Chapitre 50
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Mordor
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Pris pour le boss du donjon ◈
Chapitre 50 : Un artefact sacré pour certains
──────
Les Cœurs de donjon antiques différaient à tous points de vue des Cœurs de donjon des 72 Donjons.
Le plus important, c’était qu’à la différence des Cœurs de donjon ordinaires, ils n’imposaient aucune restriction quant à la personne qui pouvait les absorber.
Autrement dit, même moi, qui n’étais pas un boss du donjon, je pouvais absorber un Cœur de donjon antique.
J’étais probablement le seul à savoir où en trouver un, dans un lieu encore plus difficile à dénicher que des ruines.
Encore que le terme « lieu » ne convienne pas tout à fait.
Je connaissais un certain repère et comptais m’en servir pour trouver l’endroit.
Une fois que je l’aurai absorbé, je serai pratiquement invincible.
La puissance de chaque Cœur de donjon antique dépassait largement celle d’un Cœur de donjon des 72 Donjons.
Était-ce parce qu’ils avaient mûri si longtemps ? Ça y contribuait, mais ils possédaient aussi une caractéristique complètement abusée.
Quand le boss d’un donjon antique mourait, sa force vitale demeurait intacte dans le Cœur de donjon.
La Tombe de l’Ancien Dragon que je m’apprêtais à visiter ne faisait pas exception.
Le Cœur de dragon laissé par l’Ancien Dragon avait fusionné avec son Cœur de donjon.
Grâce à cela, je pourrais utiliser le trait de l’ancien boss en absorbant le Cœur de donjon.
Ça ne voulait pas dire que je pourrais m’en servir quand bon me semblerait. L’effet était temporaire et soumis à de nombreuses restrictions.
En gros, je serais surpuissant sous certaines conditions, mais j’en étais déjà plus que reconnaissant.
Isabella et Charlotte.
Avec ces deux-là, j’avais déjà de bonnes chances de réussir à conquérir la Tombe de l’Ancien Dragon.
Alors que je décidais de me préparer pour le voyage, Charlotte frappa et entra dans la salle du Boss.
« Mon seigneur, puis-je tenter de transformer Wilhelm en mort-vivant Dullahan ? »
Elle me rappela quelque chose que j’avais oublié.
Wilhelm !
Comme il avait été un héros de son vivant, il deviendrait un mort-vivant de premier ordre si tout se passait bien.
Contrairement au Moine du Baume, le corps de Wilhelm était parfaitement intact.
Sans l’Épée sacrée, Wilhelm était niveau quatre-vingt-quatre.
Si sa transformation en mort-vivant réussissait, il pourrait atteindre le niveau quatre-vingt-cinq, voire quatre-vingt-six.
Quel que soit le résultat, si elle aboutissait, nous aurions environ quatre-vingts pour cent de chances de conquérir le donjon antique.
Comme c’était une affaire sérieuse, je pris un instant avant de répondre.
« Tu en es sûre ?
— Oui. J’ai étudié vingt fois le processus de transformation en mort-vivant Dullahan. Je ne vous décevrai pas. Accordez-moi cette chance. »
Charlotte n’avait jamais paru aussi déterminée.
Sous son visage impassible, je sentais une résolution farouche.
Elle disait avoir confiance en elle et, surtout…
[Niv. 83]
Elle avait encore gagné un niveau.
Elle était déjà dans les quatre-vingts, et pourtant elle avait pris trois niveaux à un rythme effréné depuis que je lui avais donné le Nécronomicon.
Comme on pouvait s’y attendre de l’association du Nécronomicon et de Charlotte, un Humain magique.
« Tu as ma permission. »
« Je réussirai. »
À bien y penser, ses cernes s’étaient encore creusés.
Elle avait dû veiller à étudier la Nécromancie sans dormir. Quelle admirable détermination !
Je sortis de la salle du Boss et attendis dans le couloir du dixième étage, tandis que Charlotte se dirigeait ailleurs.
Elle allait sans doute décongeler le corps de Wilhelm, conservé dans la réserve grâce à la magie de glace.
Peu après, des soldats Squelettes apparurent au loin, portant le cadavre de Wilhelm.
Ils déposèrent délicatement son corps et sa tête, séparément.
Charlotte me regarda et prit la parole.
« Je commence. »
Pourvu que ça marche, pourvu que ça marche, pourvu que ça marche.
J’étais mort de peur, mais Charlotte paraissait parfaitement calme.
Les deux mains tendues, elle se mit à réciter une incantation à voix basse.
L’énergie sinistre qui s’échappait du bout de ses doigts prit peu à peu une teinte plus vive. Chaque particule de mana noir commença à prendre forme.
Ça commence nettement mieux que la dernière fois.
Dès que le mana noir entra en contact avec lui, le cadavre se mit à tressaillir de temps à autre.
Un mana noir comme l’encre s’éleva en volutes semblables à de la fumée d’encens et pénétra dans le cadavre par le nez, la bouche et les autres orifices, avant d’en ressortir.
Fwoosh !
À cet instant, des flammes vertes vacillèrent au niveau de son cou tranché.
Le corps, qui tressautait dans un grincement métallique, se redressa.
Quand le Dullahan ouvrit une main, une ombre disparut et une épée massive d’un noir de jais apparut dans sa paume.
Dans l’autre, il tenait déjà sa tête.
« Je suivrai mon seigneur. »
Boum.
Le Dullahan posa un genou à terre devant Charlotte.
[Niv. 86]
Du niveau quatre-vingt-quatre au niveau quatre-vingt-six. Une réussite incroyable.
Tout ce travail n’avait donc pas été vain.
Peut-être sensible à mon regard, Charlotte croisa aussitôt le mien.
« Ça a marché. Bravo. »
« … Merci. »
En y regardant de plus près, je vis que le bout de ses doigts tremblait légèrement.
Ce ne fut qu’alors que je compris que Charlotte avait été la plus nerveuse de nous tous.
Elle avait surmonté cette pression et réussi. Je n’aurais pas pu être plus fier d’elle.
Je devrais aussi faire évoluer Wilhelm pour la récompenser.
[Toutes les conditions d’évolution sont réunies pour cette cible.]
[Voulez-vous faire évoluer Dullahan Wilhelm ?]
… Toutes les conditions ?
La mort de Wilhelm n’avait certainement pas été un sacrifice.
À moins que si ? S’il avait laissé ses compagnons s’enfuir et était mort seul, ça pouvait peut-être compter comme un sacrifice.
Je pensais que tout dépendait de l’état d’esprit de la personne, mais ce n’était apparemment pas le seul critère.
Enfin, une victoire restait une victoire.
Je m’approchai tranquillement et posai la main sur l’épaule du Dullahan.
[Évolution de Dullahan Wilhelm.]
[Toutes les conditions sont réunies. La réussite est garantie à 100 %.]
[Évolution terminée !! Dullahan Wilhelm a évolué avec succès !]
Son potentiel s’était déjà éveillé dans une certaine mesure, si bien qu’une évolution au deuxième stade était impossible.
Mais un taux de réussite de cent pour cent, c’était déjà très bien.
Fwoosh !
Avec l’évolution, les flammes qui entouraient sa tête passèrent du vert au violet.
La force d’un Dullahan se mesurait à la couleur de ses flammes.
Bleues, vertes ou violettes. Il en existait trois sortes.
Je me souvenais que les flammes de Carleon étaient exactement de ce violet-là.
[Niv. 88]
Il était même du même niveau que Carleon.
Je sentis que quelqu’un m’observait. Comme prévu, Charlotte me fixait.
Ses lèvres remuèrent légèrement, puis elle s’approcha.
Arrivée devant moi, elle baissa la tête avant de parler.
« Merci de toujours compenser mes lacunes. »
« Quelles lacunes ? Tu as fait plus qu’assez. »
Je le pensais vraiment. Ce n’était pas un compliment en l’air.
Pour l’encourager, je tapotai l’épaule de Charlotte.
Son épaule tressaillit légèrement.
Son niveau avait encore augmenté… J’en avais assez de le faire remarquer.
Ces derniers temps, je voyais plus souvent du rose vif que du vert foncé. Comme à l’instant.
Quand Charlotte tourna le dos au Dullahan, celui-ci s’effaça lentement et s’enfonça dans son ombre.
Les nécromanciens de la plus haute classe dissimulaient généralement leurs serviteurs de cette manière et les invoquaient au besoin.
Charlotte avait désormais rejoint leurs rangs.
Le moment est venu.
Le raid du donjon antique.
Charlotte, Isabella, Wilhelm, Vargoer. En route.
* * *
Avant de quitter le donjon, je me cassai les cornes et cachai mon visage sous un casque.
Elles repousseraient de toute façon, mais ça me fendait quand même le cœur.
Franchement, les cornes, c’est ce qu’il y a de plus classe.
J’enveloppai soigneusement l’Épée sacrée dans des bandages, si bien qu’au premier coup d’œil, elle ressemblait à une épée ordinaire.
Charlotte aussi s’était changée pour le voyage.
Une tunique de lin, un manteau de laine et un pantalon de cuir.
Comme il bruissait, elle avait même huilé sa cape de voyage.
Charlotte insista pour porter le sac à dos.
J’avais d’abord prévu de le porter, mais elle refusa catégoriquement.
Après tout, il aurait été étrange de voir le Boss jouer les porteurs.
« Oh. En fait, c’est plutôt confortable. »
Froufrou, froufrou.
Je ne m’en rendis compte que plus tard, mais Isabella pouvait utiliser Mimétisme pour se transformer en chauve-souris. Elle n’avait donc pas besoin de magie de déguisement.
Je savais que les reines vampires pouvaient se métamorphoser en chauve-souris par Mimétisme.
Mais je n’en avais jamais vu une le faire de mes propres yeux, dans le jeu.
Prétendre qu’elle était une chauve-souris de compagnie aurait paru douteux ; nous convînmes donc qu’elle volerait derrière nous, à distance.
Charlotte vérifia une dernière fois son reflet dans son miroir de poche.
La magie de contrôle fonctionnait parfaitement : ses pupilles en forme de cercles magiques avaient retrouvé un aspect humain.
C’était contraignant, mais tout cela était nécessaire pour traverser les villes de l’Empire.
« Au fait, Boss. Pourquoi devons-nous nous rendre en Terre de l’Extinction ? »
Une chauve-souris qui parlait. C’était plutôt étrange.
Plus tôt, faute d’avoir trouvé une excuse, je m’étais contenté de leur dire que j’avais une affaire à régler là-bas.
J’avais aussi ajouté que je les emmenais parce qu’elles étaient les deux gardes en qui j’avais le plus confiance.
Charlotte l’avait accepté sans trop rien dire, mais Isabella, elle, ne manquait pas de questions.
Comme je gardais le silence, elle m’en posa une autre.
« Et combien de temps serons-nous partis ? »
« Au moins une semaine. »
« Aïe… »
« Ça ne me dérange pas. Je resterai près de vous, Boss. »
Le voyage durerait au minimum une semaine, peut-être même un mois.
Malgré tout, je devais mettre la main sur le Cœur de donjon antique.
Deux pouvoirs m’attendaient dans le Cœur de donjon de la Tombe de l’Ancien Dragon.
Le premier était la Peur du dragon. Le second, le pouvoir divin de la Parole du dragon.
La Peur était une aura meurtrière, semblable à la présence intimidante des boss des Palais des Abysses.
Elle était née chez les dragons et avait autrefois été leur domaine exclusif.
Pour quelqu’un comme moi, qui prétendais appartenir aux Sept Palais des Abysses, ce pouvoir était indispensable.
Avec la seule Peur, personne ne douterait de moi.
La Parole du dragon permettait d’insuffler un pouvoir inconnu à un mot ou à une expression.
C’était une version bien plus puissante de l’Ordre, capable de soumettre quelqu’un, voire de le tuer, par les seuls mots.
À proprement parler, la Parole du dragon n’était pas vraiment de la parole, mais le terme « phrase » ne convenait pas non plus.
Un simple mot ou une expression.
Elle pouvait compter d’une syllabe au minimum à quatre au maximum, ce qui correspondait bien à cette description.
Le plus drôle, c’était que dans le jeu, pour utiliser la Parole du dragon, il fallait la taper dans le chat.
C’était pour ça que la version hors ligne avait une fonction de chat activée.
Je me souviens avoir martelé Ctrl+C et Ctrl+V pendant les raids.
Pourquoi copier-coller alors que les messages du chat étaient courts ?
Parce que je ne connaissais pas bien les caractères chinois.
L’Ancien Dragon, qui avait été un boss du donjon, était loin d’être un dragon de pure race du point de vue d’un homme moderne.
Dans le jeu, on l’appelait dragon, mais à en juger par son apparence, il ressemblait à un croisement entre un dragon et un dragon oriental.
Son design aussi en avait l’air.
Bien sûr, comme il était déjà mort, il n’apparaissait jamais dans le jeu.
Les développeurs avaient tout de même révélé un jour son concept art sur les réseaux sociaux.
Son corps et ses membres étaient en grande partie ceux d’un dragon.
Mais il avait des bois de cerf et portait dans sa gueule un orbe semblable à une perle de dragon.
Et la Parole du dragon qu’il utilisait s’écrivait en caractères chinois plutôt que dans une langue d’Europe occidentale.
Le Cœur de dragon à l’intérieur du Cœur de donjon était peut-être en réalité une perle de dragon.
Les développeurs soutenaient pourtant officiellement qu’il s’agissait d’un dragon de pure race. Qu’est-ce que j’y pouvais ? Je devais les croire.
« Boss, je suis désolée, j’ai oublié quelque chose. »
J’étais un peu surpris que Charlotte dise ça.
… Quelle maladroite.
« Je t’attendrai. »
« Je suis désolée. »
Charlotte repartit en hâte vers le donjon.
Je la suivis des yeux tandis qu’elle s’éloignait, l’esprit occupé par des pensées sans intérêt.
… Maintenant que j’y pense, mes cornes ressemblent à celles de l’Ancien Dragon, non ?
Je venais seulement de comprendre que mes cornes étaient du même genre que les bois de cerf de l’Ancien Dragon.
Quelle coïncidence.
* * *
À cet instant, Charlotte fouillait minutieusement le cinquième étage.
Peu après, son regard se posa sur deux cornes qui ressemblaient à des bois de cerf.
Quel gâchis qu’elles aient été jetées comme de vulgaires ordures.
Charlotte les ramassa rapidement et se dirigea vers la salle de l’adjointe, d’un pas vif mais silencieux.
En chemin, elle n’oublia pas de rester sur ses gardes pour que personne ne la remarque.
Une fois dans la salle de l’adjointe, elle glissa soigneusement les cornes dans un tiroir secret.
Sa prochaine destination était la salle du Boss du Tombeau de la Foi.
Charlotte passa prudemment un pied dans la salle du Boss et regarda autour d’elle.
Hellbok dévorait un morceau de viande.
C’était de la viande bon marché achetée à l’Association marchande. Elle empestait le gibier, mais Hellbok la mangeait avec plaisir.
— Pff, pff.
Dès qu’il aperçut Charlotte, Hellbok cessa de manger et courut vers elle.
Charlotte lui caressa la nuque et jeta un regard circulaire.
Elle remarqua bientôt des os éparpillés négligemment sur le sol.
… Les os du Boss.
Elle les avait surveillés jusqu’ici ; elle ne pouvait pas les confondre.
Gloups. Même sa salive avalée lui parut lourde.
— Ouaf ! Ouaf, ouaf !
Dès que Charlotte tendit la main vers l’os, Hellbok se mit à aboyer.
Essayait-il de l’empêcher de lui prendre son jouet ?
Faute d’autre solution, elle invoqua un squelette et le démantela aussitôt.
À mesure que les os s’entrechoquaient sur le sol, Hellbok bondissait d’excitation.
« Prends-les tous. Si ça ne suffit pas, je t’en donnerai d’autres. »
— Pff, pff. Ouaf !
Elle prit cela pour une réponse.
Ouf.
Après avoir pris une profonde inspiration, Charlotte tendit la main.
Du bout des doigts tremblants, elle saisit avec précaution une côte du Boss.
« … »
Après l’avoir longuement effleurée, Charlotte ouvrit le devant de ses vêtements.
Elle posa l’os sur sa poitrine, près de son cœur, puis referma ses vêtements.
— Gémissement…
Était-ce parce qu’il s’était attaché à son premier jouet ?
Ou avait-il compris que cet os n’était pas ordinaire ?
Hellbok regarda Charlotte, visiblement désemparé.
« Ce n’est absolument pas un jouet. C’est un artefact sacré. »
— Gémissement…
« Ne me regarde pas comme ça. J’en prendrai soin et je saurai en faire bon usage. »
Elle caressa l’os à travers le lin.
Peut-être à cause des battements précipités de son cœur, elle sentit une légère vibration.
« Grâce à toi, j’ai obtenu un artefact sacré. »
Avec un léger sourire, Charlotte caressa Hellbok.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>