Chapitre 144
Épisode 144 : Recruter des talents (2)
Clang ! Clang ! Clang !
Le martèlement du métal résonnait à intervalles réguliers dans l’atelier, où régnait une chaleur intense.
Pscht…
Forge, trempe, revenu…
Les opérations, complexes et laborieuses, s’enchaînaient sans le moindre accroc.
« Ouf… »
Enfin, une fois toutes les étapes terminées,
la lame affûtée fut polie, puis assemblée à un manche déjà préparé. À l’instant où l’épée fut achevée,
《À force de s’entraîner, l’individu acquiert une compréhension nouvelle. Vous avez obtenu la compétence « Métallurgie ».》
…Le nain Howard venait enfin d’être reconnu comme « forgeron » par le système.
« Oh, oh ! Ça y est, enfin ! Huhuhu ! »
Qu’une aptitude devienne une « compétence » grâce à l’entraînement signifiait que le karma accumulé dans cette activité avait dépassé un certain seuil.
C’était l’un des privilèges des éveillés venus d’un autre monde : chaque fois qu’ils accomplissaient une tâche en rapport avec leur compétence, ils obtenaient des bonus supplémentaires qui les aidaient à progresser plus facilement.
Et il avait réussi à l’obtenir en quelques semaines seulement, tout en s’occupant du travail de la Compagnie commerciale de Hubert.
Howard observa la main qui tenait son marteau et prit le temps de savourer cette sensation.
Ses sens aiguisés de nain décelèrent un changement subtil dans sa prise.
Il sentait aussi instinctivement qu’il manierait désormais ses outils avec plus de précision, d’efficacité et de naturel.
« Hmm, pas mal. La synergie avec l’« Artisanat » est également importante. Et cette compétence se développe avec l’expérience accumulée ; ses effets vont donc encore s’amplifier avec le temps. »
Il avait aussi obtenu cette compétence au moment idéal.
Le lendemain, Harley, de retour à Tarak, devait le présenter au nain Zaonic.
« Et contrairement à avant, la situation à la Forteresse de fer s’est stabilisée. »
Après s’être retrouvée dans une situation périlleuse à la suite de l’incident de folie, la Forteresse de fer avait enfin pu souffler, les renforts arrivant les uns après les autres.
De plus, la baisse considérable de l’afflux de monstres leur avait laissé un peu de temps libre, peut-être en raison de l’incident du Duché de Rohan.
Il comptait donc régler d’un coup tout ce qu’il avait remis à plus tard.
« Avant que Harley parte pour la Cathédrale de Roselia, je dois présenter Howard à Zaonic et récupérer la nouvelle hache. »
Le comte Aonia lui avait déjà promis une nouvelle arme.
Quand Zaonic avait appris qu’il s’agissait d’une arme destinée à Harley, il ne s’y était pas opposé et s’était aussitôt installé dans son atelier de Tarak pour se mettre au travail.
Et à présent, après plusieurs semaines, il avait enfin reçu la nouvelle : la hache était prête.
Au départ, Zaonic comptait apporter l’arme lui-même à la Forteresse de fer…
« Mais comme nous avons aussi reçu des nouvelles du temple, nous avons décidé que Harley se rendrait demain à Tarak pour la récupérer en personne. Et pour présenter Howard par la même occasion. »
C’était aussi pour cela qu’il était d’autant plus heureux d’avoir obtenu la « Métallurgie ».
Au moins, on ne pourrait pas lui reprocher de ne même pas connaître les bases.
Et la journée tant attendue arriva.
Howard, qui avait terminé son travail à la compagnie comme à son habitude, se dirigea avec Harley vers la forge centrale de la ville de Tarak.
« Hubert ne sera de retour que dans quelques jours. J’ai pris pas mal de retard parce que j’ai dû faire bouger Hans. »
Bien sûr, il lui faudrait trouver des mesures pour éviter que de tels incidents se reproduisent, mais, pour le moment, il se contentait de voir les choses rentrer dans l’ordre.
Brouhaha…
« Hé, regardez là-bas. »
« Ah… C’est Harley, le type qui fait parler de lui en ce moment. Il est de retour à Tarak ? …Hein ? Mais qu’est-ce que… ? »
« Un nain ? »
Les regards se tournèrent vers eux tandis qu’ils remontaient fièrement la rue principale.
Harley, qui dépassait les deux mètres, et Howard, dont la taille n’atteignait même pas sa taille, marchaient côte à côte. Ils attiraient bien des regards, mais ce genre d’attention ne les dérangeait plus.
À leur arrivée à la forge, on les conduisit aussitôt à l’intérieur, comme convenu.
Harley put enfin retrouver Zaonic après tout ce temps.
« Hahaha ! Ça fait un bail, Zaonic ! Comment vas-tu ? »
« …Hein ? Oh ! Oui, ça fait un bail. J’ai entendu parler de tes exploits. Je suis content de voir que tu es en bonne santé ! »
Mais son attitude avait quelque chose d’étrange.
À vrai dire, il avait commencé à réagir bizarrement dès qu’il avait aperçu Howard, que Harley avait amené avec lui.
« …Alors, c’est le nain que tu voulais me présenter ? Il est vraiment très jeune. »
Son regard, qui s’était égaré pendant qu’il parlait à Harley, revint se poser sur Howard.
Comme s’il ne pouvait s’empêcher de s’intéresser à lui.
« Hum ! Enchanté, monsieur ! Je m’appelle Howard. »
« …Oui, enchanté. Je suis Zaonic Steelstone. »
Le contraste était saisissant pour une conversation entre deux hommes à la barbe épaisse et broussailleuse, mais, pour deux nains, elle n’avait rien d’anormal.
Pour Harley, qui appartenait à une autre race, ils n’étaient que deux hommes poilus du même âge. Mais, aux yeux de Howard, Zaonic avait l’allure d’un bel homme mûr.
Et Zaonic, à l’inverse, devait voir en lui un jeune garçon inexpérimenté.
« Il se comporte bizarrement depuis tout à l’heure. Ce n’est pas négatif, mais c’est… subtil. »
Sa réaction ne s’expliquait pas seulement par le fait qu’il rencontrait un autre nain après si longtemps.
Elle était plus intime, plus chargée d’émotion…
« Hum, ça va peut-être vous sembler étrange si je vous demande ça comme ça… »
Zaonic s’éclaircit la gorge et prit la parole avec prudence.
« …Est-ce qu’on s’est déjà rencontrés ? »
« Hmm, j’ai erré un peu partout depuis mon enfance, mais vous êtes le premier des nôtres que je rencontre. »
« Et tes parents… »
« Oui, ils sont morts quand j’étais petit. Depuis, j’ai toujours vécu seul. Jusqu’à ce que je rencontre Harley. »
À ce moment-là, Harley s’apprêtait à raconter l’acte cinq, scène deux, de La grande aventure de Harley : « La rencontre avec le nain errant ». Mais…
« …Je vois. C’est… ça doit être ça. »
Zaonic était toujours perdu dans ses pensées et marmonnait pour lui-même.
« Ah, excusez-moi. C’est juste que je n’ai pas l’impression que vous soyez un étranger. C’est… oui, comme si un fils ou un petit-fils parti pour un long voyage était rentré. Bien sûr, je suis célibataire ! Hahaha ! »
« Ah, je vois. Huhuhu ! »
« Hahaha ! Je croyais que vous aviez une famille dont vous aviez été séparé ! »
Zaonic força un rire, sans doute conscient d’avoir assombri l’ambiance.
Howard et Harley rirent avec lui pour lui éviter d’être gêné, mais, intérieurement, ils analysaient déjà la situation.
« Ne me dites pas que… c’est l’influence d’Elinne ? »
Elinne, la pioche divine que le nain Zaonic avait forgée avec amour et choyée comme son enfant pendant si longtemps.
C’était le médium à l’origine de la naissance de Howard.
« Vu comme ça, c’est en fait son petit-fils. »
En tant qu’artisan, Zaonic semblait éprouver quelque chose pour Howard, qui était lié à l’une de ses créations.
« Ouf… Veuillez m’excuser. J’étais perdu dans mes pensées. Ah ! Je devrais d’abord vous donner la hache. Venez par ici. »
Il secoua la tête comme pour chasser ses idées, se donna une légère tape sur les joues, puis les conduisit à l’intérieur pour leur remettre l’arme.
Et « elle » se trouvait dans l’atelier.
« Voici la hache que j’ai fabriquée de tout mon cœur. Comme tu l’avais demandé, j’ai travaillé l’acier noir pour en maximiser la résistance et j’ai même recouvert la lame d’adamantium ! C’est un chef-d’œuvre ! »
Il désigna une immense hache entièrement faite de métal noir.
« Son seul défaut, c’est son poids : elle est trop lourde pour être pratique. La plupart des gens ne pourraient même pas la soulever, encore moins la manier… Mais ça ne te pose pas de problème, pas vrai ? »
La longue hampe épaisse, qui dépassait les deux mètres, portait une grande lame de hache et une pointe de lance, tandis qu’un crochet acéré se trouvait à l’autre extrémité.
Elle ressemblait davantage à une « hallebarde » qu’à une « hache », mais sa lame était si démesurée qu’on ne pouvait pas non plus la ranger simplement dans cette catégorie.
« Oh… Elle est énorme et magnifique ! »
Cette arme menaçante, qui semblait tout droit sortie des mains d’un monstre géant dans un jeu vidéo, correspondait parfaitement aux goûts de Harley.
Le cœur battant d’excitation, il s’approcha aussitôt de la hache et la souleva avec précaution.
Fwoosh…
Il entendit l’air siffler lourdement à peine l’arme eut-elle quitté le sol.
Elle était encore plus lourde qu’elle en avait l’air, mais…
« Elle est sacrément lourde ! Voilà ce qu’on appelle une vraie arme ! Hahaha ! »
Pour Harley, son poids était bien sûr idéal.
Fwoosh… Fwoosh !
Un sifflement glaçant résonna dans l’atelier spacieux, et une rafale de vent souffla tandis qu’il faisait tournoyer la hache d’une seule main, sans forcer.
« Je l’ai appelée “Tueur de géants”, pour l’instant. Mais tu peux la renommer si le nom ne te plaît pas. »
« Ah, c’est plus que suffisant ! Le nom est parfait ! Hahaha ! »
Il ne put s’empêcher de rire en obtenant une arme à son goût.
Comme on pouvait s’y attendre d’une arme naine, la hache était aussi très belle ; rien que la tenir dégageait une aura luxueuse qui comblait sa vanité.
Bien sûr, ceux qui se retrouveraient face à elle déploreraient sans doute leur sort plutôt que d’admirer son raffinement.
« Mais… tu es sûr que tout va bien ? J’ai appris ce qui s’est passé après que j’ai terminé mon travail. Il semble que beaucoup de choses soient arrivées. »
Zaonic, qui hochait la tête avec satisfaction devant l’expression ravie de Harley, prit soudain un ton inquiet.
« Non seulement le Roi immortel, qui a attaqué la cathédrale, a fait tomber le Duché de Rohan, mais il a aussi dévasté Tobea, dans l’Empire, récemment, pas vrai ? »
Ce n’était pas le genre d’informations accessibles au premier venu, mais il avait pu en apprendre autant parce qu’il était, pour ainsi dire, l’un des proches conseillers du seigneur.
Et ce n’était même pas un secret : toute la situation faisait grand bruit sur le continent.
« Et te voilà recommandé pour l’expédition, comme ça… Bien sûr, ce n’est pas que tu en sois incapable, mais ça me paraît un peu soudain. »
S’il avait été recommandé, c’était forcément quelqu’un qui l’avait recommandé.
Cette information n’avait pas été rendue publique, mais Harley savait parfaitement qui en était à l’origine.
« C’était la Guilde des mercenaires et la Fédération tribale de Calcos. »
Il n’était pas surprenant que la guilde l’ait recommandé puisqu’elle le connaissait bien. En revanche, il s’attendait moins à ce que la Fédération tribale de Calcos, installée dans le Sud, le fasse.
Pourtant, même s’il se faisait passer pour un guerrier du Sud, ils n’avaient jamais vraiment pris contact…
« Hahaha ! Peu importe ! Je fracasserai le crâne de quiconque se mettra en travers de mon chemin avec cette hache ! »
Harley renifla, impatient d’essayer sa nouvelle arme.
Il aurait voulu foncer sur-le-champ dans les montagnes du Nord, mais, malheureusement, ce n’était pas encore le moment.
« Enfin, Zaonic, tu as réfléchi à ce que je t’ai demandé ? Qu’en penses-tu, maintenant que tu l’as rencontré ? »
« Hmm… Tu veux que je le forme ? »
Zaonic jeta un regard sérieux à Howard, puis se replongea dans ses pensées.
Il ne pouvait pas prendre à la légère la décision de le former véritablement, au lieu de se contenter de lui donner quelques conseils.
« Le secret des nains » n’était pas révélé à tous les nains.
Après tout, un artisan ne transmettrait pas son savoir au premier venu.
Bien sûr, les nains n’étaient pas aussi fermés que les autres races, mais leur savoir-faire se transmettait souvent au sein des familles ou des tribus.
Ce n’était pas un savoir qu’il pouvait transmettre à quelqu’un qu’il venait de rencontrer, même si Harley le lui demandait.
Mais…
« …Eh bien, je ne peux pas garder éternellement pour moi tout ce que j’ai appris. Si nous nous sommes rencontrés ici, sur le Continent d’Ion, c’est que le destin l’a voulu. »
Zaonic accepta avec une facilité déconcertante.
« Et puis, surtout, ce garçon… Je n’ai pas l’impression qu’il soit un étranger. C’est étrange. »
« Ha, hahaha ! C’est le destin ! Oui, tout à fait ! »
Harley, celui qui avait enlevé Elinne, détourna maladroitement le regard.
Et Howard put enfin apprendre comme il se devait le « secret des nains » auprès de Zaonic.
Une fois toutes les affaires réglées, Harley prit la route de la Cathédrale de Roselia, le cœur léger.