Chapitre 69
Traductions WeTried
Traducteur/éditeur : Chen
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◈ Ma petite amie est revenue sous la forme d’une dragonne ◈
Chapitre 69 : La cité des exilés
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Je contemplai en silence la statue de Bellium.
D’ordinaire, devant une statue aussi colossale, on était saisi d’admiration par sa beauté ou l’on éprouvait un sentiment de révérence. Mais cette fois, je ressentais quelque chose d’un peu différent.
De la familiarité et du réconfort.
Plus je m’approchais de la statue, plus mon cœur se mettait à battre à tout rompre.
Et pourtant, paradoxalement, dès l’instant où je me tins devant elle, je ressentis une paix inexplicable.
Qu’était donc cette statue qui faisait naître en moi des émotions aussi contradictoires ?
Et quel secret se cachait en moi ?
« Minjun ?
— …
— Euh, Minjun ?
— Ah, oui. »
J’avais dû être si absorbé par mes pensées que je n’avais pas entendu Estelle m’appeler.
« Vous avez l’air d’avoir beaucoup de soucis en tête.
— Oui. C’est… compliqué à expliquer. »
Comment aurais-je pu le lui expliquer ?
Ce que je ressentais était trop compliqué pour tenir en une seule phrase.
« Estelle, pourriez-vous me dire quel genre de personne était le propriétaire de cette statue ?
— Bien sûr. »
Estelle se lança dans son récit.
Il y a quatre-vingt mille ans, voire plus tôt encore, un dragon nommé Bellium s’était installé ici avec son enfant.
On avait perdu de nombreux documents à son sujet, si bien que personne ne savait exactement pourquoi il s’était établi ici au départ et avait voulu bâtir un village.
Mais un fait avait été découvert.
Si Bellium s’était installé ici, c’était à cause de son enfant.
Plusieurs historiens avaient tenté de percer le mystère entourant cet enfant, mais si quelques documents sur Bellium avaient subsisté, il n’en existait pas un seul à son sujet.
On aurait dit que quelqu’un avait délibérément effacé toute trace le concernant.
Quoi qu’il en soit, Bellium était resté ici avec son enfant et avait bâti un petit village pour les exilés qui n’avaient nulle part où aller.
Il rêvait d’une communauté chaleureuse, où des personnes partageant le même sort pourraient se soutenir et panser mutuellement leurs blessures.
À moins d’avoir commis un crime grave, Bellium accueillait sans condition tous ceux que leur groupe avait rejetés.
Les rumeurs concernant le village d’exilés du dragon s’étaient peu à peu répandues au loin.
De plus en plus de gens, ayant eu vent de ces rumeurs, étaient arrivés, et le village n’avait cessé de s’agrandir.
Plusieurs dizaines de milliers d’années s’étaient écoulées depuis la mort de Bellium.
Le village avait même traversé plusieurs crises majeures, au cours desquelles il avait failli disparaître.
Mais grâce à l’héritage qu’il avait laissé, les villageois avaient surmonté ces crises et préservé le village jusqu’à ce jour.
« En quoi consistait exactement l’héritage de Bellium ? »
« J’ai entendu dire qu’il avait laissé de l’or et des trésors, ainsi que plusieurs artefacts capables de protéger les habitants contre les invasions extérieures. On raconte que les richesses qu’il a laissées dans ce village dépassaient tout ce qu’une personne ordinaire pourrait imaginer.
— Certains des artefacts laissés par le seigneur Bellium seraient encore utilisés aujourd’hui, des dizaines de milliers d’années plus tard. »
« Vraiment ? »
On disait que Bellium était très attaché à ce village, puisqu’il l’avait fondé lui-même.
Comment une chose fabriquée des dizaines de milliers d’années plus tôt pouvait-elle encore fonctionner sans se détériorer ?
« Bien sûr, ils n’ont plus la puissance qu’ils avaient à l’origine. Les techniciens réparent régulièrement les artefacts qu’il a laissés, mais leurs compétences ont leurs limites. »
Estelle ajouta qu’à cause de cela, les invasions de monstres et les dégâts qu’elles provoquaient devenaient de plus en plus fréquents.
« Je vois. Merci de me l’avoir raconté. »
C’était une histoire passionnante, mais je n’y avais trouvé aucun indice sur le lien qui m’unissait à cette statue.
Peut-être apprendrais-je tout de même quelque chose en entendant un récit plus détaillé.
Tandis que je remettais mes pensées en ordre, Estelle croisa mon regard et prit la parole.
« Alors, pourriez-vous me parler de vous aussi, Minjun ? Je suis curieuse de savoir à quoi ressemblait le monde où vous viviez et comment vous êtes arrivé jusqu’ici. »
« Oui, bien sûr. »
Peut-être Estelle trouverait-elle, dans mon histoire, un indice qui me permettrait de retourner sur Terre.
Je m’apprêtais à commencer quand…
Ding ! Ding ! Ding !
Le son grave de cloches retentit soudain dans toute la ville.
« Oh non. »
Alors que je me demandais ce que cela signifiait, les habitants se mirent à crier, alarmés, tout en s’organisant avec une efficacité parfaite.
Ceux qui semblaient être des enfants, des personnes âgées ou des infirmes se précipitèrent chez eux, tandis que les autres commencèrent à saisir des armes, chacun leur tour.
« Que se passe-t-il ?
— Une attaque de monstres… Le nombre de coups de cloche varie selon le niveau de danger. D’habitude, elle ne sonne qu’une ou deux fois. »
Le visage d’Estelle s’assombrit.
« Mais trois coups signifient que la situation est plus grave que d’habitude. »
À en juger par l’expression des habitants qui se dirigeaient vers les remparts, ce n’était clairement pas une attaque ordinaire.
« Je vais vous aider aussi.
— Vous allez nous aider, Minjun ? »
Estelle me regarda, surprise.
« Oui. Après tout, je suis un Chasseur… enfin, un guerrier. Si je peux faire quelque chose, je dois aider. »
C’était peut-être l’instinct d’un Chasseur, toujours prêt à foncer dès que des monstres apparaissaient.
Je n’avais aucune idée de la puissance de ces monstres, mais je pouvais au moins dégainer mon épée.
Et puis, je n’allais pas mourir, pas vrai ?
Les puissants artefacts que Sia m’avait donnés étaient bien à l’abri dans ma dimension de poche. Je n’avais donc rien à craindre.
« Merci. Suivez-moi, je vous prie. »
Je me mis à courir derrière Estelle. Avec l’aide d’un mage qui nous rejoignit en chemin, nous arrivâmes rapidement au sommet de la porte de la ville.
Je me demandai combien de monstres avaient pu se rassembler pour que tout le monde soit aussi alarmé.
Mais dès que je vis ce qui s’étendait au-delà des remparts, je compris la réaction d’Estelle.
« Qu’est-ce que… »
Je pensais m’être assez habitué à voir des monstres en explorant les Portes, mais je n’en avais jamais vu autant rassemblés au même endroit.
Des nuées de wyvernes, petites et grandes, couvraient le ciel.
Elles se jetaient avec violence contre la barrière transparente qui entourait la ville, cherchant à la briser.
Et en contrebas, au-delà de l’armée de wyvernes, d’innombrables monstres grouillaient sur le sol.
Non seulement ils étaient légion, mais ils étaient aussi très variés. Des slimes, considérés comme les monstres les plus faibles, aux minotaures, classés parmi les monstres de rang A, toutes sortes de créatures encerclaient les remparts.
Pouvait-on vraiment parler d’une invasion de monstres, plutôt que d’une catastrophe ?
Je ne savais pas à quel point les habitants armés d’ici étaient forts, mais à voir l’ambiance, même eux semblaient dépassés par cette attaque.
« Estelle, à quel point la situation est-elle grave… ?
— Je vis dans ce village depuis près de cinquante ans. Pourtant, c’est la première fois… que je vois autant de monstres apparaître d’un coup. »
Comme pour confirmer ses paroles, la main d’Estelle trembla sur son arc. Elle était sans doute nerveuse, confrontée à une situation qu’elle n’avait jamais connue.
Les autres étaient dans le même état.
Leurs races, leurs âges et leurs genres variaient, mais tous fixaient le ciel d’un air sombre.
« Qu’est-ce que c’est, Estelle ? Je n’ai jamais vu l’homme à côté de vous. »
Un nain qui s’affairait près d’un trébuchet me désigna du doigt.
« C’est l’aventurier qu’on a trouvé hier, effondré devant le village. Lorsqu’il a entendu parler de l’invasion de monstres, il a proposé de nous prêter main-forte.
— Ah bon ? Voilà un brave garçon. Hé, l’aventurier ! J’aurais aimé qu’on ait le temps de se présenter tranquillement, mais malheureusement, ce n’est pas le cas.
— Je suis du même avis. »
Le nain trouvait peut-être admirable qu’un étranger se joigne à la bataille. Il rit de bon cœur, affirma que tout irait bien, puis retourna près du trébuchet pour se préparer au combat.
À mon tour de me préparer.
Je sortis de ma dimension de poche tous les artefacts qui pourraient m’être utiles au combat.
Je commençai par l’indispensable Épée en os de dragon, puis sortis les artefacts et m’équipai de ceux qui étaient imprégnés de magie protectrice.
Après tout, il y avait des wyvernes.
Je devais me préparer au combat aérien.
Mais en tant qu’épéiste, j’étais naturellement désavantagé dans les airs.
Pour compenser, Sia m’avait glissé un artefact volant.
Je le sortis et l’enfilai. Estelle, qui s’occupait de ses flèches pour se calmer, ainsi que les autres soldats, me regardèrent, stupéfaits.
« Aventurier, que sont tous ces artefacts… ? »
Un jeune soldat qui m’observait attentivement depuis un moment s’approcha et me posa la question.
Il n’en fallut pas plus pour attiser la curiosité des autres, qui se mirent à s’intéresser à moi.
« Ma petite amie me les a donnés.
— … Bon sang.
— Votre petite amie ne serait-elle pas une princesse du Royaume impérial ? Comment a-t-elle pu se procurer tout ça… ? »
Ce n’était probablement pas le moment de se détendre, mais les soldats étaient si ébahis par le nombre d’artefacts qu’ils se rassemblèrent en petits groupes et se mirent à me poser toutes sortes de questions.
« Je vous expliquerai plus tard. »
Après m’être équipé de tous les artefacts, je testai celui qui me permettait de voler en décollant.
« Oh ! »
Un jeune soldat, juste à côté de moi, poussa une petite exclamation.
Je l’avais déjà utilisé brièvement une fois, mais c’était la première fois que je m’en servais au combat.
Je n’avais jamais eu l’occasion de le faire, après tout.
Pendant ce temps, les wyvernes continuaient de se jeter contre la barrière avec une violence accrue, essayant de la briser.
« Je ne crois pas qu’elle tiendra encore longtemps !
— Capitaine ! Nous sommes prêts !
— On nous informe que tous les habitants des zones dangereuses ont été évacués ! »
Les soldats crièrent que tout était prêt. Un homme musclé, qui semblait être leur capitaine, hurla dans une boule de cristal :
« Barrière protectrice, ouvrez le premier niveau ! »
Grrr…
À peine eut-il fini de parler que la paroi transparente se mit à luire faiblement, puis rétrécit peu à peu.
« Les ennemis arrivent. Pourquoi l’ouvrez-vous ?
— Les dégâts partiels sont gérables, mais si elle est entièrement détruite, il faudra longtemps pour la restaurer. À long terme, nous n’avons pas le choix. »
Estelle répondit à ma question.
Ils avaient d’abord gagné du temps pour permettre aux enfants, aux personnes âgées et aux infirmes d’évacuer. Une fois les préparatifs achevés, ils comptaient réduire partiellement la barrière protectrice et affronter les monstres.
Mais ce n’était pas ce qui comptait pour l’instant.
Ce qui comptait, c’était que j’allais devoir combattre tous ces monstres.
À vrai dire, prétendre que je n’avais pas du tout peur aurait été mentir.
Mais prendre la fuite maintenant aurait été pitoyable.
Dès que la barrière fut abaissée, la bataille s’engagea dans un vacarme assourdissant.
Je battis vigoureusement des ailes artificielles dans mon dos et m’élançai du sol.
* * *
Juste avant le début de la bataille, Estelle triturait nerveusement son arc, les mains moites.
Minjun va-t-il s’en sortir ?
Il avait vécu paisiblement dans une autre dimension avant d’être projeté malgré lui dans ce monde. Il n’avait repris conscience que récemment et, surtout, elle ignorait toujours quelle était sa véritable force.
C’était un invité venu d’un autre monde. Elle avait voulu l’accueillir avec la plus grande hospitalité, discuter agréablement avec lui et entendre parler de son monde.
Mais voilà qu’une telle situation venait de surgir.
Minjun n’étant pas en pleine forme, elle pensait qu’il aurait peut-être mieux valu qu’il évacue avec les enfants, les personnes âgées et les infirmes.
Pourtant, sans la moindre hésitation, Minjun avait décidé de rejoindre la bataille et de défendre le village aux côtés de parfaits inconnus.
N’avait-il pas peur ?
Ou, même maintenant, la vue de ces wyvernes lui donnait-elle envie de s’enfuir ?
Quelle que soit leur force, les habitants n’avaient d’autre choix que de se jeter dans la bataille, prêts à mourir pour protéger l’endroit où ils vivaient.
Mais Minjun était un étranger qui n’avait aucun lien avec cet endroit.
Alors pourquoi avait-il pris cette décision sans hésiter… ?
Était-ce parce qu’il avait confiance en ses capacités ?
Ou avait-il fait ce choix simplement parce que c’était le genre de personne qu’il était, tout en sachant à quel point la situation serait difficile ?
Elle ne tarderait probablement pas à le découvrir.
Dès que la barrière fut abaissée, Minjun s’envola sans hésiter vers les wyvernes.
Des traînées d’aura grise s’échappèrent de son épée, étincelant dans les airs.
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