Chapitre 89
L’endroit, avec l’autel et l’emblème sacré de l’Église de la Foi divine, ressemblait à une chapelle de cathédrale.
« On dirait que la durée de chaque épreuve est différente. »
Contrairement à la précédente, celle-ci se déroulait à une vitesse environ trois fois supérieure à celle du monde extérieur.
Tandis que j’observais calmement les alentours, une volonté résonna de nouveau dans ma tête.
<Priez le Divin.>
À l’instant même…
Une douce lueur émana d’un grand emblème gravé sur le mur, près de l’estrade.
C’était l’emblème de l’Église de la Foi divine, qui évoquait une lumière se répandant dans toutes les directions.
Ah, je crois savoir de quoi il s’agit.
C’était un type d’épreuve fréquemment mentionné dans les récits des participants précédents.
Je m’avançai avec assurance jusqu’à l’estrade, m’agenouillai naturellement et joignis les mains.
L’épreuve de la Foi.
Question classique de l’examen, le déroulement de cette épreuve était très simple.
Il suffisait de prouver sa foi.
Quand je me mis à prier, la lumière qui émanait de l’emblème de l’Église s’intensifia.
Fouuuush…
Puis elle se mit à m’inonder, telle la lumière du soleil
qui traversait une fenêtre.
Dans le même temps, une immense puissance divine commença à s’infiltrer en moi.
Il faut supporter une certaine quantité de puissance divine et l’accepter.
Voilà comment prouver sa foi dans cette épreuve.
Je connaissais à peu près la quantité de puissance divine exigée lors de l’épreuve de l’Épée sacrée.
Elle variait légèrement d’un participant à l’autre, en fonction de son potentiel, de ses possibilités et d’autres facteurs…
Mais, en règle générale, il suffisait d’atteindre le niveau d’un évêque ou d’un archevêque.
Pour moi, qui possédais déjà la puissance divine d’un évêque et pouvais repousser cette limite à volonté, cela ne posait aucun problème.
Je pensais donc pouvoir réussir cette épreuve sans difficulté…
Mais quelque chose clochait.
La puissance divine continuait de s’engouffrer en moi sans fin.
Qui plus est, même après avoir atteint un niveau considérable, son intensité ne faiblissait pas.
Je commençai à paniquer légèrement, car la puissance divine dépassait désormais les limites que je maîtrisais d’ordinaire.
Euh… Ça craint, non ?
Je puisai à la hâte dans les ressources mentales de mes autres avatars, utilisant « Centre Mental » et « Persona » pour les convertir en foi.
Hans, qui recueillait des informations en rassemblant des mages noirs.
Heinz II, qui avait pris le contrôle du clan tout entier et s’employait à étendre son pouvoir.
Halli, qui chassait les monstres dans les montagnes du nord, à la Forteresse d’Acier.
Hubert, qui étendait peu à peu son influence après avoir établi une base solide dans les hautes sphères de Tarak.
Et Harris, qui avait attiré l’attention de nombreux elfes du Royaume elfique après le festival.
Pourtant…
Non, quand est-ce que ça va s’arrêter ?
Même après avoir puisé dans les forces mentales de tous mes avatars, l’afflux de puissance divine ne tarissait pas.
La quantité qui m’emplissait était désormais comparable à celle d’un archevêque.
Je la retiens de force, mais ça ne durera pas… Ah, ça ne va pas.
Je n’avais plus le loisir de penser à autre chose.
Depuis la Terre, où j’observais la situation, je fermai moi aussi les yeux à la hâte et me concentrai.
Je déversai en Heinrich toutes les capacités et toute la force mentale que j’avais acquises au fil de ma progression.
Dans cette situation critique, sans un instant à perdre, mon corps, qui contenait habituellement plusieurs fois la quantité de puissance divine que Heinrich pouvait manier, se tordit de douleur.
Combien de temps s’écoula ?
La lueur éclatante de l’emblème sacré commença à faiblir lentement.
Mais j’étais si occupé à contenir tant bien que mal la puissance divine qui menaçait de jaillir de mon corps que je ne remarquai pas le changement autour de moi.
Ffff…
La lumière de l’emblème s’amenuisa, puis s’éteignit enfin. La chapelle retomba dans le silence, comme si rien ne s’était passé.
Seul Heinrich, dont tout le corps rayonnait de puissance divine, avait changé.
À cet instant,
une puissance divine d’une autre nature tourbillonna autour de lui.
[L’individu a rempli les conditions et atteint l’illumination. Vous avez acquis la compétence spéciale « Bénédiction : Amplification ».]
Une lueur d’espoir dans cette situation désespérée.
La puissance divine, sur le point de jaillir de mon corps, s’apaisa peu à peu et se plia à mon contrôle.
Peu après…
<La deuxième épreuve est terminée. Franchissez la porte pour accéder à l’étape suivante.>
Alors que cette volonté résonnait dans ma tête, mon esprit, plongé dans la concentration, s’éveilla lentement.
« Ah… C’était moins une. »
J’avais l’impression d’avoir atteint la limite absolue avant de m’en sortir de justesse.
À mesure que je reprenais mes esprits, la concentration mentale de mes avatars, jusque-là focalisée sur Heinrich, commença à regagner leur place, l’une après l’autre.
Peu après, je perçus le changement qui s’était opéré en moi.
« Ma capacité à contenir la puissance divine a augmenté. »
C’était grâce à la nouvelle compétence que j’avais acquise au cours de cette épreuve.
« Bénédiction : Amplification » augmentait la quantité maximale de puissance divine qu’on pouvait contenir dans son corps. Les membres du clergé obtenaient généralement cette bénédiction.
Je n’avais pas gravi les échelons, mais, en quantité du moins, j’étais désormais assez proche d’un archevêque.
« Non, peut-être pas à ce point-là, finalement. »
La puissance divine que je ne parvenais pas à maîtriser fuyait encore de mon corps et éclairait les environs.
Je ne m’étais pas encore habitué à ma nouvelle capacité, et si j’avais réussi à contrôler cette puissance divine pendant l’épreuve, c’était seulement grâce à l’aide de mes autres avatars.
« L’épreuve est terminée, ça ne devrait plus poser de problème. »
Grâce à « Bénédiction : Amplification », la quantité de puissance divine que je pouvais maîtriser seul avait plus que doublé, ce qui me satisfaisait à bien des égards.
« Mais la difficulté me paraît un peu excessive. »
Je savais que les épreuves étaient plus difficiles pour les plus forts et relativement plus simples pour ceux qui manquaient de puissance, mais avaient du potentiel…
J’avais réussi en trichant grâce à mes avatars, mais la puissance divine qu’on m’avait déversée était telle qu’un archevêque tout à fait respectable aurait eu du mal à la supporter.
La plupart des paladins, qui possédaient généralement moins de puissance divine, échoueraient sans doute à cette étape.
Sans mes différents traits, la première épreuve d’endurance m’aurait déjà donné du fil à retordre.
Peut-être que seuls ceux qui avaient atteint le niveau de paladin pouvaient réussir.
Les critères ne sont-ils pas trop stricts pour Heinrich, qui tente sa première épreuve et n’est pas si puissant que ça ?
Il n’était ni un paladin par sa force, ni un archevêque par sa puissance divine.
Pourtant, les épreuves qu’il avait traversées jusqu’ici semblaient exiger ces deux qualités, ce qui ne pouvait que me mécontenter.
Non, il est trop tôt pour tirer des conclusions. La prochaine épreuve sera peut-être plus facile, pour préserver l’équilibre général.
Essayant de garder espoir, je cherchai du regard la prochaine porte.
Je remarquai alors, à la sortie de la chapelle, une porte en bois brun qui n’était pas là auparavant.
« Mais combien de fois va-t-il encore falloir que je fasse ça ? »
Le nombre d’épreuves variait selon les personnes, je ne pouvais donc pas savoir combien il m’en restait.
D’après les récits, seules deux personnes avaient atteint l’Épée sacrée.
Elles avaient chacune passé trois et quatre épreuves avant de se retrouver devant elle.
« Bien sûr, elles n’avaient pas réussi à retirer l’épée ni à obtenir sa reconnaissance. »
Espérant que ce serait la dernière épreuve, j’ouvris la porte et pénétrai à l’intérieur.
« Ah. »
La première chose que je vis, quand la lumière disparut et que ma vue revint, fut…
Des ruines désolées.
Une terre de mort, rongée par les ténèbres, sans la moindre trace de vie.
« Ça sent mauvais. »
Je sentis instinctivement, à l’atmosphère sinistre des lieux, que je n’aurais pas droit à une épreuve facile, mais à une tâche particulièrement difficile.
« Vainquez l’ennemi. »
La volonté qui résonna dans ma tête au même moment.
Je compris bientôt qui était cet « ennemi » : une silhouette flottait au loin, laissant librement émaner une aura menaçante tout en me fixant.
Son apparence m’évoque quelque chose…
Cette aura m’était très familière.
Une robe noire en lambeaux, un bâton de bois noir dont l’extrémité était entourée de plusieurs crânes, et une aura de mort qui vacillait autour de tout son corps comme des flammes, jusque dans les reflets rouges de son crâne.
« … Il ressemble à Hans. »
Bien sûr, sa présence écrasante n’arrivait pas à la cheville de celle du Roi immortel.
« Alors, c’est une liche ? »
À cet instant, Hans, souverain des morts-vivants et Roi des liches, analysa tout ce qui le concernait, jusqu’à son aura.
La conclusion fut immédiate.
« Un Archiliche… »
C’était le mort-vivant qu’avait été Hans juste avant de devenir le Roi des liches.
Et un Archiliche accompli était un être que même les paladins hésitaient à affronter en duel.
[Es-tu un chien de l’Église ? Comment es-tu arrivé jusqu’ici ?]
Malgré la distance considérable qui nous séparait, une voix pareille à du métal raclé me parvint.
[Enfin, peu importe, maintenant.]
L’Archiliche, qui avait semblé vouloir engager la conversation, renonça bientôt à parler et rassembla de la Magie Noire.
Il fit alors tourbillonner l’énergie noire autour de son bâton osseux et balaya les airs.
« Pourquoi sont-ils si pressés ! »
Mais l’Archiliche ne tint aucun compte de mon inquiétude. L’énergie qui se répandait comme un brouillard s’enfonça aussitôt dans le sol…
Crac…
[Kéhéhéhé !]
Clac… !
Crrounch… !
[Couic… Couic !]
Des morts-vivants de toutes sortes surgirent du sol, sans fin.
Des centaines, des milliers, peut-être davantage encore.
« Waouh… L’épreuve va jusque-là ? C’est encore plus impressionnant en vrai. »
Je savais, grâce aux renseignements recueillis auparavant, qu’il s’agissait d’un espace virtuel créé pour tester les candidats, mais l’aura et l’intensité
que dégageait chaque mort-vivant semblaient tellement réelles.
« Mais affronter l’Archiliche en duel est déjà assez compliqué. Et maintenant, je dois aussi m’occuper de tous ces morts-vivants ? »
C’était un peu exagéré, non ?
Pourtant, je n’avais pas le loisir de rester perdu dans mes pensées.
« Meurs, chien de l’Église ! »
Des milliers de morts-vivants et l’Archiliche qui les commandait cherchaient tous à me tuer.
***
« Ça ne va pas tarder à commencer. »
« … Ah, vraiment ? »
Dans le sud du Continent d’Ion, au repaire secret du Serment du Renversement.
Un homme corpulent vêtu d’une robe engagea la conversation, mais la réponse du vieil homme, d’ordinaire toujours sombre et empli de folie, manquait singulièrement d’entrain, ce jour-là.
Il ne va quand même pas se dégonfler maintenant ?
S’il se retirait, il serait impossible de lancer le plan.
Pour l’homme corpulent, qui avait consacré plus de dix ans à ce projet grandiose, c’était tout bonnement inacceptable.
Il fronça les sourcils et examina de plus près l’état du vieil homme.
Mais, contrairement à ce qu’il s’attendait, il ne vit aucun signe de peur.
Le vieil homme regardait simplement dans le vide, le médaillon à l’effigie d’un portrait de famille ouvert dans sa main.
À l’intérieur se trouvait une image enchantée représentant une famille.
« Le plan peut-il être exécuté sans problème ? »
Indifférent à ces scènes sentimentales, l’homme corpulent posa la question d’un ton abrupt.
Il n’avait jamais compris ce genre d’émotions.
« Si vous comptez vous retirer maintenant… »
« Ah, quelle absurdité. »
Avant qu’il ait pu finir, le vieil homme referma le médaillon et laissa échapper un petit rire, retrouvant sa voix habituelle.
« Kéké, cela fait trente ans que je prépare cette grande entreprise. Moi, renoncer maintenant ? Khouhou… »
Ses yeux, qui avaient paru si différents lorsqu’il contemplait le portrait, étaient de nouveau emplis de folie.
« Au contraire, ma détermination s’est renforcée. Ce continent ne peut pas rester aussi paisible. Oui, c’est exact. »
En entendant le vieil homme marmonner avec assurance, l’homme corpulent hocha la tête, satisfait.
Le plan pouvait donc être exécuté sans problème.
« Nous n’allons pas rester les bras croisés ! Vérifions tout une dernière fois. C’est le fruit de trente années de travail. Nous ne pouvons pas échouer. »
Sur ces mots, le vieil homme se leva pour vérifier une nouvelle fois les préparatifs du grand rituel magique.
« Hmm… Je devrais moi aussi m’occuper de mes affaires. »
Les temps à venir s’annonçaient plus chargés ; mieux valait donc se préparer à l’avance.
Et cette préparation serait nécessaire à tous les habitants du continent…
Mais combien d’entre eux étaient réellement prêts ? Ce n’était pas à lui d’en décider.