Chapitre 36
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Traducteur/éditeur : Mordor
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◈ Pris pour le boss du donjon ◈
Chapitre 36 : Tu trouves ça drôle, les Sept Palais des Abysses (pas vraiment) ?
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Des flammes bleues, le long des murs de la salle de banquet, éclairaient la pièce.
Elles ne dispensaient qu’une faible lueur, mais donnaient à l’endroit une atmosphère terrifiante bien particulière.
[Niv. 69]
[Niv. 71]
[Niv. 74]
[Niv. 78]
[Niv. 81]
[Niv. 86]
Tous ceux qui se trouvaient ici ne ressentaient à mon égard que peur, méfiance et hostilité.
Plutôt que leurs couleurs, je m’intéressai à leurs niveaux.
Quiconque dépassait le niveau quatre-vingt-dix était forcément le boss d’un Palais des Abysses.
… Apparemment, il n’y en a pas ?
J’avais prévu toutes les façons possibles de me comporter, mais aucun d’eux n’était là.
C’était un soulagement, mais aussi une petite déception.
Gronde.
Brion referma la porte et nous suivit à l’intérieur.
Je me tournai vers lui et demandai : « Et les autres Sept Palais des Abysses ? »
« Je vous prie de m’excuser, mais les Seigneurs des Abysses ont seulement fait savoir qu’ils comptaient assister à la réunion de la table ronde. »
Je compris pourquoi sans qu’il ait besoin de m’expliquer.
Le bal était destiné aux boss qui avaient besoin de factions pour tisser des liens. Quant à la vente aux enchères, l’Association marchande l’organisait dans le cadre de son contrat pour accueillir le rassemblement.
Pour les Sept Palais des Abysses, ces deux événements n’étaient qu’une perte de temps.
La vraie priorité, c’est donc la réunion de la table ronde.
Le rassemblement des 72 Seigneurs avait pour objectif ultime cette réunion.
Leur sentiment de supériorité devait aussi y être pour quelque chose.
Un truc du genre : « Nous sommes les Sept Palais des Abysses. Pourquoi assisterions-nous à un banquet avec de la racaille comme vous ? »
Quoi qu’il en soit, j’étais le seul représentant des Sept Palais des Abysses ici.
J’étais déjà quelqu’un dont il fallait se méfier, et j’étais en plus le seul des Sept Palais des Abysses.
Pas étonnant que tous les regards soient braqués sur moi.
J’aurais dû me contenter d’assister à la réunion, moi aussi.
C’était peut-être le plan de l’Association marchande depuis le début.
J’avais entendu dire que j’étais à bien des égards la vedette de cette Assemblée.
Du point de vue de l’Association marchande, l’idéal était que je me montre dans la salle de banquet dès le début.
Je ne m’étais pas renseigné sur la date d’arrivée des autres Sept Palais des Abysses, et l’Association marchande n’avait aucune obligation de me donner une information que je n’avais pas demandée.
Si je me plains maintenant, je vais juste passer pour un mesquin.
Ils n’avaient manqué à aucun devoir. Et ils ne m’avaient pas vraiment trompé non plus.
S’il y avait un fautif, c’était moi, pour ne pas avoir été assez prévoyant.
J’étais bêtement tombé dans un piège sans même qu’on ait eu besoin d’y mettre un appât.
Maintenant que j’étais là, je n’allais pas faire demi-tour.
Charlotte et Balutak à mes côtés, je m’enfonçai dans la salle.
Tous les regards de la pièce suivirent mes mouvements.
« Ce chevalier de la Mort est le maître du nouveau Palais des Abysses ? »
— « Il n’a pas l’air si terrible… »
— « C’est l’un des Sept Palais des Abysses. Comment des gens comme nous pourraient-ils savoir à quoi s’attendre ? »
— « J’ai entendu dire qu’il avait tué le héros Wilhelm. Tu veux aller lui parler ? »
— « Non merci. Comment approcher l’un des Sept Palais des Abysses… ? »
Des niveaux orange et noirs s’étaient rassemblés et me jetaient des coups d’œil en douce.
Un elfe tremblait même si fort que la main qui tenait son verre de vin en était secouée.
Puis j’aperçus un groupe qui me dévisageait en silence depuis l’obscurité.
Tous leurs niveaux étaient rouge pâle. Hostilité.
La faction de Gergoer ? Ou peut-être celle de Kalandas.
Au moins, aucun d’eux ne semblait vouloir me tuer.
Cela dit, montrer des intentions meurtrières à l’égard de l’un des Sept Palais des Abysses aurait été absurde.
J’avais beau regarder partout, je ne trouvais pas le moindre niveau vert pâle.
Je pensais que la faction de Rose Sha, qui m’était favorable, serait différente, mais je m’étais trompé.
Je pouvais le comprendre dans une certaine mesure. Même si leur cheffe disait m’apprécier, ils ne m’avaient encore jamais vu.
En plus, ils avaient appris que j’avais tué le boss classé vingt et unième. À leur place, je me serais méfié, ou j’aurais eu peur, moi aussi.
« Ne vous éloignez pas de moi. »
C’étaient les deux seules personnes ici en qui je pouvais avoir confiance.
« Kirik ! Compris ! »
— « Merci de vous inquiéter pour nous. »
En réalité, je disais ça parce que je m’inquiétais pour moi, mais bon.
Nous venions à peine d’entrer que quelqu’un se dirigea vers moi.
Une Femme-bête renarde vêtue d’une magnifique robe. À en juger par ses sept queues, c’était une renarde à sept queues.
Un Homme-bête loup et une autre Femme-bête renarde l’accompagnaient, l’un de chaque côté.
« C’est un honneur de rencontrer le maître du nouveau Palais des Abysses. »
Tous trois s’inclinèrent en même temps.
[Niv. 73]
Une renarde à sept queues de niveau soixante-treize était probablement un boss classé dans la vingtaine.
Son niveau n’était même pas vert, seulement noir, et pourtant elle avait osé venir me trouver.
« Voici Mijo, Seigneur classée vingt-septième. »
Ses intentions étaient évidentes. Elle voulait nouer des liens avec les Sept Palais des Abysses.
Comme les succubes, les renardes à sept queues excellaient à charmer les autres.
Elle avait sans doute aussi quelques espoirs. Peut-être pensait-elle que sa beauté pourrait même séduire le maître du nouveau Palais des Abysses.
Mais j’étais un mort-vivant eunuque, et j’avais même résisté aux charmes de Rose Sha, qui n’avaient rien à voir avec ceux de cette fille.
Elle me prend pour un bon à rien ?
Un souffle glacé s’échappa de ma bouche tandis que je rapprochais mon visage du sien.
La renarde à sept queues tressaillit et se rejeta en arrière. Son niveau noir s’assombrit encore, se fondant dans l’obscurité comme un camouflage.
« J-Je suis désolée. Je m’en vais… »
Je n’avais même rien dit, mais les Hommes-bêtes s’enfuirent, paniqués.
L’exemple avait dû faire son effet, car aucun autre boss ne vint m’aborder ensuite.
Même ceux qui m’avaient fixé sans gêne se contentaient désormais de m’observer du coin de l’œil. Dès que nos regards se croisaient, ils détournaient vite les yeux.
Bon, je fais quoi, maintenant ?
Si je me liais d’amitié avec le premier venu, je serais le seul à y perdre.
Alors que j’envisageais de rester là à faire bonne figure…
Eh bien, tiens donc.
Le groupe aux niveaux rouges continuait de me dévisager, les yeux brillants.
Ils pensaient n’avoir rien à craindre tant qu’ils restaient ensemble ?
Le chaman troll au centre du groupe était sûrement celui sur lequel ils comptaient.
[Niv. 86]
Son niveau suffisait à comprendre qu’il était classé huitième.
Le boss classé huitième dont je me souvenais n’était pas un troll, mais un ogre à deux têtes.
Par rapport au point de départ du joueur, nous étions dans le passé. Forcément, il pouvait y avoir des boss que je ne connaissais pas.
Celui-là va bientôt se faire exterminer.
Le fait que je ne l’aie jamais vu signifiait pratiquement qu’il se ferait exterminer sous peu.
Je n’avais aucune raison de craindre une faction dont le chef allait bientôt disparaître.
Après avoir pris cette décision, je leur rendis leur regard.
Nos yeux s’affrontèrent dans un duel silencieux de nerfs.
Même si j’avais tué l’un des membres de leur faction, je ne comprenais pas comment ils pouvaient garder cette attitude devant l’un des Sept Palais des Abysses.
Avaient-ils des appuis que j’ignorais ? Ou leur faction était-elle plus importante que je ne le pensais ?
« Hé, vous. »
« O-Oui ? »
J’arrêtai un boss Vampire qui passait et lui demandai : « Cette faction est importante ? »
Pris au dépourvu par ma question, le Vampire hésita avant de répondre.
« E-Eh bien, elle n’est pas particulièrement importante, mais c’est une faction subordonnée. »
« Subordonnée ? »
« Oui. J’ai entendu dire qu’ils s’étaient récemment placés sous la bannière du Roi Liche, classé cinquième… »
Voilà donc l’explication.
Ils faisaient déjà partie de la faction de Kalandas, qui m’était hostile. Leur animosité à mon égard ne ferait que resserrer les liens entre eux.
Cela ne faisait qu’un jour que j’avais tué Gergoer ; ils n’avaient pas pu rejoindre la faction de Kalandas aussi vite.
Le hasard avait simplement fait coïncider les événements à la perfection. À leur avantage, et au mien.
La salle était devenue si silencieuse que j’entendais leur conversation à voix basse.
« Dame Babayaga, inutile de faire ça ici. Gardez ça pour la réunion de la table ronde. »
— « Plus important encore, les rumeurs étaient donc vraies. L’adjointe du Palais des Abysses est humaine. »
— « Elle ne connaît vraiment pas sa place. Pas une demi-humaine, mi-démon, mais une humaine ? Ça ne déshonore pas la dignité du Palais des Abysses ? »
Les derniers mots de l’Orc m’énervèrent sérieusement.
Je n’avais même pas posé la main sur la garde de mon épée.
Fchiiing !
L’Épée sacrée sortit d’elle-même et fila vers le groupe à une vitesse terrifiante. Personne n’eut le temps de réagir avant que sa pointe ne s’arrête juste devant les yeux de l’Orc.
Patatras !
Sans comprendre qu’elle s’était arrêtée, l’Orc s’étala par terre.
Je m’approchai lentement.
Les boss de la faction prirent ouvertement des positions défensives, mais je n’en eus cure.
Debout devant moi, l’Orc déglutit difficilement.
« Ton rang et ton nom. »
« P-Pardon ? »
« Je t’ai dit de donner ton rang et ton nom. »
« … Je suis Brutalgrim, classé trente-quatrième. »
Quand je vis que Brutalgrim était de niveau soixante-huit, je m’y étais attendu.
Un simple boss classé trente-quatrième avait insulté le Palais des Abysses. Avoir le boss classé cinquième dans leur camp avait dû leur donner un courage qu’ils n’auraient pas eu autrement.
« Je m’en souviendrai. Je m’arrêterai là, par égard pour cette assemblée. »
« … »
« La prochaine fois, prépare-toi à te faire arracher la langue. Compris ? »
« O-Oui. Je ne recommencerai pas… »
Je rengainai l’Épée sacrée et jetai un coup d’œil à Babayaga, la cheffe de la faction.
Son visage trahissait son désarroi. Elle ne s’attendait visiblement pas à ce que l’un des Sept Palais des Abysses se comporte de façon aussi déraisonnable.
De toute façon, votre groupe va bientôt disparaître. Et même si ce n’était pas le cas, j’aurais agi ainsi.
Tu aurais dû réfléchir avant de choisir qui insulter.
C’était un lieu de sociabilité, alors les menacer physiquement ne ferait que me nuire.
Ils devaient probablement penser la même chose.
Pour l’instant, ils ravalaient leur mécontentement, mais le déballeraient avec passion à la réunion de la table ronde.
En présence des autres Sept Palais des Abysses, ils s’en serviraient probablement — surtout de Kalandas — pour me mettre sous pression politique.
J’avais déjà préparé des contre-mesures dans ma tête, alors je ne m’inquiétais pas trop.
À mon retour, Charlotte prit un air sombre.
« Je suis désolée. On dirait que je ne fais que provoquer des conflits… »
« Ce n’est pas grave. »
Quelqu’un avait cherché des noises à Charlotte, et j’en avais profité pour asseoir mon autorité.
C’était un scénario que j’avais prévu à l’avance, alors ça ne me dérangeait pas.
Les gens autour de moi me prendraient peut-être pour un fou, mais ils me verraient plus probablement comme un tyran.
La frontière entre fou et tyran était ténue. Pourtant, le poids de ces deux mots était très différent.
Quand même, ce salaud de Kalandas…
S’il avait recruté des factions subordonnées, c’était sans doute en partie à cause de moi.
L’Épée sacrée éveillée. Il semblait élargir sa faction parce qu’il s’en méfiait.
Puisque les choses en étaient arrivées là, je devais commencer à envisager de rejoindre la faction de Rose Sha.
Je me sentirais plus en sécurité avec, en plus des alliés liés par une faction, des boss avec qui j’aurais tissé des liens personnellement.
C’était d’ailleurs pour ça que j’étais venu ici.
Je devrais nouer des liens avec des boss de donjon prometteurs, même s’ils sont moins bien classés.
Je me souvenais de tous les boss des 72 Donjons qui avaient un grand potentiel.
Comment avais-je évalué ce potentiel ?
Le classement des 72 Donjons était fluctuant, et les boss des rangs inférieurs ne cessaient d’échanger leurs places.
Pour étudier cela de près, j’avais un emplacement de compte où je ne touchais jamais au contenu de conquête des donjons et laissais simplement les choses suivre leur cours.
Sur une longue période, j’avais appris à reconnaître leur potentiel grâce aux fluctuations naturelles de leur rang.
Ce donjon avait commencé au rang cinquante, puis était monté dans la trentaine. Ce genre de choses.
Je n’étais pas devenu un vétéran de trente mille heures pour rien.
J’avais tout essayé dans <72 Donjons : Chronique stratégique des 72 Donjons>.
Nous étions dans le passé, mais pas si loin en arrière.
Contrairement à Babayaga, je croyais qu’il y avait des boss prometteurs dont je me souvenais.
Je parcourus la salle du regard, plein d’espoir, puis m’arrêtai bientôt sur un coin.
[Niv. 44]
Un niveau trop bas pour croire qu’elle était un boss. Son niveau était d’un noir plus sombre que celui de tous les autres.
À première vue, elle ressemblait à une jeune fille humaine sur le point de célébrer son passage à l’âge adulte.
Sans les petites cornes à l’arrière de sa tête, je l’aurais prise pour une humaine.
Elle me tournait le dos, mais ses cornes, malgré leur petite taille, se remarquaient tout de même.
Estigel, la demi-humaine, mi-démon.
C’était même ma cible de recrutement prioritaire.
Estigel avait commencé au rang soixante-douze, puis avait grimpé jusqu’au rang dix à la fin.
Si je l’accueillais et protégeais bien son donjon, une future boss du top dix deviendrait mon alliée.
Le seul problème, c’était qu’elle était une demi-humaine, mi-démon.
L’aborder seul risquait forcément de ternir la dignité du Palais des Abysses.
Les gains pratiques à long terme étaient importants, mais ma réputation l’était aussi. Sinon, la faction de Rose Sha risquait de ne même pas m’accepter.
Je fis mes calculs, pesant le pour et le contre : devais-je accepter de m’humilier un peu pour rallier Estigel à ma cause ?
Babayaga, actuellement classée huitième, était de niveau quatre-vingt-six.
En comparaison, je me souvenais qu’Estigel, sous sa forme complète, était une boss classée dixième et atteignait le niveau quatre-vingt-huit.
Parce qu’elle était à elle seule une armée, un Donjon à entité unique.
Il suffit qu’elle m’apprécie, alors ça aussi, ce sera facile.
Son statut de Donjon à entité unique la rendait également facile à gérer.
Si je la ralliais, le donjon lui-même serait de mon côté, sans sous-fifres encombrants.
Mon adjointe est humaine aussi, alors ça devrait aller.
Ma décision prise, je me dirigeai vers Estigel.
Son niveau noir, d’une obscurité extrême, m’inquiétait un peu, mais je pouvais simplement lui parler gentiment.
Dès que je fus près d’elle, je posai la main sur son épaule. Un frisson de surprise parcourut le bout de mes doigts.
Cric, cric.
Estigel se retourna d’un mouvement raide, comme une marionnette de bois.
À la vue de son visage, je sursautai.
Pour une raison ou une autre, il était couvert de larmes et de morve.
« P-Pitié, épargnez-moi… »
Mais qu’est-ce que j’avais fait ?
Notes :
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