Chapitre 51
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Traducteur/éditeur : Mordor
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◈ Pris pour le boss du donjon ◈
Chapitre 51 : Humanité
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Les capacités de Charlotte comprenaient non seulement la Nécromancie, mais aussi la magie des portails.
Dans ce cas, ne suffisait-il pas d’utiliser un portail pour rejoindre le Pays de l’Extinction ?
Impossible : la magie des portails nécessitait un point d’ancrage à destination, qui en établissait les coordonnées.
Le ticket d’invocation de l’Association marchande servait de point d’ancrage.
Quand son propriétaire le déchirait, il émettait un signal d’invocation. Même sans le déchirer, le simple fait de le porter permettait d’en reconnaître les coordonnées et de s’y rendre par ses propres moyens.
Lors de sa première visite, Kalandas s’était servi des affaires du Marchand démoniaque comme point d’ancrage.
C’était pareil quand j’avais rencontré Rose Sha pour la première fois, par l’intermédiaire de son clone.
Charlotte pouvait elle aussi ouvrir rapidement un portail vers un donjon où elle avait laissé un point d’ancrage.
Si la boule de cristal signalait une intrusion, nous n’aurions qu’à rentrer par un portail.
En revanche, pour rejoindre le Pays de l’Extinction, il nous fallait trouver un moyen de transport convenable.
À l’époque médiévale, qu’y avait-il comme moyen de transport à part les calèches ?
J’avais d’abord prévu d’aller en ville en louer une.
« Où vous rendez-vous, messire chevalier ?
— Au nord-ouest.
— Ah ! Je m’en doutais ! »
Heureusement, avant même le coucher du soleil, le premier jour, je parvins à me faire conduire dans une calèche marchande.
Elle se dirigeait vers la marche d’Astoria.
C’était le territoire d’une illustre famille de comtes, chargée de défendre la région nord-ouest de l’Empire, qui menait au Pays de l’Extinction.
… Qu’est-ce qu’il voulait dire par « je m’en doutais » ?
Un mauvais pressentiment m’envahit, alors je lui posai la question.
Sa réponse confirma mes craintes.
« Une Vague de monstres va bientôt déferler sur le Pays de l’Extinction, n’est-ce pas ? Vous êtes venu participer à une expédition pour gagner des mérites, messire chevalier ?
— … »
Contrairement au Royaume démoniaque, les monstres écervelés du glacial Pays de l’Extinction envahissaient l’Empire.
Depuis des générations, le margrave d’Astoria faisait rempart contre les monstres du Pays de l’Extinction.
Une fois par an, une Vague de monstres d’une ampleur considérable déferlait sur le Pays de l’Extinction.
Et ça se passe maintenant ?
Pas étonnant que tout se soit déroulé trop facilement.
J’avais vraiment choisi le pire moment.
Une Vague de monstres du Pays de l’Extinction figurait dans les scénarios secondaires de 72 Donjons.
Ça m’avait donné du fil à retordre dans le jeu, et voilà que j’allais peut-être devoir y faire face pour de vrai.
Maintenant, c’est trop tard pour faire demi-tour.
Je n’avais aucune intention d’aider le margrave d’Astoria à défendre son territoire.
Tout ce que j’avais à faire, c’était trouver le donjon enfoui sous les terres gelées du Pays de l’Extinction.
Forcément, nous croiserions la Vague de monstres en chemin. Mais qui étaient mes subordonnés ?
D’abord, Charlotte, une Sorcière de niveau 83 capable de lancer des sorts à grande échelle.
Sa spécialité, c’était la Nécromancie. Plus elle tuerait de monstres, plus nos forces grossiraient. Et nous avions emporté quantité de potions de mana.
Isabella, niveau 88, était tout aussi fiable.
En déchaînant ses Arts du sang, elle pouvait attaquer sur une vaste zone, et le sang des monstres renforcerait ses pouvoirs.
Une mage et une Vampire, toutes deux spécialisées dans les batailles de grande ampleur.
Et ce n’était pas tout : nous avions aussi un Dullahan de niveau 88.
En prime, le boss que j’étais pouvait manier l’Épée sacrée à distance sans danger.
À nous quatre, nous pouvions facilement traverser une Vague de monstres.
Ça pourrait même tourner à notre avantage.
Nous pourrions gagner de l’expérience et monter en niveau.
Mais si nous arrêtions nous-mêmes la Vague de monstres, le margrave d’Astoria en tirerait tous les bénéfices sans rien faire.
Pourquoi rendre service à quelqu’un d’autre ?
Je décidai d’éviter la Vague de monstres autant que possible et de ne combattre que si nous tombions dessus.
« C’est exact. Je suis venu pour l’expédition d’extermination.
— Je n’en attendais pas moins de vous, messire chevalier. Montez vite ! Nous nous sentirons bien plus en sécurité avec vous à bord ! »
Avant de monter dans la calèche, je jetai un coup d’œil derrière moi.
Une chauve-souris était perchée sur une branche et nous observait.
Quand nos regards se croisèrent, elle nous salua d’un geste enjoué.
Tu nous suis sans problème, à ce que je vois.
Je montai le premier, suivi de Charlotte.
À l’intérieur, des mercenaires à l’air bourru nous accueillirent.
Comme il s’agissait d’une calèche de marchandises, tout le monde était entassé et se pressait les uns contre les autres.
En même temps, avec la guerre qui approchait, marchands, mercenaires et vagabonds allaient tous affluer.
Chacun d’eux était un mercenaire prêt à risquer sa vie pour rafler le gros lot.
« Enchanté, messire chevalier. Je suis Hans, capitaine de la compagnie de mercenaires de la Griffe du givre. »
Il se présenta et me tendit la main.
La calèche se mit en route pendant que nous nous serrions la main, puis elle cahota violemment.
Nous nous retrouvâmes tous deux plaqués contre les planches de bois.
Les sangles de l’armure de Hans étaient défaites, comme s’il s’était reposé.
« La demoiselle est votre écuyère, messire chevalier ? »
Cette fois, il s’adressait à Charlotte.
À voir ses vêtements, elle pouvait effectivement passer pour une écuyère.
Mais Hans avait sans doute d’abord vu en elle une jeune noble.
Certaines nobles devenaient écuyères, après tout. Il ne la regardait donc pas avec méfiance.
Charlotte hocha légèrement la tête.
Comme prévu, elle avait attiré l’attention de tous les hommes.
Ils se contentaient toutefois de la regarder. Aucun mercenaire n’osait la draguer discrètement.
Une barrière invisible séparait toujours les classes sociales.
Hans, qui fixait Charlotte d’un air absent, détourna rapidement les yeux.
« Puis-je vous demander à quelle famille vous appartenez, messire chevalier ?
— Je suis chevalier de la maison Brion. Je parcours le monde à la recherche d’un maître.
— Vous êtes donc un chevalier errant, en somme. »
J’ignorais même si la maison Brion existait.
De toute façon, les mercenaires ne connaissaient pas par cœur toutes les familles nobles.
L’Empire comptait tant de petites maisons insignifiantes qu’il aurait été difficile de toutes les retenir.
« Brion, hein ? Si je n’en ai jamais entendu parler, ça doit être une famille sans importance. »
La voix venait du fond de la calèche.
Je croisai le regard d’un chevalier vêtu d’une armure complète rutilante.
« Je suis de la maison du comte de Brittany. Comme vous, je suis un chevalier errant. »
Le fait qu’il ne m’ait même pas appelé « messire » révélait tout son mépris.
Il avait l’air d’un chevalier totalement rongé par son sentiment de supériorité.
[Niv. 61]
Sa première impression était déplorable, mais il était plutôt doué.
Le chevalier se mit à se vanter de lui-même.
« Vous avez peut-être entendu parler de Gohan, le Tueur de trolls.
… Pourquoi ce connard s’appelait-il Gohan ?
Ce n’était pas la version deux de Buraltak ou je ne sais quoi. Il s’appelait bien Gohan.
Je n’avais même pas envie de lui faire la conversation, alors je l’ignorai avec indifférence.
Je l’entendis renifler, mais cessai complètement de lui prêter attention.
Contrairement à moi, Charlotte foudroyait Gohan du regard, avec une envie de meurtre manifeste.
J’avais l’impression qu’elle allait lancer un sort à tout moment si je ne l’en empêchais pas.
« Calme-toi. »
Quand je lui touchai doucement l’épaule, Charlotte baissa la tête d’un air contrit.
Si tu t’en mêles, tout le monde va mourir. Alors, calme-toi.
Mais cette fille…
À côté de Gohan se tenait une jeune fille vêtue de haillons.
Son corps était couvert de marques de sévices.
Il ne pouvait pas traiter une écuyère de cette façon. C’était clairement une esclave.
C’était la première fois que je voyais un chevalier voyager avec une esclave plutôt qu’une écuyère.
Son niveau et son équipement prouvaient pourtant qu’il était chevalier.
Ce n’est pas une esclave sexuelle, quand même ?
L’époque médiévale regorgeait de pervers aux goûts sexuels les plus tordus.
Les nobles ne valaient pas mieux, voire étaient pires. Je n’exagère pas : les lolicons et les complexés de leur grand frère semblaient normaux, en comparaison.
De vrais animaux. Au moins, il n’était pas nécrophile…
Ah.
Un niveau rose foncé.
Je détournai les yeux de Charlotte.
Quoi qu’il en soit, cette fille me semblait être l’esclave sexuelle de Gohan.
M’en mêler sans raison ne ferait que compliquer les choses, mais je ne pouvais m’empêcher de m’inquiéter pour elle.
Ensuite, Charlotte et moi gardâmes le silence.
Il nous faudrait environ une semaine pour atteindre le domaine du margrave.
Je me demandais si nous y arriverions sans nous faire repérer.
Charlotte maîtrisait la magie du déguisement, mais celle-ci ne se limitait pas à une petite zone : elle couvrait tout son visage.
Plutôt que de gaspiller notre mana, nous n’avions pas d’autre choix que de garder nos casques autant que possible et de ne dévoiler nos visages que de temps en temps.
Pendant que Charlotte et moi restions silencieux, les mercenaires, eux, parlaient beaucoup trop.
Je tuai le temps en faisant semblant de ne pas m’intéresser à leurs conversations tout en les écoutant.
Un sujet retint toute mon attention.
« Les choses vont vraiment mal, ces derniers temps. Le Tombeau de la Foi, les monstres du Pays de l’Extinction, tout ça.
— Les ennuis s’accumulent. Tout le monde en parle. Et puis, deux héros sont morts, non ?
— Exactement. À côté de ça, une Vague de monstres, ce n’est rien. Ha ha… Quand je compare ça au Tombeau de la Foi, ça me rassure presque. »
Le responsable se trouvait juste là.
Difficile de ne pas prêter attention quand ils parlaient de moi.
« Je compte me porter volontaire pour la Partie d’Extermination du Tombeau de la Foi. »
Gohan prit soudain la parole.
Tous les regards se tournèrent vers lui.
« J’ai entendu dire que le Commandement d’Extermination allait bientôt organiser l’escouade, sous la direction de l’Étoile du Matin de l’Empire. »
Gohan promena nonchalamment son regard autour de lui, comme pour jauger les réactions.
« Les chevaliers qui s’illustrent lors de l’expédition d’extermination peuvent se porter candidats pour la Partie d’Extermination. Je n’attends aucune récompense pour mes exploits. Je suis venu à cette expédition avec un seul objectif : rejoindre la Partie d’Extermination du Tombeau de la Foi.
— Oh, je n’en attendais pas moins de Gohan.
— Un chevalier issu d’une famille de comtes, ça ne plaisante pas…
— Gohan, le Tueur de trolls. Souvenez-vous de mon nom. Bientôt, je serai le chevalier qu’on célébrera pour avoir vaincu le Tombeau de la Foi. »
L’intention meurtrière à côté de moi n’était pas une illusion.
Je posai discrètement la main sur l’épaule de Charlotte.
Comme si elle revivait la même scène, Charlotte baissa la tête, gênée.
« Il paraît qu’il y a aussi une Sorcière dans le Tombeau de la Foi. Vous le saviez ? »
Gohan attrapa la jeune esclave par les cheveux.
« Cette gamine est une Sorcière, elle aussi. J’ai trouvé dommage de la tuer, alors je l’utilise comme esclave. »
Oh, pitié.
Je priai en silence et observai du coin de l’œil l’expression de Charlotte.
Contre toute attente, je ne sentis pas l’intention meurtrière que je redoutais.
J’avais peut-être trop craint le pire.
Charlotte resta impassible du début à la fin. Ce n’était pas le genre à se laisser emporter par ses émotions.
Elle se contenterait de laisser transparaître son envie de tuer, sans provoquer brusquement d’incident.
… En fait, c’est plutôt de moi qu’il faudrait s’inquiéter.
Plus je regardais la fille, plus j’avais pitié d’elle.
Ses yeux troubles semblaient encore moins expressifs que ceux de Charlotte.
Même sous la poigne brutale de Gohan, elle ne montrait aucun signe de résistance.
Elle ressemblait davantage à une poupée qu’à une personne.
Une partie de moi était soulagée de pouvoir encore ressentir ça.
Dernièrement, je ne ressentais plus rien, même quand des humains mouraient. Je commençais à me demander si mon cœur ne devenait pas mort-vivant, lui aussi.
Si j’éprouvais de la compassion, c’était que mon cœur était encore humain.
J’ai envie de prendre le risque et de la sauver.
Dans le Pays de l’Extinction se trouvait un lieu appelé la Hutte de la Sorcière des Cendres, un emplacement de PNJ dans le jeu.
La Sorcière des Cendres protégeait les autres Sorcières et recueillait même les jeunes qui avaient perdu leurs parents.
Si nous lui amenions la fille, elle l’élèverait sûrement avec amour.
Mais la seule chose que je gagnerais en la sauvant serait un sentiment de satisfaction personnelle. Tout ce qui suivrait ne ferait que nous coûter quelque chose.
Bien sûr, nous ne risquions pas d’être tués si l’on nous découvrait. Mais la situation deviendrait compliquée.
Qu’est-ce que je devrais faire…
Et même après, je continuai de me tourmenter chaque fois que je regardais la fille.
* * *
Le chant des insectes et le souffle du vent se mêlaient en une mélodie solitaire dans le calme de la nuit.
Tard dans la nuit, Charlotte et moi nous portâmes volontaires pour assurer le premier tour de garde.
Les autres tentèrent de m’en dissuader, insistant pour que je me repose, mais je voulais monter la garde du début à la fin.
De toute façon, je n’arrivais pas à dormir. À quoi bon m’allonger ?
Autant rester de garde et discuter avec Charlotte.
Nous nous assîmes côte à côte sur des souches, près du feu de camp.
Charlotte remua les braises qui s’éteignaient avec une brindille sèche.
L’air nocturne devait être froid, car elle tendit bientôt les deux mains vers le feu.
Un moment, nous restâmes simplement ensemble sans échanger un mot.
Puis Charlotte prit la parole la première.
« Je suis désolée. Je ne sais pas très bien m’exprimer. »
Elle en avait donc conscience, elle aussi.
Comme si j’avais montré mon mécontentement.
J’étais resté silencieux parce que j’hésitais à lui parler de ce qui me préoccupait.
Une part de moi voulait demander à Charlotte ce qu’elle pensait faire pour la jeune Sorcière.
La fille était une Sorcière, elle aussi, mais Charlotte ne semblait pas particulièrement préoccupée par son sort.
Le commerce des esclaves était courant à cette époque, et Charlotte regardait la réalité en face au lieu de se laisser guider par ses sentiments.
Même si elle voulait aider une Sorcière, elle semblait se retenir, parce que c’était moi qui devrais en subir les conséquences.
Je ressentais la même chose.
Nous n’avions rien à gagner à sauver cette jeune Sorcière.
Je le savais, mais mes réflexes modernes continuaient de me travailler.
Ce n’était pas comme si nous étions incapables de la sauver, ni comme si c’était difficile.
Pour parler franchement, si nous le voulions, nous pouvions la sauver et assurer sa sécurité par la suite.
« Qu’est-ce que tu penses de cette jeune Sorcière ? »
Je ne pus plus me retenir et pris la parole.
Charlotte ouvrit de grands yeux en me regardant.
« Tu veux dire que tu souhaites l’aider ? »
Je hochai la tête sans hésiter.
« Si c’était une esclave ordinaire, j’aurais fermé les yeux. Mais ce n’est encore qu’une gamine. Et c’est une Sorcière, comme toi, Charlotte. »
« … »
Charlotte avait beau être une Sorcière qui détestait les humains, elle en était une elle-même.
Elle n’était pas née psychopathe ou sociopathe. C’était son environnement qui l’avait rendue ainsi.
Voilà pourquoi Charlotte éprouvait de la compassion et ne pouvait rester indifférente au sort de la jeune Sorcière.
« Je ressens la même chose, mais…
— Sois honnête. Tu ne veux pas la sauver ? »
Charlotte remua les lèvres en silence pendant un moment.
Enfin, elle parvint à articuler :
« Si. »
« Alors c’est décidé. »
Je me sentirais mieux ainsi.
À bien y réfléchir, j’avais sauvé Hellbok pour la même raison.
Je savais que les chiots et les enfants éveillaient ma compassion.
« Parfois, Boss, tu es vraiment gentil. »
Ce n’était qu’un regard sans importance, mais dès que nos yeux se croisèrent, Charlotte baissa la tête.
« … C’était déplacé. Je suis désolée. »
Je me demandai pourquoi elle s’excusait, puis je compris un peu plus tard.
Après tout, la gentillesse ne seyait pas au boss des Sept Palais des Abysses.
Notes :
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