Chapitre 22
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Traducteur/éditeur : Asakusa
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◈ La Star des streams de monstres ◈
Chapitre 22 : Le domaine du comte Ludendion (5)
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« Le pain, c’est délicieux ! Il y a tellement de monde ! Et tellement de choses que je ne connais pas ! »
Tout ce que le slime avait vu et goûté pendant la tournée d’inspection lui avait paru délicieux et réjouissant.
De nouveaux aliments. Des humains qu’il n’avait encore jamais vus.
Et les nouveaux sens qu’il avait acquis le rendaient heureux.
La nourriture humaine.
Les plats préparés avec toutes sortes d’ingrédients avaient profondément changé la vie du slime, bien plus que lorsqu’il dévorait un cerf ou un lapin entier.
Tout comme manger de la mousse l’avait aidé à grandir et à éveiller sa vue.
Le slime avait acquis l’odorat et le goût.
Il percevait les odeurs par tout son corps et, au lieu de simplement reconnaître la nourriture comme un apport nutritif, il pouvait désormais en savourer les saveurs.
Il n’avait acquis ces nouveaux sens que deux jours plus tôt.
Tout lui semblait donc encore plus nouveau, plus excitant et plus merveilleux.
Créature entièrement mue par la curiosité, le slime trouvait passionnant et amusant d’apprendre ce qu’il ne connaissait pas.
Et il s’était pris d’affection pour Jessie, qui lui avait procuré tant de joie.
Le slime était assez intelligent pour comprendre.
Jessie avait demandé au comte de faire une tournée d’inspection, et elle continuait à parcourir le territoire pour lui.
« Jessie ! Je l’aime bien ! »
Il s’était clairement attaché à elle et, en même temps, il voulait que Jessie éprouve autant de joie que lui.
« Hé hé, Alexander II ! Aujourd’hui, je vais te lire un livre que je viens d’acheter à la librairie ! »
De retour de la tournée d’inspection, Jessie entra dans sa chambre avec le slime et sortit le livre qu’elle avait acheté ce jour-là.
Ce n’était pas une histoire inspirée de légendes ou de contes populaires. C’était simplement un conte pour enfants.
Elle l’avait acheté parce qu’il était richement illustré et qu’elle pensait qu’il plairait au slime.
Le slime aimait les contes que Jessie lui lisait, et il aimait sa voix quand elle les lui racontait.
Mais, plus que tout, le fait qu’elle prenne la peine de faire quelque chose pour lui lui réchauffait le cœur.
Il voulait que Jessie soit heureuse, elle aussi.
Que pouvait-il faire pour la rendre heureuse ?
Le slime se mit à réfléchir en regardant le conte qu’elle lui lisait.
Une idée lui vint soudain.
« … ! Les épaules ! »
Il se rappela avoir vibré sur l’épaule de Nina.
Nina avait aimé quand il avait vibré sur son épaule.
Nina avait aimé ça.
Nina était humaine.
Jessie aussi était humaine.
Le slime en conclut que, puisqu’elle était humaine, Jessie aimerait elle aussi ce qui avait plu à Nina. Aussitôt, il passa à l’action.
Boing !
Le slime bondit du lit et atterrit sur l’épaule de Jessie, qui était allongée sur le ventre en train de lui lire son livre.
« Hum ? Alexander II ? Qu’est-ce qu’il y a ? »
Brrrrrrrr !
« A, ah, ah, aaah~. »
Les vibrations du slime dénouèrent parfaitement les tensions.
Comme il souhaitait de tout cœur que Jessie apprécie, elles se révélèrent encore plus efficaces.
« C, c’est, c’est tellement b, bon. »
Les vibrations faisaient trembler sa voix.
Le slime cessa de vibrer après avoir massé les deux épaules de Jessie.
« Merci, Alexander II ! C’était incroyable ! »
« Incroyable ! Jessie a aimé ! »
Boing !
Le slime bondit joyeusement sur le lit, ravi d’avoir fait plaisir à Jessie.
+++
Un mois s’était écoulé depuis que le slime était arrivé dans la maison du comte Ludendion.
À l’issue de la tournée d’inspection, on avait décidé que le slime était relativement inoffensif.
Jessie avait le droit de sortir à condition d’être accompagnée, et il lui arrivait de parcourir le territoire avec le slime.
Au début, les habitants, surpris et méfiants, ne savaient pas trop quoi penser en le voyant. Mais à mesure qu’ils les croisaient plus souvent, ils finirent par considérer Jessie et le slime comme un duo, et les regardèrent avec bienveillance.
Les habitants n’étaient pas les seuls à avoir changé d’avis. Les domestiques du domaine avaient eux aussi une bien meilleure opinion du slime.
La raison en était…
« Hé hé, Alexander II ! Montre-leur ce que tu sais faire ! »
Brrrrrrrr !
« O, ohhh ! Quelles vibrations envoûtantes ! Dire qu’un slime possède un tel don… ! »
« Albert ! Si tu racontes des choses bizarres sur Alexander II, tu n’auras pas droit à un massage ! »
« M, m, toutes mes excuses, M, mademoiselle ! »
Après avoir éprouvé elle-même les talents de masseur vibrant du slime, Jessie eut une idée.
Elle voulait que tout le monde découvre ses incroyables talents !
Nina fut la première à en profiter, puis ce fut le tour de Pin, et ensuite du cuisinier qui préparait les repas. Le cercle s’élargit peu à peu, jusqu’à ce que la plupart des domestiques du domaine aient reçu un massage vibrant du slime.
Les avis étaient dithyrambiques.
Après avoir nettoyé et accompli toutes sortes de tâches, ils avaient les muscles noués et raides. Les sentir se détendre instantanément ne pouvait que leur donner une haute opinion du slime.
Et Albert, le majordome en chef, avait enfin eu droit à son tour.
Jessie était fière.
Son plan, qui consistait à faire reconnaître Alexander II, qu’elle adorait, par les gens du domaine, avançait à merveille.
En outre, les massages vibrants du slime s’étaient encore améliorés ces derniers temps.
« Alexander II est intelligent, il a dû comprendre comment s’y prendre ! »
Jessie avait à moitié raison.
Il avait compris comment s’y prendre.
Mais s’il maîtrisait de mieux en mieux ses vibrations, c’était parce qu’il avait acquis une nouvelle compétence en les utilisant pour les massages.
[Vous avez acquis la compétence : Vibration.]
L’effet de la compétence Vibration était simple.
Elle faisait trembler son corps.
Comme il pouvait régler l’intensité de ses vibrations en fonction de l’énergie qu’il dépensait, cette compétence était bien plus polyvalente que de simples tremblements.
Naturellement, l’acquisition de cette compétence avait amélioré les massages vibrants du slime.
La réputation du slime ne cessait de croître dans le domaine grâce à ses massages, mais une personne restait méfiante et ne parvenait pas à se débarrasser de ses doutes.
« Ce slime est-il vraiment inoffensif ? »
Il s’agissait du comte Rufus Ludendion.
Au cours du mois écoulé, il avait observé le slime et s’était fait une idée de lui.
Le slime ne s’était jamais montré particulièrement menaçant.
Au contraire, il semblait très intelligent, obéissait bien à Jessie et paraissait amical envers les humains.
Plus récemment, ses massages de slime lui avaient même valu une bonne réputation auprès des domestiques.
Albert, le majordome en chef et l’un des serviteurs en qui il avait confiance, en avait lui aussi fait l’éloge.
Au vu de la situation, le slime lui-même était presque certainement inoffensif.
Le problème, c’était que ce slime inoffensif semblait très intelligent.
En tant que comte, Rufus en savait long.
Il savait notamment que certains monstres étaient assez intelligents pour communiquer avec les gens, et que tous ceux qui en étaient capables possédaient une puissance redoutable.
Mais s’il tentait de séparer Jessie du slime en se fondant uniquement sur ces informations, il imaginait sans peine la réaction de sa fille adorée.
« Haa… »
Le comte Ludendion soupira, puis s’adressa à Albert, venu dans son bureau pour lui remettre son rapport habituel.
« Albert, crois-tu que je m’inquiète pour rien ? Ce slime n’a encore fait de mal à personne, mais je reste mal à l’aise. »
« Pas du tout. Vous êtes le maître de ce territoire, comte. Il est tout naturel que vous prêtiez attention à ce qui vous semble ne serait-ce qu’un peu inquiétant. D’autant plus lorsqu’il s’agit de mademoiselle Jessie. »
« Mais toi aussi, tu as une bonne opinion de ce slime, n’est-ce pas ? »
« Je trouve simplement ses massages excellents. Si vous comptez le chasser, je soutiendrai votre décision. »
« Merci, Albert. Au fait, as-tu d’autres informations à son sujet ? »
« Deux choses. »
« Vas-y. »
« Premièrement, le slime semble particulièrement curieux. »
« Particulièrement curieux… À bien y penser, Jessie m’a dit qu’il voulait voir le monde extérieur. »
« En effet. Lors de sa première tournée d’inspection, le slime a réagi avec beaucoup d’enthousiasme et s’est réjoui de découvrir l’extérieur. Mais à mesure qu’il est sorti plus souvent, Nina et Pin ont remarqué qu’il semblait toujours content, sans toutefois manifester autant d’enthousiasme. »
« Eh bien, on finit par se lasser de voir toujours les mêmes choses. Les monstres ne doivent pas faire exception. Quelle est l’autre chose ? »
« … »
« Albert ? »
« Eh bien… mademoiselle Jessie est difficile à table. »
« Q, quoi ! »
Rufus Ludendion fut horrifié par cette deuxième révélation, qui tombait comme un couperet.
« Mon ange ! Notre Jessie est difficile à table ? Ce n’est pas mauvais pour sa santé ? Pourquoi ? Notre ange mangeait si bien de tout, avant ! »
Le comte Ludendion réagit comme si un malade en état critique avait refusé son médicament.
Albert, qui connaissait bien son penchant à gâter sa fille, eut des sueurs froides et poursuivit :
« On l’a vue à plusieurs reprises glisser discrètement dans l’assiette du slime les aliments qu’elle n’aime pas, comme les poivrons et les carottes. »
« Comment est-ce possible ! Maudit slime ! Comment oses-tu mettre en danger la santé de notre ange adoré ! »
« Comte, il ne l’a pas mise en danger. Mademoiselle Jessie est simplement difficile à table. Je vous en prie, calmez-vous. »
« Albert ! Et si la santé de notre ange adoré se détériorait parce qu’elle est difficile à table ? Elle est encore à un âge où elle devrait beaucoup grandir ! Ça pourrait être catastrophique ! »
Jessie avait depuis longtemps dépassé l’âge où il fallait s’inquiéter d’un tel apport nutritionnel, mais Albert ne le fit pas remarquer.
Comme le comte avait veillé de près à son alimentation depuis son enfance, elle avait même si bien grandi qu’on aurait pu la prendre pour une adulte malgré son âge. Mais Albert ne le fit pas remarquer non plus.
Albert le savait.
Quand le comte se laissait emporter par son amour excessif pour sa fille, mieux valait le laisser dire tout ce qu’il avait sur le cœur, puis le calmer comme il convenait.
+++
Convoquée par le comte Ludendion, Jessie arriva dans son bureau avec le slime et Nina.
« Qu’y a-t-il, père ? »
« Jessie, je crois qu’il est temps que tu te sépares de ce sli… d’Alexander II. »
« Quoi ? Q, qu’est-ce que tu veux dire, père ? Me séparer d’Alexander II ? »
Incapable de croire les paroles du comte Ludendion, Jessie serra contre elle le slime qui était installé sur sa tête.
« J’ai appris que tu faisais manger au slime les aliments que tu n’aimes pas. »
« … ! »
« Personne n’était censé le savoir ! »
Jessie savait à quel point son père détestait qu’elle soit difficile à table.
Elle avait donc pris soin de se débarrasser discrètement de ses aliments, mais quelqu’un l’avait vue.
« Je suis désolée, père ! Je ne serai plus difficile à table ! Je ne donnerai plus mes aliments à Alexander II ! Alors, s’il te plaît, pardonne-moi ! »
« Je suis heureux d’apprendre que tu ne seras plus difficile à table. Mais, Jessie, même sans cela, tu dois te séparer du slime. »
« Pourquoi ? Parce qu’Alexander II est un monstre ? Mais Alexander II est vraiment doux et gentil ! Il masse même tout le monde ! »
Les larmes aux yeux, Jessie regarda le comte Ludendion.
La vue des yeux de sa fille adorée manqua de faire céder le comte. Il tint bon de justesse et lui donna la réponse qu’il avait mûrement réfléchie pendant les trois jours précédant sa convocation.
« C’est pour le bien d’Alexander II. »
« Pour le bien d’Alexander II ? »
« Oui. Tu sais que cet enfant est très curieux, n’est-ce pas ? »
« Oui. »
« Ce domaine est bien trop petit pour lui. S’il voulait sortir, c’est sans doute parce qu’il vivait à l’extérieur, à l’origine. Et comme il a vécu dans la nature, il doit avoir encore plus envie d’être dehors. Jessie, ma fille adorée, le garder ici plus longtemps serait mauvais pour lui. »
« C, ce n’est pas possible… ! »
Voilà ce que le comte Ludendion lui proposait :
Retourne là où tu vivais !
C’était le raisonnement qui consistait à rendre un animal sauvage à la nature.
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