Chapitre 47
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Traducteur/éditeur : Mordor
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◈ Pris pour le monstre boss du donjon ◈
Chapitre 47 : Pourquoi tu te comportes comme ça ?
──────
Avant de m’occuper du danger imminent, je devais d’abord renforcer nos défenses actuelles.
Plus précisément, je devais surveiller la progression des officiers et remonter leur moral.
Il me suffisait de jeter des proies à Balutak pour qu’ils gagnent de l’expérience et montent de niveau tout seuls.
Charlotte et Estigel pouvaient désormais apprendre la magie par elles-mêmes, puisqu’elles avaient le Nécronomicon.
« … Alors, je n’ai rien à faire ? »
Place au boss fantoche.
Toc, toc.
Je ne pouvais pas faire grand-chose pour les aider, mais je me dirigeai tout de même vers la salle de l’adjointe.
Ce n’était pas comme si elles allaient se tourner les pouces. Je voulais simplement vérifier où elles en étaient.
Estigel passa la tête par la porte ouverte.
Son regard croisa le mien ; ses grands yeux pétillaient.
« Oh ! Boss, tu es là ! »
Crac, boum !
Un vacarme suspect retentit à l’intérieur.
Quand il s’apaisa, Charlotte se hâta de venir me saluer d’une révérence. Euh, tout en maintenant une main sur la tête d’Estigel pour la plaquer vers le bas.
« Je vous salue, mon seigneur. »
« Je suis venu voir où vous en étiez. »
« Bien sûr. Je vous en prie, entrez. »
Comme par habitude, Charlotte m’invita poliment à entrer d’un geste de la main.
Je comptais seulement vérifier leurs niveaux avant de repartir.
Mais je n’avais rien d’autre à faire, alors je pénétrai dans la salle de l’adjointe.
[Niv. 47]
À l’Assemblée, Estigel était au niveau 44.
Il ne s’était pas écoulé beaucoup de temps depuis, et pourtant elle avait déjà gagné trois niveaux.
Les leçons de Charlotte y étaient pour quelque chose, mais Estigel avait toujours été une boss au potentiel élevé ; c’était donc tout naturel.
« Tu as progressé. »
« … Waouh. Tu l’as remarqué ? »
Estigel entrouvrit les lèvres, surprise.
« Ah, oui ! Je suis maintenant classée soixante-dixième. »
Elle se frappa fièrement la poitrine.
Même dans son attitude, elle me rappelait une Isabella en miniature.
« Félicitations. »
« Hum, hem ! »
Estigel se mit même à marcher d’un pas digne, comme un soldat au pas cadencé.
En la suivant plus loin dans la pièce, j’aperçus le Nécronomicon et une souris morte sur la table.
Elle avait l’air d’étudier la Nécromancie.
« Regarde bien. »
Estigel tendit la main vers la souris.
Les lèvres pincées et les yeux écarquillés, elle avait l’air extrêmement concentrée. Mais son apparence enfantine lui donnait toujours un petit air maladroit.
Une énergie sinistre suinta lentement du bout de ses doigts.
Quand elle atteignit la souris, sa chair pourrit peu à peu et laissa apparaître ses os.
La souris, désormais morte-vivante, se dressa soudain sur ses pattes.
« Couic ! »
« Tadaaa ! »
Estigel désigna la souris des deux mains, comme si elle venait de réussir un tour de magie.
Hmm. J’avais l’impression d’assister au petit spectacle d’une jeune parente.
J’étais moins fier qu’attendri.
« Bien joué. »
« Hé hé. Je sais faire ça aussi. »
Fouu !
La souris s’éleva dans les airs.
C’était de la télékinésie, mais comme la cible était une souris, ce n’était pas très impressionnant.
Peut-être qu’Estigel accordait de l’importance au simple fait d’y être parvenue.
« L’adjointe m’a aussi appris ça. Je crois que ça s’appelle la magie de télékinésie. Enfin, ça ! »
« Hum. »
« Je ne suis pas encore au point, mais je deviendrai de plus en plus utile. Un jour, je serai digne des Sept Palais des Abysses ! »
Derrière son sourire éclatant, je décelai une pointe d’impatience et d’inquiétude.
Elle m’avait montré deux sorts de suite. Était-ce parce qu’elle craignait que je l’abandonne ?
Si je ne réagissais pas, je ne ferais qu’accroître son anxiété.
« Tu progresses vite. Je ne pensais pas que tu t’améliorerais autant. »
« Hé hé… »
Estigel sourit avec innocence.
*Tu crois que je t’abandonnerais juste parce que tu ne m’es pas utile ? Quand je m’attache à quelqu’un, je reste avec lui jusqu’au bout.*
« Boss. »
Charlotte, qui s’était contentée d’observer la scène, prit enfin la parole.
Mon regard se posa aussitôt non pas sur son visage, mais sur le nombre au-dessus de sa tête.
[Niv. 82]
Elle était encore au niveau 81 il y a peu, et voilà qu’elle avait déjà grimpé d’un cran.
Comme on pouvait s’y attendre de la part d’une Gardienne de l’Abîme Décuple : une véritable broyeuse de débutants.
En tant que boss, j’en avais le cœur tout retourné.
« À ce rythme, elle dépassera bientôt le niveau 90. »
Avec le temps, elle atteindrait le niveau 90 ; en plus, Charlotte était maintenant un Humain magique et possédait le Nécronomicon.
À en juger par sa progression, ce n’était pas exagéré de dire qu’elle pourrait un jour approcher le niveau d’un boss de Palais des Abysses.
« … Mais pourquoi m’a-t-elle appelé ? »
Même si nos regards se croisaient, elle restait silencieuse.
Puis le sol remua, et des morts-vivants en jaillirent.
Il y en avait une vingtaine, à vue de nez. Était-ce pour ça qu’elle m’avait appelé ?
« … »
« … »
Charlotte continua de me fixer sans rien dire.
Son regard semblait cacher un message.
Mais impossible de le deviner tant qu’elle ne disait rien. Qu’étais-je censé faire ?
Fouu !
En un instant, les morts-vivants s’élevèrent dans les airs.
Et pourtant, Charlotte ne fit que me fixer.
« … »
« … »
Était-elle jalouse d’Estigel ?
Voulait-elle des compliments parce qu’elle avait fait mieux ?
« Bien joué. »
« Merci. »
Elle répondit comme si elle n’attendait que ça. C’était donc bien ça, à cent pour cent.
Je ne m’y serais pas attendu, mais elle avait elle aussi un côté enfantin.
À cet instant, de la magie jaillit du bout des doigts de Charlotte.
La faible énergie magique s’épaissit peu à peu, jusqu’à former une violente tempête de neige.
Crac ! Des éclairs s’y mêlèrent, et ce sort à vaste zone s’empara des environs.
Pourtant, il nous évitait avec une précision remarquable.
« Waouh… »
Pour être honnête, j’avais envie de rester bouche bée, exactement comme Estigel.
Non seulement Charlotte lança sans effort le sort du huitième cercle, Blizzard, mais elle contrôlait aussi librement chaque filament d’énergie magique.
Et ce n’était même pas un simple sort du huitième cercle. Il s’agissait d’un sort à deux éléments.
Une telle prouesse aurait été impossible sans un talent et un instinct hors du commun.
Charlotte rassembla sa magie et me fixa intensément.
Pour résumer ce que j’en pensais, j’étais tout simplement sans voix.
Si son regard ne m’avait pas supplié de la féliciter, je serais probablement resté planté là un bon moment.
« C’est incroyable. »
Les commissures des lèvres de Charlotte tressaillirent, à peine.
Rien d’autre ne changea visiblement, mais la couleur verte de son niveau vira rapidement au rose.
Un rose si intense qu’il avait dépassé la limite.
Ah. Une autre Sorcière folle d’os.
* * *
J’avais beaucoup à prendre en compte en prévision de l’arrivée de Cecilia, qui pouvait survenir à tout moment.
Si elle débarquait sans prévenir, comme Wilhelm, je mourrais avant même d’avoir eu le temps de me préparer.
Bien sûr, ils avaient perdu deux Héros ; il était donc évident qu’ils tenteraient de nous attaquer après avoir tout préparé.
Au moins, rien ne devrait arriver avant l’arrivée de la Neuvième Légion de Carleon.
« Des intrus sont arrivés. »
« Oh ! »
« Kirik ? »
… Merde.
Charlotte rassembla tout le monde au dixième étage et alla droit au but.
Elle glissa la main dans sa robe et en sortit une boule de cristal.
La boule de cristal qui servait de système de sécurité au donjon vibrait, et un frisson d’inquiétude me parcourut l’échine.
Je n’aurais jamais cru que Cecilia viendrait si tôt.
Ce n’était peut-être pas elle, mais l’angoisse me poussait à imaginer le pire.
« Tout le monde, regardez la boule de cristal, s’il vous plaît. »
Dès qu’elle eut fini de parler, Balutak et Estigel se penchèrent en avant.
Ils me bouchèrent la vue.
« Kirik ! »
Balutak sursauta brusquement.
Puis ils déployèrent leurs ailes et se mirent à monter les escaliers.
Combien d’intrus pouvait-il y avoir ?
Après avoir observé Balutak avec curiosité, je tournai moi aussi les yeux vers la boule.
Les intrus qu’on y voyait étaient un peu plus d’une dizaine. Ils fonçaient sans même se mettre en formation.
Chacun de leurs mouvements était parfaitement coordonné ; ils ignoraient les pièges et fonçaient tête baissée.
Ce n’étaient pas leurs silhouettes dans l’obscurité qui retenaient mon attention, mais leurs yeux.
Ils avaient tous les yeux rougeoyants.
… Des vampires ?
« Charlotte. Ce ne sont pas des intrus, si ? »
« Je suis désolée. Je voulais te faire la surprise. »
Je ne m’y attendais pas. Charlotte avait-elle toujours été comme ça ?
Plus j’apprenais à la connaître, plus elle me semblait étonnamment humaine.
Ouf. Avant de me réjouir de les revoir, je devais d’abord me remettre de ma frayeur.
Pour être honnête, j’avais cru que ma dernière heure était arrivée.
« Pourquoi ? Qui sont-ils ? »
Estigel, la seule à ne pas savoir, regarda autour d’elle.
« C’est Isabella, une Vampire. Elle fait partie des membres fondateurs du donjon dont je t’ai parlé. »
« Ah ! »
Estigel avait donc entendu parler d’elle.
Je ne m’attendais pas à ce qu’elle vienne me voir si soudainement, mais j’étais heureux de la revoir, quoi qu’il en soit.
Je montai les escaliers d’un pas léger, suivi par les deux autres.
J’avais hâte de prendre de ses nouvelles et de savoir comment elle allait.
M’étais-je attaché à elle sans m’en rendre compte ? Nous n’avions même pas été séparés si longtemps, et pourtant j’étais si heureux de la revoir.
En même temps, comparé à Balutak, qui s’était précipité pour l’accueillir, ma réaction était tout à fait normale.
Quand j’atteignis l’entrée du quatrième étage, des dizaines de paires d’yeux rougeoyants se dessinèrent dans l’obscurité.
J’entendais aussi Balutak pépier : « Kirik, kirik. »
« Boss ! »
Dès que nos regards se croisèrent, Isabella bondit avec grâce depuis l’avant du groupe.
En un seul saut, elle se retrouva juste devant moi.
« Tu m’as manqué ! Comment tu vas ? »
« Kirik. Isabella dit que le Grand Chef lui a manqué aussi. »
Pour une raison ou une autre, les ailes de Balutak qui battaient m’agaçaient.
Tandis que je les écartais discrètement, Charlotte prit la parole la première.
« Ça fait longtemps. Tu vas bien ? »
« Oui, oui ! Je vais très bien ! Toi, tu n’as pas changé, adjointe ! Vous m’avez tellement manqué, tous ! Hein ? Ah, mais qui est-ce ? »
« E-Enchantée… »
Estigel s’inclina profondément, et Charlotte la désigna.
« Voici Estigel. C’est un nouveau membre du Tombeau de la Foi. »
« Oh… C’est elle qui a pris la place que j’ai laissée, alors ? »
Pendant que les trois femmes bavardaient comme des filles, j’observai Isabella attentivement.
Quelque chose avait changé chez elle, et elle semblait aussi un peu plus grande.
Plus que son apparence, c’était son aura particulière qui me frappait. Était-ce seulement une impression ?
« Boss ? Je ne t’ai pas manqué ? »
Isabella se couvrit la bouche et gloussa.
Peu importe comment je la regardais, son aura avait bel et bien changé.
Mais impossible de mettre le doigt sur ce qui était différent.
Après avoir examiné son apparence, je finis par lever les yeux vers le nombre au-dessus de sa tête.
[Niv. 88]
… Quoi ?
La couleur vert foncé n’avait aucune importance.
Seul le nombre s’imprima dans mon esprit.
Pendant un instant, je crus avoir mal lu, mais son niveau restait à 88.
J’avais du mal à y croire, même en le voyant de mes propres yeux. Si l’on se fiait seulement aux chiffres, elle était au niveau de Carleon, le boss intermédiaire du Vieux Château.
Pas Balutak ni Charlotte, mais Isabella.
« Tu n’as pas peur que je te suce encore le sang, j’espère ? Je ne suis plus une moustique de ce genre. »
On ne pouvait pas progresser autant en s’entraînant.
Alors, comment ?
« … Ne me dis pas que… »
Une possibilité me vint à l’esprit, et le moment concordait.
C’était difficile à croire, mais il n’y avait pas d’autre explication.
Isabella cligna des yeux quand nos regards se croisèrent, puis sourit de toutes ses dents.
« Comme on pouvait s’y attendre de toi, boss. Tu as compris tout de suite. »
Une main posée sur la poitrine, Isabella s’inclina.
Son mouvement était souple et maîtrisé, rien à voir avec la maladroite Isabella dont je me souvenais.
« Permets-moi de me présenter comme il se doit. Je suis Isabella, classée huitième parmi les 72 Donjons. »
Elle leva fièrement les doigts en V.
« Je suis la Vampire revenue pour te rendre ta bonté ! »
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