Chapitre 3
Elle a un sale comportement, cette gamine…
Franchement, à sa place, j'aurais au moins offert une brique de lait à la fraise pour le geste. Mais bon, la gratitude semble être une option payante de nos jours.
Je tournai les talons, bien décidé à laisser cette ruelle et ses problèmes derrière moi. C’est exactement au moment où je posai le pied sur le trottoir qu'une lumière bleue bien trop familière vint clignoter frénétiquement devant mes yeux.
BIP !
[ NOUVELLE QUÊTE : Le Réseau de la Survie ]
[ Objectif : Devenez ami avec cette fille. Elle sera d'une utilité cruelle et indispensable durant l'apocalypse. ]
[ Récompense : Compétence passive "Alliance Stratégique" & +150 XP. ]
Je tirai une grimace d'aspérité, les sourcils froncés en voix interne.
— Encore des quêtes sans importance... murmurai-je. Je peux très bien me débrouiller seul, je te signale. J'ai un plan infaillible pour l'apocalypse : trouver un bunker blindé, stocker dix tonnes de fraises et verrouiller la porte de l'intérieur jusqu'à ce que les zombies meurent de faim.
[ Analyse du Système : Probabilité de survie avec ce plan = 1,2 %. La fille possède des compétences stratégiques uniques. Veuillez réévaluer votre asociabilité. ]
Cause toujours, boîte à bêtises.
Je repris ma marche, ignorant délibérément le rectangle lumineux. C'est alors qu'un appel hésitant retentit derrière moi.
— Attendez !
Je me stoppai net sans me retourner. Elle me veut quoi encore, elle ? Je dois rentrer chez moi terminer ma série. Si je rate la fin de Vampire Diaries deux fois dans deux vies différentes, je fais sauter le paradis.
Je me retournai lentement, pivotant sur mon talon. Mon visage se remplaça immédiatement par mon masque d'indifférence habituel. Froid. Impassible. Le genre de regard qui dit "tu me fais perdre mon temps".
— Oui ? dis-je d'une voix neutre.
La fille aux cheveux noirs baissa légèrement la tête, tripotant le bas de sa veste. Ses bras couverts de bleus tremblaient encore un peu, mais l'agressivité de tout à l'heure avait disparu.
— Euhh... merci, murmura-t-elle à voix basse, presque inaudible.
Un "merci" ?
Ah. Comme quoi, elle n'est pas si mauvaise au fond. Elle a juste besoin d'un manuel de savoir-vivre.
— De rien, répondis-je simplement en lui faisant un léger signe de la main. À plus.
Je me retournai pour de bon et m'éloignai d'un pas tranquille, laissant la ruelle derrière moi.
La jeune fille resta immobile un moment à me regarder m'éloigner. Son regard noir glissa sur mon manteau long et sur cette attitude détachées qui me caractérisait. Elle rajusta la frange qui lui cachait le visage, plissant les yeux.
— Je pense l'avoir déjà vu quelque part... murmura-t-elle pour elle-même.
Puis, serrant son sac contre elle, elle ramassa ses affaires étalées au sol et s'en alla à son tour dans la direction opposée.
Vingt minutes plus tard.
La clé tourna dans la serrure. Un clic satisfaisant retentit, et la porte de mon appartement s'ouvrit.
L'odeur familière de mon chez-moi un mélange d'assouplissant à la vanille et de parquet propre me sauta au visage. Pas d'odeur de chair en décomposition. Pas de cris hystériques dans la rue. Pas de sirènes d'ambulance. Juste le silence absolu et réconfortant de mon studio.
Pour la première fois depuis mon réveil impromptu dans l'amphithéâtre, je me sentis enfin à l'aise.
Je retirai mes chaussures à l'entrée, jetai mon sac d'étudiant sur une chaise et me laissai tomber de tout mon long sur le moelleux de mon canapé. C'était un sentiment indescriptible. Après avoir été dévoré pendant mon sommeil, retrouver le confort d'un coussin était presque une expérience religieuse.
BIP !
[ Notification : La quête "Le Réseau de la Survie" est toujours en attente. Temps restant : 23 heures et 59 minutes. ]
— Tais-toi, dis-je à voix haute en fermant les yeux.
[ L'Hôte doit comprendre que l'apocalypse n'attend pas... ]
D'un geste machinal, je attrapai un coussin et le plaçai directement sur mes yeux, ignorant totalement la fenêtre système qui continuait de clignoter dans le vide de la pièce.
Le silence s'installa. Mon rythme cardiaque ralentit. La fatigue cumulée de cette journée surréaliste passer de la mort à un cours de droit constitutionnel, puis au sauvetage d'une gamine grincheuse pesait lourdement sur mes paupières.
Je calai ma tête contre le dossier, un petit sourire en coin se dessinant enfin sur mes lèvres.
Demain, le Système me cassera probablement les pieds avec une autre quête absurde. Demain, il faudra que j'achète mes cinq kilos de fraises. Mais ce soir ? Ce soir, je suis juste un étudiant mort qui s'accorde une sieste bien méritée.
Enfin une journée paisible.