Chapitre 29
La puissance divine se distinguait des autres forces fondées sur l’énergie naturelle appelée mana.
Les guerriers absorbaient le mana et le purifiaient dans leur corps pour le transformer en aura, tandis que les mages noirs le souillaient de leurs intentions corrompues et en faisaient de la Magie Noire.
La Magie du Sang des vampires, quant à elle, consistait à déformer le mana et la force vitale présents dans le sang en le buvant.
La puissance divine, en revanche, était entièrement reçue de la divinité.
Une fois qu’on l’avait acceptée, on ne pouvait plus manipuler les autres énergies magiques.
C’est pourquoi le rituel de baptême était rigoureux et soumis à des conditions complexes.
Il fallait jurer de suivre la divinité et créer un conduit permettant de recevoir sa puissance.
Le rituel déterminait si ce conduit serait aussi fin qu’une paille ou aussi large qu’un tuyau.
« Tout repose sur la foi. »
Heinrich continua de prier, tandis qu’il sentait en lui la puissance divine déferler.
Voilà pourquoi j’avais choisi pour Heinrich la voie de la puissance divine.
Jusque-là, le « Centre Mental » ne m’avait servi qu’à contenir les émotions et les stimuli, mais je m’étais rendu compte qu’il pouvait aussi être utilisé à l’inverse.
Après avoir expérimenté diverses méthodes, j’avais acquis la certitude qu’il pouvait se consacrer à la foi.
À l’aide du « Centre Mental » et de l’« Indice d’illumination », je vidai les pensées d’Heinrich et fis de son esprit une page blanche.
Je ne lui insufflai qu’une seule émotion, la « foi », puis l’amplifiai grâce au « Centre Mental ».
« Autrement dit, Heinrich incarne maintenant véritablement le fanatisme d’un dévot. »
J’interrompis toutes les autres activités de mes avatars et concentrai leurs ressources sur Heinrich, y compris celles de mon corps principal, de Hans, d’Heinrich II et de l’avatar que je pouvais désormais invoquer.
Orienter la foi vers la divinité au cours du baptême ne fut pas difficile.
Je mobilisai toute mon énergie mentale et consolidai le conduit qui me reliait à la divinité.
« La compétence unique a évolué, élargissant le champ des possibles. Le potentiel des avatars a augmenté, et l’énergie mentale de chaque entité peut désormais être partagée plus efficacement. »
La progression de la compétence « Avatar » au cours de ce processus fut un gain inattendu.
Grâce à elle, je pus me concentrer plus facilement sur mon travail.
« Incroyable ! Avoir une telle puissance divine dès son premier baptême… »
« Qui est-il ? Un candidat au titre de guerrier sacré ? Même s’il prétend avoir été moine pendant des décennies, j’ai du mal à le croire. »
« Euh… Ce garçon disait qu’il voulait devenir paladin, et il n’est arrivé ici que depuis quelques mois… »
Les prêtres et les personnes qui attendaient leur baptême se mirent à murmurer.
Le grand prêtre qui officiait pour Heinrich semblait déconcerté, mais il poursuivit la cérémonie sans s’interrompre.
« C’est presque fini. »
Je mobilisai toutes mes forces pour attirer la puissance divine et l’enfermer dans ce corps.
Si la foi déterminait l’épaisseur du conduit, c’était la force mentale qui permettait d’y puiser la puissance divine.
Il ne fallait négliger ni l’une ni l’autre.
[L’individu remplit les conditions requises. Déblocage de la compétence spéciale « Baptême sacré ».]
« C’est la limite pour le moment… »
En théorie, la puissance divine n’avait pas de limite, puisqu’elle provenait d’une divinité.
Avec une force mentale suffisante, on pouvait en puiser et en utiliser sans fin.
Cependant, même si la puissance venait d’une divinité, c’était un simple mortel qui s’en servait.
Dépasser ses limites risquait donc d’épuiser le corps et l’esprit.
Utiliser à outrance une puissance qui dépassait ses capacités pouvait provoquer une maladie ou, dans les cas les plus graves, la mort.
« Ma foi et ma force mentale suffisent, mais mon corps n’est pas encore prêt à accueillir une telle puissance divine. »
J’eus beau tenter diverses astuces, il était inévitable de devoir faire face à un pouvoir nouveau.
Pour accepter une puissance divine plus forte, le corps avait besoin de temps pour s’y adapter.
Peu à peu, Heinrich rassembla la puissance divine et retrouva sa concentration.
Naturellement, le conduit de sa foi se rétrécit, mais il lui suffirait de le vouloir pour le rétablir à tout moment.
« Comme un élastique qu’on a tendu, je devrais pouvoir m’en servir plus facilement la prochaine fois. »
« Vous vous appelez Heinrich, n’est-ce pas ? » Avec l’aide des prêtres présents, je me relevai et le grand prêtre qui avait officié s’adressa à moi.
« Oui, c’est bien ça. »
« Hum… C’est la première fois que je me trouve dans une situation pareille, je dois dire que c’est déconcertant. Enfin, votre foi est forte, et c’est remarquable. Vous pourriez devenir un grand prêtre. Continuez à faire des efforts. »
Il sourit avec chaleur et me tapota l’épaule, en plaisantant.
Je voulais devenir paladin, pas prêtre, mais il n’était pas nécessaire de le préciser.
Je le remerciai d’un signe de tête, puis m’éloignai.
La cérémonie se poursuivait dans le sanctuaire, mais je sentais parfois des regards glisser vers moi.
Sans y prêter attention, je m’assis dans un espace de repos prévu à cet effet, fermai les yeux et me mis à méditer.
Toutes ces manœuvres étaient possibles parce que la divinité d’Outerica n’était pas une personne, mais un concept colossal, ou un système qui s’en rapprochait.
Après avoir découvert les prémices de la doctrine d’Outerica grâce à Heinz II, puis étudié la théologie en intégrant cette doctrine sous l’identité d’Heinrich, j’en fus convaincu au cours de ce baptême.
« Ce n’est pas un être aux émotions variées, comme les dieux de la mythologie gréco-romaine. À ce stade, on dirait plutôt un immense concept ou un système. »
Une présence qui existait naturellement dans le monde, presque comme une loi de la nature.
Telle était la divinité d’Outerica.
« Non, elle semble avoir une volonté, mais… ce n’est peut-être pas une volonté que l’on puisse évaluer selon des critères humains. »
Quand Heinrich fut relié au Seigneur par le baptême, il perçut la présence transcendante de cet être surnaturel.
Je n’avais jamais entendu parler d’un tel phénomène pendant la période de préparation. C’était peut-être dû à la méthode inhabituelle par laquelle j’avais reçu le baptême.
Si je devais traduire en émotions humaines la vague sensation que j’avais éprouvée à ce moment-là…
Oui, c’était de l’« intérêt ».
« Heureusement, cela n’a pas été considéré comme un blasphème… »
La divinité avait peut-être jugé cela insignifiant et n’était pas intervenue pour cette raison, mais cela n’avait plus d’importance. Ma tentative avait déjà réussi.
***
Quelques jours après la fin de la cérémonie.
Les paladins novices et les prêtres apprentis fraîchement baptisés, nés à nouveau, s’entraînaient chacun à leur manière.
La base reposait sur la foi, entretenue par la prière et l’étude de la doctrine ; les prêtres, eux, se concentraient sur l’entraînement mental afin d’accroître leur force d’esprit.
« Encore une ! »
« Argh~ ! »
« Encore ! Encore, encore, encore ! »
« Argh ! »
Des râles d’agonie résonnaient sur tout le terrain d’entraînement.
C’étaient les plaintes des novices qui s’exerçaient sous la supervision des paladins chevronnés.
« Héh, hup ! Haa ! »
« Je croyais m’être moi-même entraîné assez durement. Mais ce n’était rien. Ces gens sont vraiment… »
Je marmonnai pour moi-même en soulevant des haltères à tour de rôle.
Clang, clang
— les chaînes reliées aux haltères pesaient sur tout mon corps.
Le terrain d’entraînement était rempli d’appareils de musculation qui n’avaient rien à envier aux modèles modernes.
La seule différence, c’était leur apparence plus imposante et menaçante, et l’absence presque totale de dispositifs de sécurité.
Ces machines n’avaient qu’un but : torturer le corps plus efficacement.
Les utiliser ne se contentait pas de déchirer les muscles ; elles brisaient peu à peu les os et arrachaient les ligaments.
« Surcharger le corps a ses limites. D’où leur vient une idée aussi tordue ? »
C’était vraiment une méthode d’entraînement qui poussait le corps au-delà de ses limites.
Bien sûr, ce surentraînement ne posait aucun problème.
« Aaah ! »
Un cri retentit d’un côté du terrain.
Un paladin novice s’effondra au sol, secoué de convulsions.
Un bras crispé, des larmes et de la morve coulant sur son visage, il semblait y avoir un problème avec son entraînement.
Normalement, on aurait dû le transporter aussitôt à l’infirmerie, mais le paladin chevronné qui se tenait devant lui se contenta de le réprimander.
« Tu perds ta concentration ! Quand tu t’entraînes, tu ne dois jamais cesser de prier, pas même un instant ! Allez, utilise de nouveau la puissance divine ! »
« Argh ! Seigneur… ! »
À sa prière, une faible lumière enveloppa le novice à terre.
Peu à peu, ses gémissements s’apaisèrent.
Au bout d’un moment, il se releva en titubant.
« Tu es encore loin du compte ! Continue de prier pendant que tu t’entraînes ! Rétablis-toi avant que ton corps ne soit complètement détruit ! À force de répéter l’exercice, tu obtiendras une grande bénédiction ! »
« Oui ! Je vous prie de m’excuser ! »
« Tant que ton bras n’est pas complètement guéri, concentre-toi sur le bas du corps ! Et, bien sûr, ne cesse pas de prier ! »
« Oui ! Compris ! »
La scène était d’une brutalité simpliste.
Pourtant, cette méthode était étonnamment une vieille tradition de la doctrine, et un entraînement efficace.
La prière facilitait le maniement de la puissance divine.
Pour les paladins combattant en première ligne, c’était aussi essentiel que de préserver leur vie.
Créer délibérément des situations extrêmes et poursuivre ses prières faisait partie de l’entraînement : ainsi, dans une situation réelle, ils pouvaient manier la puissance divine sans hésiter.
« De plus, prier à répétition dans des situations extrêmes renforce la foi par autosuggestion, ce qui accroît la puissance divine. Entraînement à la puissance divine, préparation physique, augmentation de la puissance divine grâce à une foi affermie et renforcement mental par l’épreuve : tout en un. C’est incroyablement efficace. »
Et moi, au milieu de cette bande d’excentriques, j’attirai beaucoup l’attention.
« Ouah… Il mérite bien d’être le meilleur espoir de cette promotion. Soulever déjà un poids pareil, c’est impressionnant. »
« Il manie la puissance divine avec aisance, et sa vitesse de récupération est incroyable. Il dépasse déjà la plupart des paladins chevronnés. »
Des paladins chevronnés s’étaient rassemblés d’un côté pour me jauger.
Dès le début, grâce à l’entraînement que j’avais suivi jusque-là ainsi qu’à la « Prouesse martiale » et à la « Récupération Rapide », je suivis sans peine leurs consignes.
À cela s’ajoutaient les effets d’amélioration des caractéristiques de la Boutique du karma.
À mesure que je m’habituai à convertir le mana qui circulait en moi en puissance divine et à la régler avec le « Baptême sacré », je me démarquai encore davantage.
« L’entraînement de l’après-midi est terminé ! Rangez le matériel et rendez-vous aux douches en bon ordre ! Nous nous retrouverons dans la salle de cours dans deux heures. Rompez ! »
« Rompez ! »
Sur l’ordre du paladin chevronné, les paladins rangèrent leur matériel et se dirigèrent l’un après l’autre vers les douches, s’accordant un bref repos.
En rejoignant la salle de douche, je fis couler de l’eau froide sur mon corps échauffé, apaisant la brûlure de mes muscles.
Ffff…
Je me lavai machinalement en appuyant sur mes muscles, poussés à bout, qui tressaillaient, comme pour afficher fièrement leur endurance.
« Les effets ont l’air assez impressionnants. »
Quelques jours après le baptême, malgré les méthodes d’entraînement excentriques, les résultats étaient déjà indéniables.
La puissance divine qui parcourait mon corps pour réparer mon physique martyrisé semblait s’adapter de mieux en mieux à chaque répétition.
« Argh… Je suis à l’agonie. »
Des gémissements retentissaient aux quatre coins de la salle de douche.
Je me séchai avec une serviette en riant intérieurement.
« C’est clairement excessif. Grâce à l’“Herbe de l’esprit”, je pouvais atténuer la douleur. Mais eux, ils devaient la surmonter par la seule force de leur volonté. »
Une telle souffrance aidait à renforcer la foi et la force mentale, mais je n’en avais pas besoin et préférais l’éviter autant que possible. Je me contentais de soutenir leur foi.
« En tant que fidèles de la divinité, nous guiderons toujours les agneaux du Seigneur et les mènerons sur le droit chemin… »
Après l’entraînement, une leçon sur la doctrine avait lieu dans la salle de cours, dans le cadre de leur formation mentale.
Les paladins, traînant leurs corps épuisés, devaient lutter contre le sommeil pendant le cours.
Bien sûr, je ne faisais pas exception.
Pour devenir paladin, il fallait maîtriser non seulement les arts martiaux, mais aussi les études théoriques.
Deux mois passèrent ainsi.
***
Tandis qu’Heinrich s’efforçait de devenir paladin, l’expédition du Roi immortel rencontrait de sérieux problèmes.
« Soupir… C’est frustrant. Où a-t-il bien pu disparaître ? »
Latius, l’archevêque chargé de l’expédition du Roi immortel, soupira en se massant les tempes.
Malgré l’envoi de plusieurs équipes de recherche et des mois passés à poursuivre « Hans », ils n’avaient pas trouvé la moindre trace de lui.
Depuis leur première rencontre, ils n’avaient pas aperçu ne serait-ce que son ombre ; ils ne pouvaient que baisser la tête, exaspérés.
La Sainte vierge avait fait de son mieux pour localiser la cible, mais à part quelques brefs instants, il était presque impossible de le suivre.
Même lorsqu’ils parvenaient à déterminer sa position, ils revenaient bredouilles, sans avoir trouvé la moindre trace de cet homme.
Toc, toc…
« Archevêque Latius, c’est le paladin Tooskin. »
« Ah, paladin Tooskin. Entrez. »
Avec l’accord de Latius, la porte du bureau s’ouvrit et le paladin Tooskin entra en le saluant.
Comme l’archevêque, il avait le visage marqué par la fatigue.
« Alors, qu’est-ce que ça a donné ? »
« … Ça s’annonce compliqué. Ces fichus vampires doivent être mêlés à l’affaire. »
« Soupir… »
La pression politique exercée par le Royaume de Talia s’intensifiait, et l’expédition du Roi immortel, organisée pour capturer le descendant du Roi immortel, n’obtenait aucun résultat notable.
La situation ne faisait qu’aggraver la pression politique de Talia.
« Après des recherches aussi poussées, si nous ne l’avons toujours pas trouvé, c’est qu’il a peut-être déjà quitté le Royaume de Talia, non ? »
Tooskin choisit ses mots avec prudence ; Latius soupira de nouveau et ferma les yeux.
Ils avaient fait tout leur possible pour retrouver « Hans ».
Le conflit avec le Clan des vampires et le « Serment du Renversement », tapi dans l’ombre, avait provoqué des tensions excessives.
Dans la foulée, le Serment du Renversement avait subi de lourdes pertes, attaqué à la fois par l’organisation et par le clan.
Il avait battu en retraite, la queue entre les jambes, mais le conflit avec le Clan Brokolak se poursuivait.
« À ce stade, nous pouvons supposer qu’il s’est caché ailleurs. Je vais dissoudre l’expédition du temple de Talia et ordonner son retour au quartier général. »
« Bien compris. Je vais prendre les dispositions nécessaires. »
Tooskin acquiesça, s’inclina légèrement et quitta le bureau.
À l’exception des hauts dignitaires, l’expédition du Roi immortel se composait surtout de membres mis à disposition par le temple de Talia ; il y avait donc beaucoup à faire avant sa dissolution.
Une fois les hommes envoyés dans les différentes régions du royaume de retour à leur poste, ils reprendraient leurs fonctions habituelles.
Et dès que le réseau de surveillance de l’organisation repérerait les mouvements de la cible, une nouvelle expédition serait dépêchée dans la région concernée.
« À bien y penser, il y avait un paladin qui sortait du lot. »
En marchant, Tooskin se rappela soudain quelqu’un et fronça les sourcils.
Un futur chevalier qui, lors de son baptême, avait éveillé une puissance divine digne d’un prêtre et révélé un grand potentiel au cours de l’entraînement qui avait suivi.
« Ce serait dommage de laisser un tel talent dans cet endroit reculé… »
Des capacités physiques incomparables, une aptitude à récupérer digne d’un chevalier, sans parler d’un talent pour assimiler rapidement les enseignements et d’un potentiel qui ne cessait de grandir.
Même en faisant abstraction de sa puissance divine, cet homme avait trop de valeur pour qu’on le néglige.
Il n’avait aucune intention de rabaisser l’organisation de Talia, mais en vérité, un guerrier aussi talentueux ne pourrait sans doute pas s’épanouir pleinement dans ses rangs.
Quoi qu’ils fassent, ne recevraient-ils de soutien que du quartier général ?
« Hum… Il s’appelait Heinrich, n’est-ce pas ? Si possible, j’aimerais l’emmener avec moi et cultiver moi-même son potentiel. Je devrais envisager d’en discuter avec lui. »