Chapitre 5
— « Dans un monde qui s'apprête à brûler ? » répéta-t-elle, les yeux plissés, en se demandant si j'avais perdu le peu de santé mentale qu'il me restait.
— Non, oublie ça. Tu ne devrais pas y aller, toi ? répliquai-je en désignant du menton la rue derrière elle.
— Ah, c'est vrai ! s'exclama-t-elle en se redressant brusquement. Mais ne m'appelle plus "toi" ou "gamine", j'ai un prénom.
— Oui ? Et lequel ?
— Je m'appelle Bora.
Quel nom original, pensai-je d'un ton narquois en croisant les bras.
— Je reviendrai, et cette fois, vous devriez m'écouter, lança-t-elle avec un petit sourire énigmatique en tournant les talons.
— Oui, oui, c'est ça.
Je crois que je vais devoir déménager ou changer de fac, pensai-je en soupirant. On se croise beaucoup trop souvent pour que ce soit normal.
— Me voilà ! lança soudain une voix familière.
C'était la fille de ma promo. Je me tournai vers elle et remarquai qu'elle n'était pas seule : trois filles et deux garçons l'accompagnaient. Ils devaient être dans ma classe, eux aussi. Désolé, mais retenir les prénoms de tout le monde n'a jamais été ma priorité.
— Alors, on y va ? dit-elle en me souriant. Au fait, moi c'est Ji-yu, et toi ?
On est dans la même promo depuis le début de l'année, je te rappelle... Bref, je ne me rappelais de toute façon pas de son prénom, alors autant faire table rase.
— Enchanté, je m'appelle Baek-ryeon.
Nous marchâmes pendant quelques minutes au milieu des bavardages. Ji-yu était plutôt du genre pipelette, et disons que le bruit constant commençait sérieusement à me taper sur le système.
— Nous y voilà ! s'écria l'un d'eux.
Nous entrèrent dans un café chaleureux et je m'empressai d'aller m'asseoir à une table près de la fenêtre, loin du tumulte.
— J'ai un truc dément à vous dire ! annonça soudain un camarade de classe dont j'avais, encore une fois, oublié le prénom.
— Oui, on t'écoute, répondit Ji-yu.
Je n'aime pas les informations de dernière minute. Ça perturbe mon sens du calme, pensai-je en soufflant.
— Hier, aux infos, le gouvernement a retrouvé plein de rats morts dans les égouts de la rue voisine. D'après ce qu'on dit les scientifiques, un vieux virus mystérieux se propagerait entre les rongeurs.
Attends, quoi ?
Un virus ? Ne me dis pas que c'était ça la véritable cause de l'apocalypse ?
— Et d'après le ministre, nous serons bientôt confinés, continua-t-il. On dirait que ce fichu virus se propage super vite entre les humains, maintenant...
Je me figeai net. Un frisson glacial me parcourut l'échine.
Je me souviens de ce bulletin d'information... C'était exactement le jour où je suis mort. Le tout début de la fin du monde.
BIP !
[ NOUVELLE QUÊTE ! ]
[ Cherchez immédiatement un endroit sûr pour vous cacher ! L'apocalypse est dans 15 jours ! ]
Non, mais c'est une blague ?! C'était censé être dans trois mois, pourquoi les jours ont diminué d'un coup ?!
Pris de panique face à l'urgence de la situation, je me levai brusquement de ma chaise, faisant grincer le bois sur le sol.
— Je crois que je vais y aller, lâchai-je d'une voix pressée.
— Mais attends, on n'a même pas encore commencé à bosser sur l'exposé ! s'indigna Ji-yu.
— Désolé, mais... je dois survivre à cette nouveauté... à cette journée, me rattrapai-je in extremis.
— Hein ? De quoi tu parles ?
— Non, rien, laissez tomber !
Je tournai les talons et sortis en trombe du café, laissant mon groupe d'exposé complètement interloqué derrière la vitrine.
De l'autre côté de la rue, marchant à un rythme tranquille dans la fraîcheur du soir, Bora s'était arrêtée un instant. Elle regardait fixement le vide, là où une lueur bleue venait de s'animer devant ses yeux.
Un sourire en coin, à la fois amusé et calculateur, se dessina sur ses lèvres tandis qu'elle fixait la silhouette de Baek-ryeon s'enfuir au loin.
— Je me demande... murmura-t-elle pour elle-même en consultant son propre écran de quête. Combien de temps il va tenir avant que cette apocalypse ne l'achève pour de bon ?