Chapitre 6
— Vite ! Il faut que je quitte ce pays de malheur, je ne compte pas mourir encore une fois !
De retour dans mon appartement, c'était la panique générale. Je jetais mes habits à la hâte dans mes valises, fermant les fermetures éclair avec la force du désespoir. C'est à cet instant précis qu'une lumière bleue clignota devant mes yeux.
BIP !
[ ALERTE : Vous ne pouvez pas quitter ce pays sous peine de sanction ! ]
— Quel genre de sanction ?! lancai-je à voix haute en ignorant le message.
De toute façon, je m'en fichais royalement. Je n'avais rien demandé de tout ça ! On me renvoie dans le passé, on me colle 15 jours avant l'apocalypse au lieu de trois mois, et en plus on voudrait me dicter mes trajets vacances ? Sans moi !
— Mon passeport... Où est mon passeport ?!
Je me précipitai dans ma chambre, fouillai mes tiroirs et finis par attraper le précieux carnet bleu. Un grand sourire niais s'étira sur mes lèvres.
Quelques minutes plus tard, je sortais de chez moi, valises à la main, un bonheur absolu m'envahissant la poitrine. Je pris immédiatement un taxi en direction de l'aéroport de Incheon.
Installé à l'arrière, je regardais le paysage défiler, un sentiment de soulagement m'envahissant.
— Je vais enfin pouvoir me libérer de ce fardeau horrible... murmurai-je.
Soudain, le véhicule freina sec et se figea sur place.
— Monsieur, pourquoi vous vous arrêtez ? demandai-je au chauffeur.
— Il y a un énorme embouteillage, jeune homme. Ça ne avance plus du tout.
Un embouteillage. Au pire moment possible.
Une heure passa. Puis deux. Le compteur défilait, mais les voitures devant nous ne bougeaient pas d'un millimètre. Il était 17 h 00. Mon vol était à 18 h 30.
Mais c'est quoi ce bordel ?! Pourquoi au moment précis où je veux quitter ce pays tout se ligue contre moi ?!
BIP ! BIP ! BIP !
[ ALERTE ROUGE !!! : SORTEZ IMMÉDIATEMENT DE LA VOITURE ! ]
— Quoi ?
Avant même que j'aie le temps de râler contre le Système, une détonation assourdissante fit trembler la carrosserie. BOUM !
En direction de l'avant de l'autoroute, une immense colonne de fumée noire s'élevait dans le ciel, accompagnée de cris d'effroi. La panique s'empara instantanément de la foule. Des gens abandonnaient leurs véhicules en hurlant.
D'accord. C'est officiellement la fin.
Sans réfléchir, j'attrapai mes bagages, poussai la portière du taxi et me mis à courir dans la direction opposée. Balle au pied, je me frayais un chemin à travers la foule hystérique qui me bousculait de tous les côtés. C'était sans doute le jour le plus humiliant et le plus chaotique de toute ma vie.
Apercevant une ruelle en contrebas de la voie rapide, je m'y engouffrai à toute vitesse pour m'abriter derrière un conteneur à poubelles.
— Ahhh... ahhh... respirai-je, complètement essoufflé, les mains sur les genoux. C'est quoi ce cirque ?!
— Monsieur ?
Je sursautai et me redressai d'un coup. Je reconnut immédiatement cette voix agaçante.
— Tu fais quoi ici ? Dora ? lancai-je d'un ton perplexe en plissant les yeux.
— C'est "Bora", monsieur, répliqua-t-elle d'un ton agacé. Mon prénom est facile à retenir, pourtant.
— Tu n'as pas répondu à ma question ! Qu'est-ce que tu fous ici ?!
Je lui lançai un regard noir. Je savais que cette fille était bizarre depuis le début, mais la croiser au milieu d'un chaos pareil relevait du miracle... ou de la malédiction.
Bora laissa échapper un léger sourire amusé, avant que son visage ne reprenne subitement ce masque froid et sérieux de la première fois.
— J'aimerais vous parler, dit-elle en me fixant droit dans les yeux. Et cette fois... écoutez-moi, monsieur.