Chapitre 46
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Traducteur/éditeur : Mordor
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◈ Pris pour le monstre boss du donjon ◈
Chapitre 46 : L’Étoile montante de l’Empire
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— Rang 8 des 72 Donjons, la Vallée des marais aux mille maladies vaincue par l’Étoile montante de l’Empire !
« Hmm… »
Je poussai un grognement en lisant le journal.
Vu le moment, je m’étais attendu à apprendre la mort de Babayaga.
Je ne pensais tout de même pas que ça arriverait aussi vite.
Il ne s’était écoulé que quatre jours depuis la fin de l’Assemblée des 72 Donjons.
Le nouveau boss du donjon de rang huit serait apparemment l’ogre bicéphale Jokal.
Pour être honnête, ça m’était égal.
Je ravalai ma surprise et poursuivis ma lecture.
« … L’Étoile montante de l’Empire, en solitaire. »
Les Étoiles montantes de l’Empire étaient des Héros en devenir.
Les Quatre Héros actuels de l’Empire étaient le Moine du Baume, Wilhelm, Astin et Leon.
Le Moine du Baume et Wilhelm étaient morts, tandis qu’Astin et Leon approchaient de la retraite.
Dans l’histoire originale du jeu, les trois autres prenaient leur retraite et seul Wilhelm restait l’allié du joueur.
Son corps avait vieilli, mais l’éveil de l’Épée sacrée lui avait permis de contribuer grandement à la défaite de Kalandas.
Autrement dit, les deux Héros restants étaient désormais bons pour la casse.
La famille impériale et le Commandement d’Extermination le savaient évidemment.
Ils devaient s’activer pour élever les étoiles montantes au rang des nouveaux Quatre Héros.
Le renouvellement des générations était déjà urgent, et je leur avais pratiquement mis le feu aux pieds.
Il leur fallait pisser dessus, pas seulement sur leurs pieds gelés.
Voilà pourquoi un Héros en devenir avait vaincu le donjon de rang huit.
Y aller seul, sans même une Partie d’Extermination, c’était un peu excessif, mais ils voulaient montrer au peuple que l’Empire tenait toujours bon.
Étonnamment, ça avait marché.
Le gros titre du journal annonçait la réussite de l’exploration en lettres immenses.
Pas même un Héros : une Étoile montante avait accompli un tel exploit en solitaire.
« Je n’étais pas au courant, moi non plus. »
Je n’avais jamais vu ni entendu parler de quoi que ce soit de semblable dans les archives du jeu.
Deux Héros étaient morts à cause de moi. Inutile de parler d’effet papillon : l’avenir avait forcément subi des changements énormes.
« … Il fallait que ce soit elle. »
Le nom clairement imprimé dans le journal était Cecilia.
On pouvait bien lui faire avaler autant de potions d’amélioration qu’on voulait et l’accabler d’objets, une Étoile montante inexpérimentée ne pouvait pas vaincre seule le donjon de rang huit.
Mais dès que je vis le nom de Cecilia, tout s’éclaira.
Elle était destinée à devenir le Héros le plus puissant de l’histoire.
Elle était probablement déjà plus forte que les Héros actuels.
À son apogée, elle était censée atteindre le niveau 95.
« S’il n’y a pas de joueur, c’est elle, l’héroïne, en gros. »
J’avais l’air calme, mais au fond, j’étais inquiet.
Si l’on s’en tenait aux chiffres, le prochain donjon à être vaincu après le rang huit serait le mien, au rang sept.
Et même sans tenir compte des classements, mon donjon était déjà dans le collimateur du Commandement d’Extermination et de l’Église de Solari.
Le Tombeau de la Foi serait évidemment leur prochaine cible.
Ils ne manqueraient pas de se préparer minutieusement autour de Cecilia.
« On est foutus. »
Après ce qui s’était passé à la Table ronde, il me fallait revoir mes plans.
Je m’étais assez bien débrouillé à la Table ronde et j’avais réussi à conclure sur une bonne note, mais je ne pouvais pas nier m’être fait une ennemie plus dangereuse que Kalandas.
Ces deux-là m’étaient peut-être ouvertement hostiles, mais mes véritables ennemis étaient l’Empire, l’Église de Solari et la Tour des mages aux cinq couleurs. Trois factions.
Par-dessus tout, je devais garder un œil sur Cecilia.
Quelle injustice à la con.
D’abord le Moine du Baume, ensuite Wilhelm, et maintenant Cecilia.
« … Peut-être que c’est une bonne chose, finalement ? »
Si Cecilia venait après avoir atteint son plein potentiel, je mourrais sans pouvoir faire quoi que ce soit.
En revanche, si elle venait seule avant d’être devenue plus forte, ce serait une occasion à saisir.
Ouais. Il fallait voir le bon côté des choses.
Pour l’instant, ma priorité absolue était de préparer des contre-mesures contre Cecilia.
La Neuvième Légion du Château de la Luxure arriverait bientôt, et Dalon, Ren et Rin avaient une bonne opinion de moi.
Mais me reposer uniquement sur l’aide des autres, c’était vraiment compter sur eux pour tout faire à ma place.
Et si le Vieux Château, la Tombe souterraine et la Tour des Deux Étoiles m’ignoraient tout simplement ?
Si je leur faisais entièrement confiance, je finirais par mourir des mains de Cecilia.
Quoi qu’il arrive, la meilleure solution consistait à consolider les fondations du donjon et à renforcer ses défenses.
Bien sûr, je devais aussi faire progresser Charlotte, Balutak et Estigel au passage.
Je revoyais mon plan, mais ses grandes lignes restaient les mêmes qu’avant le recrutement de Balutak.
Recruter les boss des contenus téléchargeables comme alliés et accroître ma propre puissance grâce à un donjon antique.
« Un donjon antique… Il est peut-être temps d’en visiter un. »
Vu l’urgence de la situation, je n’avais pas le loisir de faire progresser les boss des contenus téléchargeables.
Absorber un Cœur de donjon antique me semblait être la meilleure solution.
« Charlotte et Balutak ne suffiront pas, cela dit. »
Devais-je prendre comme chevalier escorte Dullahan Carleon, qui ne tarderait pas à arriver en renfort ?
Avec lui seul, vaincre un donjon antique deviendrait bien plus facile.
* * *
Lorsque la constellation de l’Empire s’éteignit, une nouvelle étoile se leva.
Au palais impérial de l’Empire tumaniste vivait une femme, aux côtés de la famille impériale et de ses ministres.
Elle n’était pas noble, pas même roturière. Orpheline, elle avait grandi dans les bas-fonds.
Pourtant, elle était désormais l’Étoile montante de l’Empire, destinée à devenir un Héros sous peu.
Bam.
La gouvernante sortit de la chambre privée de Cecilia et poussa un long soupir.
À l’origine, la gouvernante était la deuxième fille d’une famille marquisale. Elle était entrée au service du palais pour servir la famille impériale.
Mais lorsque Cecilia s’était installée au palais impérial, on l’avait affectée à son service personnel.
Servir la famille impériale et s’occuper de Cecilia.
La seconde tâche était bien plus épuisante pour la gouvernante.
« Où est-elle partie, cette fois ? »
Cecilia allait et venait du palais impérial à sa guise, sans le moindre sens des convenances.
Elle ignorait même les conseils des eunuques ; la gouvernante n’avait donc aucune chance de la maîtriser toute seule.
Tout en soupirant à plusieurs reprises, la gouvernante prit le chemin de l’extérieur du palais.
Après avoir marché un moment, elle posa le pied sur la terre battue et des cris retentirent de toutes parts.
Arrivée au terrain d’entraînement des chevaliers impériaux, elle fixa un endroit précis.
Une tête aux cheveux argentés se détachait plus que tout le reste.
Des dizaines de chevaliers gisaient dans la poussière devant elle.
« Seigneur… »
La gouvernante en resta bouche bée.
Ce n’était pas la première ni la deuxième fois. Combien de fois Cecilia avait-elle affronté l’ordre des chevaliers dans le cadre de son entraînement ?
Imaginez une femme de vingt-cinq ans s’en prenant seule à toute la chevalerie impériale.
N’importe qui aurait pris ça pour une plaisanterie.
Mais si cette femme était Cecilia, c’était possible. À présent, c’était même devenu facile pour elle.
L’épée qu’elle tenait n’était même pas une véritable lame, mais une épée de cérémonie émoussée.
En plus, elle avait vaincu tous les chevaliers en pyjama et sans la moindre armure.
Son visage ne laissait paraître aucun signe de fatigue.
« Dame Cecilia. »
Cecilia se retourna à l’appel.
Leurs regards se croisèrent et la gouvernante tressaillit malgré elle.
Elle avait toujours les paupières mi-closes, comme si elle avait sommeil.
La gouvernante avait beau la voir souvent, elle ne parvenait pas à s’habituer à ce regard froid, si dénué de vie qu’il semblait sans âme.
« Pourquoi ? »
« Comment ça, pourquoi ? Vous vous êtes levée il y a peu. Vous avez même sauté le petit-déjeuner et vous vous entraînez aussi durement le ventre vide… »
« Je m’en occupe. »
Cecilia se détourna sans la moindre émotion.
Elle s’approcha tour à tour des chevaliers à terre, leur prit la main et les aida à se relever.
En la voyant faire, la gouvernante se dit que Cecilia était fondamentalement gentille, mais son expression habituelle était bien trop froide.
Son visage n’était pas le seul : sa voix aussi restait plate et égale.
Chaque fois que la gouvernante la regardait, elle ne pouvait s’empêcher de se poser la question.
Cette femme était-elle vraiment capable d’éprouver des émotions ?
Perdue dans ses pensées, elle s’aperçut que Cecilia retournait déjà au palais impérial.
La gouvernante sortit de sa rêverie et se hâta de la rattraper.
« Dame Cecilia. Pour le prochain bal mondain, comptez-vous y assister, cette fois… »
« Je n’irai pas. »
« … Vous ne pourriez pas y réfléchir encore un peu ? Vous avez vaincu le donjon de rang huit, tout de même. Vous devriez au moins vous montrer dans la haute société… »
« J’ai dit que je n’irai pas. »
Malgré ses demandes répétées, Cecilia ne céda pas.
Comme toujours, elle faisait toutes sortes de choses étranges, même au palais impérial, perdue dans son propre monde.
Elle mangeait quand elle en avait envie.
Elle dormait quand elle en avait envie.
Elle s’entraînait quand elle en avait envie.
Pendant son séjour au palais impérial, elle ne témoignait aucun respect, même lorsqu’elle rencontrait des princes, des princesses ou l’empereur en personne.
Pourtant, la famille impériale la gardait au palais comme en captivité pour deux raisons.
La première était de former un Héros.
Si l’on se fondait uniquement sur son potentiel, elle était considérée comme le plus grand Héros de l’histoire.
Elle pouvait s’entraîner avec la chevalerie au palais, être servie par des domestiques, bénéficier d’un suivi psychologique régulier et manger les meilleurs plats.
Tant qu’elle vivait au palais impérial, elle disposait également de toutes sortes de soutiens.
Ce n’était pas trop demander, si cela permettait de créer le Héros le plus puissant, celui qui porterait bientôt l’avenir de l’Empire sur ses épaules.
« Je n’ai besoin de rien de tout ça. »
Cecilia parla sans quitter la route des yeux.
« Dites au Commandement de nettoyer les Sept Palais des Abysses. Vite. »
« Vous ne pouvez pas. Il y a des procédures pour tout. Et ce n’est pas n’importe quel donjon, ce sont les Sept Palais des Abysses. Ce n’est pas un donjon qu’on peut vaincre aussi facilement que vous le prétendez. »
« Je peux y aller seule. »
La gouvernante ferma les yeux de toutes ses forces.
Elle le constatait chaque fois : il était impossible de raisonner avec Cecilia.
« Pourquoi êtes-vous si pressée ? »
« Pour me venger. Pourquoi demander si vous le savez déjà ? »
« Je le sais, mais… »
Comme tout le monde au palais impérial le savait, Cecilia ne vivait que pour se venger.
Elle commencerait par vaincre le Palais des Abysses de rang sept, deviendrait plus forte, puis finirait par atteindre l’Abîme Décuple.
Les détruire étape par étape était une grande cause pour l’humanité, mais le désir de vengeance de Cecilia était plus puissant encore.
Jadis, son maître avait perdu la vie dans l’Abîme Décuple, deuxième des Sept Palais des Abysses.
Pour Cecilia, il avait été bien plus qu’un maître.
Il était le seul soutien sur lequel elle pouvait compter et à qui elle pouvait se fier.
L’homme qui avait recueilli une orpheline des bas-fonds et était devenu tout son univers.
Cecilia avait juré depuis longtemps de se venger de l’Abîme Décuple, qui lui avait pris son maître.
Cette résolution ne s’était jamais affaiblie, et Cecilia restait aveuglée par la vengeance.
« Quelle pauvre fille. »
… Ce souvenir avait été fabriqué.
Lucas n’était pas mort dans l’Abîme Décuple.
En réalité, il avait été exécuté sur l’échafaud, maudissant l’humanité jusqu’à son dernier souffle.
Dix ans plus tôt, lorsque Cecilia avait appris l’exécution de Lucas, elle était entrée dans une fureur de démente.
Elle avait massacré les chevaliers impériaux, tué un Héros et même placé une épée sous la gorge d’un prince.
On avait fini par la maîtriser et l’enfermer dans une prison souterraine, mais l’Empire ne pouvait pas se résoudre à l’abandonner.
Cecilia était la seule disciple à qui Lucas, le plus puissant des Héros, avait transmis tout son savoir.
Même la famille impériale reconnaissait qu’elle avait trop de valeur pour être simplement tuée.
Mais la magie de manipulation des souvenirs n’avait aucun effet sur quelqu’un dont le mana dépassait celui des Héros en activité.
Après s’être creusé la tête, les dirigeants de l’Empire avaient opté pour le cristal de rubis de Raurava.
« Dame Cecilia, cette chose ne vous gêne pas, sur la poitrine ? »
« Pas vraiment. Vous avez dit que c’était un bon artefact. »
« … »
« Ce n’est pas comme si je pouvais l’enlever, même si je le voulais. »
« C’est vrai. J’avais oublié un instant. »
La gouvernante contempla d’un air sombre la poitrine de Cecilia.
Le cristal de rubis, fixé à elle comme s’il avait été gravé dans sa peau, n’était ni un bijou ni un simple artefact.
C’était un sceau de contrainte du Royaume démoniaque appelé cristal de rubis de Raurava.
Il privait presque entièrement son porteur de toute résistance magique.
Autrement dit, Cecilia était désormais sans défense face à la magie de manipulation des souvenirs, comme une personne ordinaire dépourvue de mana.
La magie de manipulation des souvenirs avait toutefois du mal à effacer quelqu’un de profondément ancré dans les souvenirs d’une personne.
Et pour Cecilia, Lucas avait été toute sa vie.
Effacer Lucas de sa mémoire était pratiquement impossible.
Ils avaient donc fabriqué le souvenir de sa mort au combat dans l’Abîme Décuple, le donjon de rang deux des Sept Palais des Abysses.
Ils avaient élaboré un plan pour attiser le désir de vengeance de Cecilia afin qu’elle finisse un jour par vaincre les Sept Palais des Abysses.
Une fois sortie du palais impérial, elle serait exposée à un environnement susceptible d’ébranler ses faux souvenirs.
Si elle parcourait le monde extérieur et apprenait l’exécution de Lucas, la manipulation de ses souvenirs se déformerait de nouveau.
C’était la deuxième raison pour laquelle la famille impériale gardait Cecilia enfermée entre les murs du palais impérial.
Cecilia s’arrêta soudain et leva les yeux vers le ciel.
« Pourquoi ? »
« Pour rien. Mon maître me manque. »
« … »
La gouvernante connaissait toutes les habitudes de Cecilia.
Chaque fois que Cecilia regardait le ciel, c’était que son maître lui manquait. Elle levait les yeux des dizaines de fois par jour.
« Les Sept Palais des Abysses… »
La gouvernante prit un air sombre à cette pensée.
Une rumeur circulait hors du palais impérial.
Le boss du Tombeau de la Foi, le Palais des Abysses de rang sept, serait le chevalier de la mort Lucas.
La gouvernante pria pour que ce ne soit qu’une fausse rumeur.
Le Tombeau de la Foi était le prochain donjon que Cecilia comptait vaincre.
Si ce chevalier de la mort était vraiment Lucas…
Ce ne serait pas tragique, franchement ?
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