Chapitre 120
Épisode 120 : Guerre silencieuse (2)
« Argh… ! »
Sa conscience vacillante se ranima brusquement.
Ses poumons écrasés se régénérèrent, ses voies respiratoires se dégagèrent et son cœur se mit à battre violemment, propulsant le sang dans tout son corps.
Son corps reprit peu à peu des forces tandis que ses blessures mortelles commençaient à guérir grâce à la « Récupération supérieure ».
… J’ai failli mourir… !
Il serait vraiment mort sans l’« Immunité à la mort instantanée », l’atout obtenu par Hans après avoir accompli l’exploit du « Roi immortel ».
Mais il semblait qu’il lui faudrait beaucoup de temps pour se rétablir complètement, tant son état était grave.
Heureusement, ses organes, complètement broyés, reprenaient forme comme si le temps remontait à rebours, mais ils étaient encore loin d’être en bon état.
« Maître ! Voilà une potion ! »
« Nous vous emmenons au temple tout de suite ! Tenez bon ! »
Hubert analysa calmement la situation, sa pensée accélérée, tandis qu’il regardait les mercenaires lui verser frénétiquement des potions d’urgence dans la bouche et tenter de le transporter au temple.
Le coupable était un vampire, mais je ne l’avais jamais vu.
Il devait être d’un niveau très élevé pour avoir réussi à s’infiltrer et à le prendre par surprise sans se faire repérer.
Cela signifiait qu’il avait déjoué la surveillance des mercenaires, mais aussi le réseau d’observation du Clan Brokolak.
Les capacités de détection de Hubert ne sont pas terribles. Il n’a donc pas pu cerner son adversaire. Mais pour réussir un tel coup, celui-ci devait être au moins un Sang pur.
Et, parmi eux, il devait compter parmi les meilleurs et posséder des capacités spécialisées dans l’assassinat.
Mais…
Pourquoi un individu d’un si haut niveau s’en prendrait-il à un simple marchand comme Hubert ?
Son esprit s’emballa, passant en revue les personnes susceptibles d’avoir commandité l’attaque.
Des marchands concurrents avec lesquels il s’était heurté au fil de l’expansion de la compagnie, des nobles qui convoitaient celle-ci, et même des gangs des ruelles qu’il réprimait.
… Il y en avait trop pour en désigner un en particulier.
Il était fier d’avoir développé son entreprise honnêtement, mais dès qu’il était question de profits, il était impossible de ne pas se faire d’ennemis.
Mais pourquoi un vampire ? Une coïncidence ? … Bon sang, je n’ai pas assez d’informations. Je dois commencer par découvrir l’identité de ce vampire inconnu.
Il ne croyait pas que le Clan Brokolak l’ait trahi.
Ses membres étaient soumis à Heinz le Second par l’intermédiaire de l’« Essence de sang raffinée » ; ils ne pouvaient donc pas désobéir à son ordre de soutenir Hubert sans réserve.
Le plus efficace serait de mobiliser le clan par l’intermédiaire de Heinz, mais il est absent pour le moment… Et la formation de transfert est en période de recharge depuis que j’ai envoyé Howard.
Malheureusement, la situation ne semblait pas facile à résoudre.
Mais, pour l’instant, autre chose était bien plus important.
« Kof ! Attendez… »
Hubert arrêta ses gardes du corps, qui lui versaient des potions dans la bouche et s’apprêtaient à l’emmener au temple en toute hâte, puis leur transmit ses instructions sans leur laisser le temps de protester.
Il allait se cacher dans un endroit sûr, le temps de se rétablir, puis reviendrait.
S’il apprend que je ne suis pas mort, il essaiera à coup sûr de m’achever cette fois.
Il était parti en croyant l’avoir éliminé, mais rien ne disait quand il pourrait revenir.
Mieux valait quitter les lieux au plus vite : il ne pouvait plus compter sur l’« Immunité à la mort instantanée ».
« … J’ai un moyen de contacter Howard directement. En attendant, je vais… Ouf, je vais vous transmettre les détails du travail. Prévenez aussi la compagnie… »
« O-oui ? Mais comment allez-vous vous cacher… »
Il ne pouvait plus perdre de temps.
Dès qu’il estima avoir donné ses instructions, Hubert disparut sur-le-champ grâce à « Renvoi ».
Bien sûr, il se demandait s’il pouvait faire confiance à ces mercenaires, mais il n’avait pas le loisir de s’en préoccuper pour l’instant.
Ils ont été recommandés par les trois guerriers du Sud, alors je peux leur faire confiance dans une certaine mesure. Évidemment, on ne sait jamais ce qui se passe dans la tête des gens…
Si jamais ils le trahissaient, il n’aurait qu’à mobiliser tous les moyens à sa disposition, Harley et le Clan Brokolak compris, et à leur faire payer le prix fort.
« Pfiou, quelle catastrophe, comme ça, tout d’un coup. »
Vroum…
Un halo lumineux qui emplissait la pièce imprégna le corps de l’homme étendu au sol.
J’utilisais alors la « Projection d’individu » pour prendre l’apparence de Heinrich et déversais mon pouvoir sacré sur Hubert, que j’avais rappelé sur Terre.
Il a survécu grâce à l’« Immunité à la mort instantanée », mais…
Cela avait tout juste suffi à le maintenir en vie ; il ne semblait donc pas près de se rétablir.
Heinrich avait beau être reconnu comme un Saint, ses capacités étaient axées sur le combat.
C’était normal : il ne possédait aucune bénédiction liée à la guérison ou à la récupération.
Mais il est assez efficace de déverser sans compter mon pouvoir sacré grâce à la « Magie sacrée d’Outerica ».
Avec la compétence commune « Récupération supérieure », il devrait pouvoir se rétablir suffisamment pour bouger après quelques jours de repos.
Mais ce n’était pas le plus important pour le moment.
C’est embêtant. Je ne sais pas où ça a dérapé.
Je n’avais pas assez d’informations pour déterminer si l’affaire était liée à la compagnie, aux vampires ou même à Harley.
J’essayais de bâtir un réseau de renseignements pour me préparer à ce genre de situation, mais cela s’était produit pendant l’absence de Heinz.
« Pfiou… Bon, maintenant que c’est arrivé, je n’y peux rien. L’important, c’est de savoir comment réagir. »
Heureusement, j’avais un autre réseau de renseignements.
Il n’était pas vraiment adapté à ce genre de mission…
Enfin, il existe bien pour une raison. Leurs personnalités sont un peu différentes, mais ils pourront au moins saisir les grandes lignes de la situation.
Ils étaient un peu moins doués pour comprendre les conflits humains et les intrigues politiques, mais ils excellaient dans d’autres domaines.
Je vais leur donner l’ordre de se mettre immédiatement au travail. Je ne sais pas qui sont ces salauds, mais ils s’en sont pris à la mauvaise personne.
Ainsi, Olivia, cheffe du renseignement de l’Armée immortelle placée sous les ordres de Hans, le Roi immortel, et d’innombrables fantômes
se mirent en mouvement pour découvrir la vérité derrière la tentative d’assassinat d’un simple marchand.
Un espace imprégné d’une odeur de sang.
Visque Ufersh, un vampire aux cheveux et aux yeux blancs, inspira profondément puis prit la parole à voix basse.
« Où en sont les préparatifs ? »
« Ils avancent sans encombre. Les combattants se rassemblent conformément à la convocation, et nous installons plusieurs Portes de sang sur la route du Royaume de Talia. »
Une silhouette dissimulée dans l’ombre répondit discrètement à sa question.
Les Portes de sang étaient des portails de téléportation temporaires utilisés par le Clan Ufersh : une forme unique de magie du sang qui leur permettait d’agir partout sur le continent.
Elles ne permettaient pas de parcourir de longues distances et leur installation exigeait une grande quantité de sang, mais ces inconvénients pesaient peu face à leur commodité.
« Nous avons choisi la ville de Raffella, à quelques jours de route, pour éviter d’être repérés en nous rendant directement à Talalia. Bien entendu, nous pouvons atteindre la capitale en moins d’une demi-journée. »
« Hmm… Très bien. »
Visque hocha la tête, satisfait.
« Et nous venons de recevoir un rapport : la mission à Tarak, dans le Royaume de Tulk, est terminée. »
« Hmm ? Qu’y avait-il là-bas ? »
Il pencha la tête en direction de la silhouette et s’enfonça davantage dans son fauteuil.
Il leur avait ordonné de concentrer tous leurs efforts sur la prise de contrôle du Clan Brokolak dans le Royaume de Talia. Pourquoi lui parlait-on soudain de cet endroit ?
« … Nous avions appris que le Clan Brokolak cherchait à y étendre son influence en s’associant à une compagnie commerciale de Tarak. J’ai donc signalé que nous allions assassiner le chef de cette compagnie afin de détourner leur attention. »
« Ah… C’est vrai. J’avais oublié, c’était une affaire insignifiante. »
Visque hocha enfin la tête et se caressa le menton.
La vie ou la mort d’un simple humain lui importait si peu qu’il n’y prêta guère attention.
« Il semblerait que Klein ait éliminé le chef de cette compagnie ainsi que quelques vampires du Clan Brokolak. Puisqu’il s’en est chargé personnellement, vous n’avez pas à vous inquiéter des traces. »
« Klein, je m’en souviens. Pour un Sang pur, c’était un homme fort utile. Personne n’est meilleur que lui pour régler les choses discrètement et efficacement. »
« C’est vrai. Parmi les Sangs purs actuels, il est le plus susceptible de devenir un Sang véritable. »
« Alors il a dû faire du bon travail. De toute façon, ce qui se passe là-bas n’a guère d’importance. »
Visque agita la main avec désinvolture, convaincu que les seules forces du clan suffiraient amplement à mener leur plan à bien.
Il ne le disait pas à ses subordonnés, qui travaillaient d’arrache-pied, mais il était persuadé de pouvoir les anéantir à lui seul.
Il se contentait d’attendre comme prévu, car son objectif final ne consistait pas simplement à les éliminer.
« Alors, quand les préparatifs seront-ils terminés ? »
« Nous essayons de tout préparer aussi discrètement que possible. Il nous faudra environ une semaine… »
« C’est trop long. Accélérez. »
« … Nous pouvons hâter le rassemblement en les pressant, mais si nous précipitons l’installation des Portes de sang, nous risquons d’être repérés… »
« Une semaine… Vous pouvez gagner au moins deux jours. Terminez dans les cinq jours. »
« … Oui, seigneur. Que votre volonté soit faite. »
La silhouette ne put protester davantage et baissa simplement la tête lorsque Visque lui coupa fermement la parole.
Une fois l’ordre du Sang sacré donné, ils n’avaient d’autre choix que d’obéir.
« J’ai hâte de le rencontrer. Comment a-t-il réussi à prendre la tête du clan ? Ils sont de la même lignée… Je ne comprends pas. »
Visque Ufersh sourit froidement, impatient de pouvoir satisfaire sa curiosité dans quelques jours.
« Merci ! Passez une bonne journée ! »
« Oui, oui~ Oh là là, quelle jeune fille pleine de vie ! Si seulement mon fils prenait exemple sur vous. Oh oh oh~ »
Diana s’étira après avoir raccompagné la cliente, qui quittait l’épicerie avec le sourire.
Le soleil se couchait : l’heure de fermer boutique était venue.
« Bon travail aujourd’hui, Diana. Tu n’es pas obligée de m’aider, tu as déjà tes études, non ? »
« Ça ne me dérange pas, mon oncle. Ça m’aide aussi de travailler directement comme ça. Mon professeur dit que n’apprendre que dans les livres, c’est acquérir un savoir mort ! »
Diana, la jeune fille qui avait voyagé d’Ajantu à Raffella avec Heinz, répondit en souriant de toutes ses dents.
Elle avait parfaitement maîtrisé la lecture et le calcul au centre de soutien scolaire et apprenait désormais la comptabilité et le droit commercial auprès du professeur qu’elle y avait rencontré.
Bien sûr, les frais de scolarité étaient assez élevés, mais ce n’était pas un problème : l’argent que Heinz lui avait donné suffisait largement.
Si nous pouvons vivre comme ça, c’est entièrement grâce à monsieur. Alors, je veux lui être utile d’une manière ou d’une autre.
Mais Diana ne voyait pas beaucoup de façons d’aider Heinz.
Elle était frêle et n’avait pas de talent particulier ; tout ce qu’elle pouvait faire, c’était réfléchir. Heureusement, elle était douée pour ça.
Son professeur lui-même s’était plusieurs fois exclamé devant son intelligence.
Beaucoup de gens savent gérer de l’argent, mais rares sont ceux qui sont à la fois compétents et dignes de confiance !
Elle ignorait ce que Heinz faisait, mais se disait qu’un gestionnaire financier pouvait être utile dans n’importe quel domaine.
Elle avait encore beaucoup à apprendre, mais si elle travaillait dur, elle pourrait devenir indispensable à ses yeux.
Tandis que Diana renouvelait ses ambitieux projets et rangeait la boutique,
Snif…
Une odeur venue de quelque part lui piqua le nez.
Encore…
C’était l’odeur du sang, qu’elle avait déjà sentie plusieurs fois dans la journée.
Elle la remarquait assez souvent depuis quelque temps, mais ces derniers temps, c’était devenu plus fréquent.
Et l’odeur que je sens ces jours-ci est différente.
Elle percevait de plus en plus l’odeur de vampires inconnus, et non celle de ceux auxquels elle était habituée.
J’espère qu’il ne va rien arriver…
Diana fronça les sourcils, termina rapidement de ranger et rentra dans la maison.
Elle se dit qu’elle devait de nouveau mettre en garde son frère Aaron et Rafi.
Et ainsi,
une guerre silencieuse approcha.