Chapitre 48
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Traducteur/éditeur : Mordor
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◈ Pris pour le monstre boss du donjon ◈
Chapitre 48 : Pourquoi tu me regardes comme ça ?
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Les actions de Charlotte semblaient prêtes à s’envoler.
Celles de Balutak grimpaient régulièrement.
Celles d’Estigel grimpaient régulièrement.
Quant à celles d’Isabella, dont je n’attendais pas grand-chose, elles avaient carrément explosé.
C’était comme acheter un peu de Bitucoin et le voir multiplier sa valeur par des dizaines.
Pas Charlotte, ni Balutak, mais Isabella.
Au début, j’étais si stupéfait que je n’arrivais pas à croire que c’était réel.
Mais une fois mes idées remises en place, ça commença peu à peu à s’expliquer.
Mon existence avait complètement changé l’avenir.
Pour commencer, Isabella avait évolué en Vampire de sang pur, et Babayaga était morte bien plus tôt que prévu.
Quand un donjon de rang 8 disparaissait, un Cœur de donjon renaissait naturellement au bout d’un certain temps.
Un Cœur de donjon faisait soit naître un nouveau boss, soit transformait en boss un monstre prometteur des environs.
Dans le cas présent, c’était Isabella qui avait été choisie.
À mon avis, les chances étaient encore plus grandes si la cible appartenait à une race faible au fort potentiel.
Balutak en était un bon exemple.
Avec les Vampires, les Insectes étaient l’une des deux races faibles les plus représentatives.
Pourtant, sous la conduite de Balutak, leur roi, les Insectes étaient rapidement devenus une race puissante, capable de menacer l’Empire.
En ce sens, Isabella était le portrait craché de Balutak.
Elle appartenait à une race faible, mais possédait une lignée de sang pur débordant de potentiel.
« C’est grâce à toi que je suis devenue une Seigneur de rang 8, Boss. »
Isabella tira le coin de sa bouche avec son petit doigt.
Ses crocs acérés, ceux d’un Vampire de sang pur, attirèrent mon regard.
« Héhé, surpris ? Le moustique qui ne faisait que sucer du sang est devenue Seigneur, juste en dessous de toi ! Bon, je suis encore loin des Sept Palais des Abysses, mais j’ai quand même fait du chemin, non ? »
« Ouais. »
Je hochai calmement la tête, mais intérieurement, j’étais abasourdi.
« Kiriik ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Isabella est devenue l’un des 72 Grands Chefs, elle aussi ? »
Flac !
La tête de Balutak partit brusquement en avant.
Charlotte, qui venait de lui donner une tape derrière le crâne, joignit poliment les mains.
Puis elle s’inclina devant Isabella.
« Je salue la nouvelle Seigneur de rang 8. Veuillez pardonner mon manque de respect, dû à mon ignorance. »
« …Hein ? »
Isabella se figea un instant.
Manifestement, elle ne s’était jamais attendue à ce que l’adjointe qui la réprimandait sans cesse se mette soudain à la traiter avec respect.
« J-je vous salue, mon Seigneur. »
Estigel hésita, puis s’inclina maladroitement à son tour.
Seul Balutak restait dans l’ignorance, le regard vide.
Isabella était celle qui semblait la plus déconcertée.
L’attitude de Charlotte l’avait tellement sidérée qu’elle était incapable de bouger.
« Euh… Adjointe ? Tu n’as pas besoin de me traiter comme ça. »
« Que voulez-vous dire, mon Seigneur ? »
« Argh. C’est tellement gênant… »
Incapable de cacher son trouble, Isabella se frotta les bras.
« J’ai l’impression que mon cerveau n’arrive pas à suivre. Tu es vraiment l’adjointe Charlotte ? L’adjointe démoniaque qui se fâche quand je bois ne serait-ce qu’un peu de sang… Oh ! »
Dès qu’elle s’interrompit, elle se plaqua la main sur les lèvres.
Isabella guetta avec prudence la réaction de Charlotte.
Sans changer d’expression, celle-ci s’inclina de nouveau.
« J’ai été terriblement irrespectueuse à l’époque. J’espère que vous me pardonnerez avec votre grande bonté. »
« …Ouah. »
À l’exception des Sept Palais des Abysses, Isabella était désormais la Seigneur la plus haut placée, de rang 8, même si elle était elle-même troublée d’être traitée en Seigneur.
« Euh, Adjointe ? Dans ce cas… je peux boire un tout petit peu de ton sang ? »
« Oui. »
Charlotte retroussa sa manche sans hésiter.
« Hmm. Si possible, présente-moi plutôt ta nuque. »
« Oui. »
Elle disait être gênée quelques instants plus tôt et voilà qu’elle s’enivrait déjà de son nouveau pouvoir.
Quel changement d’attitude complètement dingue.
Quand Charlotte rejeta doucement ses cheveux en arrière, son cou pâle et gracile apparut.
En le voyant, Isabella déglutit.
Elle ouvrit grand la bouche et s’apprêtait à enfoncer ses crocs dans le cou de Charlotte lorsque son regard tomba sur Estigel.
« M’mais la personne à côté d’toi est humaine, elle aussi ? »
« Hein ? Ah, je suis, euh… à moitié humaine et à moitié démon… »
« À moitié humaine et à moitié démon ! »
Isabella s’écria soudain.
Contrairement à Estigel, qui ne comprenait pas ce qui se passait, je savais exactement pourquoi.
Parmi les sangs que les Vampires préféraient, le sang humain était bon, mais le meilleur était celui d’une personne mi-humaine, mi-démon.
Pour Isabella, Estigel devait ressembler à la meilleure bouteille de vin du monde.
« Juste une morsure ! Non, non ! Présente-toi tout de suite ! »
« P-pardon ? »
« Calme-toi, Isabella. »
« Oui. »
Charlotte tenait toujours ses cheveux rassemblés.
Je l’effleurai légèrement, et elle finit par les relâcher.
Isabella avait dit être venue pour s’acquitter de sa dette.
En tant que Seigneur de rang 8, elle avait largement les moyens de me rendre tout ce qu’elle me devait.
« Euh, Boss. »
Isabella prit la parole avec précaution.
« Est-ce qu’on pourrait parler seules un instant ? »
* * *
Après avoir salué les Vampires, je retrouvai Isabella seule dans la salle du boss.
Je venais d’apprendre que les autres Vampires avaient eux aussi été choisis par le Cœur de donjon.
« C’est un donjon à huit entités. Je suis le boss, et les autres sont mes subordonnés. »
« Je vois. »
Je m’étais douté que ce ne serait pas un donjon ordinaire.
Babayaga était au niveau 86, tandis qu’Isabella était au niveau 88.
Comme leur donjon comptait huit entités, Isabella et les autres Vampires possédaient une puissance comparable à celle de l’ancien donjon de rang 8, la Vallée des marais aux mille maladies.
Parmi eux, Isabella avait acquis une puissance qui dépassait de très loin celle de Babayaga.
« Niveau 88, huit entités, rang 8. »
Elle avait aussi l’air plus vive qu’avant. Avait-elle un lien particulier avec le chiffre huit ?
Contrairement à ce que je pensais, je pris un ton sérieux.
« Tu as une tout autre allure. Tu as gagné en maturité. »
« Héhé… »
Isabella se gratta timidement l’arrière de la tête.
Son apparence n’avait pas beaucoup changé, mais elle dégageait désormais une aura particulière.
En exagérant un peu, elle me rappelait vaguement la pression que dégageaient les Sept Palais des Abysses. Mais c’était bien trop léger pour parler de pression.
« Je peux toujours t’appeler Boss, pas vrai ? C’est devenu une habitude. »
« Fais comme tu veux. »
Elle était peut-être Seigneur de rang 8 à présent, mais à mes yeux, elle restait la même Isabella tête en l’air.
Était-ce ce que ressentaient les parents, quand leurs enfants leur paraissaient toujours petits, quel que soit leur âge ? Malgré moi, je comprenais.
« Tu as dit que tu étais venue pour me rendre ce que je t’avais donné. »
Je l’aurais accueillie avec plaisir même si elle était simplement venue me rendre visite, mais elle voulait s’acquitter de sa dette.
Notre Isabella était incroyablement attentionnée.
Elle revenait en grande pompe juste au moment où nous allions attaquer le donjon antique.
Rien que son aide pour le raid aurait largement suffi à me rembourser.
« Je peux aller droit au but ? »
Je décidai d’abord d’écouter Isabella.
J’acquiesçai, et elle sortit quelque chose de ses vêtements.
Une énergie indescriptible tourbillonnait à l’intérieur de cet objet semblable à une boule de cristal.
« Un Cœur de donjon. »
Si les graphismes du jeu étaient devenus réels, il ressemblerait probablement exactement à ça.
Elle ne s’en rendait peut-être pas compte, mais elle avait tout l’air d’une novice fraîchement devenue boss.
Quelle que soit la confiance qu’on pouvait avoir en quelqu’un, lui montrer un Cœur de donjon revenait à lui confier sa vie.
Dès qu’un Cœur de donjon était détruit, le boss et tous ses subordonnés disparaissaient, et le donjon finissait par s’effondrer à son tour.
Les boss des 72 Donjons pouvaient même absorber le Cœur de donjon les uns des autres.
Si je le lui arrachais tout à coup, Isabella n’aurait plus qu’à mourir.
Impossible qu’elle ignore une évidence pareille.
Cherchait-elle à me montrer par ce geste à quel point elle me faisait confiance ?
« Mais pourquoi me montrer son Cœur de donjon ? »
Me laisser l’absorber sous prétexte de s’acquitter de sa dette, ce serait aller trop loin. Je ne ferais que culpabiliser, et ce n’était même pas possible.
J’ignorais si elle me le montrait parce qu’elle pensait que je pouvais douter qu’elle soit la Seigneur de rang 8, ou si elle avait une autre intention.
« Tu connais aussi la fusion des Cœurs de donjon, pas vrai, Boss ? »
Ah.
Ça aussi, ça existait.
Je me souvins avoir lu des informations sur la fusion secondaire des Cœurs de donjon dans un livre de référence consacré à l’histoire des 72 Donjons.
Lorsque des donjons entraient en guerre, ils pouvaient absorber le Cœur de donjon adverse. Il existait aussi une méthode pour soumettre un autre donjon en fusionnant les Cœurs de donjon.
En fusionnant un Cœur de donjon secondaire, les boss pouvaient établir une relation de suzerain à subordonné.
C’était un lien bien plus absolu que celui qui unissait un seigneur à son chevalier, ou qu’un contrat d’esclavage.
Comme il s’agissait d’une fusion, aucun donjon de remplacement ne se formait.
Naturellement, seul le donjon principal devenait plus puissant. C’est pourquoi les 72 Donjons se tenaient mutuellement en respect et se surveillaient les uns les autres.
« Après tout, je suis la Seigneur de rang 8. Je peux encore avoir l’air d’une novice à tes yeux, Boss, mais j’ai complètement changé. »
Hum. Isabella se frappa la poitrine.
Pendant un instant, elle me rappela Estigel.
« Je ne serai plus un poids pour toi. Je te servirai fidèlement. Acceptes-tu mon Cœur de donjon ? »
Si je l’acceptais, Isabella serait liée à moi par un destin à sens unique.
Si je mourais, Isabella mourrait aussi. Mais si Isabella mourait avant moi, cela ne m’affecterait pas.
Autrement dit, elle serait condamnée à me protéger, ne serait-ce que pour assurer sa propre survie.
Le problème, c’était…
« Je n’ai pas de Cœur de donjon. »
Qu’il s’agisse d’absorption ou de fusion, les deux parties devaient posséder un Cœur de donjon.
Impossible qu’un type comme moi, qui prétendait faire partie des Sept Palais des Abysses, en ait un.
Au fond de moi, je voulais moi aussi fusionner mon Cœur de donjon avec celui d’Isabella.
Mais qu’est-ce que j’y pouvais, si je n’en avais pas ?
« Ce n’est pas grave. »
Ne sachant pas quoi faire, je refusai pour le moment.
J’aurais préféré qu’elle s’en contente, mais Isabella secoua la tête.
« Tu sais, Boss… En vérité, c’est moi qui veux te le demander. Tous les autres et moi, on s’ennuyait de toi. »
« … »
« Tu peux trouver ça égoïste. Je ne serai pas tranquille tant que tu n’auras pas accepté. Alors… tu veux bien redevenir mon Boss, comme avant ? »
Isabella me tendit le Cœur de donjon à deux mains.
Comment étais-je censé me sortir de là ?
Après y avoir réfléchi, je repris la parole.
« Non. Je ne peux pas accepter. »
« …P-pourquoi ? »
Le visage d’Isabella se décomposa tandis qu’elle bégayait.
« Isabella, qu’est-ce que tu crois que signifie la fusion entre deux donjons ? »
« Euh… Ce n’est pas une relation où les deux parties peuvent se faire confiance ? »
« C’est le contraire. »
« Hein ? »
« La fusion est en soi une preuve de méfiance. Quand on peut vraiment se faire confiance, un simple pacte suffit. »
Je pris le Cœur de donjon des mains d’Isabella et le remis dans ses vêtements.
Puis, à la place du Cœur de donjon, je pris sa main libre dans la mienne.
« Isabella, j’ai confiance en toi. »
« … »
« Alors, toi aussi, tu devrais me faire confiance. »
Isabella me regarda, la bouche entrouverte.
Ses yeux s’humidifièrent comme si elle allait pleurer d’un instant à l’autre, tandis que ses lèvres s’agitaient sans cesse.
Quand elle parvint enfin à ouvrir la bouche, un léger souffle s’en échappa.
« Tu as raison. Boss… tu as toujours été comme ça. »
Toujours un escroc ?
Un instant, ma conscience coupable me le fit entendre ainsi.
Notes :
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