Plusieurs heures s’étaient écoulées depuis que la délégation avait disparu en direction du domaine Whitemane.
Roderic était assis dans une maison abandonnée de Riverwood, plusieurs cartes étalées devant lui sur la table.
« Montre-moi ce que tu as », dit-il.
Edmund contempla ses cartes un instant, puis les posa et les poussa vers lui.
Roderic fit aussitôt la grimace.
« Espèce d’enfoiré ! » lança-t-il.
Un petit sourire apparut sur le visage d’Edmund.
« Je vous remercie infiniment, Jeune maître », dit-il en ramenant respectueusement les pièces d’or vers lui.
Roderic lui fit signe de s’en aller d’un geste désinvolte.
C’est alors que son regard se posa sur les quatre Fidèles assis autour de la table.
Chacun avait posé ses cartes avec embarras et s’était couché depuis longtemps.
« Je vous préviens une dernière fois, dit-il. Si vous vous couchez parce que je mise encore une fois, je vous botte le cul ! »
Peter ramassa ses cartes avec embarras et les retourna.
« Mon seigneur, je n’avais vraiment rien de bon », gémit-il.
Roderic fixa les cartes, les yeux plissés.
Puis son regard se posa sur ses autres Fidèles.
« Je m’adresse à vous trois, là », dit-il en les désignant. « Ne vous couchez pas juste parce que je m’appelle Whitemane ! »
Frederic et les autres hochèrent faiblement la tête.
CLAC ! CLAC !
Avant qu’on puisse distribuer les cartes de la manche suivante, un léger cliquetis retentit dehors.
Roderic plissa aussitôt les yeux.
Il posa un doigt sur ses lèvres et leur fit signe de garder le silence.
Il se leva et se dirigea rapidement vers la fenêtre.
Enfin, pensa-t-il. Les voilà.
Les premiers chevaliers pénétraient à peine dans Riverwood.
Comme la fois précédente, ils semblaient pressés et dévalaient les rues au galop.
Roderic n’avait pourtant qu’une seule inquiétude.
Il jeta un bref coup d’œil au ciel qui s’assombrissait.
Je doute qu’ils le fassent… mais espérons qu’ils ne passent pas la nuit ici.
Heureusement, rien n’indiquait qu’ils comptaient ralentir.
Les chevaliers traversèrent le village les uns après les autres, sans prêter la moindre attention à ce qui les entourait.
Roderic les observa en silence depuis la fenêtre.
Peu après, la calèche familière apparut.
Il n’y a plus de chariot derrière, pensa-t-il. La transaction s’est bien passée.
La calèche poursuivit sa route sans ralentir.
Roderic la suivit attentivement du regard, un léger sourire aux lèvres.
Amuse-toi bien, Margaret, pensa-t-il. Tu diras exactement à ton frère ce que j’ai besoin qu’il sache.
Il se détourna de la fenêtre.
Et vous y laisserez tous les deux la vie.
Bientôt, le bruit des chevaux et de la calèche s’évanouit complètement.
Roderic jeta un coup d’œil à Edmund.
« On dirait qu’on devra finir notre partie de poker un autre jour », dit-il.
Edmund acquiesça et commença déjà à ramasser les cartes.
Sur ces mots, Roderic ouvrit la porte et sortit.
Plusieurs soldats déguisés regardaient déjà dans sa direction, visiblement dans l’attente d’instructions.
CLAP ! CLAP !
« Tout le monde, rassemblement ! » cria-t-il.
Les soldats ne tardèrent pas à sortir des maisons voisines.
Roderic attendit que la plupart d’entre eux soient réunis, puis désigna les chariots dissimulés.
« Nous commencerons à tout installer demain matin, annonça-t-il. Pour ce soir, allez manger et dormir. »
Les soldats acquiescèrent aussitôt.
Personne ne semblait vouloir risquer de perdre un pied dans un piège, en pleine obscurité.
Après les avoir congédiés, Roderic fit lui aussi demi-tour.
Le temps presse, pensa-t-il. Il faut tirer le meilleur parti de la journée de demain.
…
Les premiers rayons du soleil venaient à peine de poindre à l’horizon que Riverwood s’anima de nouveau.
Les soldats ramenèrent les chariots dissimulés dans les rues et retirèrent les toiles qui en cachaient le contenu.
Des pièges à ours, des chausse-trappes et toutes sortes d’autres outils, comme des pelles, commencèrent à s’entasser dans tout le village.
Roderic se tenait à proximité et observait le déchargement.
« Faites attention à ça ! » cria-t-il lorsqu’un soldat saisit nonchalamment deux pièges à ours. « Il faut qu’ils attrapent les soldats de Deres, pas vos putains de mains. »
Le soldat ralentit aussitôt.
Roderic secoua la tête, impuissant.
Bon… songea-t-il en balayant les alentours du regard. On a du pain sur la planche.
Il se mit aussitôt à réfléchir à toute vitesse.
Avant qu’il ait pu commencer à donner des ordres, un léger cliquetis retentit derrière lui.
Roderic se retourna aussitôt.
Un cheval seul dévalait la route en direction de Riverwood.
Son expression changea dès qu’il reconnut le cavalier.
Notre éclaireur ? songea-t-il. Oh, merde, ça ne sent pas bon !
L’homme venait à peine d’atteindre le village qu’il tira brusquement sur les rênes.
« Jeune seigneur ! » cria-t-il.
Roderic acquiesça rapidement.
« Que s’est-il passé ? » demanda-t-il aussitôt.
L’éclaireur pâlit légèrement, encore essoufflé.
« L’armée du baron Deres, annonça-t-il enfin. Elle est à environ deux jours derrière moi. Peut-être un peu moins. »
Le visage de Roderic s’assombrit.
Deux jours ?
C’était beaucoup plus tôt que prévu, putain.
Aldric est-il parti dès le retour du premier messager ? songea-t-il. Ou même avant ?
Peu importait la réponse, désormais.
Il ne leur restait que deux jours, et aucun piège n’avait encore été posé.
Roderic se tourna aussitôt vers ses soldats.
« Changement de plan ! cria-t-il. Le baron Deres sera là dans deux jours ! »
Les soldats cessèrent aussitôt leur travail.
« On commence par les forêts ! Avancez tous ensemble et ne posez les pièges qu’au retour. Comme ça, personne n’aura à traverser une zone déjà piégée. »
Il désigna un autre groupe.
« Les autres, commencez ici. Portes, fenêtres, granges, ruelles. Piégez tout ce qu’un ennemi pourrait franchir sans réfléchir. »
Son regard se porta sur les piles de pièges.
« Piégez aussi les routes. Recouvrez-les de sable et de terre, faites tout ce qu’il faut pour les rendre moins visibles ! »
Sur ces mots, Roderic frappa de nouveau dans ses mains.
Tout le monde se mit aussitôt en mouvement.
On distribua les pièges et les pelles à la pelle, puis on les emporta dans toutes les directions.
Roderic se retourna, les yeux plissés.
« Trouve-toi un autre cheval, dit-il à l’éclaireur. Reste à une certaine distance de Riverwood et reviens nous prévenir immédiatement si tu repères une avant-garde qui se dirige vers nous. »
L’éclaireur acquiesça, puis repartit au trot sur son cheval.
Roderic ne perdit pas de temps non plus.
Je dois mettre chaque seconde à profit, songea-t-il. Il est temps d’abattre quelques arbres.