Chapitre 22
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Traducteur/éditeur : Chen
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◈ Ma petite amie est revenue sous la forme d’une dragonne ◈
Chapitre 22 : Comment diable avait-il fait ça ?
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Le lendemain.
Je commençai ma journée par un appel vidéo avec Sia.
[Tu as bien dormi, oppa ?]
Elle avait l’air de tout juste se réveiller et se frottait les yeux, mais elle était toujours aussi belle.
« Oui. Grâce à toi, qui m’as si bien écouté hier. »
[Tant mieux.]
La voix chaleureuse de Sia me fit fondre.
Au début, j’avais pensé qu’il valait mieux éviter de lui parler des criminels, si possible. Mais plus j’y réfléchissais, plus je me disais que j’avais bien fait de le lui annoncer tout de suite.
Sinon, j’aurais peut-être passé la nuit à me demander quand et comment aborder le sujet.
« Sia… Ça va ? »
Elle n’avait pas eu l’air en forme avant qu’on raccroche, la veille, alors je le lui demandai avec prudence.
[Moi ? Bien sûr que ça va !]
Pourtant, la voix de Sia paraissait étrangement trop enjouée.
Comme si elle n’avait rien entendu de ce que je lui avais dit la veille.
Et cela ne fit qu’accroître mon inquiétude.
« Tu vas vraiment bien ? »
[Bien sûr. Je me suis déjà vengée.]
« Vengée ? Mais ils sont déjà morts. »
Comment pouvait-on se venger de criminels morts ?
Et puis, je n’avais jamais révélé leur identité à Sia.
Bien sûr, avec ses pouvoirs, elle pourrait sans doute découvrir qui ils étaient d’une façon ou d’une autre… mais même pour une dragonne comme elle, se venger de gens déjà morts devait être difficile.
En me voyant perplexe, Sia ouvrit la bouche, l’air surpris, comme si elle venait de dire quelque chose qu’elle n’aurait pas dû.
Mais cela ne dura qu’un instant.
Sia reprit bientôt son expression habituelle.
[Dans un rêve. Dans un rêve.]
Elle m’expliqua qu’elle les avait tellement roués de coups dans son rêve qu’ils en avaient pleuré, puis décocha un petit coup de poing dans le vide en lançant un adorable « Hya ! »
« Dans un rêve… ? »
Pour une raison que j’ignorais, je ne le sentais pas.
Ce n’était pas ce qu’elle avait voulu dire au départ.
Enfin, bref.
Inutile d’insister sur le sujet, alors je décidai de changer de conversation.
« Je vais voir Rokan tout à l’heure. »
[Grand-père ?]
« Oui. Je dois lui donner les images de la caméra prises pendant le raid dans la Porte. Je voudrais avoir son avis en les regardant, et j’ai aussi quelques questions à lui poser en personne. »
J’avais besoin de son avis sur les images de la caméra portée, et je voulais aussi lui parler de l’aura d’épée couleur aurore que j’avais réussi à utiliser temporairement.
J’avais donc prévu depuis le début d’aller voir Rokan avec la caméra.
Mais alors…
[Je peux regarder aussi ?]
« Bien sûr. Mais je dois d’abord parler un moment avec ton grand-père. Tu peux patienter un peu ? »
[…C’est quelque chose que je ne suis pas censée savoir ?]
Elle crut peut-être que je lui cachais quelque chose, car son humeur changea soudainement.
Elle n’avait pas tout à fait tort.
Il y avait une scène dans les images de la caméra portée que je ne voulais pas que Sia voie, et j’avais prévu de demander à Rokan de l’effacer.
Si les images venaient d’une caméra ordinaire, j’aurais pu les supprimer moi-même. Mais comme Sia avait spécialement modifié cette caméra, risquer de la trafiquer maladroitement ne ferait que renforcer ses soupçons.
« Qu’est-ce que je pourrais bien te cacher, Sia ? Ce n’est pas ça, alors ne t’inquiète pas. »
Après l’avoir rassurée, je restai longtemps en ligne avec elle à bavarder de choses ordinaires, plutôt que de sujets lourds comme les Portes ou l’aura.
« Sia, à tout à l’heure. Je te rappellerai bientôt. »
[D’accord !]
Après avoir raccroché, je pris la caméra et me dirigeai vers le repaire de Rokan.
« Bienvenue. »
Rokan m’accueillit chaleureusement dès mon arrivée.
« Shasha m’a raconté dans les grandes lignes ce qui s’était passé. Il y a eu du sérieux, hier. »
« Oui. Je vous expliquerai tout une fois à l’intérieur. »
Après nos brèves salutations, je résumai à Rokan ce qui s’était passé dans la Porte, la veille.
Quand j’eus terminé…
« J’aurais une faveur à vous demander. »
« Une faveur ? »
« Rien de bien important, mais j’aimerais que vous effaciez proprement une partie de ces images, sans laisser de trace. Je me suis dit qu’il valait mieux vous le demander plutôt que de les modifier moi-même. »
Je lui expliquai pourquoi les images devaient être retouchées.
Juste avant de mourir, les criminels avaient tenu des propos dégradants sur Sia. Je lui demandai s’il pouvait supprimer cette scène, au cas où elle lui ferait de la peine.
Mais après avoir réfléchi en silence à ce que je venais de dire, Rokan me répondit bientôt :
« Mieux vaut ne pas le faire. »
« …Quoi ? »
Contrairement à ce à quoi je m’attendais, Rokan refusa ma demande.
Les criminels humains avaient été filmés en train d’insulter sa petite-fille. J’avais naturellement pensé qu’il voudrait autant que moi effacer cette partie.
Qu’entendait-il par « mieux vaut ne pas le faire » ?
Comme je le dévisageais, perplexe, Rokan poursuivit comme s’il s’était attendu à ma réaction.
« Même si tu effaces uniquement cette partie, ce ne sera qu’une question de temps avant que Shasha ne l’apprenne. Et puis… »
Rokan me regarda avec un sourire entendu.
« Je crois même que Shasha préférera voir ça. »
…Elle préférerait ça ?
J’avais beau y réfléchir, je ne voyais rien dans ces images qui puisse plaire à Sia.
Malgré tout, puisqu’il insistait autant, il devait avoir ses raisons.
Pour l’instant, je décidai de suivre son conseil.
« Shasha doit nous attendre. Allons-y. »
Finalement, je me retrouvai devant l’immense écran sans avoir effacé cette partie de la vidéo.
Dès que Rokan lança l’appel, Sia apparut sur le grand écran.
[Oppa ! Grand-père !]
Moins de dix minutes s’étaient écoulées depuis notre dernier appel, mais Sia me salua joyeusement comme si elle ne m’avait pas vu depuis longtemps.
« Oui. Tu as mangé ? »
[Je mangerai plus tard ! Et vous deux ?]
« Moi aussi, je mangerai plus tard. Et toi, Minjun ? »
« Moi aussi, sans doute. Si ça vous va, mangeons ensemble plus tard. »
Notre bref bavardage prit bientôt fin.
Il était temps d’entrer dans le vif du sujet.
Rokan afficha sur l’écran les images que je lui avais remises, puis les partagea avec Sia.
« N’hésitez pas à me faire part de vos impressions, quelles qu’elles soient. »
Après avoir passé les passages sans combat, nous lançâmes le premier affrontement contre les Hommes-fourmis.
Sia et Rokan gardèrent le silence, concentrés sur les images et le flux de mana qu’elles avaient capturé.
Tandis que tout le monde regardait la vidéo d’un air grave, Sia fut la première à prendre la parole.
[Grand-père. Je sais que c’est mon oppa, mais tu ne trouves pas que c’est un vrai génie ?]
« Oui. Il progresse à une vitesse extraordinaire. »
Je ne m’en étais pas vraiment rendu compte sur le moment, mais les dragons semblaient voir les choses autrement.
« Quel gâchis de talent. Si tu étais né dragon… »
Rokan tressaillit soudain et agita la main.
« Non, j’ai dit quelque chose que je n’aurais pas dû. Oublie ce que tu viens d’entendre. »
Ses paroles ne m’avaient pas paru particulièrement étranges, mais Rokan s’excusa comme s’il avait laissé échapper un secret, puis reporta son attention sur la vidéo.
Après avoir étudié les images un moment, Rokan me fit part de ce qu’il avait remarqué.
« En te regardant manier l’épée cette fois, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que tu ressemblais à un dragonneau déguisé en humain. »
« Pardon ? »
Ce n’était peut-être qu’une impression, mais Rokan avait sorti aujourd’hui beaucoup de remarques énigmatiques que je ne comprenais pas.
Voyant mon air perplexe, il précisa :
« Je veux dire que, même si tu es humain, ta façon de manier l’épée te rapproche davantage d’un dragon que d’un humain. »
« Vous pourriez m’expliquer un peu plus ? »
[Oppa, je vais t’expliquer.]
Comme elle voulait ajouter quelque chose, Sia prit la parole à son tour.
D’après elle, les épées des humains et celles des dragons étaient fondamentalement différentes.
En gros, les humains maniaient l’épée pour deux raisons.
Protéger quelque chose qui leur était cher, ou arracher quelque chose de précieux à quelqu’un.
Dans ce processus, leur épée se chargeait de toutes sortes d’émotions : chagrin, désespoir, désir ardent, mais aussi honneur, avidité et bien d’autres.
Les dragons, en revanche, étaient différents.
Nés comme la race la plus puissante de la terre, ils n’avaient pas besoin de manier l’épée pour se protéger ou piller les autres.
À quoi bon une épée quand ils pouvaient simplement recourir au Langage des dragons ?
Voilà pourquoi les dragons ne maniaient l’épée ni plus ni moins que pour se divertir.
Leurs épées ne portaient donc pas les émotions désespérées qu’on trouvait dans celles des humains.
Elles portaient autre chose.
La sérénité de savoir qu’ils pouvaient obtenir tout ce qu’ils voulaient sans manier l’épée avec la grossièreté des humains, ainsi que la noblesse qui en découlait.
[Ce que grand-père veut dire, c’est que ton épée avait la sérénité et la noblesse propres aux dragons.]
« Exactement. Pourtant, ton épée porte aussi des émotions humaines profondes, et c’est ce que je ne parviens pas à comprendre. »
Rokan insista sur le fait que ces deux aspects pouvaient sembler compatibles, mais qu’ils ne l’étaient absolument pas.
Plus j’écoutais, plus j’étais perdu.
[Hum… Oppa, tu as toujours l’air de ne pas comprendre.]
Sia avait vu juste.
« C’est un peu gênant, mais oui. Pour être honnête, je n’y comprends pas un traître mot. »
Je fis semblant de me creuser la tête, puis me plaignis auprès de Sia d’avoir mal au crâne.
Plus j’en apprenais, plus tout me paraissait compliqué.
Comme s’il s’y était attendu, Rokan posa doucement une main sur mon épaule.
« Retiens simplement ce que je t’ai dit. Tu finiras par comprendre naturellement, alors ne t’inquiète pas. »
« Oui. Je m’en souviendrai. »
« Ça suffit pour le moment. Passons à la suite. »
Il y avait une question plus importante à aborder.
Je fis avancer les images jusqu’au passage de mon deuxième combat contre les Hommes-fourmis, puis de mon affrontement avec les criminels.
On me voyait paniquer brièvement devant le nombre écrasant des Hommes-fourmis, puis puiser jusqu’à la dernière once de mes forces pour m’en sortir. Les images continuaient jusqu’au moment où les criminels m’attaquaient, alors que mes forces commençaient à me lâcher.
Vint ensuite l’instant où, au bord de la mort, je me mis à manier sans le savoir une aura d’épée couleur aurore.
Dès que les images montrèrent l’aura d’épée couleur aurore s’échapper de l’épée que je tenais d’une main meurtrie, Rokan arrêta la vidéo.
Puis il dit :
« Minjun. »
Sa voix était calme quand il prononça mon nom.
Mais peut-être parce qu’elle l’était trop, ce seul mot me donna la chair de poule.
« Comment diable as-tu fait ça ? »
Je ne savais pas exactement ce qu’était cette aura d’épée couleur aurore, mais il s’agissait certainement d’une sorte d’exploit.
J’avais cru que Rokan s’en réjouirait et serait heureux pour moi.
Pourtant, son visage ne laissait paraître la moindre joie.
« Je ne le sais pas non plus. La seule explication qui me vient, c’est qu’au moment où l’aura d’épée est apparue, j’étais déterminé à tout prix à rentrer vivant. »
J’avais été surpris au début, mais je lui fis part calmement de mes réflexions.
Le plus probable était que ma volonté de survivre avait fait surgir l’aura d’épée, mais même moi, j’ignorais la raison exacte.
C’était justement pour cela que je voulais lui poser la question.
Mais au lieu de me répondre, Rokan retint un grognement et prit une expression si complexe qu’elle ne révélait rien de ses pensées.
Puis…
« Faisons d’abord une pause. »
Comme s’il avait mal à la tête, Rokan nous laissa là et partit dans son bureau.
Mais que se passait-il donc ?
* * *
Dès qu’il regagna son bureau en titubant, Rokan ferma les yeux et poussa un soupir.
En lisant l’énergie de l’âme de Minjun, il avait depuis longtemps compris que celui-ci n’était pas un être ordinaire.
Mais…
« Même en le sachant, c’est sidérant. »
Une aura d’épée couleur aurore.
Quand Minjun lui en avait parlé pour la première fois, Rokan n’avait pas su s’il devait le croire.
À bien y réfléchir, Minjun ne pouvait pas avoir manié une puissance aussi immense. Rokan avait pensé qu’il avait plutôt dû avoir des hallucinations alors que ses pouvoirs s’emballaient.
Mais les paroles de Minjun s’étaient révélées vraies, à sa grande surprise.
Il avait bel et bien manié une aura d’épée singulière, évoquant les aurores.
Et les autres dragons installés sur Terre ignoraient probablement la véritable nature de cette aura d’épée couleur aurore.
Sia elle-même avait eu l’air de ne l’avoir jamais vue auparavant.
Mais Rokan, lui, savait.
Il savait quel genre de pouvoir Minjun avait manié, et quel genre d’être l’avait autrefois manié.
Un ancien tome secret, accessible aux seuls Seigneurs des dragons qui se succédaient, contenait le récit suivant.
<…Doté d’une Aura d’épée inhabituelle évoquant les aurores, il attira l’attention de tous. Talentueux non seulement à l’épée, mais aussi dans bien d’autres domaines, il possédait une puissance suffisante pour surpasser non seulement ses semblables humains, mais également notre clan. (omis) Il était bienveillant envers notre clan, mais le destin voulait qu’il devienne quelqu’un dont nous devions nous méfier. Car il était, * *** **** * ** ** ***.>
Un récit parlant d’un homme qui avait bouleversé tout le continent des dizaines de milliers d’années auparavant, mais qui n’était plus considéré par les humains que comme une légende ordinaire.
Pour les dragons, en revanche, ce n’était pas une légende, mais un pan de leur histoire qui s’était transmis de génération en génération.
Rokan se remémora ce passage du vieux tome et soupira de nouveau.
À vrai dire, pour l’instant, il ne pouvait rien faire d’autre que soupirer.
« Comment as-tu pu reproduire même ça ? »
Bien sûr, comparée à la puissance décrite dans ce récit, l’aura d’épée de Minjun était loin d’égaler cette force.
Mais une chose était sûre.
Si, un jour, Minjun parvenait à manier cette aura d’épée avec autant d’adresse que cet être dont le seul nom était tabou…
Il manierait une puissance qui dépasserait celle des dragons, assez colossale pour submerger même Rokan, un dragon ancien.
Mais…
À tout le moins, tant que Minjun ne saurait pas manier correctement les pouvoirs des dragons, il fallait que cette puissance reste scellée.
Sinon, elle l’engloutirait.
Et Minjun deviendrait alors un monstre qu’on ne pourrait plus appeler un humain.
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