Chapitre 39
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Traducteur/éditeur : Mordor
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◈ Pris pour le monstre boss du donjon ◈
Chapitre 39 : Essayez de faire taire ce salaud
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Clic, clic. Le bruit régulier de talons se rapprocha.
Le sourire de Rose Sha était bien trop malicieux pour la situation.
À la voir, l’urgence qui m’étreignait fondit comme neige au soleil.
S’il y avait une alliée sur qui compter dans cette situation, c’était sans aucun doute Rose Sha.
Les pas s’arrêtèrent. Rose Sha se tenait devant moi.
Avant qu’elle ait pu parler, Dravule et Carleon s’inclinèrent.
« Nous saluons l’illustre personne. »
Le soulagement s’accompagna d’un peu de perplexité.
J’avais pourtant bien entendu dire que les autres Sept Palais des Abysses n’assisteraient qu’à la réunion de la Table ronde.
Rose Sha sourit des yeux et se lécha les lèvres. Elle avait toujours le don de se montrer séduisante, quelle que soit l’occasion.
« Tu aurais pu me prévenir. Je serais venue avec toi. »
En fredonnant, Rose Sha promena son regard autour d’elle.
« Mais qu’est-ce qui se passe ici ? On dirait pas qu’ils t’accueillaient. »
Un malaise gagna les Seigneurs en un instant.
Ce n’était pas une impression. La présence d’un seul être avait alourdi l’atmosphère.
Sans attendre que quiconque donne le signal, tous ceux qui nous entouraient s’inclinèrent respectueusement.
Rose Sha conserva son sourire en regardant Babayaga.
« Salut, vieille peau. »
« … »
« Tu as le dos raide, vieille peau ? D’habitude, tu es toute courbée. »
Ce ne fut qu’alors que Babayaga s’inclina.
Ses épaules tremblèrent d’humiliation.
« Je salue l’illustre Seigneur du Palais des Abysses. »
« Tu as pris un sacré coup de vieux depuis la dernière fois. Prends soin de toi. Regarde-moi : j’ai au moins mille ans de plus que toi et pas une seule ride. »
Une foule de pas s’approcha de Rose Sha depuis l’obscurité.
Il s’agissait sans doute de Seigneurs de sa faction.
À les voir s’incliner aussitôt, je compris que j’avais vu juste.
« Nous saluons l’éternelle Reine de la Nuit. »
D’un petit geste de Rose Sha, ils se redressèrent.
Le Seigneur Vampire qui se trouvait en tête prit la parole.
« Je ne savais pas que vous viendriez. Vous ne nous aviez pas prévenus… »
« Ouais. Je ne comptais pas venir non plus. J’ai appris que Vargoer était ici, alors je suis passée le voir. Bon, maintenant, comment allez-vous m’expliquer cette situation ? »
Rose Sha affichait toujours son sourire malicieux.
Pourtant, quelque chose de tranchant semblait se dissimuler dessous.
« À ce que je vois, vous avez tous essayé d’enterrer Vargoer. J’ai bien compris ? »
Personne n’osa répondre. Le silence envahit la salle.
Et le silence valait confirmation.
Le sourire de Rose Sha se glaça.
« Vous n’avez même pas pris le parti de Vargoer, vous êtes restés là à regarder ? Alors que vous savez quelle relation nous avons, Vargoer et moi ? »
« … Nous n’avons aucune excuse. »
« Non, je peux comprendre. Vous n’avez rencontré Vargoer qu’aujourd’hui. Mais il ne faudra plus recommencer, d’accord ? Maintenant que je suis là, vous avez intérêt à faire attention à ce que vous faites. Vous ne croyez pas ? »
Avant même qu’elle ait fini de parler, les Seigneurs de sa faction s’alignèrent derrière elle. Et donc derrière moi aussi.
… Je me sentis soudain bien plus en sécurité.
Clic.
Rose Sha recula d’un pas et tapota l’épaule de Babayaga.
« J’ai entendu la nouvelle, vieille peau. Tu t’es rangée du côté de Kalandas ? »
« … »
« Alors, on sera désormais en désaccord chaque fois qu’on se croisera ? Enfin, c’est ton choix. »
Ma main se leva soudain toute seule.
Rose Sha entrelaça ses doigts aux miens, leva nos mains et les balança doucement d’un côté à l’autre.
J’étais décontenancé, mais heureusement, ça ne se voyait pas sur un visage de mort-vivant.
« Expliquez-vous. Pour qui vous prenez-vous, à vous liguer contre Vargoer ? »
« … »
« Vous savez qui je suis ? Non, avant ça, vous savez qui est Vargoer ? »
La voix de Rose Sha était le seul son dans la salle de banquet silencieuse.
« Vargoer n’est pas un Seigneur du Palais des Abysses sur lequel des déchets comme vous peuvent mettre la main. Vargoer est un Seigneur du Palais des Abysses, comme moi. Et si quelqu’un doit le toucher, ce sera moi. Comme ça. »
Tap, tap.
Rose Sha me tapota la joue du bout du doigt.
Le geste était tellement déplacé que je restai un instant interdit.
« Hé hé. »
« … Arrête. »
« D’accord, chéri. »
Je ne le montrai pas, mais j’étais franchement putain de reconnaissant.
Si Rose Sha n’était pas arrivée, je serais à la place de Babayaga, là, tout de suite.
« Vieille peau. Tu vas continuer à rester là, muette comme une carpe ? »
« … »
« Ça ne me ferait ni chaud ni froid de vous tuer jusqu’au dernier. Vous le savez tous, non ? J’ai toujours fait ce que je voulais. »
« S-Si vous faites ça, Seigneur Kalandas… »
« Et alors ? »
Rose Sha saisit les cheveux de Babayaga, pareils à des algues.
« Pourquoi je me soucierais de la réaction de ce squelette ? J’ai dit que je voulais tous vous tuer. »
« … »
« Ah, quelle pitié. Tu croyais que tes menaces allaient marcher sur moi ? Je déteste ces regards-là. Qu’est-ce que je pourrais bien faire ? T’arracher un œil ? »
« Comment pouvez-vous faire une chose pareille lors d’une assemblée aussi sacrée… »
« Je suis plus sacrée que ça. Tu as oublié ? Les Sept Palais des Abysses sont à l’origine de tout ce qui est sacré et inviolable. Aucune loi ne peut me contraindre. »
Une aura invisible s’éleva lentement autour de Rose Sha.
Sous son influence, le corps de Babayaga se figea entièrement.
Les infimes mouvements accompagnant chaque respiration, jusqu’au bout de ses doigts qui tremblaient de peur, tout s’immobilisa.
Je ne la voyais pas, mais une force invisible s’était emparée du corps de Babayaga.
Au début, j’avais cru que Rose Sha avait seulement menacé, sous le coup de la colère, de lui arracher un œil.
Puis le doigt de Rose Sha se dirigea bel et bien vers l’œil de Babayaga.
« M-Ma Dame ? »
« Je crois que je ne me calmerai qu’après l’avoir fait. Je ne te tuerai pas. Je t’en laisserai un. »
« A-Ah… Aaaaaah ! »
Son doigt fin transperça la rétine et s’enfonça sauvagement dans la pupille.
Du sang rouge sombre éclaboussa partout. Floc, floc. Des cris se mêlèrent au bruit écœurant de la chair déchirée.
Les Seigneurs, moi compris, ne purent que regarder. Personne ne parvint à prononcer un mot.
Rrrip !
Enfin, le paquet de nerfs optiques et de minuscules vaisseaux sanguins fut arraché, racines comprises.
Rose Sha jeta le globe oculaire d’un geste désinvolte.
« Beurk, c’est dégoûtant. »
Elle tendit la main sur le côté, et Dravule lui remit un mouchoir.
Le globe oculaire rebondit sur le sol comme une balle en caoutchouc.
Dès que je me rappelai ce que c’était, cette pensée s’évanouit.
Rose Sha agita la main.
Comme si l’emprise invisible s’était relâchée, Babayaga s’effondra et se rattrapa au sol.
Elle couvrait sa blessure d’une main, mais le sang rouge sombre continuait de couler à flots.
J’avais beau assister à la scène, je n’arrivais pas à y croire.
Comment comptait-elle gérer les conséquences ?
Charlotte avait-elle ressenti la même chose quand j’avais tué Gergoer ? S’inquiéter des retombées tout en éprouvant au fond de soi un sentiment de soulagement.
« A-Aaaaaah… ! »
« Maintenant, tu n’as plus qu’un œil, vieille peau. Tu veux que je t’arrache l’autre aussi ? De toute façon, tu ne voyais déjà pas ce qui se trouvait juste sous ton nez. C’est pour ça que tu as touché à mon Vargoer ? »
« Urgh… P-Pardon… »
Grrrr…
Lorsque les portes de pierre s’ouvrirent, un sinistre pressentiment m’envahit.
Et mes mauvais pressentiments ne me trompaient jamais.
« Le propriétaire de la Fosse Putréfiée, le Palais des Abysses de rang cinq où la mort prolifère ! Le Roi Liche Kalandas Bon Elderich est arrivé ! »
Une énergie mortuaire glaciale se répandit dans la salle.
Les Seigneurs de rang inférieur tremblèrent, le visage blême.
Charlotte et Balutak changèrent d’expression, mais résistèrent fermement à l’énergie mortuaire. Ces deux-là étaient assez puissants pour la supporter.
Une faible lueur brilla dans l’obscurité au loin.
Un nombre rouge pâle flottait au-dessus.
[Niv. 93]
* * *
Estigel avait l’impression que la réalité qui se déroulait sous ses yeux était un mensonge.
Elle avait entendu dire que les autres Sept Palais des Abysses n’assisteraient qu’à la réunion de la Table ronde.
Après Rose Sha, voilà que Kalandas arrivait aussi ? Pourquoi trois boss des Palais des Abysses se trouvaient-ils ici ?
La situation avait complètement dérapé, et sa peur n’en fut que doublée.
Mais à bien y réfléchir…
« Tout ça, c’est à cause de moi !? »
À l’origine de tout ce conflit, il y avait Estigel elle-même, classée soixante-douzième.
Tout avait commencé quand Babayaga s’était servie d’elle comme prétexte pour chercher querelle à Vargoer.
Puis Rose Sha était arrivée et avait arraché l’œil de Babayaga, et maintenant Kalandas était là.
Babayaga, classée huitième.
Vargoer, classé septième.
Valentia Rose Sha, classée sixième.
Kalandas Bon Elderich, classé cinquième.
En temps normal, Estigel aurait dû observer la scène de loin.
Elle était classée soixante-douzième, tout en bas des 72 Donjons. Comment quelqu’un comme elle pouvait-elle se tenir parmi les Sept Palais des Abysses ?
Et pourtant, elle se trouvait là, juste devant les Seigneurs des Palais des Abysses.
Le danger était tel qu’elle se sentait au cœur d’un typhon, et son esprit s’embrouillait.
La pression de Rose Sha et l’énergie mortuaire de Kalandas tourbillonnaient autour d’elle.
Leurs effets l’empêchaient presque de bouger ne serait-ce qu’un doigt. Une peur écrasante lui broyait le corps et l’esprit.
« Je veux rentrer chez moi… ! »
Elle avait l’impression qu’elle allait s’effondrer et s’évanouir si cela continuait.
Peut-être aurait-il mieux valu qu’elle perde connaissance tout de suite…
Estigel voulait s’échapper au plus vite.
* * *
Haaa…
Le souffle des morts qui s’échappait de la bouche de Kalandas se répandit au ras du sol comme de la brume.
Lorsqu’il nous eut rejoints, Kalandas retira son énergie mortuaire.
Comme s’il leur avait permis de respirer de nouveau, les Seigneurs de rang inférieur reprirent tous leur souffle en même temps.
Kalandas regarda d’abord Rose Sha.
« Ça faisait longtemps, Reine des Putains. »
« Ouais. Ça faisait longtemps, Roi des Cadavres. »
À l’arrivée de Kalandas, le sourire habituel de Rose Sha disparut sans laisser de trace.
La force qu’ils dégageaient suffisait à montrer qu’ils étaient des ennemis jurés.
Le regard de Kalandas se posa naturellement sur moi.
Plus précisément, sur mon Épée sacrée. Il s’en méfiait visiblement.
« Je n’aurais jamais cru que nous nous rencontrerions ainsi. Quel regrettable tournant des événements. Je pensais que nous finirions par devenir assez proches. »
« C’est dommage. »
« Ah, ton adjointe humaine t’accompagne aussi. »
Charlotte se contenta d’incliner la tête en silence.
Sans tenir compte d’éventuelles rancœurs, l’adjointe d’un Palais des Abysses n’avait aucune raison de s’incliner devant un Palais des Abysses ennemi.
« Vargoer. J’ai beaucoup entendu parler de toi. Après le Moine du Baume, tu as aussi tué Wilhelm. »
« Et alors ? »
« Grâce à toi, la grande ambition de l’humanité a été réduite de moitié. Je te félicite sans réserve. »
Je ne répondis que du regard.
Kalandas lâcha un petit rire grave.
« Ne te méfie pas autant. Je me rends à la Table ronde souterraine. Je n’ai aucune envie de m’attarder ici, mais… »
Babayaga se tenait debout, la tête baissée, une main plaquée sur son œil.
« Je ne peux pas laisser passer ça. »
« C’est moi qui l’ai fait. »
Rose Sha renifla avec mépris.
« Et qu’est-ce que tu vas faire ? »
« Je dois donc lui rendre la pareille. »
Fffuit !
Un bruit de déchirure fendit l’air.
« Aaaaaah ! »
Un Vampire poussa un cri, le corps brusquement plié en deux.
C’était un Seigneur de la faction de Rose Sha.
Comme Babayaga, le Vampire se tint l’œil en gémissant.
Comme Rose Sha l’avait fait, Kalandas renifla avec mépris.
« Voilà qui est mieux. »
« … Toi. »
« Quoi ? Je ne fais que lui rendre la pareille. »
« Tu veux que je t’arrache l’œil aussi ? »
« Nous réglerons nos différends à la Table ronde. Ce serait faire preuve de respect envers les autres Palais des Abysses. »
Comme s’il n’y avait plus rien à voir, Kalandas traversa la foule.
J’espérais qu’il partirait, mais rien ne se terminait jamais aussi facilement.
« J’ai toutefois une question. Tu aurais trop à perdre en faisant entrer Vargoer dans la faction de la Lune Rouge, non ? »
La faction de la Lune Rouge était celle de Rose Sha dans l’histoire.
Pourquoi Kalandas m’associait-il soudain à une faction ?
À ce stade, j’en faisais pratiquement partie, mais rien n’avait été décidé.
C’était à elle seule de décider si elle m’accepterait dans sa faction.
Kalandas voulait peut-être obtenir une réponse définitive.
« Hier encore, Vargoer a tué de ses propres mains le Seigneur classé vingt et unième. Son adjointe est humaine, et il protège même cette personne mi-humaine, mi-démon qui se tient derrière lui. »
À ces mots, Rose Sha jeta un coup d’œil à Estigel, qui se cachait derrière moi.
Son expression se rembrunit.
« Tu ne comprends toujours pas ? Vargoer, classé septième, défend les humains. Si tu fais entrer un élément aussi impur dans ta faction, que vont penser les Seigneurs des Palais des Abysses ? »
Il ne cherchait donc pas à obtenir une réponse claire. Il essayait de semer la discorde.
À l’instant, il m’avait félicité d’avoir tué deux Héros. Maintenant, il essayait de dresser Rose Sha contre moi en adoptant une attitude tout à fait différente.
Les 72 Seigneurs avaient beau être hostiles aux humains, Rose Sha ne m’abandonnerait pas.
J’avais tué deux Héros en public, et Rose Sha avait une immense dette envers moi.
La couleur de son niveau était même d’un rose soutenu. Impossible qu’une langue aussi fourbe la fasse changer d’avis.
« Tu te trompes, mais Vargoer ne fait pas partie de ma faction. »
Rose Sha lâcha lentement ma main.
Malgré la sensation de vide dans ma paume, je n’arrivais pas à y croire.
Je ne m’étais pas attendu à ce qu’elle trace une ligne aussi nette devant presque tous les Seigneurs présents.
J’allais lui demander si elle était sérieuse quand Rose Sha m’attira soudain contre elle, me coupant la parole.
« Je l’aide parce que c’est mon mari. Pourquoi ? Ça te pose un problème ? »
… Qu’est-ce qu’elle venait de dire ?
Le silence tomba, et tout le monde se figea, stupéfait.
Rose Sha fut la seule à éclater de rire.
« C’est mon mari. Si je ne prends pas son parti, qui le fera ? »
« … C’est un sophisme. »
Même Kalandas, bien que son expression n’eût pas changé, semblait stupéfait.
À vrai dire, j’étais le plus surpris de tous.
Elle venait de faire une déclaration aussi fracassante devant tous ces Seigneurs.
« Crois-le ou non. Tu disais que tu te rendais à la Table ronde souterraine, non ? Si tu as fini ici, dégage. »
« Je m’en vais. Nous poursuivrons cette discussion à la Table ronde. Vargoer, mon cher ami. Il n’est pas trop tard. »
Sur ces mots, Kalandas s’éloigna.
Ce salaud m’avait tabassé et essayait quand même de me recruter.
À ce stade, il était évident qu’il avait un problème là-haut.
Ce ne fut qu’après la disparition de Kalandas sous terre que les respirations se firent de nouveau entendre.
Quand la situation se calma, Dravule soutint le Seigneur Vampire qui gémissait.
« Ils sont tous les deux des squelettes. Comment peuvent-ils être aussi différents ? »
Les gens autour de nous ne cessaient de tourner la tête entre Rose Sha et moi.
Je ne pouvais pas ne pas remarquer l’atmosphère étrange.
« Rose Sha. Depuis quand suis-je ton mari ? »
« Hein ? On a promis de se marier, non ? »
« Je ne me souviens pas de ça. »
« Hé hé. C’est vrai. On n’en est pas encore là. »
Les yeux de Rose Sha se plissèrent en croissants de lune.
« Pas encore, en tout cas. »
« … »
Un frisson me parcourut l’échine.
J’avais l’impression d’être une souris sous le regard d’un chat, oppressé par une vague pression psychologique.
Je jetai un coup d’œil autour de moi et, heureusement, il semblait que tout le monde avait compris qu’il s’agissait d’un malentendu.
« Mais, chéri, qui est celle-là ? »
Rose Sha tapota la tête d’Estigel du bout du doigt.
Estigel trembla de la tête aux pieds comme une souris face à un lion.
« On dirait que tu as pris son parti. C’est bien ça ? »
« C’est la Seigneur classée soixante-douzième sur laquelle j’ai jeté mon dévolu. »
« Hmm, il va falloir m’expliquer ça. »
« C’est une Seigneur qui a un grand potentiel. Son rang est bas pour l’instant, mais je crois qu’il va bientôt beaucoup changer. »
Je ne mentais pas le moins du monde.
Bien sûr, libre à Rose Sha de me croire ou non.
Alors Rose Sha me murmura à l’oreille :
« Dis-moi, chéri. Tu aimes les humains, par hasard ? »
« … »
Au fond, c’était évidemment le cas.
Mon corps n’était peut-être pas humain, mais mon cœur, si.
Heureusement, Rose Sha était en bien des points l’opposé de Kalandas.
Entre autres, elle ne détestait pas les humains. Elle les défendait.
La race des Succubes survivait en se nourrissant du désir des humains. Si l’humanité disparaissait du monde, les Succubes ne tarderaient pas à s’éteindre à leur tour.
En somme, Rose Sha ne défendait pas les humains par attachement personnel. Elle le faisait uniquement pour la survie de son espèce.
« Je ne les déteste pas. »
Ce n’était pas très précis, mais c’était la bonne réponse.
Le rire provocateur de Rose Sha résonna près de mon oreille.
« Alors j’ai une chance, moi aussi. J’ai l’air humaine, non ? »
« … ? »
C’était donc ça qu’elle voulait dire ?
« Je suis toujours partante. N’importe quand, tu sais ? »
Rose Sha effleura sensuellement ma nuque.
Elle ne se gênait pas, même sous les centaines de regards braqués sur nous.
Repousser la femme qui venait de m’aider n’aurait fait que créer un malaise, alors je restai immobile.
Rose Sha finit par s’arrêter et se tourna vers Charlotte.
« Alors, c’est toi, l’adjointe humaine ? »
« Je salue la Reine de la Nuit. »
« Hmm, tu es mignonne, mais tellement timide. Une femme doit oser. Avec un air aussi crispé, tu resteras célibataire toute ta vie. »
« … »
« Et à côté de toi, un Insecte ? »
« Kirik. Enchantée. Balutak, bras droit du Grand Chef, est là. La Reine est-elle la femelle du Grand Chef ? »
Putain, qu’est-ce qu’il venait de dire ?
Il venait de traiter un Seigneur du Palais des Abysses de femelle.
C’était une remarque impie, qui aurait pu lui valoir d’être décapité sur-le-champ.
Du coin de l’œil, je vis Carleon poser la main sur la garde de son épée.
Si Rose Sha hochait seulement la tête, Balutak mourrait sans un bruit.
« Hahaha ! Insecte, tu me plais. »
À ma grande surprise, elle éclata de rire.
Rose Sha essuya les larmes qui perlaient au coin de ses yeux. Puis elle passa un bras autour de ma taille.
« C’est ça. Je suis la femelle de cet homme. »
« Kirik. Très beau couple. Balutak vous soutient. »
« Tu as l’œil, pour un Insecte. Merci. Je vais bientôt mettre ton Grand Chef à terre, garde-le à l’esprit. »
« Kirik ? Ça veut dire quoi, mettre à terre ? »
« Ça veut dire dévorer. Dans un autre sens. »
La conversation était étrange, mais j’étais tout de même soulagé.
Ce n’était que parce que sa cible était Rose Sha. S’il s’était agi d’un autre boss des Palais des Abysses, Balutak serait mort sur-le-champ.
Rose Sha se moquait du regard des autres et des apparences ; son attitude dépendait de son humeur et de ce qui l’intéressait.
D’une certaine manière, Balutak était en vie uniquement parce que Rose Sha avait trouvé ses paroles amusantes.
Autrement, il n’aurait pas été étonnant que sa tête roule par terre à cet instant.
« Kirik. Balutak a appris un mot. Balutak va l’utiliser avec Buraltak. »
« … Hein ? Quoi, Bu… ? »
« Buraltak. Ma femelle. »
Ah, putain. Que quelqu’un fasse taire ce salaud.
Le visage de Rose Sha se vida un instant de toute expression.
C’était la première fois que je voyais cette expression chez elle, elle qui ne cessait jamais de sourire.
« Haha… Tu es un peu plus… entreprenant que moi. »
« Kirik ? »
J’étais sincèrement gêné pour eux.
Qui avait donc amené ce sale insecte ?
Notes :
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