Chapitre 43
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Mordor
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Pris pour le boss du donjon ◈
Chapitre 43 : Virtuose de l’esbroufe
──────
Roxanne prétendait agir pour les 72 Seigneurs, mais, en vérité, elle voulait me mettre la pression pour des raisons personnelles.
L’arrogance de Roxanne crevait le plafond.
Elle était telle qu’elle ne supportait même pas qu’un dieu lui soit supérieur.
Quand les joueurs battaient Roxanne dans le jeu, la plupart de ses répliques ressemblaient à ça.
Elle disait qu’elle ne pouvait pas perdre contre une créature aussi pitoyable, les accusait d’avoir eu recours à une entourloupe et débitait toutes sortes d’inepties arrogantes.
Même au seuil de la mort, elle niait sa défaite plus encore qu’elle ne refusait la mort. Fallait-il vraiment en dire davantage ?
Elle a dû en prendre un sacré coup à son orgueil.
Cette audience n’avait aucune raison valable ni aucun intérêt pratique. Elle voulait simplement assouvir sa colère en imposant sa décision.
Ce n’était pas une gamine. Il était évident qu’elle savait à quel point elle était mesquine ; c’était bien pour ça qu’elle essayait de le dissimuler derrière un prétexte.
Blizz s’éclaircit la gorge et promena son regard autour de lui.
« Un Seigneur de rang 2 a demandé une audience contre un Seigneur de rang 7. Une audience entre Palais des Abysses sans précédent. Tout le monde est-il d’accord ? »
Un différend entre Seigneurs de rang inférieur aurait été une chose, mais il s’agissait ici d’une audience entre Palais des Abysses.
Un conflit entre membres des Sept Palais des Abysses comportait des risques qu’aucun des deux camps ne pouvait se permettre de prendre.
Les Seigneurs de rang inférieur auraient dû s’y opposer, vu les conséquences possibles, mais l’intention meurtrière de Roxanne les réduisit au silence.
Et les autres Sept Palais des Abysses ?
Leur position comptait plus que tout.
Même si Roxanne occupait le deuxième rang, tous les membres des Sept Palais des Abysses avaient théoriquement les mêmes droits.
Si deux des quatre s’y opposaient, l’audience n’aurait pas lieu.
« Calme-toi, je t’en prie, Ancien. »
« … »
Rose Sha essaya au moins de la retenir, mais Roxanne ne fit même pas semblant de l’écouter.
Rose Sha s’y opposait parce qu’elle comprenait ma situation. Et les autres ?
« Oui, oui. Ça a l’air amusant. »
« Rin aussi, ça lui plaît ! »
« Je suis d’accord. »
« Hmm… »
Les jumeaux gloussèrent en disant que ça avait l’air divertissant, tandis que Kalandas acquiesçait.
Dalon se contenta de garder un silence solennel. Il ne formula aucune objection.
C’était vraiment n’importe quoi.
« Je remplirai moi aussi le rôle de médiateur. »
Comme si l’audience avait déjà été décidée, Blizz prit la parole.
« Je demande aux deux Seigneurs de procéder sous la forme d’un échange direct de questions et de réponses. Il serait préférable que le verdict soit obtenu d’un commun accord. En l’absence d’accord, il sera déterminé par un vote des 72 Seigneurs. Seigneur Roxanne, veuillez commencer votre interrogatoire. »
« Je poserai deux questions. Vargoer, tu es tenu d’y répondre. »
L’une porterait sûrement sur l’Épée sacrée. L’autre, sur le fait que j’avais pris une humaine comme adjointe.
Devant les 72 Seigneurs, ces deux points constituaient les prétextes les plus solides pour m’accuser de favoriser l’humanité.
« Tu es un mort-vivant. Alors, comment se fait-il que l’Épée sacrée t’ait choisi ? »
Je m’attendais à cette accusation et n’eus donc pas besoin d’improviser. J’avais envisagé d’innombrables contre-arguments avant de venir à la réunion de la Table ronde.
Ce n’était pas de quoi être fier, mais depuis que je prétendais appartenir aux Sept Palais des Abysses, je vivais dans une paranoïa excessive.
Dès que j’avais entendu parler de l’Assemblée des 72 Donjons, je m’étais préparé à toutes les éventualités.
Surtout à propos de l’Épée sacrée et de Charlotte.
J’avais préparé des arguments convaincants sur les deux sujets.
Je n’avais donc aucune raison d’avoir peur. Ce n’était pas un combat en un contre un.
Nous ne faisions qu’échanger des questions et des réponses afin de déterminer qui avait raison.
« Que signifie l’éveil de l’Épée sacrée ? C’est une révélation de Solari, destinée à assurer la survie de l’humanité. L’Épée sacrée exige une personne digne et sert l’humanité. Pourtant, elle est entre tes mains, Vargoer. Qu’est-ce que cela implique, selon toi ? »
Contrairement à moi, Roxanne avait exigé cette audience par ressentiment.
Si elle se contentait d’avancer des arguments montés à la va-vite, elle ne pourrait jamais me vaincre ici.
« Tu éprouves un sens de la justice envers l’humanité. Tu as l’intention de trahir les 72 Donjons et le Royaume démoniaque non humain pour te ranger du côté des humains. »
De mon côté, une question me taraudait.
Le but d’une audience était de déterminer qui avait tort ou raison.
Pourtant, Roxanne s’attaquait à mes intentions profondes, un sujet sans rapport avec la question et impossible à trancher par le débat.
Est-ce que je servais l’humanité ou les 72 Seigneurs ?
Impossible de le savoir sans recourir à la prévoyance de Ren et Rin.
Pourtant, elle ne montrait aucun signe de vouloir utiliser la prévoyance de Ren et Rin. Et elle n’aurait pas dû le faire.
Hormis le médiateur, une audience devait se dérouler sous la forme d’un échange direct entre les deux parties seulement.
Son seul objectif, c’est de retourner tout le monde contre moi ?
À moins qu’elle ne soit trop aveuglée par la colère pour réfléchir. Il devait y avoir une autre raison.
Je pris alors la parole.
« J’ai éliminé deux héros. »
« Ce n’est pas une preuve recevable. Ces deux héros ont essayé de te tuer les premiers. Tu ne les as tués qu’en légitime défense. Tu n’avais aucune autre intention, n’est-ce pas ? »
« … »
« Quel est le but de cette Assemblée ? Au fond, il s’agit de réunir les 72 Donjons pour les unifier. Or, le simple fait que tu possèdes l’Épée sacrée entrave cette unité. »
Comme prévu, c’était de la propagande.
Sans la prévoyance de Ren et Rin, impossible de vérifier mes véritables intentions.
Elle comptait donc m’enfoncer en montant tout le monde contre moi par n’importe quel moyen.
« Le second problème est du même ordre. Comme vous le savez, les Sept Palais des Abysses sont sacrés et inviolables, révérés par le Royaume démoniaque non humain. Regardez. Voyez quel genre d’abus a commis l’un des Sept Palais des Abysses. »
Roxanne désigna Charlotte, qui se tenait silencieusement derrière moi.
« Tu as pris une humaine de sang pur comme adjointe. Cela aussi entravera grandement notre unité. Nous avons le devoir de protéger les 72 Donjons et le Royaume démoniaque non humain. Personne ne peut fermer les yeux sur tes abus. »
« Et qu’est-ce que tu cherches à dire ? »
Le sourcil de Roxanne tressaillit.
Qu’est-ce qu’elle pouvait parler !
Qu’est-ce qu’elle essayait de dire, au juste ?
« Il faut naturellement éliminer les obstacles et les sources d’instabilité. Si tu perds cette audience, exécute ton adjointe de ta propre main. Et détruis l’Épée sacrée. »
Détruire l’Épée sacrée et exécuter Charlotte.
Mon regard se porta naturellement ailleurs.
Kalandas, qui avait tenté de tuer Charlotte et craignait l’Épée sacrée plus que quiconque, observait la scène en silence.
À première vue, on aurait dit qu’ils avaient comploté ensemble, mais vu le caractère de Roxanne, ce n’était pas le cas.
Dans leur haine aveugle de l’humanité, ils se reflétaient l’un l’autre.
Leurs sentiments étaient semblables ; leurs opinions devaient donc l’être aussi.
Feignant le calme, je croisai les bras.
« J’ai un contre-argument à présenter au sujet de l’exécution de Charlotte. Mais avant, laisse-moi poser une question. »
Je la fixai en silence. Roxanne releva le menton.
« Il y a des centaines d’années, l’Abîme Décuple a répandu la Magie noire dans tout l’Empire. C’est ainsi que les Sorcières sont apparues parmi les humains. »
À mes mots, les pupilles de Roxanne s’élargirent et son regard se posa sur Charlotte.
Venait-elle seulement de comprendre que Charlotte était une Sorcière ?
« Quand les Sorcières sont apparues, l’humanité s’est divisée. C’était bien ce que tu voulais, Roxanne ? »
Roxanne avait créé les Sorcières pour briser l’unité de l’humanité.
Comme prévu, les ordres de chasse aux Sorcières s’étaient répandus dans tout l’Empire et étaient devenus l’une des causes du déclin de l’humanité.
« L’existence des Sorcières divise l’humanité. Et mon adjointe, Charlotte, est l’une d’elles. »
C’était Roxanne qui avait créé les Sorcières. Elle était tombée dans son propre piège.
À présent, Roxanne devait avoir compris.
« Une Sorcière est l’adjointe de l’un des Sept Palais des Abysses. Si l’Empire l’apprend, les chasses aux Sorcières reprendront. Des femmes innocentes mourront, et les citoyens de l’Empire se diviseront inévitablement. »
Je marquai une pause et jetai un coup d’œil aux jumeaux.
« Depuis des temps immémoriaux, on dit que l’ennemi de mon ennemi est mon allié. Charlotte partage notre objectif. Ren et Rin, vous pouvez le confirmer. »
La règle voulait que la prévoyance de Ren et Rin ne soit pas utilisée sur les trois personnes qui dirigeaient l’audience.
Autrement dit, elles pouvaient l’utiliser sur Charlotte, qui n’était pas partie prenante.
Charlotte avait encore trois occasions d’être jugée ; les jumeaux n’avaient donc aucune raison de refuser.
« Ouais. L’adjointe du rang 7 ? Tu veux tuer tous les humains ? Enfin, sauf les autres Sorcières ! »
« Oui. C’est pour cela que j’ai proposé de devenir l’adjointe du Boss. »
Une Sorcière était devenue l’adjointe de l’un des Sept Palais des Abysses.
Si cela devenait un motif de troubles dans l’Empire et que les véritables intentions de Charlotte concordaient avec les nôtres, l’avantage pencherait nettement de mon côté.
« Ouais. C’est vrai. »
« Hum-hum ! »
Un vague air de frustration passa sur le visage de Roxanne.
La question de l’exécution de Charlotte était réglée.
Il ne restait que l’Épée sacrée.
« Roxanne. Pour reprendre tes mots, mon contre-argument au sujet de l’Épée sacrée est du même ordre. »
« … »
« Cette audience n’est pas l’endroit où révéler mes pensées profondes. Attaquons-nous aux faits. »
Impossible de savoir si j’avais l’intention de les trahir.
Contrairement à la propagande de Roxanne, mon contre-argument visait à les confronter à la réalité.
« Demande-toi quel camp serait le plus bouleversé si l’Épée sacrée se trouvait entre mes mains. Toi, qui crains une menace inexistante ? Ou l’humanité, à qui l’on aurait arraché tout espoir ? »
Tout en parlant, je tirai l’Épée sacrée.
« Si je la garde, le désespoir de l’humanité sera éternel. C’est pour cela que mon donjon s’appelle le Tombeau de la Foi. Mais que penserait l’humanité si je détruisais l’Épée sacrée ? »
Les morts-vivants ne pouvaient vraiment pas manier l’Épée sacrée. Leur foi n’en serait pas ébranlée.
Tout le monde savait, sans que j’aie besoin de le dire, que l’unité de l’humanité reposait sur la foi.
Je rengainai l’Épée sacrée et promenai mon regard autour de moi.
« Je vais être clair. Je ne sers pas l’humanité. Je n’utiliserai l’Épée sacrée que pour moi-même. Une fois cette audience terminée, vous pourrez mettre la prévoyance de Ren et Rin à l’épreuve. »
Bien sûr, ils ne pourraient pas ressortir après coup un contre-argument soulevé pendant l’audience pour en faire un problème.
Même les jumeaux, pourtant immatures, ne feraient pas ça.
Je voulais simplement leur faire comprendre que j’étais assez sûr de moi pour affirmer une chose pareille.
« Roxanne. Ne sème pas la discorde avec des arguments aussi absurdes. Tu n’as même pas remarqué que mon adjointe était une Sorcière. »
« … Espèce d’enfoiré. »
L’intention meurtrière suintait de la voix de Roxanne.
Cette seule petite phrase me glaça le sang.
… J’étais allé trop loin ?
J’aurais peut-être dû éviter cette dernière remarque.
Le regard de Roxanne s’aiguisa encore.
La couleur de son niveau avait même changé, teintée d’intentions meurtrières.
« Je vais parler franchement. Je ne t’aime pas. »
Une aura meurtrière spectrale s’éleva soudain autour de Roxanne.
Une aura violette indescriptible écrasa l’espace en un instant.
Les Seigneurs poussèrent tous ensemble un hoquet de stupeur.
« Je l’admets. J’ai demandé cette audience pour des raisons personnelles. C’est à quel point j’ai envie de t’écraser sous mon talon. »
« … »
« J’accepterai le résultat de l’audience. Alors, passons à la suite. Vargoer, voyons lequel de nous est le plus fort. »
Ah.
Pourquoi elle déraille tout à coup ?!
Je savais qu’elle avait l’orgueil d’une gamine, mais je ne pensais pas qu’elle serait aussi déraisonnable.
Si nous nous battions en un contre un, mon corps disparaîtrait sans laisser de trace.
Mais encore fallait-il en arriver là.
« Veuillez accepter le résultat, Ancien. »
« Gardez votre dignité, dame Roxanne. Vous êtes le Seigneur de rang 2 et le plus haut placé de la Table ronde. »
« C’est vrai. Ancien, tu dois tenir bon ! »
« Rin est d’accord ! »
Quel que soit son rang, il s’agissait d’une réunion de la Table ronde à laquelle assistaient les 72 Seigneurs.
« Si tu bouges, nous ne resterons pas les bras croisés. Veux-tu faire de toutes les personnes ici présentes tes ennemies ? »
« Ancien ! Calme-toi ! Calme-toi ! »
« Rin dit aussi de te calmer ! Calme-toi ! »
« Vargoer. »
Si elle s’en prenait à moi ici, ce serait comme déclarer la guerre à l’ensemble des Sept Palais des Abysses.
Pourtant, cette folle n’avait pas l’air de s’en soucier le moins du monde.
Quoi que disent les autres, l’expression de Roxanne ne changeait pas.
« Si tu refuses, je tuerai ton adjointe de ma propre main. N’imagine pas que tu pourras m’en empêcher. Je peux la tuer dès que je le déciderai. »
« … »
C’est quoi, ces conneries de brute ?
Elle ne se contentait pas de menacer de tuer Charlotte.
Elle avait réellement le pouvoir de tuer Charlotte en un instant si elle le voulait, et je sentais parfaitement qu’elle en avait l’intention.
« Je le répète une dernière fois. Déterminons lequel de nous est le plus fort. Tu es peut-être de rang 7, mais tu es seul. Ce ne serait pas un beau duel ? »
Roxanne ne piquait clairement pas une crise parce qu’elle refusait d’accepter le résultat de l’audience.
Si c’était le cas, elle aurait contesté l’audience avant de réclamer un combat.
Elle avait prévu tout ça depuis le début.
Avant même le commencement de la réunion, elle avait clairement montré qu’elle ne voulait pas reconnaître ma force.
L’audience n’avait aucune importance. Elle voulait retrouver son orgueil en m’affrontant.
Ah. C’est vraiment la merde.
L’audience n’était qu’un prétexte pour m’imposer un combat.
C’était complètement absurde et déraisonnable, mais Roxanne pouvait se le permettre.
C’était de loin la personne la plus forte ici, au point de pouvoir se mettre tout le monde à dos.
Il fallait que ce soit la plus forte de toutes qui s’en prenne à moi, une personne assez téméraire pour faire ce qui lui plaisait.
Je n’avais aucune idée de la raison pour laquelle elle s’en prenait à quelqu’un qu’elle pouvait tuer d’un éternuement.
Putain, qu’est-ce que je fais ?
Si j’acceptais, j’étais évidemment mort. Mais si je refusais en faisant confiance aux 72 Seigneurs ?
Elle pouvait ignorer les conséquences et tuer Charlotte sur-le-champ.
Cette Seigneur Dragon arrogante et folle de rage en était parfaitement capable.
… Je dois forcer le passage.
Si j’en étais arrivé là, c’était uniquement grâce à mon bluff.
Existait-il un bluff assez puissant pour faire reculer même Roxanne ?
Un bluff qui ne reposait que sur des paroles ne ferait que l’énerver davantage.
Et contrairement à Kalandas, je n’avais aucun objet à faire exploser contre elle.
Je devrais faire exploser Blizz ?
L’idée ne dura qu’un instant.
Ça pourrait régler la situation, mais il faudrait ensuite gérer les conséquences.
Comment pouvais-je faire exploser l’adjoint de l’Ancien ?
Je devrais supplier et dire que j’ai perdu ?
Pour sauver au moins un peu la face, devrais-je dire : « Disons simplement que j’ai perdu » ?
Le bluff que j’avais bâti s’effondrerait, mais au moins, tout le monde pourrait s’en sortir vivant.
Et si ça ne suffisait pas, je devrais m’agenouiller, me fracasser le front contre le sol et la supplier.
… Ça pourrait marcher.
Une bonne idée me vint soudain à l’esprit.
Un coup qui pourrait écraser Roxanne sous un bluff encore plus monumental.
Je n’en étais pas certain. Ça pouvait se retourner contre moi.
À bien y réfléchir, c’était un pari, comme avec Kalandas.
Mais si ça réussissait, même Roxanne pourrait devenir une victime de mon bluff.
Ma décision prise, j’ouvris la bouche.
« Ce n’est pas juste. Tu as un corps immortel. »
Ce n’était vraiment pas juste.
Il ne s’agissait pas seulement de la différence flagrante entre les rangs 2 et 7. Roxanne, en elle-même, était injuste.
Roxanne, le Seigneur Dragon. Son autre épithète était le Dragon immortel.
Roxanne était née avec un corps incapable de mourir.
Même décapitée ou coupée en deux, elle ne mourrait pas. Elle était immortelle au sens le plus absolu du terme.
Même si l’Empire et les Sept Palais des Abysses unissaient leurs forces pour l’attaquer, il serait impossible de tuer Roxanne.
Sans parler de l’Ancien, dont on ne connaissait que des rumeurs, il y avait une raison pour laquelle Roxanne était considérée comme l’être le plus puissant du monde.
« Même si toutes les personnes ici présentes te lançaient une attaque de front, personne ne pourrait te tuer. Pas au bout de plusieurs jours, ni de plusieurs années, ni même de plusieurs centaines d’années. Tu ne mourras jamais. »
Tout le monde à la Table ronde connaissait ce fait. Roxanne était un être absolu, au-delà de toute injustice, impossible à vaincre.
Sans exagérer, Roxanne était assez forte pour se mettre tout le monde à dos.
Elle le savait mieux que quiconque ; c’était pour cela qu’elle avait pu provoquer cet affrontement sans hésiter.
Ma force avait été confirmée par les paroles de Blizz et par la prévoyance de Ren et Rin.
Mais si Roxanne n’avait pas peur, c’était parce qu’elle avait un corps immortel.
Même dans le jeu, Roxanne était d’une injustice absolue.
Les attaques physiques, la magie, les malédictions, les soins, le pouvoir sacré…
Quelles que soient les méthodes employées, ses points de vie diminuaient lentement, mais une fois sa barre de vie vidée, elle se remplissait entièrement de nouveau.
J’avais été le premier à vaincre Roxanne, mais il m’avait fallu plus de trois ans entiers.
« C’est pour ça que tu peux agir avec autant d’arrogance, sans avoir à prendre de risque. »
« Avoue-le. Au fond, tu as peur, n’est-ce pas ? »
Roxanne retroussa les lèvres.
Je sentais l’assurance de quelqu’un qui n’avait jamais envisagé la possibilité d’une défaite.
Elle devait penser uniquement à la façon de m’humilier.
Si je battais en retraite maintenant, l’affaire se terminerait sans trop de heurts.
Si je voulais vivre, je devais abandonner les couches de bluff que j’avais accumulées.
Les autres semblaient eux aussi vouloir que je baisse la tête.
Mais je n’en avais pas envie, pas maintenant.
Je voulais effacer le sourire satisfait de ce lézard arrogant.
« Ren et Rin, j’ai besoin de votre aide pour arbitrer ce conflit. »
Les jumeaux avaient beau aimer les divertissements, ils n’appréciaient pas les conflits entre les Sept Palais des Abysses.
C’était pour cela que je croyais qu’ils accepteraient ma demande.
« Utilisez maintenant le Don d’intuition céleste sur moi. »
Comme avec Blizz, la certitude subjective ne suffisait pas à distinguer la vérité du mensonge.
Mais j’étais allé au-delà d’une simple certitude. J’avais tué Roxanne de nombreuses fois.
Pas une ou deux, mais des dizaines, des centaines de fois.
Il était temps que Roxanne éprouve la même chose que Blizz.
Une étrange lueur traversa les yeux des jumeaux tandis qu’ils me regardaient.
C’était le signe que leur prévoyance s’activait.
« Roxanne. Face à moi, tu n’es pas immortelle. »
Comme souvent dans les récits de fantasy, les dragons avaient une écaille inversée.
Même Roxanne, qui semblait immortelle, avait un Cœur de donjon qui lui servait d’écaille inversée.
Le Cœur de donjon de Roxanne était particulier : minuscule comme un ongle, il était caché au fond de sa gorge.
Elle ne l’avait pas dissimulé elle-même. Il y avait été gravé dès sa naissance, en guise d’écaille inversée.
Il m’avait fallu trois ans rien que pour trouver ce Cœur de donjon.
« Ici même, à l’instant. »
Même si elle ouvrait grand la bouche, ce ne serait que le début du problème.
Repérer un Cœur de donjon aussi minuscule revenait à chercher une perle sur une plage de sable.
« Je connais un moyen de te tuer d’un seul coup. »
« … Ha. Tu bluffes de façon excessive. Ce n’est pas parce que tu affirmes quelque chose que c’est vrai. »
La méfiance se lisait si clairement sur son visage que n’importe qui aurait pu la voir.
Si elle me demandait si je pouvais la tuer sur-le-champ, la réponse était presque certainement non.
C’était pour cela que j’avais pris soin de dire que je connaissais un moyen de la tuer.
Si je plantais mon Épée sacrée dans son écaille inversée, Roxanne serait anéantie.
Si le jeu et la réalité différaient, je pourrais simplement prétendre que j’avais menti.
Me faire prendre en flagrant délit de bluff ne me tuerait pas. Ça ne déclencherait pas non plus de combat.
Je pourrais alors baisser la tête et tout serait réglé.
À l’inverse, si mes paroles étaient confirmées, même Roxanne ne pourrait plus me traiter à la légère.
Elle pourrait même me craindre.
« … C’est vrai. »
C’était la voix de Ren. Je n’eus pas besoin de me retourner.
Ren, dont les yeux brillaient d’un éclat vert, se reflétait dans les pupilles de Roxanne, qui tremblaient comme en plein séisme.
J’avais tué le Moine du Baume d’un seul coup sans le toucher, et j’aurais pu faire de même avec Blizz.
Il n’y avait aucune raison pour que Roxanne ne puisse pas être ma prochaine victime.
À présent que mes paroles avaient été confirmées comme vraies, chacune de mes phrases devenait une arme.
« Roxanne. Notre duel ne peut pas simplement servir à déterminer lequel de nous est le plus fort. »
« … »
« Avec nos émotions à vif, nous chercherions à nous entretuer. Veux-tu vraiment un combat à mort ? »
Je savais ce qu’elle pensait.
Elle m’avait clairement menacé en croyant qu’elle ne pourrait jamais mourir.
Quand cette certitude s’effondra, la couleur du niveau de Roxanne changea peu à peu.
Un orange pâle se mêla au noir. C’était la première fois qu’elle éprouvait de la peur depuis qu’elle avait affronté l’Ancien.
« Si tu veux te battre contre moi, mets ta vie en jeu. »
Ça devrait suffire, tout ce bluff. S’il te plaît, laisse tomber.
J’ai peur aussi, alors s’il te plaît.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>