Chapitre 4
Après avoir survécu à une journée entière de cours universitaires ce qui relève déjà du miracle quand on a un système obsessionnel dans le crâne , je franchis enfin les portes de l'établissement. L'air frais de fin d'après-midi me caressa le visage, porteur d'une seule et unique promesse : mon canapé, mes coussins, et un sommeil bien mérité.
C'est à ce moment précis que je la vis.
Adossée contre un muret en briques, vêtue de son uniforme scolaire ce qui signifiait qu'elle était encore au lycée, logique , elle tenait son téléphone scotché à son visage. Dès qu'elle leva les yeux et me vit franchir les grilles, ses lèvres s'étirèrent en un sourire carnassier.
Mon corps tout entier se crispa.
Elle me veut quoi encore, celle-là ?
— Bonjour, monsieur. Je vous attendais, lança-t-elle d'un ton faussement enjoué.
Elle m'attendait ? C’est pour quoi, cette fois ? Elle veut que je la sauve des pigeons du campus ?
Je m'arrêtai à quelques pas d'elle, adoptant de nouveau mon expression la plus froide, le masque d'un étudiant blasé par l'existence.
— Oui ? Tu ne vois pas que je suis occupé ? répliquai-je d'un ton sec.
En vrai, mon unique préoccupation du moment était d'aller m'endormir dans mon lit dès mon arrivée chez moi.
— Vous êtes libre ce soir ? demanda-t-elle en inclinant la tête.
Je la dévisageai, totalement perplexe. La veille, elle était froide, agressive et repoussante comme un hérisson en colère. Aujourd'hui, elle se comporte comme une vieille connaissante.
Est-ce qu'elle a une jumelle maléfique cachée quelque part ? Ou est-ce le Système qui a corrompu ses fichiers de personnalité ?
— Non, j'ai un exposé à rendre ce soir, déclarai-je de mon ton le plus détaché.
Et pour le coup, ce n'était même pas un mensonge. Mon groupe de Droit Civil m'avait tanné toute la semaine pour qu'on se rassemble, mais mon plan initial était d'esquiver la réunion pour dormir.
Je l'observai du coin de l'œil, en me grattant machinalement l'arrière du crâne.
Elle m'agace vraiment.
— Hé ! Dis donc !
Une voix féminine retentit soudain derrière moi. Je sursautai à peine et me retournai. Une fille de ma promotion une camarade de classe dont j'avais totalement oublié le nom, pour être honnête s'avançait vers nous. Elle salua la lycéenne d'un signe de tête avant de planter ses yeux dans les miens.
— Je vous dérange ? demanda-t-elle avec un petit rire.
— Non, pas du tout, répondis-je instantanément, reprenant une contenance polie.
— Bon. Pour l'exposé, on a décidé avec le groupe de se rejoindre dans un café pour discuter du projet, reprit ma camarade de promo. J'aimerais savoir si tu aimerais venir. T'es libre ce soir, non ?
Mes yeux s'illuminèrent d'un coup. Un plan social ? Une excuse parfaite pour fuir la lycéenne et ses quêtes bizarres !
— Libre ? Oui, tout à fait ! dis-je en affichant un grand sourire faussement enjoué.
Mais à côté de moi, un toussotement narquois retentit.
— Mais... vous venez de dire que... lâcha la lycéenne, un sourcil haussé, les bras croisés.
Je fermai secrètement la bouche d'un coup sec, manquant de m'étouffer. Je me tournai vers elle avec un regard noir, lui envoyant un signal clair par la pensée : Pitié, ferme-la ou je te laisse toute seule face aux brutes de la ruelle.
Heureusement, ma camarade de promo ne remarqua rien de notre échange muet.
— Je vais chercher le reste du groupe au secrétariat, tu m'attends là, hein ? lança-t-elle en reculant de quelques pas.
— Oui, bien sûr, répliquai-je avec un sourire crispé.
Dès que ma camarade eut tourné les talons, la lycéenne laissa échapper un petit rire moqueur, fixant mon hypocrisie avec une lueur amusée dans le regard.
— Vous êtes un menteur patenté, murmura-t-elle.
Je poussai un soupir, riant doucement dans ma gorge tout en remettant mes mains dans mes poches, abandonnant toute velléité de défense.
— Je vois... Tu sais, j'ai un secret à te dire, gamine, répondis-je d'un ton faussement mystérieux. Mentir, c'est mon plus grand atout. Surtout face à un monde qui s'apprête à brûler.