Chapitre 420
Torche flamboyante (2)
Une pièce remplie de gros appareils électroniques.
Vroum —
Pivii — Tigidig !
Ji-ji-ji-ji-ing…
La climatisation tournait déjà à plein régime, mais la pièce où l’on sentait la chaleur résonnait de toutes sortes de bruits : le ronronnement du refroidisseur, des sons électroniques et bien d’autres encore.
À un moment, alors que ces bruits assourdissants se prolongeaient…
« …J’ai enfin établi le contact. Pour l’instant, tout se passe bien. »
La voix d’un homme retentit soudain.
Au milieu d’une pièce bordée de superordinateurs hors de prix,
un homme était allongé dans un fauteuil moelleux, relié aux appareils par divers câbles qui pendaient de son armure métallique.
Il portait sur tout le corps une armure de métal qui brillait mystérieusement d’une douce lueur, à la manière d’un circuit électronique.
« C’est vraiment l’Œil d’Odin ? Il est plus utile que je ne le pensais. »
Hesperon était équipé de pied en cap avec des Titans sortis du sous-espace.
En observant l’image satellite piratée grâce à « Dans la machine : Callicas », il tira discrètement la langue.
Pour faire un essai, j’avais brièvement utilisé le nouvel « Œil d’Odin », obtenu lors de l’amélioration de la Boutique, en parallèle avec la vue satellite. Je m’étais dit que ça valait la peine de m’en servir régulièrement, même si je devais payer en karma.
« Non seulement il permet de percer la plupart des mystères, mais contrairement à l’Observation de trajectoire d’Andrew, il n’a aucune limite qui empêcherait un individu de haut rang de jeter un coup d’œil. »
À ce stade, il n’était pas exagéré de dire que cette compétence unique avait été renforcée à plusieurs reprises.
Il suffisait de payer en karma pour l’utiliser autant qu’on le voulait.
Certes, cette capacité ne fonctionnait que sur Terre et son coût en karma était assez élevé, mais en la combinant avec d’autres moyens, comme à présent, on pouvait en tirer le meilleur parti.
Grâce aux informations qu’il venait de recueillir, Andrew n’avait-il pas mené sa mission à bien plus facilement que prévu ?
« Même si elle ne sert qu’à vérifier les informations une dernière fois, elle vaut son prix. »
Il ferma lentement les yeux, tandis qu’il observait une maison abandonnée dans la périphérie du Vietnam qui se reflétait dans son regard.
Puis il se concentra sur les cinq sens de Ken et lui transmit ses instructions par la « Chaîne du Pacte » reliée à son bras droit.
— Tu sais que tu ne dois pas faire trop de bruit si vous vous disputez là-bas, pas vrai ? Commence par le calmer, puis vous rejoindrez ensemble l’endroit indiqué. En chemin, vous avez fait quelques connaissances. Ils sont plutôt compétents.
— … D’accord. À bien y réfléchir, manipuler les choses, c’est tout à fait le style de notre Roi démon. Est-ce mon destin que de me retrouver mêlé à ces maîtres… ?
Ken grogna en réponse aux ordres, qu’il avait reçus aussi naturellement qu’on respire.
Pourtant, il ne ressentait pas vraiment de gêne à obéir à quelqu’un qu’il connaissait à peine.
Et pour cause.
Quelles que soient les circonstances, c’était grâce à Hesperon, qui l’avait invoqué, qu’il avait pu remettre les pieds sur Terre.
« En plus, si je mène cette mission à bien, j’aurai droit à une certaine liberté de mouvement sur Terre. »
Il se rappela soudain son désarroi lorsqu’il avait été invoqué sur Terre pour la première fois, et éclata de rire.
Il avait vérifié à plusieurs reprises qu’on ne l’avait pas manipulé mentalement et qu’il se trouvait bien sur la vraie Terre…
S’il ne l’avait pas correctement entravé à l’aide de la « Chaîne du Pacte », il aurait mis bien plus longtemps à prendre la route de sa destination. Il aurait fini par se faire repérer.
« Puisque l’autre prétendait être le diable, Ken nous aidera à mieux cerner le niveau de l’ennemi. Et même en cas d’urgence, il nous fera gagner suffisamment de temps pour nous organiser. »
En outre, Hesperon lui avait refilé la corvée pénible de se déplacer en Asie du Sud-Est, près de l’équateur.
Pour un temps, du moins.
Hesperon observait par les yeux de Ken les membres de la « Torche flamboyante » s’affairer comme il le leur avait demandé. Puis il ouvrit les yeux et promena lentement son regard autour de lui.
La pièce regorgeait d’appareils électroniques, notamment de puissants calculateurs et de serveurs que les gens ordinaires ne pouvaient pas se procurer.
Ce lieu de travail avait été aménagé spécialement pour lui.
On l’avait conçu avec soin afin qu’il puisse utiliser l’une de ses capacités, « Œil mécanique : Callicas », le plus efficacement possible.
« L’ennemi de mon ennemi est mon ami. Impossible de les laisser s’effondrer comme ça. »
Le simple fait d’avoir découvert l’existence de la puissante organisation secrète Buncheonhoe, de l’avoir affrontée et d’avoir survécu jusqu’ici prouvait leurs capacités.
En s’alliant à eux, il pourrait non seulement se battre plus efficacement qu’avant, mais aussi obtenir des informations supplémentaires qui lui étaient inconnues.
Pourtant, les choses ne s’étaient pas bien passées lorsqu’il avait tenté de les approcher pour la première fois.
Le problème, c’était que leurs dirigeants, vaincus à répétition lors des récents affrontements contre la Buncheonhoe et au bord de l’effondrement, s’étaient dispersés et cachés aux quatre coins du pays.
Ils avaient déjà l’habitude de se déplacer dans l’ombre comme des guérilleros, mais, dans ces circonstances, il était naturellement devenu difficile de les localiser précisément.
Leur survie immédiate étant en jeu, ils n’avaient d’autre choix que de se montrer désespérés.
« Il fallait donc que je les trouve avant la Buncheonhoe, d’une manière ou d’une autre… »
Et c’est là qu’intervinrent Hesperon et les installations ultramodernes qu’on avait préparées à l’avance pour lui.
Un centre de données complexe, doté notamment d’un superordinateur intégrant des éléments et des technologies d’un autre monde, arrivés sur Terre et secrètement récupérés par l’intermédiaire de ses subordonnés.
Le prix était exorbitant, mais l’argent n’était pas un problème pour lui.
Comme il avait déjà bâti une solide position grâce à une entreprise connue sous le nom d’Industries Howard, mettre sur pied quelques bases secrètes n’avait rien de difficile.
Vroum —
Bip, bip !
La lumière émise par les nombreuses lignes reliées au Titan au centre se propagea vers les appareils électroniques disposés tout autour.
L’« Œil mécanique : Callicas » de Hesperon fusionnait avec lui et évoluait en même temps que lui : un cristal mystérieux, comparable à un esprit-machine.
Et les Titans synchronisés avec lui étaient eux aussi l’essence même de l’ingénierie magique, sans équivalent où qu’on les présente.
Il n’était donc pas surprenant que les connexions aux périphériques dépassent le simple échange de signaux électriques et outrepassent les limites d’origine.
« Comme prévu, la sécurité des installations importantes n’a rien d’une plaisanterie. Il va falloir me préparer davantage pour la franchir. … À vrai dire, à mesure que les moyens d’attaque évoluent, les moyens de défense évoluent aussi. »
Bien sûr, l’implantation de technologies venues d’autres mondes sur Terre exigeait des ressources colossales ; seuls quelques systèmes très rares bénéficiaient de telles défenses.
Toutes les informations relatives à la zone qu’il observait… Un flot incessant de données recueillies par les satellites spatiaux, Internet filaire et les réseaux de communication sans fil, y compris les ondes radio.
Au fil du processus, les résidus d’information s’étaient fragmentés au point de devenir impossibles à analyser, même pour un superordinateur digne de ce nom, et n’étaient plus que des déchets.
Pourtant, Machinean, à la fois technologie d’un niveau inouï et esprit artificiel évoluant en temps réel, traita rapidement cette masse d’informations en mobilisant tous les appareils qui lui étaient reliés.
Un être capable d’exercer une influence plus grande sur la Terre, dont la civilisation scientifique était assez avancée, que dans un autre monde.
Hesperon ferma doucement les yeux.
Il devait exploiter au maximum les capacités de « Dans la machine : Callicas » et ne manquer aucun indice parmi les innombrables informations qui affluaient sans cesse.
***
Ken tourna lentement la tête vers les quatre personnes qui s’agitaient autour de lui, puis se massa la nuque.
« Buncheonhoe… et Torche flamboyante. »
Pour lui, qui était revenu sur Terre après une longue absence, c’étaient des noms qu’il n’avait encore jamais entendus.
Bien sûr, même s’il n’avait pas été enlevé par le Monde démoniaque et avait pu rentrer à temps, il était peu probable qu’il se soit retrouvé mêlé à de telles organisations secrètes.
« Qui est-il, au juste ? Comment a-t-il pu m’invoquer du Monde démoniaque jusqu’ici, sur Terre ? Et ce qu’il fait en ce moment… »
À bien des égards, Hesperon, l’homme qui l’avait invoqué, était une énigme.
Quand je repensais à notre première rencontre, j’avais l’impression que son retour sur Terre ne datait pas de si longtemps. Pourtant, il savait déjà tout faire : m’invoquer pour travailler, ou encore s’occuper d’organisations secrètes.
Comme s’il les affrontait depuis longtemps sur Terre.
« Il n’a pas pu faire la navette entre les deux mondes à sa guise. »
De bon sens, il écarta la bonne réponse, se frotta vigoureusement l’arrière du crâne et soupira.
Enfin, peu importait ce qui s’était passé, désormais.
Depuis le jour où la malédiction enfermée dans le temple était tombée entre les mains de cet homme, il n’avait plus eu le choix.
À vrai dire, c’était même une bonne chose pour Ken, puisqu’il avait ainsi pu respirer de nouveau l’air de la Terre.
« Je me demande si ma famille va bien. Si je débarque chez eux maintenant, ils seront surpris, pas vrai ? … Bien sûr, encore faut-il que j’en finisse d’abord avec cette affaire. »
Heureusement, la rixe qui avait éclaté juste après leur première rencontre n’avait pas duré longtemps.
En partie parce que Ken, qui avait facilement déjoué leur attaque-surprise, n’avait pas riposté et avait continué d’essayer de discuter. Mais aussi parce que Jose avait retrouvé son calme en voyant ses compagnons revenir en hâte, alertés par le vacarme.
« Quoi ? Qu’est-ce qui se passe, au juste… ! »
« Ann ! Hé, Jose ! Ça va ? … Hein ? Qui êtes-vous ? Comment êtes-vous arrivé ici ? »
« … Becky ? Tola ? Vous allez bien ? »
La raison principale de leur attaque était que leurs compagnons partis en reconnaissance avaient estimé qu’ils avaient déjà été repérés.
Sinon, ils pensaient qu’un intrus ne pourrait jamais atteindre leur repaire sans que personne ne s’en aperçoive.
Après tout, quand on se rend chez quelqu’un, s’introduire sans sonner à la porte ne signifie-t-il pas qu’on a quelque chose à cacher ?
« C’est si amer que je ne trouve rien à répondre. »
Ken avait ignoré la reconnaissance des alentours et s’était infiltré, simplement guidé par son instinct de démon et son envie de régler l’affaire rapidement. Il avait donc été mal compris.
« … Alors, vous n’êtes qu’un messager ? »
« Oui. En fait, je viens tout juste d’entendre parler de vous et de l’organisation appelée Buncheonhoe. Tout ce que je sais, c’est que nous devons nous allier contre notre ennemi commun, la Buncheonhoe. »
« Dans ce cas, pourquoi la personne concernée n’est-elle pas venue en personne ? Qu’est-ce que vous venez faire, vous, le messager ? »
« Vous auriez raison de le demander si vous étiez en pleine forme… mais dans votre situation ? »
Ken haussa les épaules en s’adressant à la représentante de leur groupe, une femme du nom d’Ann.
Puis il détourna le regard et balaya rapidement les environs du sien.
Une vallée montagneuse isolée, sans la moindre maison à l’horizon, et encore moins une base digne de ce nom.
En outre, même en comptant les cadres, ils n’étaient que quatre.
Espérer que l’autre partie vienne elle-même nouer des liens avec eux, alors qu’ils étaient de fait en fuite, relevait de la pure avidité.
« Tss. »
Ann se contenta de claquer la langue, comme si elle n’avait rien à ajouter.
Après tout, il n’était qu’un cadre parmi ceux qui s’étaient dispersés, pas le représentant de la Torche flamboyante.
« Tu vas bien ? »
Jose, qui avait repris forme humaine et était resté à ses côtés tout du long, prit alors la parole d’une voix douce.
Il semblait toujours se méfier de Ken.
Ils avaient interrompu le combat, car faire durer les choses ne leur apporterait rien, mais Jose n’avait pas quitté Ken des yeux une seule fois.
« Ça va. Pour l’instant, tout ce que j’ai dit est vrai. Il est exact que nous sommes hostiles à la Buncheonhoe, et que nous sommes venus avec de bonnes intentions. »
« Mais c’est un démon. Comme ce type… »
« Bien sûr, je ne compte pas le croire sur parole. Je ne sais même pas combien de secrets il ne m’a pas révélés. Mais, pour l’instant, nous ne sommes pas en mesure d’examiner tout ça un à un, pas vrai ? »
« … Enfin, une chose est sûre : il est plus fort que moi. »
Les deux femmes discutaient ouvertement entre elles, alors que l’homme concerné se tenait juste devant elles. Le coin des lèvres de Ken tressaillit, mais il ne dit rien.
Ayant vécu longtemps parmi les démons, il savait parfaitement que la mauvaise réputation dont ils jouissaient dans le monde n’était pas tout à fait injustifiée.
Si son ego n’avait pas été stabilisé dans une certaine mesure grâce au « Transfert de pensée », son apparence humaine aurait été usée depuis longtemps.
« Désolée de vous interrompre, mais une nouvelle urgente vient de nous parvenir. »
« Quelle nouvelle ? »
Bien sûr, je ne restais pas les bras croisés à les regarder discuter.
Quoi qu’il en soit, j’avais reçu l’ordre de les aider à gagner un lieu sûr.
Pour pouvoir être libre de circuler sur Terre, il fallait absolument que je mène cette mission à bien.
« Un groupe qu’on soupçonne d’appartenir à la Buncheonhoe s’approche d’ici. Il ne semble pas y avoir parmi eux de démon nommé le Bourreau, donc le combat en lui-même ne devrait pas poser de problème… mais ce serait gênant qu’ils nous trouvent, pas vrai ? »
C’était évident.
Ils étaient en fuite.
Leur taux de survie ne risquait-il pas de s’effondrer dès que leurs poursuivants auraient découvert leur position ?
« … Comment le savez-vous ? »
Le seul problème était de savoir à quel point ils pouvaient se fier au démon qui leur annonçait cela : Ken.
S’ils le croyaient trop vite et qu’il s’agissait d’un piège, tout serait vraiment terminé.
Ken, qui sembla deviner ce qu’ils ressentaient, sourit et pointa le doigt vers le ciel.
« Mon employeur nous observe depuis les cieux. On peut dire que cette zone est déjà dans le creux de sa main. »
« Pff ! »
N’importe qui aurait pris ça pour une blague.
Mais Ann, qui dirigeait le groupe, ne pouvait pas balayer ces paroles d’un revers de main.
La compétence unique qui lui avait permis de survivre jusque-là face à la Buncheonhoe lui souffla à l’oreille.
Il n’y avait qu’un choix à faire, à présent.
« Alors, qu’allez-vous faire ? Vous me faites confiance et vous me suivez ? »
« … »
Bien sûr, sa décision était déjà prise.
***
Une pièce remplie de nuages aux couleurs pastel.
« Ouf… le cours des choses a changé. »
Ces mots, qui ressemblaient à un soupir, s’échappèrent des lèvres d’une femme assise sur un canapé au milieu de la pièce, tandis qu’une fumée bleu ciel l’entourait.
Son regard embrumé suivait les volutes qui flottaient dans l’air.
« L’ennemi a enfin fait son apparition. »
Un être qui tord le cours du destin.
Une entité qui rend l’avenir incertain.
Un être qui se cache derrière un voile et se moque du monde.
« Alors, nous devons nous préparer en conséquence. »
Comme du sable qui glisse entre les doigts.
Ce jour-là, les derniers vestiges de la « Torche flamboyante », que je croyais avoir entièrement cernés, commencèrent à disparaître un à un.