Chapitre 44
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Traducteur/éditeur : Mordor
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◈ Pris pour le monstre boss du donjon ◈
Chapitre 44 : Rentrons maintenant
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Dans le silence étouffant, mon regard croisa celui de Roxanne.
Si un regard pouvait tuer, je serais déjà mort des centaines de fois.
Roxanne se contenta de me fixer. Elle ne bougea pas d’un cil.
Pour être honnête, je ne m’attendais pas à ce que Roxanne cède la première.
Même si elle avait un peu peur, une personne aussi arrogante qu’elle ne baisserait jamais la queue. Surtout pas devant les 72 Seigneurs.
Ça ne voulait pas dire non plus qu’elle allait aussitôt recourir à la force. Si je devais deviner, elle pensait la même chose que moi.
Quelqu’un, arrêtez-nous, je vous en prie.
« Ça suffit. Tous les deux, arrêtez. »
Comme prévu, Dalon fut le premier à intervenir.
« Un combat à mort ? Comment les Seigneurs des Sept Palais des Abysses peuvent-ils parler de s’entretuer ? Vous vous êtes tous deux laissé emporter par vos émotions. Gardez votre dignité. Quelle honte de vous comporter ainsi à une table ronde réunissant les 72 Seigneurs ! »
« Moi aussi ! Je pense pareil ! Je ne veux pas qu’il y ait d’autres morts ! »
« Rin est d’accord ! »
« Ancien, vous aussi, calmez-vous. Et toi aussi, chéri, d’accord ? »
J’avais presque été certain que ça se passerait ainsi.
Ils s’inquiétaient même d’un duel entre Seigneurs des Sept Palais des Abysses. Alors, s’il s’agissait d’un combat à mort, ils n’avaient pas d’autre choix que de l’empêcher d’une manière ou d’une autre.
Roxanne continua de me fusiller du regard malgré les efforts de tous pour nous arrêter.
« Tss. »
Elle claqua la langue et détourna sèchement la tête.
Et ce n’était pas tout. Elle se leva et tourna froidement le dos à la table ronde.
Clac, clac.
Roxanne s’éloigna, ses talons claquant sur le sol, tandis que tous les regards la suivaient.
Elle s’arrêta devant la porte et tourna légèrement la tête.
Après avoir balayé la pièce du regard, elle fit de nouveau face à la porte.
« Je n’ai plus rien à faire ici. »
Bam !
Sur ces derniers mots, Roxanne quitta la salle de conférence.
Elle était clairement partie en claquant la porte… Quelle rancunière.
La Seigneure de plus haut rang ayant quitté les lieux, le silence retomba sur la table ronde.
Les 72 Seigneurs observaient la salle en silence, attendant que l’un des autres Seigneurs des Sept Palais des Abysses prenne la parole.
Dalon comprit l’ambiance et poussa un profond soupir.
« Nous ne pouvons pas poursuivre cette réunion. »
« C’est vrai ! Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? »
« Rin est d’accord ! »
Après une dizaine de minutes de discussion, les Seigneurs des Sept Palais des Abysses et Blizz prirent une décision unanime.
Les autres 72 Seigneurs semblèrent eux aussi d’accord. La réunion ne se termina pas dans le chaos, mais sans avoir abouti à quoi que ce soit.
Des cadres de l’Association marchande entrèrent les uns après les autres.
« Nous prenons congé de vous, nobles Seigneurs. Veuillez emprunter les portails de l’Association marchande pour rentrer. »
Les Seigneurs de rang inférieur se dépêchèrent de sortir de la salle de conférence.
À vrai dire, je voulais partir immédiatement, mais les autres Seigneurs des Sept Palais des Abysses restaient fermement assis.
Comme les Seigneurs des Sept Palais des Abysses avaient l’air de partir en dernier par tradition, je restai à ma place et les imitai.
« Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas autant amusé. »
Alors que les 72 Seigneurs se dispersaient peu à peu, Kalandas fut le premier des Seigneurs des Sept Palais des Abysses à s’en aller.
Kalandas m’adressa un regard, et nos yeux se croisèrent naturellement.
Son niveau était d’un noir pâle mêlé d’orange. Il avait peur de moi, et se méfiait de moi.
Tant que cette couleur ne changerait pas, il ne serait pas le premier à montrer les crocs.
Rose Sha, Dalon, Ren et Rin, les autres Seigneurs des Sept Palais des Abysses, restèrent assis comme s’ils s’étaient donné le mot et ne me quittèrent pas des yeux.
C’était gênant, mais je gardai le silence et continuai à jouer les gros durs.
« Je suis heureux que tout se soit terminé pacifiquement. »
La voix grave de Dalon résonna avec solennité.
Un géant pareil qui se penchait vers moi, ça me foutait une trouille bleue.
Si je n’avais pas été mort-vivant, j’aurais sûrement écumé et perdu connaissance.
« Seigneur Vargoer. Bien que nous venions à peine de nous rencontrer, ce vieil homme s’est déjà pris d’affection pour vous. »
Je le savais sans qu’il ait besoin de me le dire. Le niveau de Dalon était vert foncé.
À moins d’un sérieux conflit, les Seigneurs des Sept Palais des Abysses seraient probablement bien disposés à mon égard.
Ils étaient puissants, certes, mais avaient assez de tempérament pour respecter les forts.
Évidemment, il y avait des exceptions, comme Roxanne.
Cette sale lézarde ne reconnaissait la force de personne et ne cherchait que la bagarre.
« Vous êtes petit, Seigneur, mais certainement pas insignifiant. C’est la première fois que quelqu’un m’intrigue autant dès notre rencontre. »
Dalon laissa échapper un petit rire.
« À vous seul, malgré votre septième rang, vous pourriez défier le rang 2. Ma curiosité est satisfaite. Nous sommes donc devenus aussi dépendants des forces de nos donjons. Je devrais moi aussi reprendre l’entraînement, comme autrefois. »
Froufrou. Dalon tendit le bout du doigt vers moi.
Au début, je crus qu’il allait m’écraser de sa main, aussi grande que mon corps, mais il voulait en fait taper du poing avec moi.
Tap.
Sans hésiter, je cognai mon poing contre son doigt.
« Merci, Seigneur Vargoer. Grâce à vous, j’ai l’impression d’avoir les idées plus claires. Si vous souhaitez un jour visiter la Toundra gelée millénaire, venez sans prévenir. Je vous accueillerai avec la plus grande hospitalité. Et… petit. »
Dès que Dalon eut fini de parler, son adjoint nain s’approcha de moi.
À première vue, le nain semblait petit, mais son niveau était de 85.
Je ne pouvais pas le sous-estimer à cause de son apparence.
Le surnom de Dalon était le Grand Roi des Petits.
Bien qu’il fût lui-même un géant, ses subordonnés étaient tous de petites créatures, comme des nains et des fées.
C’était dû à son instinct inné de prendre soin des petits et de les protéger.
Comme les humains qui ont envie de prendre un poussin dans leurs mains quand ils en voient un.
L’adjoint nain plongea la main dans ses vêtements et fouilla avant d’en sortir quelque chose.
Je me demandai ce que c’était, mais il s’agissait d’une fiole.
[Bénédiction du mana (S+)]
[Chance d’amélioration : 2 %]
[※ Attention ! En cas d’échec de l’amélioration, l’objet sera automatiquement détruit !]
[En cas d’échec de l’amélioration, le temps de recharge sera réinitialisé.]
[Voulez-vous améliorer la Bénédiction du mana (S+) ?]
[OUI/NON]
La Bénédiction du mana était un objet de rang S+.
C’était une version supérieure du Baume céleste que le Moine du Baume avait pris, un élixir destiné aux mages.
« C’est un cadeau pour renforcer nos liens. Je n’ai rien d’autre qui puisse vous convenir. Si cela ne vous sert à rien, vous pouvez le donner à votre adjointe. »
« … Merci. »
Si je le donnais à Charlotte en cas d’urgence, l’effet serait incroyable.
Je n’aurais jamais cru qu’il m’offrirait un cadeau pareil après notre première rencontre, même s’il m’appréciait.
Contrairement à quelqu’un d’autre, il avait le cœur aussi grand que son corps.
Boum ! Boum ! Boum !
Le sol tremblait à chaque pas de Dalon.
Le Nain magique et la fée le suivirent : ils étaient respectivement l’adjoint et le Gardien du Tombeau souterrain.
« Alors, à la prochaine réunion. »
Peu après, un portail un peu moins haut que Dalon s’ouvrit devant lui.
Le Nain magique avait ouvert un portail aussi grand à lui tout seul.
Un adjoint des Sept Palais des Abysses, ça ne rigolait pas. Leur mana était incroyable…
Hum. Il a l’air d’avoir du mal.
Les yeux du Nain magique s’étaient révulsés.
On aurait dit qu’il était sur le point de succomber à l’épuisement du mana.
Dalon baissa la tête et fit passer son corps dans le portail.
Une fois son énorme silhouette disparue, ma vue se dégagea complètement.
La vague tension provoquée par la présence d’une horreur cosmique s’évanouit elle aussi.
Tap tap !
Des pas d’une légèreté exceptionnelle me percèrent les oreilles.
Les homoncules jumelles levèrent bientôt vers moi leurs yeux brillants.
Ren pointa soudain un doigt vers moi.
Elles avaient plus de mille ans, mais ressemblaient à des enfants innocentes.
« Rang sept ! Je t’aime bien ! »
« Rin aussi ! Rin aime bien le rang sept ! »
Le niveau des jumelles était d’un vert encore plus foncé que celui de Dalon.
Avec autant de sympathie à mon égard, elles étaient comparables à Balutak.
Les deux gloussèrent et tournèrent autour de moi comme si elles dansaient en rond.
« Joue avec nous plus tard ! Rin aussi, elle veut ! »
« Rin ! Rin ! Aime le rang sept ! Gergoer ? Vargoer ? »
« Oui. C’est Vargoer ! »
« Hé hé. Rin veut jouer avec Vargoer ! N’importe quand ! Viens visiter notre donjon ! »
« Je pense pareil. Viens visiter la Tour des étoiles jumelles, un de ces jours. Je t’attendrai ! »
Leur bavardage incessant me donnait le tournis, mais je hochai la tête sans rien laisser paraître.
Puis elles me tendirent soudain leurs petits doigts.
« Promis ! »
« Promis juré ! »
« … »
Sans même m’en rendre compte, je me retrouvai à sceller une promesse avec chacune d’elles, une main par jumelle. Ce n’est qu’alors qu’elles me lâchèrent.
Elles s’éloignèrent avec un grand sourire, puis me firent de grands signes depuis la porte.
Après avoir montré leur côté innocent jusqu’au bout, elles quittèrent la salle de conférence.
« Tu as été vraiment impressionnant. »
La dernière Seigneure des Sept Palais des Abysses encore présente était Rose Sha.
Elle s’était déjà glissée derrière moi et traçait sensuellement la nuque de sa main.
Merde. C’était terrifiant.
« Qu’est-ce que je vais faire ? Plus j’en apprends sur toi, plus tu m’attires. »
« … »
« Tu le sais, n’est-ce pas ? Je suis toujours disponible pour toi. Vraiment, n’importe quand. Et ce n’est pas obligé de ne durer qu’une nuit. Si tu veux me voir, viens au Vieux Château le jour même. »
Rose Sha sourit des yeux.
Un sourire ensorcelant qui me rappelait un renard.
« Ou alors, que dirais-tu d’ici, à cette table ronde ? Ce serait une expérience différente. »
« … Je passerai te voir un de ces jours. »
« Hé hé. D’accord. Oh, et j’enverrai les renforts de la Neuvième Légion dès qu’ils seront prêts. Il leur faut encore un peu de préparation. Si possible, je veux t’envoyer une légion en parfait état. »
Rose Sha retira sa main de mon corps.
Au loin, Dravule avait déjà ouvert un portail de donjon. Rose Sha s’était éloignée et faisait doucement jouer ses doigts dans ma direction.
« À plus tard, chéri. »
Sans cesser de me regarder et de minauder jusqu’au bout, Rose Sha recula dans le portail.
Ce ne fut qu’après le départ de tout le monde qu’un soupir de soulagement, sous forme de givre, s’échappa de moi. Il n’en finissait pas, comme si j’enchaînais les cigarettes.
C’était la première fois de ma vie que j’avais aussi peur.
Je n’aurais jamais cru pouvoir bluffer à ce point devant les personnes les plus puissantes du monde…
Sans la moindre exagération, les situations où j’aurais pu mourir sur-le-champ à la moindre erreur s’étaient enchaînées.
Franchement, je me demandais moi-même : « Comment j’ai réussi ce coup-là, bon sang ? »
« Pourquoi m’avoir épargnée ? »
Les paroles de Charlotte me tirèrent de mes pensées.
… L’épargner ?
Je la regardai, perplexe, sans comprendre ce qu’elle voulait dire.
« Vous pourriez trouver à tout moment une adjointe plus compétente que moi. Mais votre relation avec la Seigneure Roxanne… J’aurais préféré que vous m’exécutiez. »
Je compris ce qu’elle voulait dire.
Comme elle l’avait dit, ma relation dégradée avec Roxanne posait un sérieux problème.
D’un point de vue pratique, il aurait mieux valu exécuter Charlotte et réparer cette relation.
Mais comment aurais-je pu faire ça ?
J’avais un cœur humain et, avec le temps, je m’étais attaché à Charlotte.
« Ne dis pas ça. Personne ne peut te remplacer comme adjointe. »
« … »
Je me rappelai une fois de plus que Charlotte était à l’origine destinée à devenir la Gardienne de Roxanne.
On pouvait dire que je l’avais piqué à Roxanne en lui prenant Charlotte.
Charlotte n’avait pas encore le niveau d’un adjoint des Sept Palais des Abysses, mais sa cote ne ferait que grimper. Je n’avais qu’à garder mes parts.
« Je consacrerai le reste de ma vie à vous servir, Boss. C’est pour cela que je vous le demande… »
Charlotte hésita, peinant à poursuivre.
« Préféreriez-vous que je devienne une Liche pour vous servir ? Ou que je devienne une Vampire et vous serve jusqu’à la fin de ma vie ? »
Cette question totalement inattendue me laissa un instant sans voix.
Pourquoi me demandait-elle ça ?
Son expression, déjà grave, l’était encore plus que d’habitude ; je ne pouvais donc pas faire comme si je n’avais rien entendu.
« … Deviens une Vampire. »
« Oui. Je vous obéirai. »
Même si j’étais un Chevalier de la Mort, l’idée que ma plus proche servante soit une morte-vivante me mettait assez mal à l’aise.
Il n’y avait pas photo. Une Vampire à l’apparence humaine, c’était bien mieux.
« Vous avez beaucoup travaillé, Boss. »
« Toi aussi, tu as beaucoup travaillé. »
« Kirik. C’est mon Grand Chef, ça. Tu as remis ces autres Grands Chefs à leur place. »
Je fus le dernier à me lever.
Quand je m’approchai de la porte, Charlotte me devança en toute hâte.
Elle ouvrit la porte en grand et m’indiqua la sortie, comme une adjointe entièrement dévouée à son maître.
C’était vraiment gênant.
Je dissimulai mon malaise et sortis.
De l’autre côté de la porte, je vis une petite silhouette se hâter vers moi à petits pas. Qu’est-ce que c’était ?
« B-bonjour… ? »
Ah.
Maintenant que j’y pensais, je l’avais oubliée.
Estigel leva timidement les yeux vers moi.
Je devinai pourquoi elle m’attendait après seulement un instant de réflexion.
« Tu as pris ta décision ? »
« … Oui. »
Gloups.
La gorge d’Estigel trembla.
Son niveau était vert foncé.
Je pouvais à peu près deviner ce qu’elle s’apprêtait à dire.
« J-je veux moi aussi être à vos côtés au Tombeau de la Foi, mon Seigneur. »
Je pensais que l’incident de la table ronde lui ferait peur, mais il ne fit que la rendre encore plus attachée à moi.
Elle avait probablement acquis la certitude que je ne lui voulais aucun mal.
Quand quelqu’un de puissant vous soutenait, on se sentait en sécurité et on l’appréciait d’autant plus.
Je lui tendis la main sans un mot.
Estigel regarda tour à tour ma main et mon visage.
« Euh, qu’est-ce que vous voulez… ? »
« Je vais te casser le poignet. »
« … Quoi ? »
« Je plaisante. »
Ouf. Estigel poussa un profond soupir de soulagement et prit ma main.
Je la secouai de haut en bas ; elle résista si peu que son bras se balança avec.
« Le Boss sait aussi plaisanter… »
« Kirik ! C’est pas drôle ! »
Clac !
Un bruit sec retentit derrière moi.
Du coin de l’œil, j’aperçus Balutak qui se frottait l’arrière de la tête et Charlotte, la paume grande ouverte, mais je les ignorai.
« Bref, notre famille s’est agrandie. Aide Estigel à bien s’habituer. »
« Compris. »
« Kirik. C’est ma spécialité, de m’occuper de l’intégration. Fais-moi confiance. Mais Estigel ressemble à Isabella. Ça m’a fait penser à Isabella, d’un coup. J’ai envie de voir Isabella… »
« Buraltak n’est pas ta compagne ? »
« Kikirik ! Buraltak est ma femelle. Isabella est ma meilleure amie. »
« Mais elles sont toutes les deux femelles, au bout du compte, non ? »
« Kirik. Si tu le dis comme ça, l’adjointe est une femelle, elle aussi. L’adjointe pourrait devenir ma femelle… »
Clac !
Un autre coup claqua.
Balutak baissa la tête et se frotta l’arrière du crâne, les yeux larmoyants.
Eh oui. Il méritait bien de se faire frapper un peu.
Mais quand même, Isabella.
Comme Balutak, j’étais curieux de savoir ce qu’elle devenait.
Que faisait-elle en ce moment ?
Est-ce qu’elle allait bien ?
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