Chapitre 419
Torche flamboyante (1)
Je me frottai le menton en examinant la fenêtre du système qui venait d’apparaître devant moi.
« C’est la troisième version de la Boutique du karma. »
Combien de plaisir vous avait procuré la « Mise à jour de la Boutique du karma, version 2 » ?
Le « Marché VIP », qui proposait des produits spéciaux utiles aux éveillés, et l’« Achat de produits », qui facilitait l’obtention d’objets de chaque dimension, m’avaient été d’une aide considérable jusqu’à présent.
Alors, quand j’appris que la boutique avait encore été améliorée, je ne pus m’empêcher de m’enthousiasmer…
« … Je ne m’attendais pas à ça, en revanche. »
Le visage stupéfait, je fixai sans comprendre la liste qui venait d’apparaître devant moi.
Dans l’ensemble, la boutique reprenait le format de la version précédente, auquel s’ajoutaient quelques nouveautés.
Pourtant, alors que je parcourais avec plaisir chacun des changements, un détail attira soudain mon attention…
« Acheter un objet – Voir les détails »
└Outerica
└Kang Hwan-gye
└Terre
« La Terre ? La Terre ? »
Le mot « Terre » figurait dans un menu qui ne proposait jusque-là que des produits achetables dans d’autres mondes.
« … Donc, on peut maintenant acheter des objets sur Terre avec du Karma ? »
À vrai dire, ce n’était pas un avantage si considérable en soi.
Avec l’influence dont je disposais, je pouvais facilement obtenir pas mal d’objets sans avoir à dépenser de Karma.
En fait, il était bien plus rentable d’utiliser la monnaie terrestre, facile à se procurer, que le Karma, dont les moyens d’acquisition étaient limités.
« Mais là n’est pas la question. Pourquoi ce changement est-il survenu tout à coup ? »
Jusque-là, la Boutique du karma avait clairement tracé une frontière avec la Terre.
En général, les éveillés la découvraient pour la première fois juste après avoir été envoyés dans un autre monde.
Et lorsqu’ils parvenaient enfin à accumuler un million de points et choisissaient l’option « Retour » vers la Terre, la Boutique du karma disparaissait, leur ôtant définitivement toute possibilité de s’en servir à nouveau.
« On dirait que j’ai trouvé une faille dans le système et que je l’ai contourné. Je suppose que je dois considérer ça comme une exception. »
Après s’être éveillé à sa compétence unique, il avait évidemment été transféré dans un autre monde, mais il était aussi resté sur Terre.
N’était-ce pas cette contradiction qui expliquait surtout pourquoi je pouvais utiliser le système à ma guise ?
« Voyons voir. »
L’air sérieux, je sélectionnai l’option « Terre » et passai en revue les produits proposés.
Comme j’avais déjà utilisé ce menu à de nombreuses reprises, il ne me fallut pas longtemps pour repérer les produits disponibles.
Et voici à quelle conclusion j’arrivai après vérification…
« Waouh, ils vendent aussi bien un porte-avions qu’un avion ? Et ça, c’est quoi ? Une navette spatiale ? Je suis sûr qu’ils ne vendent même pas de têtes nucléaires… Si, ils en vendent vraiment ? »
En vérité, rien n’était impossible dans cette Boutique du karma.
Bien sûr, le rapport qualité-prix était déplorable comparé aux objets mystérieux de ce monde.
« On peut acheter un cœur de dragon adulte pour environ un million, mais un avion de chasse ne vaut que cent mille points ? Un porte-avions coûte plus de dix millions, sans aucun avion à bord ? Qui achète ce genre de truc ? »
Cela dit, le simple fait de pouvoir l’acheter sur-le-champ si j’en avais envie était déjà formidable.
Mais avec un rapport qualité-prix pareil, je n’en achèterais plus à l’avenir.
Je soupirai et me forçai à regarder la bombe nucléaire, dont le nom seul suffisait à imposer sa présence.
« Qu’est-ce que le système attend de moi, au juste ? »
Une chose était certaine : ce système gigantesque, qui englobait toutes sortes de mondes, attendait quelque chose de moi.
Peut-être n’était-ce pas une simple coïncidence si j’avais découvert une astuce pour contourner le système.
La visite détaillée de la « Boutique du karma, version 3 » qui suivit me réserva le même genre de surprises.
Dans le « Marché VIP », on avait ajouté l’« Invitation (1 000 000) », qui permettait de forcer les simples habitants de la Terre à devenir éveillés, ainsi que le « Billet de retour (2 000 000) », qui fournissait le Karma nécessaire au retour des éveillés envoyés dans un autre monde.
Il y avait aussi des objets pratiques, comme l’« Œil d’Odin », qui permettait d’observer n’importe quel endroit de la Terre en consommant du Karma en continu, ou les « Pas d’Hermès », qui permettaient de se rendre instantanément où l’on voulait, quelle que soit la distance…
À ce stade, je ne pouvais que comprendre naturellement le thème de cette mise à jour.
« Tout cela a un rapport avec la Terre. »
Comme si le système annonçait qu’on venait enfin de lui accorder le droit d’intervenir sur Terre.
Et c’était sans doute la raison de ce changement.
« Partage du karma (5 %) »
Une mention qui apparaissait depuis le début au bas de la Boutique du karma.
Je la dévisageai, les yeux plissés.
« Une part de marché. Mais de quoi ? Du système ? De la Terre ? D’une autre dimension ? Que se passera-t-il si j’atteins les cent pour cent ? Est-ce que je dois simplement accumuler du Karma ? Ça ne concerne que les points que je peux dépenser, ou le total accumulé jusqu’à présent ? »
Toutes sortes de pensées tourbillonnaient dans mon esprit.
Jusque-là, je n’avais eu qu’un seul objectif : détruire la Société de Buncheon. Mais, brusquement confronté à une situation inconnue, je me retrouvai l’esprit embrouillé.
Pourtant, au milieu de tout cela, je compris instinctivement une chose.
« Je ne sais pas ce que c’est, mais autant faire grimper ce chiffre. »
Ça ne semblait pas avoir de rapport avec tout ce que j’avais fait jusque-là.
En fait, n’était-ce pas exactement ce que faisait le chef de la Société de Buncheon ?
Il avait assez de pouvoir pour se faire appeler dieu sur cette Terre, mais même en cet instant, il parcourait sans cesse d’autres dimensions afin d’obtenir du Karma.
Et s’il ne faisait pas ça simplement pour gagner en puissance, mais pour remplir la condition de « part » ?
« … Je ne peux pas laisser passer ça. »
Ayant pris ma décision, je hochai lentement la tête.
Dans cette optique, je décidai de reporter l’achat des « Fragments divins du Dieu humain emprisonné », qui coûtaient assez cher.
J’attendrais d’abord que le prix baisse encore… pour m’en servir comme d’une dague au moment crucial.
Brrr… Brrr… Brrr…
À cet instant, le smartphone posé à côté de moi se mit à vibrer.
Une notification m’annonça la réception d’un courriel transféré.
Il s’agissait encore d’une situation à signaler en urgence.
« C’est… »
Le nom de l’expéditeur était « CCTV ».
C’était un rapport d’Andrew Weber, à qui j’avais offert l’outil magique d’interprétation linguistique conçu par Howard et confié diverses tâches.
J’en parcourus le contenu d’un air grave.
Le courriel contenait un rapport sur le travail que je lui avais confié, ainsi que des articles de presse étrangers qu’il semblait avoir dénichés quelque part.
Grâce à la Xénoglossie, je fis abstraction de la traduction qui figurait en dessous et lus le texte original en un instant. Mes sourcils tressaillirent malgré moi.
« Un démon ? »
Il s’agissait d’informations sur des démons, fréquemment aperçus ces derniers temps en Asie du Sud-Est.
Le rapport indiquait que la plupart des articles avaient déjà été retirés, comme si quelqu’un cherchait à contrôler l’information. Il regorgeait de détails sur les liens entre le démon et la Société de Buncheon.
« Le démon… »
Je réfléchis en tapotant la table.
Quelle coïncidence !
Ayant récemment pris part à un combat palpitant contre d’innombrables démons pour déterminer qui régnerait sur le royaume démoniaque, je ne pouvais qu’être intrigué par cette histoire.
« Si tout ça est vrai, ce n’est certainement pas un type ordinaire. »
À vrai dire, il n’aurait rien eu d’étonnant à ce que des gens utilisent des pouvoirs démoniaques sur Terre.
Parmi les Terriens envoyés dans ce monde, nombreux étaient ceux qui feraient n’importe quoi pour survivre, et conclure un pacte avec un démon était l’un des moyens d’acquérir rapidement du pouvoir.
« Le risque est également considérable. »
Dès que le démon invoqué prenait entièrement possession de leur âme et de leur esprit, ils perdaient leur statut d’éveillés, comme les morts-vivants. Seuls ceux qui étaient assez remarquables pour résister à ce sort avaient donc pu rentrer sur Terre après avoir conclu un pacte avec un démon.
Il suffisait d’emprunter les pouvoirs du démon lié, mais les cas comme celui de Ken, qui se transformait complètement en démon avant de revenir sur Terre en conservant son identité d’origine, étaient rares.
« Ce type rôde à Singapour, ma prochaine cible ? »
Il ne faisait donc aucun doute que cet être, qui semblait être une réplique exacte du « vrai démon » décrit dans le rapport d’Andrew, était hors du commun.
Surtout que ce rapport ne reposait que sur l’analyse d’indices obtenus indirectement au cours de la collecte d’informations. Et le fait qu’Andrew n’ait absolument pas réussi à observer sa cible avec sa compétence unique, l’« Observation de trajectoire », rendait ses conclusions d’autant plus convaincantes.
« Au minimum, c’est un démon de rang marquis… Au maximum, il pourrait être au niveau d’un roi démon. »
Perdu dans mes pensées, je plissai les yeux.
L’écart entre les estimations de son niveau était certes considérable, mais c’était inévitable.
Même aussi compétent qu’il fût comme informateur, Andrew avait ses limites s’il ne pouvait pas observer directement sa cible.
Au contraire, il était admirable qu’il ait pu produire un rapport aussi détaillé dans ces conditions.
« Bon, je vais devoir encore augmenter son salaire. Il y aura beaucoup de travail à faire à l’avenir, alors il faut que je le traite correctement. »
J’eus l’impression d’entendre une hallucination auditive, au-delà du monde physique et même de celui de la perception, réclamer des vacances plutôt qu’une augmentation…
mais ce n’était probablement qu’une illusion.
Après tout, personne au monde ne refuserait qu’on lui donne plus d’argent.
« En tout cas, c’est surprenant. Je n’aurais jamais pensé le découvrir comme ça. »
Andrew, l’informateur doué, avait ajouté quelques détails à la fin de son rapport.
Ils concernaient un groupe constamment acculé au bord du gouffre, non seulement par le démon lui-même, mais aussi par une organisation qui collaborait avec lui.
Puisque ces renseignements avaient été découverts de justesse en suivant les déplacements du démon, qui agissait avec brutalité, l’identité du groupe ne pouvait vraiment pas être ordinaire.
« Ils existaient donc encore. D’autres que moi s’opposent à la Société de Buncheon. Même si leur situation n’a pas l’air très réjouissante. »
On les appelait communément la « Torche ardente ».
Je les avais découverts au fil de mon combat solitaire.
C’était une société secrète composée de personnes qui poursuivaient le même objectif.
***
Une maison abandonnée, où traînaient toutes sortes d’objets.
« Kof… Kof ! »
Une toux rauque retentit dans un coin.
La personne concernée semblait essayer de la réprimer tant bien que mal, mais en vain.
Car ce n’était pas une toux ordinaire.
« Ça va ? Tu devrais quand même te reposer un peu… »
L’homme robuste prit la parole avec prudence, mais la femme aux cheveux noirs, recroquevillée et tremblante, secoua simplement la tête.
Elle tenait contre sa bouche un mouchoir taché de sang.
« Ouf… Ouf… »
Au bout d’un moment,
elle prit une profonde inspiration, se redressa avec précaution, puis une flamme bleu vif jaillit de sa main et ne brûla que le sang sur le mouchoir.
En un clin d’œil, celui-ci passa du rouge au blanc.
Elle le rangea soigneusement et poussa un profond soupir.
« Tu sais bien qu’on n’y peut rien, pas vrai ? Si je m’arrête, ne serait-ce qu’un instant, ils vont nous repérer aussitôt. »
« … Mais juste un instant… »
« Ça suffit. Combien de camarades sont morts à cause de réactions aussi désinvoltes ? »
L’homme ne parvint pas à réfuter ces paroles sans détour.
Comme elle l’avait dit, on ne pouvait pas prétendre que leur situation allait bien, même pour les rassurer.
À tel point qu’un bref repos risquait de devenir un repos éternel.
Sans elle, ils auraient tous été tués depuis longtemps.
« … Désolé. Si seulement j’avais la force de m’occuper de ce démon… »
« C’est absurde. Ce démon a déjà tué trois surhumains. Ils lui ont tendu un piège et l’ont affronté ensemble, et ça n’a rien changé. Si tu t’en mêles, tu ne feras qu’ajouter un cadavre de plus. »
Son ton était sarcastique, mais elle ne cherchait qu’à l’empêcher d’agir imprudemment. Ses yeux verts trahissaient l’inquiétude qu’elle éprouvait pour lui.
Car le démon qui les avait forcés à se disperser et à fuir était un ennemi redoutable.
« Pfiou… J’espère que les autres vont bien aussi… Ah ! Merde ! Ce serpent venimeux a le culot d’inviter ses potes dans un vrai combat à l’épée ! Tu te prétends encore un homme ? »
An, qui s’efforçait de reprendre son souffle et de conserver ses forces, finit par céder à la colère.
Il était naturel qu’elle s’emporte : une organisation qui avançait tant bien que mal vers l’espoir avait été mise en pièces par ceux qui étaient intervenus à l’improviste.
« Bon sang, Oracle ! Si cette vieille peau n’était pas intervenue, on aurait pu s’occuper du bourreau. »
La victoire n’était pas garantie, mais ils auraient au moins pu battre en retraite avec des pertes minimes et envisager l’avenir.
La situation aurait en tout cas été bien meilleure que s’ils avaient été mis en pièces et forcés de fuir les Philippines jusqu’au Viêt Nam.
« … Pfiou ! Je ne peux pas continuer comme ça. Il faut que je garde mon sang-froid. »
Après s’être énervée un moment, comme pour évacuer son stress, elle retrouva son calme.
La vie de leurs camarades dispersés, tout comme la leur, dépendait de ses capacités. Elle ne pouvait donc pas se permettre de se relâcher longtemps.
« Mais pourquoi Becky et Tola ne sont-elles pas encore revenues ? »
Alors qu’elle s’efforçait de se calmer ainsi,
elle fronça les sourcils en remarquant que celles qui étaient parties en éclaireuses n’étaient toujours pas rentrées.
D’ordinaire, elle aurait pu suivre la position de ses camarades, mais elle faisait à présent tout son possible pour détourner l’attention d’Oracle et n’avait pas le temps de se concentrer sur autre chose.
« Attends. »
« … Jose ? »
L’homme robuste barra la route à An, qui maugréait.
Snif…
Il huma l’air, puis déploya une force acérée autour de lui.
Son expression se fit bientôt grave, et il prit la parole à voix basse.
« Le démon. »
« Impossible… ! Comment ? Parce que je me suis énervée tout à l’heure ? Non, il ne peut pas être aussi mauvais… ! »
« Il nous a déjà repérés. Il vient droit ici. »
Les paroles douces de Jose firent se durcir son visage.
Le fait qu’ils aient été localisés était loin d’être anodin.
La situation était grave : elle risquait de mettre en danger non seulement leur groupe, mais aussi toutes les « Torches ardentes » dispersées et cachées.
Tandis qu’elle serrait les dents, comme pour se reprocher son imprudence, le groupe ne ralentit pas et s’approcha de la maison abandonnée.
Leurs pas traînants faisaient du bruit, comme s’ils ne cherchaient nullement à dissimuler leur présence.
Aussitôt, le corps de Jose se couvrit de poils et se mit à grandir.
Et enfin, au moment où il prit l’apparence d’une bête dressée sur deux pattes…
« Ouf, je vous ai enfin trouvés. Je n’ai qu’à leur indiquer un endroit pratique, et à moi de trouver leur position exacte ? C’est censé avoir du sens ? »
La porte de la maison abandonnée s’ouvrit et un homme entra.
« Cet humain à la con… La façon dont il traite les gens ressemble à celle de notre Roi démon. Enfin, c’est sûrement juste une impression, pas vrai ? »
Je me remis à grommeler sans la moindre retenue.
Puis, remarquant que les deux personnes en face de lui commençaient à se montrer menaçantes, il se frotta la nuque d’un air gêné.
« Hum, alors… »
L’invité surprise s’éclaircit la gorge.
Il les salua ensuite en recourant à la faculté de communication propre aux démons.
« Enchanté. Je m’appelle Ken Miyamoto. »
J’éprouve une joie immense à rencontrer des Terriens avec qui je peux enfin discuter après tout ce temps.
« Je suis venu vous sauver du désespoir. »
Malheureusement, ses sentiments ne parvinrent pas jusqu’à son interlocuteur.
Au lieu d’une réponse, il ne reçut qu’un poing couvert de poils.