« Merde… »
Ses bras tremblaient et tout son corps hurlait de douleur.
Mais il leva tout de même ses deux lames crochues.
« J’ai été trop loin… pour mourir ici ! »